Politique Nationale/Internationale

Crise politique en Algérie, et tendance à l’épuisement des réserves de change fin 2021, début 2022


ALGERIE


Abderrahmane Mebtoul
Mardi 16 Juillet 2019

CRISE POLITIQUE RESERVES DE CHANGE



Crise politique en Algérie, et tendance à l’épuisement des réserves de change fin 2021, début 2022



Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL



Cette analyse est une synthèse réactualisée d’une analyse que j’ai développée devant les officiers supérieurs lors d’une conférence donné le , à l’invitation du Ministère de la Défense Nationale MDN –Ecole Supérieure de Guerre ESG 19 mars 2019 sous le titre « les déterminants du cours du pétrole, et son impact sur l'économie algérienne, entre les fondamentaux et les enjeux géostratégiques ». Bien que la dette extérieure soit d’environ 1/2% du PIB, la baisse drastique des réserves de change, 72,6 milliards de dollars en avril 2019, suscite à juste titre, des scénarios pessimistes sur l'avenir de l'Algérie qui risque la cessation de paiement fin 2021, le dernier trimestre 2022. Car il faut être réaliste et ne pas verser dans la démagogie. La situation pourrait s'aggraver plus rapidement sans la résolution de la crise politique qui paralyse toute l’économie. L’Algérie avec des détournements qui dépassent l’imagination humaine par leurs ampleurs, qui conduisaient le pays droit au mur, a besoin d’une nouvelle stratégie, loin des slogans creux populistes, s’adaptant au nouveau monde, d’un retour à la CONFIANCE pour sécuriser son avenir.





1.-Evolution des réserves de change de 2000/ 2019 /2022



-2000 : 11,9 milliards de dollars4

- 2001 : 17,9 milliards de dollars

- 2002 : 23,1 milliards de dollars

- 2003 : 32,9 milliards de dollars

- 2004 : 43,1 milliards de dollars

- 2005 : 56,2 milliards de dollars

- 2006 : 77,8 milliards de dollars

- 2007 : 110,1 milliards de dollars

- 2008 : 143,1 milliards de dollars

- 2009 : 147,2 milliards de dollars

- 2010 : 162,2 milliards de dollars

- 2011 : 175,6 milliards de dollars

- 2012 : 190,6 milliards de dollars

- 2013 : 194,0 milliards de dollars

- 2014 : 178,9 milliards de dollars

- 2015 : 144,1 milliards de dollars

- 2016 : 114,1 milliards de dollars

- 2017 : 97,3 milliards de dollars- 2018 -79,8 milliards de dollars

-avril 2019, 72,8 milliards de dollars.



La baisse en en quatre mois a été de 7 milliards de dollars et au même rythme 21 milliards de dollars fin 2019. Au cours d’un baril fluctuant entre 60/65 dollars, au rythme de la dépense actuelle, sans un taux de croissance dépassant 8/9%, nous aurons 58 milliards de dollars fin 2019, 37 en 2020, 16 en 2021 et la cessation de paiement vers aout/septembre 2022. Nous sommes loin des prévisions avant AL Hirak où il était prévu entre 2019/2021 selon le ministre des finances devant l'APN le niveau des réserves de change seraient fin 2019 : 62,0 milliards de dollars- 2020 : 47,8 milliards de dollar- 2021 : 33,8 milliards de dollars et en 2022 entre 12/15 milliards de dollars selon le FMI. Ce montant dépend essentiellement à la hausse ou à la baisse des recettes d'hydrocarbures, la réduction du déficit commerciale en 2018 étant due à 98/99% aux recettes d'hydrocarbures. Or, les importations entre 2016/2018 biens sont évaluées entre 45/46 milliards de dollars plus il faut ajouter les services qui fluctuent annuellement entre 10/11 milliards de dollars et les transferts légaux de capitaux donnant une sorties de devises entre 58/60 milliards de dollars pour une entrée de devises à un cours de 70 dollars d'environ 38/39 milliards de dollars et pour un cours de 60 dollars d'environ 30 milliards de dollars accélérant les tensions de la balance des paiements.



2- Les incidences de la baisse des réserves de change



2-Contrairement à certaines déclarations hasardeuses récentes comparant le non comparable (pays développés) le cours du dinar officiel 1990/2019, est corrélé aux réserves de change. via les recettes d'hydrocarbures à plus de 70%, Pour toute comparaison, l’on devra se référer non pays développés (réserves de change faible, mais une structure productive) mais à l’expérience vénézuélienne. C’est que 70/80% des besoins des entreprises publiques et privées ainsi que des besoins des ménages proviennent de l’extérieur, le taux de croissance, le taux d’emploi dépendant de la dépense publique via les hydrocarbures. La période antérieure n’étant pas significative (cotation administrative

-1970 avec 5 dinars un dollar ) , récemment de 2001 à juillet 2019 la cotation est la suivante

-2001, 69,20 dinars un euro, 77,26 dinars un dollar

-2002, 75,35 dinars un euro, 69,20-dinars-un-dollar

-2008, 94,85 dinars un euro 64,58 dinars un dollar

-2014,106,70-dinars-un-euro,-80,06-dinars-un-dollar

-2019 (14 juillet) une cotation- cours achat de 134,21 dinars un euro et de 119,06 dinars un dollar.



Sur le marché parallèle la baisse de la cotation actuelle est transitoire pour des raisons politiques, l’écart avec le cours officiel étant d’environ 50% à l’équilibre offre/demande. Sur le plan budgétaire en cas de non recours au financement non conventionnel s’offrent trois solutions : une plus grande rigueur budgétaire avec la lutte contre le fléau de la corruption, l’endettement extérieur ciblé et le dérapage du dinar par rapport au dollar et à l'euro qui permet d'augmenter artificiellement la fiscalité hydrocarbures et la fiscalité ordinaire, cette dernière accentuant l'inflation étant supportée par le consommateur final comme un impôt indirect. En cas de baisse drastique des réserves de change à 10/12 milliards de dollars, qui tiennent la cotation du dinar algérien à plus de 70%, la banque d'Algérie sera contrainte de dévaluer le dinar officiel à environ 200/220 dinars un euro avec une envolée du cours sur le marché parallèle qui fluctuera en fonction du taux d'inflation entre 300/400 dinars un euro, ce qui accélérera le processus inflationniste. Il s'ensuit que la croissance devrait ralentir très fortement dès 2020 en provoquant une augmentation du taux de chômage. Elle se traduira aussi par la persistance des déficits budgétaires et surtout des déficits externes qui vont éliminer progressivement toutes les marges de manœuvre dont dispose l'Algérie. Comme je l’ai souligné dès sa mise en œuvre, après des discours euphoriques sur le bienfait du financement non conventionnel de certains experts organiques , ce mode de financement risque de conduire le pays vers une dérive inflationniste à la vénézuélienne (devant comparer le comparable) avec des incidences économiques, politiques et sociales négatives, les slogans politiques étant insensibles aux lois économiques applicables dans tous les pays et l'Algérie ne fait pas exception. Le recours à la planche à billets pour financer le déficit budgétaire aura un impact négatif à terme tout en favorisant, contrairement à certains discours, la baisse la baisse des réserves de change puisque en mettant à la disposition de certaines entreprises des dinars, (70% des matières premières et des équipements des entreprises publiques et privées étant importées, le taux d'intégration ne dépassant pas 15/20%) ces dernières se porteront impératrices. Certes, la poussée inflationniste n'est pas encore perceptible entre 2018 et juillet 2019 et la croissance tirée essentiellement par la dépense publique a été d’envrion de 3% en 2018, contre 1,6% en 2017. Mais pour le FMI ce ne sont que des mesures conjoncturelles sans vision stratégique, le financement non conventionnel représentant 23% du PIB. Mais ce mode de financement aura aussi atteint ses limites à partir de 2020 avec des taux d'inflation élevés devant méditer la dérive vénézuélienne. Les mêmes projections sont reprises par la note de conjoncture du trésor français qui influe sur la note de la Coface ainsi que plusieurs instituions internationales.



3.-Impasse politique et crise économique



Les Intellectuels organiques ont la peau dure. Après avoir vanté les bienfaits de la rente prédisant 100 dollars le baril en 2016/2018 , du financement non conventionnels, les usines de montage de voitures,.com (voir nos contributions www.google.com 2015/2018), ils ont maintenant, en fonction de la conjoncture, par opportunisme, un autre discours. Or, après 57 ans d’indépendance politique, c’est toujours le cours du pétrole qui détermine les 'évolution principaux indicateurs économiques et sociaux et l’image de l’Algérie dans les relations internationales. En ce mois de juillet 2019, Sonatrach c'est l'Algérie et l'Algérie c'est Sonatrach. Or selon Bloomberg, l’Algérie, pour remonter son déficit budgétaire au titre de l’exercice 2019, «aurait besoin d’un baril de pétrole à 116,40 dollars, contre 95/100 dollars en 2017/2018», soulignant que «la production algérienne est restée relativement stable à environ 1 million de barils par jour, avec un cours du gaz qui représente 33% des recettes de Sonarach en nette baisse. Pour relever les défis futurs, se projeter sur l'avenir, loin de tout populisme dévastateur, une nouvelle gouvernance, un langage de vérité et la moralité des gouvernants s'imposent. Avec une plus grande rigueur budgétaire, une meilleure gouvernance, un changement de cap de la politique économique actuelle, avec un baril même à 60 dollars. Mais attention, en cas de non changement de la politique socio-économique, donc de gouvernance, le scénario dramatique du FMI fin 2021/2022, est plausible avec des incidences économiques, sociales, politiques et géostratégiques. Depuis le 9 juillet 2019, l’Algérie se trouve dans une situation inédite ou différents constitutionnalistes ont des vues contradictoires : pour les uns étant dans l’inconstitutionnalité, pour d’autres la prolongation du mandant de l’actuel chef de l’Etat rentrant dans le cadre d’une interprétation extensive de la constitution afin d’éviter le vide constitutionnel. Quelque soit les postions, la situation est très grave pouvant affecter tant les relations internationales politiques et économiques de l’Algérie, qu’un divorce Etat-citoyens au niveau interne. Je considère que le dialogue avec la réelle composante de la société et non de segments de la rente, est l’outil par excellence de la bonne gouvernance. Car, pour l’Algérie avec les tensions budgétaires 2019/2020/2025, l’on devra éviter les solutions de facilité, résoudre rapidement la crise politique. Opposition, Al Hirak et Pouvoir doivent s’entendre sur un compromis raisonnable, par le dialogue productif, afin que l’Algérie ne se retrouve dans le même scénario vénézuélien, pays en faillite bien plus riche que l’Algérie, ce qu’aucun patriote ne souhaite. Et dans ce cas, il serait illusoire tant pour le pouvoir, l’opposition ou AL Hrak de parler d’indépendance économique et politique avec de vives tensions sociales. Le temps ne se rattrape jamais en économie d’où l’urgence de profondes réformes économiques, politiques, sociales et culturel, déterminant en ce XXIème siècle. ademmebtoul@gmail.com



NB Cette analyse a été largement développée par le Pr Abderrahmane Mebtoul devant les officiers supérieurs lors d’une conférence donnée à l’invitation du Ministère de la défense nationale MDN –Ecole Supérieure de Guerre ESG sous le titre « les déterminants du cours du pétrole, et son impact sur l'économie algérienne : entre les fondamentaux et les enjeux géostratégiques le 19 mars 2019 (voir ronéotypée -www.google.com)



Lundi 15 Juillet 2019


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