Palestine occupée

Coup De Thêatre Au Liban : Le Virage En U de W. Jumblatt Place Le Hezbollah Dans Le Siège Du Conducteur


Ceux qui se sont réjouis des résultats des élections du Liban le 7 Juin ont eu une grosse surprise cette semaine, car la chance semble sourire à l'opposition menée par le Hezbollah, et Damas, au détriment de la coalition pro occidentale.


Jeudi 6 Août 2009

Coup De Thêatre Au Liban : Le Virage En U de W. Jumblatt Place Le Hezbollah Dans Le Siège Du Conducteur
Lors des élections, la coalition du 14 Mars, proche des US et de la France, a remporté 71 sièges au parlement, tandis que l'opposition, soutenue par la Syrie et l'Iran, en a obtenu 57, conservant la minorité qu'elle a depuis 2005. Cependant, le 2 Aout, le dirigeant druze, Walid Jumblatt, à la tête du parti socialiste progressif du Liban et l'un des poids lourds de la coalition du 14 Mars, a envoyé des ondes de choc à travers Beyrouth en annonçant que son alliance avec le 14 Mars avait été " conduite par la nécessité et doit se terminer".

Parlant lors de l'ouverture de l'assemblée du parti à l'hôtel Beaurivage de Beyrouth, Jumblatt a appelé à une nouvelle alliance libanaise, " sans parti pris" affirmant que le programme du 14 Mars, qu'il avait fortement encensé et auquel il avait pris part pendant des années, avait été mené " à des niveaux sectaires et tribaux". Le Futur Movement ( de Saad Hariri ndlt) a dit qu'il restait fidèle à la Révolution des Cèdres lancée avec le soutien des US en réponse à l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais, Raffic Hariri, Le père de Saad, en 2005.

Une autre surprise dans le discours de Jumblatt a été ses louanges à l'égard de la Syrie, et sa description de ces visites passées à Washington et sa rencontre avec l'ancien président George W. Bush - alors que les US essayaient de changer le régime à Damas- comme étant une "tache noire" dans son histoire. Jumblatt semble avoir réalisé - 8 mois après l'entrée en fonction de Barack Obama à la Maison Blanche - que la politique de la période Bush était maintenant obsolète au Moyen Orient. Il semble avoir conclu que plutôt que de se raccrocher à elle et se retrouver sur la touche, c'est plus sûr de changer de voie - peu importe le côté dramatique de ce changement - pour conserver une influence.

Des membres de l'opposition de l'alliance du 8 Mars ont constamment demandé un pouvoir de véto équivalent à " 1/3 de blocage", pour empêcher toute loi du cabinet Hariri portant sur la demande que le Hezbollah renonce à ses armes, ou que le tribunal international de l'ONU enquête sur l'assassinat de Raffic Hariri ( le 8 Mars ne s'est jamais opposé à cette enquête par ce tribunal ndlt).

Depuis l'élection, Saad Hariri a lutté pour former un gouvernement, l'opposition refusant de se joindre au cabinet si elle n'obtenait pas ce pouvoir de blocage au 1/3 et rappelant qu'ils avaient quitté le cabinet ministériel de Fouad Siniora en 2006 pour la même raison quand ce dernier était premier ministre - Siniora assure actuellement la fonction de premier ministre de transition.

La semaine dernière, une solution semblait avoir été trouvée. On a annoncé que l'opposition serait autorisée à choisir un des 5 ministres du groupe indépendant du Président Michel Suleiman participant au gouvernement. Il a été accepté par consensus que Suleiman nommerait le ministre de la défense, de l'intérieur et 3 ministres d'état- un Shi'ite, un Sunnite et un Chrétien.

Ainsi donc, l'opposition aurait son mot à dire en nommant le ministre shi'ite, contrôlant ainsi 11 ministres - au lieu de 10. Cela lui donnera en fait le 1/3 de blocage dans le cabinet de 30 ministres d'Hariri.

Le porte parole du parlement, Nabih Berri, un membre influent de l'opposition, est intervenu lundi en disant que les 3 ministres druzes dans le cabinet en formation d'Hariri ne pouvaient plus être considérés comme membres du 14 Mars. Il a ajouté que les paroles de Jumblatt auraient certainement un effet négatif sur la coalition du 14 Mars. Le virage en U de Jumblatt cela veut dire que le 14 Mars doit soustraire 9 parlementaires de son bloc, ramenant celui -ci à 62 sièges.

Si Jumblatt décide de passer complètement à l'opposition, les opposants d'Hariri auraient 66 sièges - cela donnerait au 8 Mars la majorité parlementaire que perdrait le 14 Mars. En fait la position de Jumblatt rend toutes les discussions sur le 1/3 de blocage sans intérêt, et met sérieusement en doute la survie d'Hariri comme premier ministre.

En plus, on a rapporté que Jumblatt pourrait se rendre en Syrie bientôt, sous l'aile protectrice du politicien palestinien Azmi Bishara, jetant de l'huile sur le feu, Jumblatt ayant dit a un magazine tunisien, Realités, que " j'ai l'intention d 'arranger mes relations avec Damas à ma manière. En regardant en arrière, je pense que j'ai commis le péché de faire entendre trop de slogans anti syriens. " Il a ajouté que Beyrouth " ne pouvait tirer une quelconque fierté d'une confrontation avec la Syrie".

Jumblatt a aussi changé ses opinions sur qui a tué Rafik Hariri en 2005. Il avait sérieusement accusé la Syrie mais il a dit au magazine qu'il n'était plus certain de qui était responsable de l'assassinat. Côté syrien il n'y a pas eu de réponse de la possible défection de Jumblatt, seuls quelques articles sur des sites indépendants syriens ont écrit que Jumblatt - dont l'épouse est de Damas et appartient à la famille Sharabati - arrivera bientôt à Damas. Et il y a eu une fuite dans le quotidien al-Akhbar de Beyrouth disant qu'à Damas on rénove la résidence de Jumblatt dans la capitale syrienne, inoccupée depuis 2004.

Pourquoi Jumblatt - connu comme un caméléon politique - a-t-il changé ses couleurs de manière aussi dramatique ? Le chef de guerre druze a été un puissant allié de la Syrie lors de la guerre civile au Liban et a été royalement récompensé pour ses services par des portefeuilles à des postes gouvernementaux pour lui et son entourage pendant toutes les années 90. Mais quand il a réalisé en 2004 que le destin de la Syrie changeait - juste après le début de la guerre en Irak - il est passé dans l'opposition, appelant les Syriens à quitter le Liban, alors même que c'était lui plus que quiconque qui avait aidé à légitimiser la présence de la Syrie au Liban pendant prés de 20 ans.

Jumblatt a réussi à bien comprendre le paysage politique à Washington, réalisant que la Maison Blanche de Bush était à couteaux tirés avec le gouvernement syrien à cause de son manque de coopération dans la guerre d'Irak. quand Raffic Hariri a été tué en février 2005. Jumblatt a laissé éclater sa colère non seulement contre la Syrie mais également contre ses alliées au Liban (notamment le président de l'époque, Emile Lahhoud) l'appelant à démissionner et réclamant à ce que la Résolution 1559 du CSONU soit appliquée, celle ci demandant entre autres choses le "démantelement et desarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises".

Juste après la guerre avec Israël en 2006, Jumblatt a parlé avec agressivité contre Damas et il a été le premier membre de la coalition du 14 Mars a appelé au désarmement du Hezbollah. Il a aussi accusé sans ménagement à la fois la Syrie et le Hezbollah d'implication dans l'assassinat de Rafik Hariri et d'autres personnalités libanaises, tels les journalistes Samir al-Kassir et Jibran Tweini.

Jumblatt s'est rendu à Washington pendant les beaux jours de George W. Bush et on lui a déroulé le tapis rouge à la Maison Blanche, où il a embrassé Condoleezza Rice, acte devenu célébre, en plein milieu de la guerre israélienne contre le Liban en 2006. Plus récemment, il a rencontré Rice en Novembre 2008, et n'a jamais manqué une occasion de se mettre bien avec les Américains - malgré le fait que plus tôt dans sa carrière il ait été un opposant auto proclamé des US et un admirateur de Gamal Abdul Nasser, le parrain du nationalisme arabe moderne.

Jumblatt a commencé à changer de ton en Mai 2008, quand il y a eu des accrochages militaires entre des membres du Hezbollah et des hommes armés du Futur Movement d'Hariri. Les homme du Futur n'ont pas fait le poids face aux combattants bien entraînés du Hezbollah et ont été encerclés au bout de quelques heures et désarmés. Les sonnettes d'alarme ont sonné au palais de Jumblatt sur le Mont Liban.

Toute cette affaire était en réponse à une tentative du gouvernement de démanteler le réseau de télécommunications et de sécurité du Hezbollah à l'aéroport de Beyrouth. Jumblatt a réalisé que son équipe ne faisait pas le poids face à la Syrie et l'Iran, quelque soit le soutien de Washington, de l'Arabie Saoudite et de la France.

Depuis, il a changé lentement sa rhétorique sur le Hezbollah et la Syrie, et cet été il a surpris les observateurs en rencontrant le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Maintenant, il a de nouveau agi de manière surprenante en abandonnant Sadd Hariri et la coalition du 14 Mars, soulevant la question : pourquoi maintenant ?

Jumblatt est un animal politique qui suit le vent dominant, que cela vienne de Moscou, de Washington, ou de Damas. Quand la Syrie et les US étaient alliés dans les années 90, il a pensé que le mieux c'était d'être du côté de la Syrie, à cause de ses excellentes relations avec Bill Clinton.Quand il a vu que les relations étaient irréparables entre les Syriens et G.W Bush, il a décidé d'abandonner le navire - spécialement après le vote de la résolution 1559, voyant se pointer à l'horizon le conflit entre Damas et Washington.

C'est arrivé quand Hariri a été assassiné en 2005, et Jumblatt a essayé de se rallier au mouvement de Washington de "changement de régime". Mais fin 2008 c'était évident que Bush quittait ses fonctions sans avoir réussi à renverser - ou seulement affaiblir - les Syriens. Maintenant, avec Obama au pouvoir, cela n'a pas de sens de maintenir une hostilité à l'égard des Syriens, car Obama n'est ni intéressé par un changement de régime, ni même une déstabilisation à Damas.

Obama se concentre sur l'Irak, l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan - non pas sur les soucis du Liban - et Jumblatt l'a réalisé dés le début. Les Américains sont prêts à tolérer une renaissance de l'influence de la Syrie au Liban, si cela garantit la paix et la tranquillité à Beyrouth et en Irak. Obama a vu les Saoudiens réparer leurs liens avec les Syriens - le dernier jour du mandat de Bush - et a supervisé les gestes pour reconstruire la confiance entre Damas et Washington.

L'un de ces gestes c'était l'aide des Syriens pour faire en sorte que les élections dans les provinces d' Irak se passent dans le calme - avec l'aide des Saoudiens - pour la grande satisfaction d'Obama. Jumblatt a également vu commet Obama a fermé les yeux sur les sanctions contre la Syrie, et comment en Juillet il a levé certaines d'entre elles en ce qui concerne l'information et l'aviation.

Plus tôt, les US avaient décidé d'envoyer un ambassadeur à Damas, un poste vacant pendant 4 ans, et Obama a envoyé des responsables du département d'état pour rencontrer le président Bashar al -Assad. Les US ont besoin de la Syrie pour s'occuper du Hezbollah, du Hamas et de l'Irak, et c'était probable que si Jumblatt ne réparait pas ses liens avec la Syrie, une nouvelle entente émergerait au Moyen Orient d'où il serait tenu à l'écart.

La question restante c'est : est ce que les Syriens vont pardonner à Jumblatt, qui a critiqué de manière particulièrement virulente la Syrie, utilisant de terribles insultes qui restent gravées dans l'esprit des Syriens, à la fois au gouvernement et dans le public ? Dans le monde complexe de la politique au Moyen Orient, tout est possible. Le virage en U de Jumblatt est la preuve que la politique régionale est tombée très bas et que la parole de quelqu'un - ce qui voulait dire fierté et honneur à l'époque de la chevalerie arabe - peut maintenant être aisément reniée.

Sami Moubayed 06/08/09 Copyright www.atimes.com

Sami Moubayed is éditeur en chef du Magazine Forward en Syrie .

Réactions

L'Arabie Saoudite a envoyé en urgence à Beyrouth son ministre des informations saoudien Abdel Aziz khoja pour tenter de contrer d'éventuelles répercussions de ce changement. A la suite de cela Jumblatt a dit que ses propos avaient été mal interprétés et voulu rassurer la coalition du 14 Mars en déclarant : "Certains ont cru, dont peut-être le Premier ministre en charge que je l'ai abandonné. Je ne l'ai pas fait et je ne le ferai pas par fidélité à Rafic Hariri, par amitié à Saad Hariri et par appréciation des grands efforts du Président Michel Souleiman pour aboutir à une formule gouvernementale consensuelle et à un partenariat". Mais il a ajouté : "le monde change ainsi que les évènements, mais le Mont Liban et le parti progressiste socialiste ont une particularité. Le parti et les druzes n'ont aucune autre issue que de s'attacher à l'arabisme et à la Palestine. Ce que nous allons faire est de retourner aux constantes de la Gauche, et de renouveler la Gauche". Concernant la position de ses trois ministres au sein du gouvernement, Jumblatt assure qu'ils seront indépendants, sans être affiliés à l'un ou l'autre groupe.

Le porte parole du parlement, Nabih Berri a déclaré : "Nous avons réclamé un gouvernement d'union nationale et un véritable partenariat, et Abou Timor (Walid Jumblatt) a bien fait de prendre une position nationale dont tout le monde a besoin". Il a estimé que cette position va faciliter la formation du gouvernement et tranquilliser les esprits au cours des tractations pour la formation du gouvernement.

Saad Hariri quant à lui a décidé que c'était le moment de prendre des vacances en dehors du Liban, pour, selon le premier ministre sortant, Fouad Siniora, "prendre une distance réelle par rapport au débat déclenché sur la structure politique des Forces du 14 Mars et sur la formation du gouvernement." Mais il n'est pas le seul. Son «allié», le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a lui aussi décidé de partir avec sa femme Strida en vacances.

Aoun, le dirigeant du Free Patriotic Movement qui fait partie de la coalition du 8 Mars, a commenté ce séjour à l'étranger de Saad Hariri en disant que " le premier ministre désigné peut avoir voyagé à cause de considérations sociales... mais si sa visite dure plus de deux trois jours cela sera alors considéré comme une forme d'isolement à l'étranger...L'évènement s'est produit avant que nous ne recevions une réponse concernant les portes feuilles" et a mis l'accent sur le fait que " nous attendons maintenant le retour d'Hariri pour continuer les discussions" répétant sa suggestion de formation d'un gouvernement de " représentation proportionnelle".i

Le Hezbollah s'est exprimé hier par la voix de son vice secrétaire général, Sheikh Naim Qassem, Il a dit qu'en ce qui concernait le cabinet ministériel à venir il n'y aurait ni "majorité" ni "minorité" mais au lieu de cela un gouvernement "d'union nationale", et que la décision de Jumblatt n'entravait en rien la formation d'un tel gouvernement, bien au contraire.


Mireile Delamare titre traduction réactions
http://www.planetenonviolence.org/


Jeudi 6 Août 2009


Commentaires

1.Posté par goula le 06/08/2009 14:28 | Alerter
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ce serait bien qu on soit gouverne comme ca en france aussi, un gouvernement d union nationale, mais on croit rever

2.Posté par Moukawama le 06/08/2009 15:30 | Alerter
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Bonjour,

Jumblatt fait de la politique. La politique est débarrassée des sentiments d'amitié et d'inimitié. Il ne renie rien, et ça, il faut bien le comprendre. La politique c'est le cambouis dans lequel il ne faut pas avoir peur de plonger les mains. Quand on est principologue - au risque de se salir - on évite de s'approcher du monde de la politique.

3.Posté par MEDHI le 06/08/2009 19:05 | Alerter
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C'EST UNE TRES BONNE CHOSE.... ENFIN !
ET SI ISRAEL ET L'EUROPE NE SONT PAS COMPTENT, ILS ONT QU'A DECLARER LA GEURRE AU LIBAN !!!
NOUS ALLONS BIEN VOIR LA SUITE

4.Posté par PAPOU le 06/08/2009 19:31 | Alerter
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Dire que Obama s'intéresse surtout à l'Irak/Afganis. et moins à la Syrie C une vue de l'esprit.
La présence de la Russie (qui construit une base navale en Syrie,la seule en Méditerrannée) de plus en plus influente inquiète les US. C l'objectif de la pseudo lune de miel américano-syrienne

5.Posté par djamel le 06/08/2009 20:10 | Alerter
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Jumblatt est un peu à l'image du libyen Khadafi : Pour se mettre sous les projecteurs, il est prêt à se distancier de tout et de tous. Du temps où il était ministre et à une question d'un journaliste qui voulait savoir son avis sur les détournements d'avions (par entre autres les révolutionnaires Palestiniens), il répondit sèchement qu'il " était pour même en dépit du fait qu'il était ministre du ...transport ". Il fallait oser répondre de cette manière à cette époque là !

6.Posté par farid le 06/08/2009 20:25 | Alerter
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jumblatt peut encore changer d'avis dans 6 mois .......mais il se rapproche de plus en plus au hezbollah..je ne suis pas 1 specialiste en politique ,mais il me semble que jumblatte reste malin...a t-il senti une guerre entre le hezbollah et israel ?ou le hezbolla triomphera comme le pensent certains specialistes!!!!!!!

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