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Economie et pouvoir financier

Crise alimentaire à l'horizon en Afrique et dans le reste du monde

Crise alimentaire. Quand l'internationalisation des marchés relance le débat sur l'autosuffisance alimentaire


Les économistes du monde entier ne cessent de le répéter, au point que cela en devient une idée fixe : « L'Afrique ne parviendra au développement qu'en s'intégrant à l'économie mondiale ».


lundi 14 avril 2008 | par Stella Ayoko Dosseh



Crise alimentaire à l'horizon en Afrique et dans le reste du monde
De cette théorie a découlé une série de mesures censées permettre à la mondialisation de devenir une force positive pour le continent : libéralisations multilatérales, préférences tarifaires, etc… Et si les pays africains ne représentent qu’une part marginale dans le commerce international, comme on ne cesse de nous le rappeler, ils n’en sont pas moins touchés par les dysfonctionnements qui s’y opèrent. Dernier en date, la crise des subprimes, combinée à la crise pétrolière, tenus pour principaux responsables de la crise alimentaire qui se profile. Voyons comment, en matière de denrée alimentaire, les choix d’hier se répercutent aujourd’hui sur nos pays et relancent le débat sur l’autosuffisance.

Ces deux dernières années, la montée des prix du pétrole, due en grande partie à une demande qui outrepasse les capacités de raffinage et d’offre, a été stupéfiante. Impuissants face à cet état de fait, les pays importateurs de denrées alimentaires en subissent le contre coup au travers d’une hausse de leurs coûts de production qui se répercute sur les prix des dites denrées. Mais d’autres facteurs se sont également avérés fatals, conduisant inévitablement à une hausse des prix des denrées alimentaires, si vitales pour l’Afrique. Car malgré la richesse de nos terres, l’Afrique est un importateur net de denrées alimentaire depuis 1960.

Sans surprise, on trouvera des explications en remontant à l’époque de la colonisation. Dans l’élaboration des stratégies économiques, les choix effectués alors pèseront sur le continent pour des décennies. En effet, la domination occidentale a alors eu pour conséquence de spécialiser le continent dans la production de denrées et minerais nécessaire uniquement aux métropoles européennes et de désenclaver des villages, conduisant ainsi à un exode rural massif. Au terme des mouvements d’indépendance, les cultures d’exportations resteront majoritaires. L’agriculture fait alors l’objet de peu d’attention de la part de nos gouvernements. Prix faibles, peu de protection sociale, pas de facilité au crédit, semblent encore une réalité.

Alors il est vrai que l’on peut blâmer les institutions internationales quant aux théories élaborées pour le continent. La Banque Mondiale, forte de ces statistiques, avait depuis longtemps conscience qu’une crise alimentaire se profilait. Parallèlement, ses fonds en direction des projets agricoles passaient de 30% de ses aides en 1980 à 12% l’année dernière. Mais après plus de 30 ans d’aide multilatérale, force est de constater que des ajustements méritent d’être apportés. Peut-on encore se reposer sur l’aide multilatérale et sur les bailleurs de fonds, pour nourrir nos populations ? Non, c’est la réponse que l’Erythrée nous renvoie en refusant volontairement toute aide…Un geste fort…si ce n’est que le pays est loin de l’autosuffisance et prend ses habitants en otage.

Dans les années 1980 et 1990, la politique reste la même, les travaux d’économistes directement rattachés à la Banque Mondiale, tels qu’Anne Krueger [1] , systématisant l’approche selon laquelle il faudrait privilégier les exportations. Et bien des gouvernements suivront, tantôt sous pression, tantôt de plein gré, ces recommandations tirées de théories économiques néoclassiques, dont la matrice n’attribue pas de place spécifique aux pays en développement. D’où une spécialisation de nos agricultures dans des biens d’exportations (café, cacao, thé, coton). Le Sénégal, pays agricole, dépend à 80% des importations pour s’approvisionner en riz, 70% des besoins alimentaires de la Mauritanie seraient également pourvus par les importations, en Guinée Bissau, la faible disponibilité des biens alimentaires sur les marchés locaux oblige certaines populations à se ravitailler dans les pays frontaliers.

La souveraineté alimentaire s’impose. Cette dépendance à l’égard des importations se révèle très dangereuse étant donnée l’imprévisibilité des marchés des biens alimentaires. C’est ainsi que la conjonction de divers facteurs amène bien des gouvernements à reconsidérer l’autosuffisance comme objectif nécessaire. Revenons sur ces facteurs de manière succincte. Hormis la dépendance alimentaire que l’on vient d’aborder, la formidable hausse du pétrole est à plusieurs égards, un élément, si ce n’est déclencheur, tout du moins accentuant la crise alimentaire. Prenons l’exemple du riz, dont le Vietnam, la Thaïlande et l’Inde sont les plus grands exportateurs mondiaux en direction de l’Afrique. Sa production, son stockage, son acheminement vers les marchés nécessiteront une énergie dont le coût, corrélé au prix du pétrole est sans cesse en augmentation. Autre facteur, les fortes intempéries ayant eu cours en Asie du Sud-est ont provoqué une baisse de la production, à laquelle on peut aussi imputer la hausse des prix.

Mais les anticipations des acteurs sur le marché du riz ne font qu’amplifier le phénomène. Un trader parisien expliquait que devant la situation, et afin d’obtenir de meilleurs prix, certains vendeurs thaïlandais de riz retenaient volontairement leurs stocks. Certains gouvernements, par peur d’une pénurie sur leurs marchés locaux décident même de mettre en place des restrictions aux exportations, ou même des interdictions pure et simples. Dépendance, crise pétrolière, spéculations, production de bio-carburants…le prix des denrées alimentaires est loin d’être une valeur stable.

Pour ces raisons, de nombreux gouvernements se penchent sur les thèses relatives à la souveraineté alimentaire. Car si nos pays peuvent nourrir leurs populations sans avoir recours à l’aide alimentaire ou aux importations massives, ils seront à l’abri de ce type de crise à la fois structurelle et conjoncturelle. Structurelle car le jeu de l’offre et de la demande, de la « main invisible » a des portées qui pour l’heure nous dépassent. Conjoncturelle car qui de nous peut prévoir des intempéries ou autres dysfonctionnements ? Comme dit plus haut, notre terre est riche et a un potentiel inexploité. Au sud du Sahara, 130 millions d’hectares de bas fond seraient disponibles, et seuls 3,9 millions seraient exploités. Les perspectives 2080 [2] du potentiel agricole font état de près de 500 millions d’hectares de terres aptes à très exploités en Afrique, contre un peu plus de 200 millions d’hectares de terres cultivées en 1994-1996 (cf portfolio).

L’heure est donc au déblocage de crédit pour nos agriculteurs, qui, en comparaison avec ceux de l’Occident, font encore très peu l’objet de subventions. Augmenter la production de biens alimentaires à destination de la population locale au travers de pratiques agricoles efficaces est un point de départ. Pour se faire, des « amitiés » se font et se défont sur le continent. La Côte d’Ivoire par exemple, fervent défenseur de la souveraineté alimentaire [3], se proposait déjà en 2002 d’offrir ses compétences à la Guinée Equatoriale en matière d’agriculture. Depuis plus de six mois, des experts agronomes chinois ont élaboré et mis en place un plan de formation sur la culture du riz dans le bassin du fleuve Sénégal. Mais produire plus et mieux ne saurait suffire, les gouvernements se doivent également de mettre en place les infrastructures nécessaires pour acheminer les marchandises jusqu’aux marchés.

Sous la contrainte des marchés et d’une conjoncture peu favorable, les gouvernements se voient dans l’obligation de redéfinir leur politique agricole. En la matière, les Philippines peuvent faire office d’exemple ou de contre-exemple d’ailleurs. Le gouvernement espère en effet atteindre l’autosuffisance en riz dès 2010. Il s’est fixé des objectifs de croissance de production de 5% par an pendant 3 ans, et pour se faire, a déployer de nombreuses mesures : augmentation des dépenses de l’Etat en la matière, allocation de 40 milliards de pesos par an pour la construction et la réparation de systèmes d’irrigation, construction de routes fermes-marchés, distribution de graines spécifiques, crédit additionnel aux agriculteurs. Un beau programme qui a pourtant eu du mal à être tenu dans le passé, le gouvernement ayant tendance à faire fit de son objectif d’autosuffisance dès que les prix sur le marché redeviennent abordables.

Cet exemple montre que la détermination du gouvernement est une condition nécessaire à la réussite d’un tel objectif. Il est temps de redonner sa place à notre agriculture.

Toute l’économie de l’Afrique et de sa Diaspora sur Ananzie.net

Notes

[1] Anne Krueger écrit : « Un régime de promotion d’exportations peut libérer l’économie du pays du joug du sous-emploi keynésien car, contrairement au régime de substitution d’importation, il peut disposer d’une demande effective virtuellement infinie pour ses produits sur les marchés internationaux, et donc, il peut toujours se rapprocher du plein emploi, à moins qu’il y ait une récession mondiale. Une petite économie orientée vers l’exportation sera capable de vendre n’importe quelle quantité de biens qu’elle produit ; autrement dit, la capacité d’offre du pays sera la seule contrainte »

[2] http://www.atlas-ouestafrique.org/spip.php ?article229

[3] « Les pays africains doivent prendre conscience que leur indépendance passe par l’autosuffisance alimentaire », souligne Claude Zagol, Secrétaire exécutif à la Chambre ivoirienne de l’agriculture.


Lundi 14 Avril 2008

http://www.ananzie.net/Crise-alimentaire-a-l-horizon-en http://www.ananzie.net/Crise-alimentaire-a-l-horizon-en


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