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Covid-19 : bilan d’étape de la crise multidimensionnelle et pistes alternatives



Eric Toussaint
Dimanche 19 Avril 2020

La crise sanitaire est loin d’être résolue. Le système capitaliste et les politiques néolibérales ont joué un rôle fondamental à tous les stades. Il est utile de réaliser un premier bilan d’étape des derniers mois. Cette crise représente aussi l’occasion de prendre conscience de la nécessité de modifier radicalement la société dans son mode de vie, son mode de propriété, son mode de production et son rapport à la Nature. Seule l’auto-organisation et l’action populaire pourront permettre les changements nécessaires.

 Première étape

A l’origine de ce virus, une transformation effrénée des rapports entre l’espèce humaine et la Nature qui a renforcé à outrance l’exploitation de la Nature et l’exploitation des humains par la classe capitaliste
A l’origine de ce virus, une transformation effrénée des rapports entre l’espèce humaine et la Nature qui a renforcé à outrance l’exploitation de la Nature et l’exploitation des humains par la classe capitaliste. La crise sanitaire a un lien avec la crise écologique. La transmission du virus venant d’animaux sauvages vers l’espèce humaine est à remettre dans ce contexte. Les maladies provoquées au cours des 20 dernières années par plusieurs virus de ce type avaient déjà alerté de la gravité de la situation. Alors que des chercheurs du secteur public le leur demandaient, les gouvernements capitalistes ont refusé de réunir les moyens pour approfondir la recherche et de tenter de se doter d’un instrument efficace pour faire face à une nouvelle épidémie. Ils voulaient laisser à l’initiative privée le soin de trouver éventuellement des remèdes. Or l’industrie pharmaceutique est motivée par la recherche du profit et elle n’a pas été convaincue que ce serait rentable d’investir des dizaines ou des centaines de millions dans la recherche et la production d’un vaccin pour ce type de maladie. Le Big pharma, la grande industrie pharmaceutique, avait d’autres priorités.

 Deuxième étape

Le virus s’est répandu d’un continent à l’autre suite à la circulation effrénée des personnes et des biens autour de la planète qui va de pair avec un développement totalement exagéré du transport aérien dans le cadre de la mondialisation capitaliste. Les compagnies aériennes, jusqu’à la veille du confinement dans plusieurs pays et de la fermeture des frontières de beaucoup d’États, étaient lancées dans une concurrence exacerbée pour gagner des parts de marché et ouvrir de nouvelles routes.

 Troisième étape

 
On prend conscience que les systèmes de santé publique qui ont été mis à mal par 40 ans d’offensives néolibérales, ne sont pas à même de répondre comme il le faudrait à l’expansion du virus.

 Quatrième étape

On prend conscience que si le virus peut s’attaquer à n’importe quel individu, l’appartenance de celui-ci aux classes populaires le rend beaucoup plus vulnérable que s’il appartient à la classe capitaliste. Les êtres humains sont affectés différemment selon leur appartenance à une classe sociale, selon leur sexe et orientation sexuelle, selon le pays de résidence, selon leur âge, selon leur caste (en Asie du Sud) et selon d’autres facteurs. Les différentes formes d’oppression et d’exploitation vont être exacerbées dans une série de cas.

 Cinquième étape

Le 1 % le plus riche continue à tirer profit de la situation
La crise sanitaire aggrave d’une manière très importante et brutale la crise économique qui avait démarré bien avant https://www.cadtm.org/Non-le-coronavirus-n-est-pas-le-responsable-de-la-chute-des-cours-boursiers. La crise en cours est plus grave que toutes celles qui ont eu lieu au cours des 70 dernières années. Des centaines de millions de personnes perdent subitement leur gagne-pain et sont mis en chômage.
Malgré la chute des valeurs boursières et la mise à l’arrêt d’une grande partie de l’appareil de production au niveau international, le 1 % le plus riche continue à tirer profit de la situation https://www.cadtm.org/Pour-affronter-la-crise-capitaliste-multidimensionnelle-il-faut-exproprier-les

 Sixième étape

La crise économique internationale provoque une chute brutale des cours des matières premières ce qui affecte directement les pays qui sont restés dépendants de leur exportation pour se procurer des revenus nécessaires au financement/remboursement de leurs dettes. L’activité économique baisse brutalement et de manière très forte. Les pays du Sud sont victimes de la décision des grandes entreprises et des fonds d’investissement du Nord de retirer leurs capitaux du pays pour les rapatrier vers leur maison-mère et les insérer dans un schéma d’optimisation fiscale.
En conséquence, une nouvelle crise de la dette des pays du Sud global et en particulier des pays exportateurs de matières premières a commencé et les mouvements sociaux du Sud appellent à la suspension et à l’annulation des dettes publiques https://www.cadtm.org/Amerique-latine-et-Caraibe-Appel-des-peuples-indigenes-des-afro-descendants-et et https://www.cadtm.org/Annulation-de-la-dette-publique-des-pays-africains-pour-leur-permettre-de-faire

 Septième étape

Jusqu’à preuve du contraire, les classes dominantes et les gouvernements des pays affectés par la chute du prix des matières premières souhaitent éviter la suspension du paiement de la dette publique. Ils sollicitent l’annulation de la dette mais ne procèdent pas à la suspension unilatérale du paiement alors que les circonstances dramatiques justifient parfaitement le non paiement de la dette afin de trouver des ressources immédiates pour faire face à la crise sanitaire et à la crise économique. Les annonces d’annulation de dette de la part du président français Emmanuel Macron https://www.cadtm.org/L-annulation-massive-de-la-dette-africaine-annoncee-par-E-Macron-accouche-d-une, du FMI https://www.facebook.com/watch/?v=221597712506426, de la Banque mondiale, du G7, du G20 et du Club de Paris sont de vastes arnaques. Il n’y a jusqu’ici aucune authentique annulation de dette car les créanciers veulent maintenir dans un lien de subordination les gouvernements des pays débiteurs.
Les arguments ne manquent pas pour suspendre le paiement de la dette
De même au Nord, aucun gouvernement ne met en pratique à ce stade la suspension de paiement alors que c’est le moyen le plus rapide et efficace de dégager des ressources financières afin de faire face aux dépenses urgentes nécessaires au combat contre le coronavirus [1]. Les mobilisations populaires doivent les y forcer.
Les arguments ne manquent pas pour suspendre le paiement de la dette : https://www.cadtm.org/Pour-combattre-le-Covid-19-Pourquoi-et-comment-suspendre-immediatement-le

 Huitième étape

Les classes dominantes comptent bien utiliser une nouvelle fois la stratégie du choc
Les gouvernements, les banques centrales des grandes puissances, le FMI et la Banque mondiale ont lancé un plan massif de création de nouvelles dettes publiques afin de sauver le système qui est en train de chavirer. Sous prétexte de venir en aide à l’économie et à l’emploi, les banques centrales et les gouvernements apportent des quantités énormes de financements aux grandes entreprises privées (tous secteurs confondus : finance, industrie, commerce…) et à leurs grands actionnaires. Ces financements génèrent immédiatement de nouvelles dettes publiques https://www.cadtm.org/Nous-ne-paierons-plus-leurs-crises.

 Neuvième étape

Les plans de sauvetage mis en place par les grandes banques centrales et les gouvernements canalisent vers les grandes banques privées les nouveaux moyens financiers créés. Or les grandes banques privées ne sont pas intéressées à utiliser massivement cette manne financière pour relancer l’activité économique ou pour combattre la crise sanitaire et écologique. En réalité, les plans de sauvetage servent dans l’immédiat à protéger les intérêts des grands actionnaires des grandes entreprises. Ils n’empêcheront pas certaines bulles spéculatives d’éclater (notamment dans le secteur des titres de dettes privées, en particulier celles des entreprises privées) et ils en créeront d’autres.

 Dixième étape

Les classes dominantes comptent bien sur l’énorme augmentation des dettes publiques pour imposer dès que possible une nouvelle offensive contre les droits des travailleur·ses, contre les biens communs, contre les services publics… Elles comptent bien utiliser une nouvelle fois la stratégie du choc.
Dès maintenant, de nombreux gouvernements se font donner les pleins pouvoirs sur des matières qui vont bien au-delà de la crise sanitaire et leurs chefs de la sécurité rêvent d’étendre dans le temps les mesures de contrôle social.
La fermeture des frontières est une aubaine pour les gouvernements qui ont constamment restreint l’accueil des migrant·es et des réfugié·es.
Les classes dominantes et leur gouvernement veulent donner l’impression que tout change afin que tout reste en place au niveau du système capitaliste et patriarcal
Voilà leur plan pour le retour à la normalité.
Les classes dominantes et leur gouvernement veulent donner l’impression que tout change afin que tout reste en place au niveau du système capitaliste et patriarcal.
Et du côté de la riposte populaire ?
Une grande partie de la population, qui exprimait déjà très clairement de la sympathie pour les luttes des personnels de santé avant l’épidémie du coronavirus, est maintenant tout à fait consciente de l’importance de l’action menée par tous les personnels de santé et savent qu’ils ne sont pas réellement écoutés par les gouvernants.
Maintenant, il sera extrêmement difficile à ces gouvernants de défendre l’idée qu’il ne faut pas investir massivement dans la santé publique. Les gens vont comprendre que leur survie est en jeu. Ils vont comprendre que, si on passe le cap de cette pandémie sans effets hyperdramatiques (ils sont déjà catastrophiques), il faut s’attendre à ce que ce type de maladie revienne.
Il faut donc un système de santé vraiment très solide. Au-delà, les gens peuvent constater les difficultés qu’implique certainement le confinement, cependant ils ne sont pas sourds : s’ils habitent à proximité de parcs, ils réentendent ce qu’ils n’entendaient pas depuis longtemps, à savoir des petits oiseaux qui chantent. Ils réentendent autour d’eux des bruits simples qu’on n’entendait plus, tellement ils étaient couverts par celui du fonctionnement irrationnel de notre système de consommation.

 L’après, c’est maintenant

C’est maintenant qu’il faut agir. Il y a d’abord l’autodéfense par rapport au coronavirus. Bien sûr, il faut respecter des mesures de confinement vu qu’il n’y a pas de vaccin. Si on est travailleur/travailleuse dans des entreprises non essentielles, il faut en obtenir la fermeture et l’arrêt de l’activité. Parce qu’il n’est absolument pas normal que des patrons exigent des travailleurs de continuer à se rassembler sur un lieu de travail si leur activité n’est pas essentielle.
Pourquoi la Bourse doit-elle continuer de fonctionner ? Fermons la Bourse
Il faut obtenir la réquisition de structures qui permettent de fabriquer ce dont on a besoin : des respirateurs, du gel hydroalcoolique et des masques. Il faut réquisitionner des infrastructures privées, comme des hôtels, pour augmenter le nombre de lits disponibles, notamment pour toutes les personnes sans domicile fixe qu’il faut héberger dans de bonnes conditions et de toute urgence.
Et puis il faut se mobiliser pour dire : pourquoi la Bourse doit-elle continuer de fonctionner ? Fermons la Bourse. Ensuite, les banques, au lieu de les sauver une nouvelle fois comme elles ont été sauvées après 2008, il faut les socialiser. Les entreprises pharmaceutiques, le «  Big Pharma  », devraient être elles aussi socialisées. Les grandes entreprises comme Novartis, Sanofi, Roche, GlaxoSmithKline, Bayer et autres devraient être mises au service de l’intérêt général. On devrait donc réorganiser la recherche et les remèdes qu’elles produisent dans ces entreprises pharmaceutiques qui doivent devenir de propriété publique.
Socialiser les entreprises pharmaceutiques et relocaliser + recréer des circuits courts
Tout cela demande une bataille extrêmement forte pour des changements fondamentaux. C’est l’occasion de constater que, avec les mesures de confinement et de réduction de l’activité, il y a une baisse évidente de la pollution atmosphérique. Elle montre qu’il faut arrêter de fonctionner de manière frénétique comme on l’a fait jusqu’à présent, et que la question de la mobilité doit être totalement revue. Cela implique de devoir relocaliser et recréer des circuits courts. Certains le font déjà, des associations en font la promotion, mais il faut l’organiser à l’échelle de la société. Il faut réduire drastiquement les déplacements, ainsi que les distances entre producteurs et consommateurs.
Il ne faut pas oublier qu’il y a trois mois, l’urgence était climatique. C’est sorti complètement des esprits parce qu’il y a un matraquage total sur le coronavirus, et on ne parle pas des autres problèmes auxquels la planète est confrontée. Nous ne voulons pas revenir à la situation précédente, parce que c’est elle qui a produit les conditions de l’extension de la pandémie : les déplacements en avion complètement démentiels, qui font que, à partir d’un seul foyer dans une partie de la Chine, le coronavirus s’est répandu partout autour de la planète. Le tout à l’automobile produisant une raréfaction et une dégradation des transports publics. L’agrobusiness produisant de la mal bouffe en masse. Le sous-investissement dans la santé publique. Un changement fondamental s’impose.

 Plutôt que de demander des nationalisations, exigeons la socialisation

Les nationalisations, telles que les rêvent certains membres du gouvernement et des patrons qui voient que leur entreprise va mal, consistent à racheter au prix fort leurs actions. C’est-à-dire que l’État rachète aux grands actionnaires, peut-être même au-dessus de leur valeur actuelle, des actions qui se sont écrasées en Bourse. Et il met évidemment la facture de l’indemnisation des actionnaires à charge du Trésor public, donc sur le dos du peuple qui l’alimente par les impôts et les taxes.
Il n’est pas question pour nous d’indemniser les grandes entreprises appartenant à des grandes familles et à des grands fonds d’investissement privés, mais de les exproprier purement et simplement
De notre point de vue, nous voulons parler d’expropriation sans indemnisation des grands actionnaires, sans pour autant priver les petits actionnaires du remboursement de leurs actions. Ces petits actionnaires représentent un pourcentage très minoritaire des entreprises, parce qu’il n’y a pas de capitalisme populaire, ni en Europe, ni aux Amériques, ni en Asie ou en Afrique. L’écrasante majorité de la population ne possède pas d’actions. Les actions des grandes entreprises appartiennent à des grandes familles et à des grands fonds d’investissement privés. Ceux-là, il n’est pas question pour nous de les indemniser, mais de les exproprier purement et simplement.
Concernant le capitalisme populaire, il y a un mythe qui a été créé à ce sujet. En réalité, ce mythe a surtout été développé là où on a déjà privatisé une partie du système de retraites, comme c’est le cas aux États-Unis, aux Pays-Bas, au Chili… Aux États-Unis, une partie des travailleurs sont obligés de cotiser à un fonds de pension privé qui investit leur épargne en Bourse. C’est ce qu’on appelle le Plan 401 (k) [2], qui a été créé sous Reagan. Ce système-là souffre énormément, puisque les Bourses se sont effondrées de 25 à 35 % tout autour de la planète.

 Suspendre immédiatement le paiement de la dette publique et annuler/répudier la partie illégitime

L’urgence n’est pas de sauver les grands actionnaires des banques et des grandes entreprises privées : l’urgence est de répondre aux besoins de financement du secteur de la santé et aux besoins de protection de toute personne qui aujourd’hui ne dispose pas de logement, d’accès à l’eau, à l’électricité, à l’alimentation ou à des revenus permettant de se les procurer.
Pour répondre à ces besoins et libérer les fonds nécessaires, le CADTM exige un moratoire sur le paiement de la dette publique mais aussi un moratoire pour les dettes privées des couches populaires et la mise en place d’un impôt de crise sur les grandes entreprises et sur les 10 % des patrimoines les plus riches ainsi que sur les revenus du décile le plus riche.
La suspension immédiate du paiement des dettes publiques doit être combinée à un audit à participation citoyenne afin d’en identifier la partie illégitime et l’annuler.
Le moratoire sur les dettes privées des classes populaires concerne aussi bien au Sud la suspension des dettes liées au microcrédit ou à la consommation que d’autres dettes. Il en va de même au Nord où la suspension du paiement des dettes privées doit concerner toutes les formes de dettes : dettes hypothécaires, dettes étudiantes, dettes pour les soins de santé, dette de consommation, etc. Certaines de ces dettes devront être purement et simplement annulées et cela aux frais des prêteurs (principalement les banques) et pas aux dépens du trésor public.
Le CADTM se joint à tous celles et ceux qui exigent que les entreprises et/ou l’État prenne en charge les salaires des travailleur·ses en suspension d’activité, ainsi que ceux des personnes précaires, des intérimaires, des indépendants et des saisonniers, sans aucune récupération des heures chômées ni consommation des droits aux congés payés.
L’État doit assurer le versement des salaires en lieu et place des employeurs qui refuseraient de payer, et leur imposer des amendes en retour afin de récupérer les sommes dépensées.
Mise à l’arrêt complet de toutes les activités non essentielles
Un revenu décent doit également être versé aux chômeur·ses, aux stagiaires, aux étudiant·es jobistes et aux personnes sans droit aux allocations.
Dans l’urgence, ces mesures doivent être combinées à la mise à l’arrêt complet de toutes les activités non essentielles ; l’interdiction des licenciements et la réintégration des salarié·es licencié·es depuis le début de la crise ; la fourniture gratuite de moyens de protection à tous·tes les salarié·es encore en activité ; la garantie du droit de retrait en cas de non-respect des conditions de sécurité ; l’arrêt de toutes les expulsions de locataires ; la suspension des loyers, des crédits personnels, des factures d’eau et d’énergie pour tous ceux et celles qui ont subi une perte de revenus et dont le revenu est inférieur à un montant à déterminer ; la mise à disposition de logements corrects pour toutes les familles vivant dans des logements précaires ou sans abris ; la mise en place immédiate de mesures de protection pour les femmes victimes de violences conjugales, pour les enfants victimes de violence, impliquant des décisions rapides d’éloignement des conjoints violents ; l’arrêt des expulsions et la régularisation immédiate de tous·tes les sans-papiers et réfugié·es avec accès immédiat à tous les systèmes de protection sociale.
À plus long terme, d’autres mesures permettraient de répondre aux besoins de financement des États : le financement public par la banque centrale à taux zéro pour rompre avec le chantage des marchés ; la socialisation sous contrôle citoyen du secteur bancaire et des assurances https://www.cadtm.org/Comment-socialiser-le-secteur-bancaire ; une réforme radicale de la fiscalité sur les patrimoines et les revenus ; la répression et l’interdiction des réseaux d’évasion fiscale des grandes entreprises ; la taxation des transactions financières au-dessus d’un certain plafond ; l’annulation des dépenses militaires et la reconversion des travailleur·ses du secteur ; une taxe sur le kérosène et une limitation drastique des transports aériens ; la fermeture des centrales nucléaires ; l’expropriation et la mise sous contrôle citoyen des secteurs essentiels y compris celui de l’énergie.
Par ailleurs, cette crise a montré à quel point nos sociétés reposent sur le travail de soin aux autres, qui est, dans son écrasante majorité, exercé par des femmes. Il faut reconnaître cette réalité pourtant trop souvent ignorée et pousser pour qu’elle soit prise en charge par le secteur public (voir https://cadtm.org/Au-temps-du-coronavirus-pour-le-droit-a-des-services-d-education-de-sante-et-de).

 Résumé et conclusions

La crise économique a précédé de près d’un an la crise sanitaire https://www.cadtm.org/Non-le-coronavirus-n-est-pas-le-responsable-de-la-chute-des-cours-boursiers mais celle-ci qui lui a donné une ampleur monumentale.
Cette crise représente l’occasion d’obtenir un vrai changement des règles du jeu pour modifier radicalement la société dans son mode de vie, son mode de propriété, son mode de production et son rapport à la Nature
La crise sanitaire a un lien avec la crise écologique (voir la première étape). La crise multidimensionnelle du système capitaliste est mise à profit par les gouvernements et les classes dominantes pour appliquer une stratégie du choc (augmentation radicale de la dette publique pour protéger les intérêts du système capitaliste et du 1 % le plus riche, augmentation du contrôle des populations, préparation de nouvelles attaques aux droits sociaux qui seront justifiées au nom du remboursement de la dette).
Cette crise représente aussi l’occasion d’obtenir un vrai changement des règles du jeu pour modifier radicalement la société dans son mode de vie, son mode de propriété, son mode de production et son rapport à la Nature, en donnant la priorité aux biens communs, à la souveraineté alimentaire et à la relocalisation de la production matérielle et des services, en adaptant une manière de travailler et de produire qui soit compatible avec la lutte contre la crise écologique.
Il nous faut planifier la décroissance tout en améliorant les conditions de vie, élargir la sphère des services publics, le contrôle citoyen et la démocratisation, pour rompre avec la société du 1 % des plus riches et réaliser une révolution écologiste, socialiste, autogestionnaire, féministe et antiraciste. Cette révolution aura lieu seulement si les victimes du système capitaliste et de la société patriarcale entrent en auto-activité et s’auto-organisent pour dégager le 1 % et son personnel politique des différents centres du pouvoir pour créer un véritable pouvoir démocratique.

Merci à Omar Aziki, Damien Millet, Brigitte Ponet et Claude Quémar pour leur relecture.

Notes
[1D’autres mesures très faciles à prendre peuvent libérer des ressources financières : établir un impôt de crise sur les grosses fortunes et les très hauts revenus, prélever des amendes sur les entreprises responsables de la grande fraude fiscale, geler les dépenses militaires, mettre fin aux subsides aux banques et à des grandes entreprises…
[2Aux États-Unis, des dizaines de millions de salariés dépendent pour leur retraite du plan 401K créé du temps de Ronald Reagan. Ils sont directement soumis aux aléas des cours boursiers. Dans le cas du scandale de la faillite d’Enron 2001, les dirigeants du fonds de pension avaient investi 62 % du capital en actions de l’entreprise. Le fonds a suivi dans sa chute le cours de l’action Enron. Voir Éric Toussaint, La Finance contre les Peuples, CADTM-Cetim-Syllepse, 2004, chapitre 5. À noter que les chutes des cours boursiers aux États-Unis en février-mars 2020 vont avoir un effet catastrophique sur les retraites qui dépendent de la capitalisation boursière (ce sera particulièrement grave dans les pays dont les gouvernements ont le plus attaqué les systèmes de retraite par répartition).
Eric Toussaint docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.


http://www.cadtm.org/Covid-19-bilan-d-etape-de-la-crise-multidimensionnelle-et-pistes-alternatives


Dimanche 19 Avril 2020


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