Coup d’Etat pro-sioniste en Turquie
On Shamireaders, 13 juin 2008
shamireaders@yahoogroups.com
traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier
Des développements dramatiques en Turquie, où
les juges de la cour constitutionnelle (la composante la plus réactionnaire de
l’establishment), conjointement aux kémalistes alliés aux généraux
pro-américains, soutenus par les sionistes et les néocons, ont mis en scène un
coup contre Erdoğan, un modéré, ami de la Russie et de l’Iran, démocratiquement élu.
L’article qui suit est d’un analyste indien reconnu, Bhadrakumar. Les ennemis
de la démocratie et nos ennemis sont athées – et cela nous amène à y réfléchir
à deux fois au sujet des projets d’ « Etat laïc », de
« medina chilonit », des juifs antisionistes. Notre ami Paul Eisen,
de Londres, l’a résumé de manière succincte : un « Etat laïc »,
c’est une autre forme de domination juive. Nous l’observons tout aussi bien en
Europe – les plus laïcs des pays, la
France et l’Angleterre, sont les plus lourdement influencés
par leurs communautés juives. En revanche, un pays très influencé par l’Eglise
comme la Grèce
est parmi les plus libres par rapport à l’influence judéo-américaine. La Russie et l’Iran sont des
Etats non-laïcs. En Turquie, le sécularisme n’est qu’une forme, parmi d’autres,
de soumission à Sion. Voici l’article en question : (Israël Shamir)
Etat d’alerte au sujet des problèmes politiques
en Turquie
par M. K. Bhadrakumar *
Le récent verdict rendu par la cour constitutionnelle turque,
cassant la tentative du gouvernement d’Ankara de créer une base légale
permettant de lever l’interdiction du port des voiles pour les femmes
fréquentant les universités, dresse le décor d’une bataille titanesque entre le
parti au pouvoir du Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan et l’élite laïque de la Turquie, laquelle inclut
la justice, l’armée et les « kémalistes ».
Le Parti de la Justice
et du Développement (AKP) d’Erdoğan mène une bataille de la dernière chance
pour sa survie, pas même un an après sa victoire spectaculaire aux élections
législatives de juillet dernier, au cours desquelles il s’était assuré un score
sans précédent de 40 % des suffrages exprimés. D’après un commentateur
politique de haut niveau, Ilnur Cevik, « nous assistons actuellement, en
Turquie, à une tentative de coup inspiré par le milieu judiciaire et soutenu
par les formations élitaires sécularistes. » Cevik avait averti, voici
quelques semaines de cela, : « Ces dernières décennies, en Turquie,
les coups d’Etat militaires ont été remplacés par des interventions
postmodernes, dans lesquelles certaines formations civiles élitaires sont
encouragées à défier le gouvernement élu, ainsi que le parlement, et à imposer
leur volonté à la nation. »
Mais ce qu’il est en train de se passer ne peut être vu simplement
comme des querelles politiciennes. En effet, ce sont des questions très
profondes, qui sont en cause. Le cœur de la question, c’est de savoir si le
type d’Islam politique pratiqué par l’AKP sera autorisé à fonctionner à
l’intérieur des quatre murs des principes démocratiques et à se transformer,
graduellement, de manière incrémentale, en une force progressiste, plutôt que
de se voir refoulé dans le piège de la radicalisation.
Le résultat de ce bras-de-fer sera observé de très près au
Moyen-Orient et partout où des musulmans pratiquants se battent, au sujet des
questions des relations entre l’Etat et la religion. Inutile
de préciser que l’instabilité politique croissante en Turquie aura des
répercussions internationales massives, en des temps où l’observation hostile
entre les Etats-Unis + Israël, d’un côté, et l’Iran, de l’autre, se rapproche
d’un climax fatal, dans le courant des mois à venir.
Il a semblé, durant un certain temps de flottement, que les
élections de l’année dernière, en Turquie, aboutiraient à générer un équilibre
entre Islam, démocratie, laïcité et modernité. L’AKP a assuré ses mandats en
tant que parti de croyants pratiquants, mais aussi en tant que parti du
« Turc moyen » (pour citer Erdoğan), bien plus qu’en tant que parti
profondément enraciné dans l’Islam.
L’AKP a insisté sur le fait que sa mission première réside dans
l’intégration des différents segments de la société, en tant que mouvement
dédié à la « socialisation » de la laïcité. L’AKP a défié
la variété de laïcité intégriste régnant en Turquie, qu’il a accusé d’être un
concept unidimensionnel, que les kémalistes turcs tiennent pour le stade ultime
de l’évolution intellectuelle et organisationnelle de leur société. L’AKP a
affirmé que la Turquie
ne doit pas rester figée, et qu’elle doit, au contraire, évoluer, en cohérence
avec la compréhension que des sociétés démocratiques modernes ont de la laïcité
libertaire, qui offre un espace pour la cohabitation d’individus ayant des
convictions et des styles de vie différents, dans la société.
La conviction de l’AKP, c’est que le sécularisme ne saurait être
conçu comme une alternative à la religion, étant donné que c’est non pas
l’individu, qui est laïc, mais l’Etat. On peut considérer que cette approche ne
diffère pas réellement du nationalisme laïc d’inspiration européenne qui a
fourni l’ossature idéologique du système étatique anglo-français, au
Moyen-Orient, après la chute de l’Empire ottoman, en 1918.
Mais ce qui est en cause, c’est cette réalité, que les régimes
nationalistes dans la région – y compris en Turquie – ont de plus en plus perdu
leur légitimité politique durant les dernières décennies, ce qui a, a son tour,
créé un vide que l’islamisme aspire de plus en plus à remplir. Le camp
sécularistes discrédité est incapable de relever les défis de l’islamisme, qui
a fait montre d’une habileté remarquable à intégrer les griefs
socio-économiques, à les formuler dans un idiome révolutionnaire séduisant, et
à leur donner la coloration d’un nationalisme antioccidental extrêmement
répandu dans tout le Moyen-Orient.
A n’en pas douter, la politique mondiale post-11 septembre (2001)
et l’ « islamo-fascisme » dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne
insistent à dire qu’il est au cœur de la « guerre contre le
terrorisme », ont énormément boosté la plateforme programmatique de
l’Islam politique. Pour dire les choses simplement, les forces islamistes sont
en train de défier frontalement les espèces ayant cours du pouvoir politique.
En recourant à des méthodes populistes, telle la formation de
groupes de quartiers, et par leur habileté indéniable à maîtriser les médias,
en particulier la télévision, ils se sont adressés à de vastes audiences afin
de mobiliser les masses musulmanes. Théoriquement, pour pouvoir se dire laïcs,
un système politique ne doit pas interdire les partis politiques confessionnels.
Des pays tels que l’Inde, Israël et l’Allemagne se sont dotés d’un système
politique inclusif qui autorise la participation des confessions religieuses ou
de partis fondés sur la religion à la vie publique. La règle d’or devrait être
que des partis comme l’AKP doivent respecter des normes très strictes de
résolution non-violente des différends politiques. Et, dès lors que des partis
tels ceux-là existent, comme l’AKP, par exemple, qui sont attachés aux
principes démocratiques et qui ont reçu du peuple le mandat de gouverner, ils
doivent être autorisés à le faire, et à s’intégrer au système politique.
Aussi ne devrait-il y avoir nul désaccord quant au fait que l’AKP
a réussi au test au papier de tournesol, à savoir qu’il a réussi à être un
parti politique fonctionnant conformément aux normes démocratiques. Mais le
problème est ailleurs. Des sondages d’opinion récents ont montré que l’AKP
continue à surfer sur une puissante vague de popularité. En janvier dernier, sa
popularité atteignait les 54 % (à comparer au principal pari
« kémaliste », le Parti Républicain du Peuple, dont l’acronyme turc
est CHP, qui n’atteint qu’un score d’environ 20 %).
L’économie et la stabilité politique ont été des facteurs clés de
la popularité constante de l’AKP. Manifestement, comme l’a écrit récemment
l’éditorialiste turc Tahya Akyol dans son journal libéral, le Milliyet :
« Le CHP n’est pas vraiment influencé par les développements sociaux. Il
tourne autour d’une base électorale stable et constante… Le soutien élevé, mais
fluctuant, dont bénéficie l’AKP, montre que ce parti est sensible à la
conjoncture sociale. Le fait que le soutien au CHP soit bas, mais stable,
montre que ce parti n’est pas autant affecté par le social. Ainsi, des millions
de patrons de PME, de fermiers et de chômeurs ont des problèmes, et les appels
à la démocratisation de la société ne font que croître, mais ces millions de
personnes ne voient pas une alternative à l’AKP dans le CHP… Celui-ci n’est pas
un parti exprimant la défense de besoins sociaux ; non, c’est un parti
élitiste et idéologique.
« La structure élitiste et idéologique du CHP, inflexible et
insensible aux revendications sociales, interdit à ce parti de devenir un parti
de masse, pour les Turcs moyens… Le Turc moyen rejette un Etat théocratique,
mais il veut que la religion soit respectée ; il croit à la laïcité
démocratique, mais il veut que l’interdiction du voile soit levée ; et il
apporte une importance au fait que tous les aspects de la vie courante ne
deviennent pas des problèmes. A l’évidence, ce Turc moyen vote généralement
pour l’AKP, un parti auquel il n’existe pas d’alternative, parce que,
malheureusement, nous n’avons pas de parti social démocrate qui serait soutenu
par des millions de citoyens ordinaires, originaires de toutes les régions de la Turquie. »
De manière significative, l’élite militaire turque n’a pas perdu
une minute pour endosser la décision prise par la cour constitutionnelle
mercredi dernier. La haute hiérarchie militaire avait observé un profil bas
depuis le succès électoral massif de l’AKP lors des législatives de juillet
2007.
Mais, la semaine dernière, elle a montré sa tête, par-dessus le
parapet. Le chef suprême de l’armée, le général en chef de l’Etat-major Mehmet
Yasar Büyükanit, a retrouvé son élan perdu. Il a tonné : « La République turque est
le seul pays, dans le monde musulman, à avoir une structure laïque. D’aucuns
veulent détruire la structure laïque de la Turquie, ou qualifier le nom de notre pays au
moyen d’épithètes. Les corps judiciaires ne le permettront jamais. Aucun
pouvoir ne sera jamais assez puissant pour renverser la République et ses
principes fondamentaux. »
Le général condamnait ainsi tout étranger qui aurait osé voir, en la Turquie, un « pays
islamique modéré ». Il a ajouté : « La Turquie est un pays laïc,
démocratique et social, gouverné par l’état de droit. Il est impossible de
modifier en quoi que ce soit ses caractéristiques. Cela n’est pas un
commentaire, c’est l’énonciation d’une évidence ! »
La décision de jeudi dernier est une mauvaise nouvelle, pour
Erdoğan. Un procès disjoint, intenté par le procureur de la République, est en
cours, qui fustige l’AKP pour son comportement anti-laïc et interdit à 71 de
ses dirigeants les plus éminents – dont Erdoğan et le président de la République Abdüllah
Gül – d’appartenir à un quelconque parti politique pour une
durée de cinq ans. La plupart des observateurs turcs considèrent que le verdict
de jeudi dernier fait de l’interdiction judiciaire du parti AKP une conclusion
quasi-certaine (le verdict du tribunal est attendu pour le mois de septembre ou
le mois d’octobre). Les autorités turques ont une longue tradition en matière
d’interdiction de partis politiques. Cela s’est produit à plus de vingt
reprises, dans le passé (depuis l’instauration de la République en 1921,
ndt).
Mais l’interdiction de l’AKP aurait des conséquences très graves.
Reste le fait que ce parti est le seul parti véritablement national dans le
monde politique turc. Et quelles qu’aient pu être les aberrations de son
comportement politique dans les mois récents, Erdoğan n’en demeure non moins un
homme politique au charisme immense. Sa seule « faute » est le fait
qu’il ait dirigé un mouvement représentant une menace très sérieuse pour les
élites retranchées qui veulent se faire passer pour « kémalistes » et
pour les porte-flambeaux uniques en leur genre du legs de Kamal Atatürk, en
tant que fondateur de l’Etat turc moderne.
Conformément à des pratiques bien établies par le passé par les
partis politiques frappés d’interdiction, l’AKP, selon toutes les probabilités,
pourrait toujours ré-émerger sous une bannière différente. Erdoğan, même frappé
de l’interdiction de toute activité politique, pourrait toujours rester un
acteur influent sur l’échiquier politique turc. Mais ce n’est pas tout : la Turquie serait lourdement
perdante. Son image est atteinte, sur le plan international. La revendication
d’être intégré à l’Union européenne d’Ankara en souffrirait, très certainement.
Les forces consensuelles de l’islamisme, qui sont des forces modérées – que ce
soit au Levant, en Palestine ou en Egypte – en tireraient inévitablement des
conclusions quant aux limites de la participation inclusive que peut bien
offrir la vie démocratique…
Israël et ses partisans néoconservateurs aux Etats-Unis pourraient
pousser un soupir de soulagement, de voir que le gouvernement AKP est enfin
éliminé du paysage politique de la région. Ils ont observé avec horreur le retour de
la Turquie,
sous la conduite de l’AKP, à l’intérieur du monde musulman. Le rapprochement
croissant entre la Turquie
et l’Iran, son ouverture vis-à-vis du Hamas, en Palestine, et du Hezbollah, au
Liban, ses rapports avec la
Syrie – tout cela était « anathème », pour Israël.
Le sentiment de soulagement, dans le camp néoconservateur des Etats-Unis,
est palpable. Michael Rubin, de l’American Enterprise Institute, voit dans la
personne d’ Erdoğan moins un « démocrate douteux » qu’un
« protégé » du Premier ministre russe (et ex-président) Vladimir
Poutine, qui a élargi le gap entre l’Islam et l’Occident « en encourageant
les théories du complot anti-américaines et antisémites les plus
virulentes ».
Le problème, de toute évidence, est lié au phénomène Erdoğan. Que
faites-vous, lorsque quelqu’un doté d’un acumen politique aussi extraordinaire qu’Erdoğan
apparaît comme la figure de proue de l’Islamisme, et que vous ne disposez pas
du moindre rival à mettre en face ? Le désespoir est évident, dans les
propos tenus par Rubin. Il propose une ligne directrice bien utile pour la
charte démocratique du Moyen-Orient : « Un succès électoral ne
devrait jamais placer les hommes politiques au-dessus de l’état de droit. Le
fait que M. Erdoğan ait gagné par 47 % des suffrages lors des dernières
élections ne fait qu’exacerber la tragédie, mais cela ne devrait pas lui valoir
une quelconque immunité… M. Erdoğan peut certes aspirer à être M. Poutine, mais
il ne doit en aucun cas bénéficier du soutien américain, ou européen, qui ne
ferait que conforter ses ambitions ».
A coup sûr, Israël va acquiescer aux propos de Rubin – d’autant
plus qu’il excite la belligérance à l’égard de l’Iran, du Hamas et du
Hezbollah. Pourtant, la question à un million de dollars est celle de savoir ce
que le Sénateur démocrate Barack Obama, s’il est élu président des Etats-Unis,
pensera d’hommes d’Etat musulmans charismatiques, tel celui de la Turquie, M. Erdoğan ?
[* M. K.
Bhadrakumar a été diplomate dans les services des Affaires étrangères indiennes
durant plus de vingt-neuf années. Il a notamment été ambassadeur de l’Inde en
Ouzbékistan (de 1995 à 1998) et en Turquie (de 1998 à 2001)]