Politique Nationale/Internationale

Crise économique : onze (11) propositions pour l’Algérie, face aux tensions sur les réserves de change et l’accroissement du déficit budgétaire


ALGERIE


Abderrahmane Mebtoul
Lundi 23 Mars 2020

Crise économique : onze (11) propositions pour l’Algérie, face aux tensions sur les réserves de change et l’accroissement du déficit budgétaire

CRISE ECONOMIQUE

Crise économique : onze (11) propositions pour l’Algérie, face aux tensions sur les réserves de change et l’accroissement du déficit budgétaire


Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL

Pour l’Algérie, s’impose une révision déchirante de toute la politique socio- économique et de la gouvernance. Certes la situation du passé est alarmante, mais il ne suffit pas de critiquer éternellement le passé, mais de trouver des solutions opérationnelles pour l’avenir de la population algérienne. Certains responsables formatés par l’ancienne culture rentière, au lieu de s’attaquer au blocage du fonctionnement de la société, croient aux miracles juridiques, alors que l’Algérie a des lois les meilleures du monde rarement appliquées et font des discours d’autosatisfaction, que contredit la réalité. Même un ministre des finances français, mais il n‘est pas le seul, avec un PIB dépassant en 2019, 2700 milliards de dollars avec une économie diversifiée, contre un PIB Algérie de 180 milliards de dollars annonce pour 2020 ? selon ses propres mots « une catastrophe économique »


1.- Devant différencier la partie devises de la partie dinars, quelles solutions à la fois possibles et difficiles à atteindre pour combler le déficit de financement en soulignant que dans la pratique des affaires tant interne qu’international n’existent pas de fraternité ou des sentiments mais que des intérêt. Dans ce cadre la loi de finances complémentaire 2020, devant s’éloigner du populisme qui accroitra la crise à terme, doit agir sur plusieurs paramètres et variables afin de concilier l’efficacité économique et la justice sociale , indispensable pour la cohésion sociale durant cette conjoncture très difficile.



Pour atténuer la chute des réserves de change existent quatre solutions.


La première solution est de recourir à l’emprunt extérieur même ciblé. Dans la conjoncture actuelle où la majorité des pays et des banques souffrent de crise de liquidité c’est presque une impossibilité sauf auprès de certaines banques privées mais à des taux d’intérêts excessifs et supposant des garanties

La deuxième solution, est d’attirer l’investissement direct étranger : nous sommes dans le même scénario d’autant plus que selon la majorité des rapports internationaux de 2019, l’économie algérienne dans l’indice des libertés économiques est classée ver les derniers pays ( bureaucratie, système financier sclérosé, corruption ) , la seule garantie de l’Etat algérien sont les réserves de change en voir d’épuisement (moins de 60 milliards de dollars en mars 2020).

La troisième solution, est de rapatrier les fuites de capitaux à l’étranger. Il faut être réaliste devant distinguer les capitaux investis en biens réels visibles des capitaux dans des paradis fiscaux, mis dans des prêtes noms, souvent de nationalités étrangères ou investis dans des obligations anonymes. Pour ce dernier cas c’est presque une impossibilité. Pour le premier cas cela demandera des procédures judicaires longues de plusieurs années sous réserve de la collaboration étroite des pays concernés.

La quatrième solution, est de limiter les importations et lutter contre les surfacturations. Mais existent des limites, quitte à paralyser tout l’appareil de production avec des incidences sociales (accroissement du taux de chômage) , plus de 85% des entreprises publiques et privées dont la majorité n’ont pas de balances devises positives, non concurrentielles sur le marché international, important leurs équipements et leurs matières premières de l’étranger. La décision en conseil des Ministres en date du 22 mars 2020 de limiter les importations à 31 milliards de dollars, soit des économies de 10 milliards de dollars, de suspendre des contrats avec les bureaux d’études étrangers, permettant d’économiser environ 7 milliards de dollars ne peut être effective que si d’une part, l’Algérie possède de véritables bureaux d’études de projets complexes en engireening (presque inexistants) et d’autre part avoir un système d’information performent en temps réel afin de cibler la nomenclature des importations ( des dizaines de milliers de produits) , en s’en tenant aux grandes masses de montants dépassant les 50/100 millions de dollars. Car, 80% d’actions mal ciblées ont un effet sur cette baisse de 20%, mais 20% d’actions biens ciblées ont un impact sur 80% ce qui implique un tableau de la valeur au niveau des douanes reliées aux réseaux nationaux ( banques , fiscalité notamment ) et internationaux, pour déterminer les normes ,le prix international par zone selon la qualité) afin de détecter les surfacturations, tenant compte pour certains produits des fluctuations boursières.



Pour la partie dinar qui est une monnaie non convertible existent sept solutions pour atténuer le déficit budgétaire.



La première solution est la saisie des biens de tous les responsables incriminés par la justice supposant un verdict final pour respecter l’Etat de Droit par la vente aux enchères.

La seconde solution, est d’intégrer la sphère informelle qui draine environ 40/45% de la masse monétaire en circulation. Cela est la partie dinars. Or les expériences historiques, notamment en période de guerre, montrent qu’en période de crise, il y a extension de cette sphère. Or lorsqu’un Etat émet des règles qui ne correspondent pas à l’Etat de la société, celle-ci enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner existant un contrat moral beaucoup plus solide que celui de l’Etat, entre l’acheteur et le vendeur.

La troisième solution, est le recours à la planche à billets sous le nom de financement non conventionnel. Dans une économie totalement extériorisée où l’économie algérienne repose essentiellement sur la rente, la politique keynésienne de relance de la demande par injection monétaire afin de dynamiser l’appareil productif ( offre et demande) produit des effets pervers à l’image de la dérive vénézuélienne avec une inflation qui a dépassé les 1000% pénalisant les couches les plus défavorisées.

La quatrième solution, est la dévaluation rampante du dinar afin de combler artificiellement le déficit budgétaire : on augmente en dinars la fiscalité pétrolière et la fiscalité ordinaire où les taxes à l’importation s’appliquent à un dinar dévalué entrainant tune augmentation des prix tant des équipements que des matières premières dont le cout final est supporté par le consommateur.

La cinquième solution ultime, est la vente des bijoux de famille par la privatisation soit totale ou partielle supposant des acheteurs crédibles , devant éviter le passage d’un monopole public à un monopole privé beaucoup plus néfaste, un consensus social , le processus étant éminemment politique et dans ce cas, les ventes pouvant se faire en dinars ou en devises.

La sixième solution est l’augmentation de la fiscalité ordinaire à travers le recouvrement des arriérés d’impôts. Mais attention à cette mesure qui dit être correctement penser car si l’on s’attaque aux activités visible de la sphère réelle, déjà en difficultés par cette crise, le risque est l’extension de al sphère informelle selon l’adage l’impôt peut tuer l’impôt. Mais existent d’autres niches fiscales notamment par une réorganisation audacieuse du système fiscal et du système domanial (plus de 50% des habitations n’ont pas de titres de propriété) structures en léthargie depuis des décennies.

La septième solution, est un emprunt de solidarité nationale, préconisé par un ex ministre des finances, qui a échoué par le passé dans cette opération. Dans cette conjoncture particulière de lutte contre la corruption qui dépasse l’entendement humain, qui a provoqué une névrose collective , le sacrifice n’étant donc pas partagé, , visant d’anciens hauts responsables qui demandaient à la population de se serrer la ceinture, où souvent ce sont les banques publiques qui ont acheté les bons, et à la lumière des échecs du passés, cela aura peu d’impacts.

2. La situation pour le gouvernement est donc complexe face à une économie qui dépend totalement de la rente pétrolière et gazière (98% des recettes en devises avec les dérivées et influant sur le taux de croissance via la dépense publique et par conséquent le taux d’emploi et meme le poids dans les relations internationales où l’économique est déterminant. Il ne faut pas être un grand mathématicien, devant faire une simple règle de trois à partir des données officielles du Ministère de l’Energie. Si l’on prend la référence du prix du baril de 2019 qui était d’environ 66 dollars, moyenne annuelle, et sous réserve d’une stabilisation de la production en volume physique, qui a connu une nette baisse entre 2008/2019, en reprenant l’hypothèse optimiste de l’AIE de mars 2020 d’un cours pour 2020 de 43 dollars, (d’autres scénarios pessimistes de banques américaines donnent un cours largement inférieur pour 2020 de 25/30/35 dollars), les recettes de Sonatrach dont le gaz représente 33% qui connait une chute drastique de plus de 50%,avec une baisse de la demande des principaux clients européens, seront de 21,65 milliards de dollars auquel il faut soustraire environ 25% de cout restant un profit net de16,23 milliards de dollars. Avec un cours de 25 dollar et un cours du gaz naturel sur le marché libre inférieur à 1,2 /2 dollars le MBTU 80% des gisements algériens ne sont plus rentables devant fermer les gisements marginaux du fait du cout élevé de Sonatrach supposant un nouveau management stratégique. Un discours de vérité, s’impose loin des discours démagogiques, la loi de finances 2020 selon le FMI, fonctionnant sur la base d’un cours minimum de 100 dollars le baril, 50 dollars étant un artifice comptable. Le risque avec la paralysie de l’actuel appareil de production et des importations de biens et services incompressibles,85/90% des inputs importés tant des entreprises publiques que privées, est l’épuisement des réserves de change ( montant inférieur à 60 milliards de dollars en mars 2020) et ce fin 2021, le premier semestre 2022 et donc le retour au FMI, ce qu’aucun patriote ne souhaite mais supposant de solutions opérationnelles et une mobilisation générale, renvoyant à la moralité des dirigeants
.
Ainsi, la situation socio-économique de l’Algérie fortement connectée à l’économie mondiale via la rente des hydrocarbures dépendra fortement du retour à la croissance mondiale toujours fragile. Selon un rapport publié en novembre 2019 par l’Institut international des finances (IIF), l’ensemble de la dette mondiale devrait dépasser les 230.000 milliards d’euros en 2020, la dette globale des USA devant dépasser en 2020 les 63.000 milliards d’euros, alors que celle chinoise franchirait la barre des 35.000 milliards d’euros, ( avec les dépenses publiques actuelles de tous les pays elle devrait croitre). l’impact de l’épidémie du coronavirus a fait chuté toutes bourses mondiales, les marchés ne croyant plus à une réponse strictement financière efficace. face à une pandémie qui ferme les frontières, les usines et les écoles : dernières mesures en date, la BCE prévoit un plan d'aide de 750 milliards d'euros et l’administration américaine après avoir ramené dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25% le taux directeur de la FED , propose de mettre en place un plan de relance de 850 milliards de dollars (environ 760 milliards d'euros) pour soutenir une économie. Selon le BNS, la Chine a décidé d'injecter environ 70 milliards d'euros, la banque centrale chinoise ayant abaissé le ratio de réserve obligatoire des banques dans une proportion d'un demi-point à un point de pourcentage et ce afin de relancer son économie , les exportations chinoises, moteur de l'économie s’étant notamment effondrées sur un an (-17,2%) sur les deux premiers mois cumulés de l'année 2020 et le taux de chômage, mesuré en Chine uniquement dans les zones urbaines, a augmenté d'un point en février 2020 pour s'établir à 6,2% , ce taux étant de 3,8% sur l'ensemble de l'année 2019. Pour l’Afrique dont le système de santé est déficient, pour preuve la majorité des dirigeants et leurs proches se font soigner à l’étranger avec le concours du trésor public, attention à la propagation de l’épidémie qui serait un désastre pour le Continent notamment pour des pays composés d’une forte population, d'une population jeune et dont l’économie mono-exportatrice repose essentiellement sur les matières premières pouvant provoquer la multiplication des troubles sociaux et politiques, voire la déstabilisation régionale. Sur le plan économique, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) dans une note datant du 13 mars 2020, a averti que les pays exportateurs de pétrole africain les plus vulnérables sont le Nigéria, l’Algérie, l’Angola, l’ensemble de ces pays n’ayant pas une économie diversifiée, reposant sur la rente qui façonnent la nature du pouvoir, ses relations politiques et sociales. Ces pays devraient perdre en 2020 jusqu’à 65 milliards de dollars US de revenus, et le continent Afrique pourrait perdre la moitié de son PIB, la croissance passant de 3,2% à environ 2%.


4. - En résumé, les gouvernants n’ont pas tiré la leçon de la crise de ni celle de 1928/1929, au moment où l’interdépendance des économies était faible, ni celle plus proche de nous de 2008 où toutes les économises sont interconnectées. Devant cette épidémie à l’échelle planétaire, où tout le monde est parabolé, étant dans une maison mondiale en verre, nous assistons à de l’angoisse , des craintes à l’incertitude parfois à un narcissisme de masse tant pour de simples citoyens qu’au niveau du comportement des entreprises comme en témoigne l’affolement des bourses mondiales Et contrairement au passé, en ce XXIème siècle les nouvelles technologies à travers Facebbok contribuent à refaçonner les relations sociales , les relations entre les citoyens et l’Etat, par la manipulation des foules, pouvant être positif ou négatif lorsque qu’elle tend à vouloir faire des sociétés un Tout homogène alors qu’existent des spécificités sociales des Nations à travers leur histoire. Cela peut conduire à effacer tout esprit de citoyenneté à travers le virtuel ,l’imaginaire, la dictature des mots et la diffusion d’images néfastes, avec pour conséquence une méfiance accrue vis-à-vis des informations officielles par la manipulation des foules, lorsque des responsables politiques formatés à l’ancienne culture ne savent pas communiquer. Cela pose les limites d’une analyse strictement économique renvoyant à l’urgence d’intégrer les comportements au moyen d’équipes pluridisciplinaires complexes pour comprendre l’évolution de nos sociétés et agir sur elle, technologues, historiens, économistes, médecins, anthropologues, psychologues, psychiatres, sociologues, démographes et les juristes pour la codification. Ces analyses renvoient aux théories du désordre où n’existe pas de situations statiques, le monde étant en perpétuel mouvement où au désordre se substitue au bout d’un certain temps un ordre relatif. C’est que le monde étant en perpétuel mouvement où au désordre se substitue au bout d’un certain temps un ordre relatif, je pense fermement que les impacts de l’’épidémie du coronavirus sont un danger pour le présent, mais porteuses d’espoir pour l’avenir de l’humanité, une opportunité par notre capacité à innover par une autre gouvernance, d'où l'importance d'un langage de vérité loin des discours démagogiques qui mettent en danger la sécurité nationale.

ademmebtoul@gmail.com
TOUTE REPRODUCTRION SANS CITER L’AUTEUR EST STRICTEMENT INTERDITE


Lundi 23 Mars 2020


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