PRESSE ET MEDIAS

Courrier à RSF


Dans la même rubrique:
< >

Mardi 29 Novembre 2016 - 08:00 LIVRE: Le Manifeste de la Raison Objective


"Reporters sans frontières condamne la décision, annoncée le 28 décembre par le président Hugo Chávez, de mettre fin à la licence de Radio Caracas Televisión (RCTV), le plus ancien canal commercial du Venezuela. Reporters sans frontières dénonce cette grave atteinte au pluralisme des médias."

Courrier à RSF
par POGGI NUMANCIA


Numancia Martinez Poggi
Lundi 8 Janvier 2007

Courrier à RSF
Voici le mail que j’ai envoyé le 30 décembre 2006 à RSF (ameriques@...) il y a maintenant une semaine. Je n’ai aucune reçu aucune réponse. Peut-être qu’ils ont levé le pied de la militance juste après le communiqué contre Chavez. Peut-être que j’ai pas su m’expliquer. Peut-être qu’il y avait un vide de pouvoir.

à

ameriques@rsf.org

A Reporters sans Frontières Personnes responsables du secteur Amériques

Le 30 décembre 2006 Punta del Este

Chers messieurs,

Je prends connaissance de votre condamnation, le 29 décembre 2006, de l’annonce faite par le président vénézuélien de "mettre fin à la licence de Radio Caracas Télévision, le plus ancien canal [sic] commercial du Venezuela". Je ne sais trop ce que vous entendez par "canal", et encore moins par "commercial", mais là n’est pas le plus important.

Nous savons depuis Orwell au moins le rôle des médias dans le contrôle des citoyens, contrôle émotionnel, contrôle politique, contrôle culturel, etc. Nous savons par ailleurs le rôle de la CIA, parmi d’autres agences, dans les milieux médiatiques pour faire faire prévaloir une culture, des idées, des thématiques, des points de vue, etc., favorables à la diplomatie états-unienne. Frances Stonor Saunders, par exemple, a écrit un ouvrage sur ces questions-là. Vous pouvez le lire, il n’est pas trop long et il est en français.

En gros vous considérez que le fait qu’une chaîne de télévision appartienne à l’opposition, ou n’appartienne pas à un courant proche du gouvernement ne justifie pas sa fermeture. Ce point de vue semble sain et raisonnable.

Cependant la situation médiatique vénézuélienne est tout à fait spéciale : les chaînes privées ne sont pas seulement des chaînes d’opposition, ce sont des chaînes qui s’opposent "au régime" comme elles le disent elles-mêmes ; c’est-à-dire qu’elles s’opposent à l’ordre constitutionnel. Je vous propose une devinette : pourquoi il n’existe pas, exemple vraiment pris au hasard, en Espagne un seul grand journal, une seule chaîne de télévision, une seule radio, qui conteste le système monarchique fondé par Francisco Franco ? Ce n’est qu’un exemple, on en citerait mille autres sans difficulté majeure.

Imaginerait-on en France un système télévisuelle qui serait tout entier géré par la Fédération Anarchiste, avec quelques radios par-ci par-là permettant au Facteur de faire campagne ? Ce serait merveilleux, mais en plus, imaginez qu’au cas où le gouvernement de droite ou de gauche mais pas libertaire du tout essaie du bout des doigts de récupérer quelque souveraineté sur son espace hertzien, les grands défenseurs de la liberté d’expression se mobilisent et crient au loup et à l’oppression ? Et encore, mon exemple est déloyal vis-à-vis de la Fédération Anarchiste parce que cette dernière prône la non-violence.

Les chaînes privées vénézuéliennes ont défendu avec frénésie tous les coups d’Etat violents ces dernières années commis au Venezuela, en avril 2002 par exemple, en octobre 2002 par exemple. Militaires insurgés vaincus et marginalisés, mais militaires insurgés tout de même ! Vérifiez. Regardez les archives. Elles sont disponibles. Je peux vous les faire parvenir. Pourquoi n’existe-t-il pas une seule chaîne en Colombie où les journalistes fassent hilares et arrogants, continûment, de la propagande en faveur des FARC-EP ? Ou, en l’occurence, ne serait-ce qu’une fraction de seconde ? En Colombie c’est même encore plus fort, le fait de simplement tenir un discours en partie semblable à celui de la guérilla fait de vous un subversif, donc un criminel délinquant, donc vous mène dans le meilleur des cas en prison...

Considérez-vous que si un Etat (si on peut parler d’Etat souverain au Venezuela il y a 75 ans... mais passons) donne une concession à un individu pour utiliser l’espace hertzien, ce même Etat perd définitivement tous ses droits sur cet espace ? Connaissez-vous dans le monde un autre exemple ou l’Etat a retiré un espace hertzien à une chaîne de télévision (ultra-hostile ou pas) au moment où se terminait la concession qui lui avait été donnée ? Avez-vous déjà condamné ce geste ? Si non pourquoi ? Ou me direz-vous que le régime totalitaire vénézuélien est le premier à respecter scrupuleusement le délai d’une concession d’une chaîne de télévision qui s’est mise au service de la subversion (parfois violente) ?

Je vous souhaite bonne réception.

Je vous souhaite une bonne fin d’année.

J’espère néanmoins que pour l’année 2007 vous réaliserez votre noble travail de vigilance de façon un peu plus réservée et plus réfléchie concernant le Venezuela.


Source: CSP


Lundi 8 Janvier 2007

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS

Publicité

Brèves



Commentaires