Les exemples d'explosion des bulles immobilière (2006) et financière (2007) sont éloquents. En effet, l'immense majorité des opérateurs (non-spécialistes du secteur concerné) a découvert que la « fête était finie » bien après le renversement de tendance. Durant toute la période de retournement (qui dure en général 6 mois à 1 an maximum), la parole dominante a continué à prétendre que rien ne changeait et que les incertitudes naissantes n'avaient aucune raison d'être ; puis, que les problèmes resteraient confinés au secteur concerné et aux seuls Etats-Unis. Ceux, aux Etats-Unis et dans le reste du monde, qui ont écouté ce discours s'en mordent les doigts aujourd'hui car ils sont désormais prisonniers de maisons invendables (ou en passe d'être saisies) ou voient chaque jour un peu plus que la veille la valeur de leurs actions s'effriter (9).
Concernant les marchés boursiers, notre équipe avait anticipé dès Octobre 2007 que les bourses mondiales perdraient entre 20% et 60% selon les régions au cours de l'année 2008. Aujourd'hui, nous devons réévaluer nos anticipations en direction d'une baisse encore plus forte puisque, d'une part, les places boursières ont en général déjà perdu entre 10% et 20% depuis le début de l'année (1°), et que, d'autre part, l'effondrement de l'économie réelle aux Etats-Unis d'ici la fin de l'été 2008 va entraîner toutes les bourses mondiales dans une spirale infernale. Pour LEAP/E2020, c'est vers une baisse de 50% en moyenne par rapport à 2007 que s'orientent désormais les bourses mondiales (y compris dans les pays émergents) (11).
Ce type de réévaluation est typique du travail d'anticipation réalisé par LEAP/E2020. Nous cherchons chaque mois à discerner les tendances qui se renforcent ou au contraire s'affaiblissent afin d'en tirer les conséquences nécessaires pour améliorer la pertinence de nos évaluations. Nous ne cherchons pas à « avoir raison » (12), à « vendre » ou « promouvoir » quoi que ce soit. Nous cherchons simplement et sans a priori à décrire à l'avance les conséquences concrètes des grandes tendances à l'oeuvre dans notre monde du début du XXI° siècle et à faire part à nos lecteurs des moyens permettant de se prémunir des conséquences les plus négatives.
Dans ce numéro 22 du Global Europe Anticipation Bulletin, avec notamment notre alerte sur l'effondrement de l'économie réelle aux Etats-Unis à partir de Septembre 2008, nous tentons à nouveau de prévenir ceux qui sont concernés par les conséquences de cet événement majeur qui va générer des troubles socio-politiques très graves aux Etats-Unis (13) dont l'économie est véritablement en train de s'écrouler (14), ce qui aura bien entendu des retombées très lourdes sur l'ensemble des marchés financiers et monétaires et pour l'économie mondiale. Nous n'avons toujours pas atteint le coeur de la crise. Selon LEAP/E2020, il sera atteint dans la deuxième moitié de 2008.
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Notes:
(1) Un film très instructif vient d'être présenté au Sundance Film Festival : I.O.U.S.A., réalisé par Patrick Creadon. En suivant le parcours de David Walker), US Comptroller General (et à ce titre en charge de contrôler les dépenses publiques du gouvernement fédéral), à l'occasion d'une série de conférences à travers les Etats-Unis sur l'état des finances publiques du pays, ce film traite de manière très directe des conséquences de la crise actuelle sur les Etats-Unis et les Américains. Sa sortie illustre combien en quelques mois la crise est sortie des débats d'expert et des conseils d'administration d'établissements financiers pour entrer dans la vie quotidienne des Américains.
(2) L'effondrement complet ces derniers jours du marché des obligations municipales américaines (les « Munis ») illustre la diffusion de la crise à tous les secteurs de la société américaine. Il représente un coup d'arrêt aux projets d'investissement public de l'ensemble des collectivités territoriales des Etats-Unis. Il est l'une des premières grandes victimes de l'implosion des « bonds insurers » qu'avait anticipée LEAP/E2020 dans le GEAB N°19. Et il démontre à nouveau combien les grandes banques sont désormais incapables de continuer à jouer leur rôle de financement de l'activité économique du pays. Sources : Financial Times, 13/02/2008 / Bloomberg, 14/02/2008
(3) Source : EconomicIndicators.Gov, Economics & Statistics Administration, US Department of Commerce
(4) Voir GEAB N°2, 15/02/2006
(5) La première raison qui empêche les « experts » de penser « l'impensable », ça n'est pas une question d'intelligence ; mais un problème « commercial ». En effet, cela les obligerait à revoir l'essentiel de leur « fonds de commerce » intellectuel (notamment leurs hypothèses traditionnelles de travail) et commercial (leurs « clients » n'apprécieraient pas de s'entendre dire qu'ils faisaient fausse route toutes ces dernières années).
(6) A ce sujet, soulignons le discours direct et sans fioriture de Mervyn King, patron de la banque centrale britannique, qui vient de prévenir ses concitoyens que la crise actuelle allait provoquer une baisse significative de leur niveau de vie. C'est un discours qu'hélas aucun dirigeant américain, y compris chez les Démocrates, ne semble prêt à tenir au peuple américain alors qu'il sera encore plus touché que le peuple britannique. Source : The Telegraph, 14/02/2008.
(7) Voir GEAB N°11, 15/01/2007.
(8) Dans ce numéro 22 du GEAB, l'équipe de LEAP/E2020 donne d'ailleurs une série de conseils pour aider les investisseurs à évaluer eux-mêmes le « risque américain » des différents pays, secteurs ou placements.
(9) Il en est de même pour tous ceux qui ont choisi d'écouter les discours dominants qui, tout au long des années 2006 et 2007, prétendaient impossible la montée du taux de change EURUSD vers 1,30, puis 1,40, puis désormais 1,50 ... en attendant les 1,70 pour la fin 2008.
(10) Seuls les « marchands de rêve » peuvent encore imaginer un redressement boursier d'ici la fin de cette année, car la crise va aller s'accélérant.
(11) Il est utile de rappeler qu'en Janvier 2008, en un seul mois, les bourses mondiales ont vu disparaître en fumée 5.200 milliards USD. Source : China Daily News, 10/02/2008
(12) Même si indéniablement nous avons eu raison ces deux dernières années en ce qui concerne la crise systémique globale.
(13) Voir ‘Séquence 6 : 2° Trimestre 2007 – 4° Trimestre 2009 : « Très Grande Dépression » aux Etats-Unis, crise sociale et montée en puissance des militaires dans la gestion du pays', GEAB N°18, 15/10/2007
(14) Les prévisions concernant les faillites de dizaines de banques aux Etats-Unis dans les deux ans à venir illustrent l'ampleur des problèmes à venir. Source : Reuters, 01/02/2008
Source:
http://www.leap2020.eu/GEAB-N-22