Palestine occupée

Creuser sa propre tombe


Israël impose de nouvelles punitions à Gaza après la rupture des négociations, rapporte Khaled Amayreh depuis Jérusalem-Est occupé. Le gouvernement israélien a décidé d’imposer un nouvel « ensemble de punitions » contre la Bande de Gaza, suite à la rupture des négociations avec le Hamas, sous médiation égyptienne, au sujet de la libération d’un soldat d’occupation israélien détenu par les combattants du mouvement islamique.

Khalid Amayreh - Al Ahram Weekly


Mardi 24 Mars 2009

Des jeunes Palestiniens se préparent à lancer des pierres aux soldats israéliens pour protester contre le bouclage du village de Dura en Cisjordanie près d’Hébron.
Des jeunes Palestiniens se préparent à lancer des pierres aux soldats israéliens pour protester contre le bouclage du village de Dura en Cisjordanie près d’Hébron.

Le gouvernement israélien, qui avait indiqué qu’un accord d’échange de prisonniers avec le Hamas était en vue, a soudainement changé d’avis, accusant le Hamas « d’inflexibilité » et « d’exigences exagérées ».

Les exigences du Hamas sont restées inchangées depuis le début de l’affaire Shalit, il y a plus de 30 mois, lorsque la guerilla palestinienne a capturé le soldat d’occupation israélien au cours d’une bataille tranfrontalière avec l’armée israélienne.

Le Premier ministre sortant Ehud Olmert a lancé une diatribe contre le Hamas, qualifiant le mouvement de « groupe terroriste ». Olmert a totalement ignoré les propres antécédents terroristes d’Israël, qui a tué et assassiné des milliers de Palestiniens innocents pendant que lui-même était au pouvoir.

En décembre et janvier dernier, l’armée israélienne a exécuté un gigantesque bombardement sur la Bande de Gaza, tuant et blessant plus de 5.000 personnes, notamment des centaines d’enfants, et détruisant complètement la majeure partie des infrastructures civiles de l’enclave côtière.

De même, l’armée israélienne a tué et blessé des milliers de civils innocents au cours de l’attaque contre le Liban en 2006 et a lâché des millions de bombes à sous-munitions dans la campagne libanaise.

Israël a pris l’habitude d’appeler ses victimes arabes des « terroristes » tout en considérant sa propre terreur comme une « auto-défense légitime ». Il détient également près de 10.000 Palestiniens prisonniers, beaucoup d’entre eux étant des activistes politiques incarcérés sans charges ni procès.

Tentant de justifier le refus de son gouvernement de libérer les leaders de l’intifada palestinienne des prisons israéliennes, Olmert a dit que la libération de « terroristes sanglants » [signifie aussi : « foutus terroristes » NdlT] était une ligne rouge qu’Israël n’était pas disposé à franchir.

« Israël ne cèdera pas aux diktats du Hamas tant que je serai Premier ministre. Nous ne cesserons pas nos efforts [pour libérer Shalit de sa détention par le Hamas], mais nous avons des lignes rouges et nous ne les franchirons pas. Nous ne sommes pas une nation vaincue ».

Israël avait offert de libérer seulement 350 des 450 dirigeants politiques et résistants emprisonnés en Israël en relation avec leur résistance à l’occupation israélienne au cours de la dernière intifada ou insurrection palestinienne.

Toutefois le Hamas a refusé de transiger sur la libération des 100 autres prisonniers, arguant que « tout comme Shalit a une famille, nos prisonniers aussi ont une famille qui attend leur retour à la maison ».

Le porte-parole du Hamas à Gaza a également écarté l’argument donné par les dirigeants israéliens que certains prisonniers palestiniens étaient responsables de la mort d’Israéliens.

« Israël a tué des milliers de civils palestiniens et libanais innocents avec des obus au phosphore et des bombes à sous-munitions. Israël n’a pas cessé d’assassiner des Palestiniens depuis sa création. Israël lui-même est le premier assassin, menteur et voleur du monde » a dit Mushir Al-Masri, un porte-parole du Hamas à Gaza.

Al-Masri a dit aux journalistes : « Il est temps qu’Israël se rende compte que nos victimes ne sont pas les enfants d’un dieu inférieur et que le sang juif n’est pas plus précieux que le sang palestinien ».

Les responsables du Hamas impliqués dans les négociations tiennent Israël pour totalement responsable de la rupture des pourparlers. Osama Mazeini a dit que le Hamas négociait en toute bonne foi, ajoutant qu’Israël voulait « nous dicter des conditions inacceptables, comme quel prisonnier devrait être relâché ».

Israël exigeait aussi que des dizaines de prisonniers soient expulsés en Syrie, concept que le Hamas a qualifié de « violent et méprisable ». La Syrie a refusé, et un responsable syrien a ajouté : « Les Palestiniens ont un pays, il s’appelle la Palestine ».

Selon Osama Hamdan, le représentant du Hamas au Liban, Israël a marqué son accord avec « le nombre » de prisonniers à libérer mais pas spécialement avec ceux de la liste du Hamas ni avec la manière dont ils seraient libérés.

Hamdan a dit qu’Israël rejetait certains des noms, pensant que cela pourrait porter ses fruits étant donné la pression qui serait créée par l’imminent départ d’Olmert des affaires. Il a également révélé qu’Israël voulait que Shalit soit libéré avant la libération des prisonniers palestiniens, ce qu’il décrit comme « inacceptable ».

Olmert a établi un lien entre le mouvement populaire islamique et le Troisième Reich, suggérant que le petit mouvement assiégé constituait une grande menace pour les démocraties mondiales.

Des observateurs suggèrent à ce propos que cette analogie totalement gratuite reflète la frustration d’Olmert devant l’échec du blocus acharné de la Bande de Gaza et des tactiques de harcèlement d’Israël contre le Hamas, pour le forcer à libérer Shalit à un « prix plus modeste », permettant à Israël de sauver la face.

C’est ce à quoi faisait apparemment allusion Yuval Diskin, chef du Shin Bet, après la session du cabinet israélien mardi dernier. « Si nous avions accepté les conditions du Hamas réclamées le dernier jour des négociations, cela aurait mis sérieusement en danger la sécurité d’Israël ».

Amos Yadlin, directeur de Renseignement militaire israélien, s’est avancé davantage en expliquant pourquoi Israël refusait de libérer des dirigeants-clés palestiniens, politiques et résistants. « Nous soumettre aux exigences du Hamas aurait été un coup mortel porté aux éléments modérés dans l’Autorité Palestinienne et dans tout le Moyen-Orient, tandis que des extrémistes en auraient été grandement renforcés ».

Des sources israéliennes ont rapporté que le leader de l’AP Mahnoud Abbas avait mis en garde Israël à plusieurs reprises contre la libération d’un grand nombre de prisonniers palestiniens en ce moment, pour la raison que cela renforcerait le Hamas tout en affectant inversement le régime de l’AP soutenue par l’Occident. L’AP a écarté ces propos israéliens comme de la « désinformation bon marché ».

Il est intéressant de noter que ni Israël ni le Hamas n’ont dit qu’ils interrompraient les pourparlers visant un échange de prisonniers dans un avenir prévisible. Néanmoins, il est évident qu’Olmert et son cabinet sortant espèrent que la nouvelle aile droite du gouvernement israélien dirigée par le chef du Likoud, Benyamin Netanyahou, convaincra le Hamas de rabaisser ou au moins de faire marche arrière sur ses exigences premières concernant le nombre de prisonniers qu’il veut voir libérés en échange de Shalit.

Netanyahou lui-même est resté silencieux sur l’issue de l’affaire et on ne s’attend pas à entendre son avis avant sa prestation de serment comme Premier ministre, probablement en fin de semaine prochaine. Il espérait que le cabinet Olmert libèrerait Shalit avant que le nouveau gouvernement ne prenne le pouvoir.

En outre les sanctions israéliennes contre les Gazaouis déjà mortifiés incluraient de renforcer encore le blocus et d’interdire l’entrée de produits essentiels et de consommation courante. Ce qui représente un défi direct pour les appels étatsuniens et européens de plus en plus nombreux pressant Israël de relâcher un siège draconien qui dure depuis trois ans.

20 mars 2009 - Al-Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à : http://weekly.ahram.org.eg/2009/939...
Traduction de l’anglais : Marie Meert

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article



Mardi 24 Mars 2009


Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires