Palestine occupée

Coucher de soleil sur une ville encerclée


Qalqilia est une ville encerclée depuis le début de la construction du mur israélien, en 2003. Une seule porte étroite gardée par des soldats israéliens en permet l'accès. La colère, l'incrédulité et les protestations sur cette situation sont maintenant muettes. Les gens de Qalqilia se réveillent à une réalité proche de l'emprisonnement. Les responsables de la ville passent le plus clair de leur temps dans les prisons israéliennes, sans être accusés de quoi que ce soit.

Par Daan Bauwens


Lundi 22 Décembre 2008

Coucher du soleil... derrière le mur ! (photo VTJP)
Coucher du soleil... derrière le mur ! (photo VTJP)
"Le mur tue les gens de Qalqilia", dit Emat, commerçant de 25 ans. "Rien ne rentre, rien ne sort, nous n'avons pas de revenus. Ici, les gens sont presque morts."

Derrière la rue vide d'Emat, il y a l'entrée du marché quotidien aux légumes. Un marché calme selon les normes arabes, avec un total d'une vingtaine d'étals. Il y a dix ans, des milliers d'Israéliens y venaient, faisant alors de Qalqilia la ville la plus riche de Cisjordanie.

Les dommages économiques causés par le mur sont énormes, dit le Docteur Mohammad Hashem al-Masri, maire-adjoint : "Nous avons perdu des milliers de consommateurs israéliens, ils ont bloqué l'accès à nos champs, signant pratiquement la fin définitive de notre agriculture. De plus, 13.000 personnes allaient travailler en Israël. Ce chiffre est tombé à un millier."

"Qalqilia était un endroit où les Palestiniens et les Israéliens nouaient des liens", dit-il, "mais cette époque est révolue."

Il admet que les choses se sont améliorées comparées à il y a cinq ans. Lors du déclenchement du Second Intifada en 2000, la ville a été complètement bouclée pendant trois ans. "Personne n'était autorisé à entrer ou sortir. Nous étions tous prisonniers," dit Al-Masri, qui est pharmacien. "A cause de l'emprisonnement, nous avons souffert d'une atmosphère infestée. Environ 45.000 personnes vivaient sur 4 km² et ne pouvaient sortir, ce qui a transformé toutes les infections en épidémies."

Une fois que la ville a été rouverte, un nouveau problème a surgi. "Plus de 1,5% de la population souffre de dépression mineure ou majeure," dit Al-Masri, suggérant que le chiffre réel est probablement plus élevé.

"Il y a le chômage, la pauvreté et le stress," dit Arwa Shanti, directeur de l'UNRWA à Qalqilia. "Depuis le mur, on constate davantage de cas de dépression et autres troubles psychiatriques. Le nombre de maladies liées au stress comme l'hypertension, le diabète et l'infarctus du myocarde ne cesse d'augmenter. Et les malades sont très jeunes : dans la vingtaine, la trentaine ou au maximum la quarantaine."

Administrer Qalqilia a été très difficile au cours des dernières années, et pas seulement à cause du mur. Depuis les élections municipales de 2005, les responsables municipaux ont passé plus de temps dans les prisons israéliennes qu'à la mairie.

Le maire actuel, Sheikh Wajeeh Qawwas, a gagné les élections alors qu'il était en prison. Il a été arrêté en 2002, et n'a été libéré qu'en 2006. Il a pris en charge ses responsabilités de maire en mai 2006 mais il a été à nouveau arrêté un mois après, cette fois avec le maire-adjoint Al-Masri.

Al-Masri a été libéré au début de cette année après avoir passé deux années complètes en détention administrative. L'accusation portée contre lui fut qu'il était membre du Hamas. "Je n'ai rien à voir avec le Hamas," dit-il. "Je suis juste le représentant de mon clan." Il a gagné les élections comme représentant du parti Changement et Réforme, affilié au Hamas. "Je l'ai payé très cher," dit-il.

Wajeeh Qawwas est toujours incarcéré dans la prison israélienne de Megiddo, sous détention administrative.

"La détention administrative veut dire qu'ils ont un dossier secret contre vous," dit Nibal Yalud, responsable des relations internationales. "Vous n'êtes accusé de rien, et vous n'êtes pas présenté devant un juge. Il suffit de dire que vous êtes une menace à la sécurité pour vous garder en prison."

Au moins 600 Palestiniens sont en prison sous détention administrative. Les associations israéliennes pour les droits de l'homme se sont plaintes de l'insouciance avec laquelle ces mandats d'arrestations étaient émis.

En dépit de telles difficultés, la municipalité de Qalqilia a été louée par la Banque Mondiale, l'Autorité Palestinienne et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour sa bonne gouvernance. Selon le bureau de contrôle administratif et financier de l'AP, la municipalité de Qalqilia est numéro un des territoires palestiniens pour la transparence.

Aujourd'hui, le maire adjoint veut ramener Qalqilia à sa fonction de centre d'exportation agricole. "Avec tout ce que nous avons, les serres, les semis et les pépinières, nous voulons exporter des légumes et des plantes au monde extérieur."

Ceci peut aider l'économie, mais ne changera pas le sentiment de frustration des habitants. "J'avais l'habitude d'aller à un endroit, de l'autre côté du mur, pour cueillir des mandarines et des oranges," dit Wafa Milehm, fonctionnaire. "On y allait pique-niquer en famille. J'allais y cueillir des fleurs sauvages."

"Cela a du sens d'aller cueillir des fleurs sauvages," dit Nibal Yalud. "Vous le faites pour rompre la routine, la bureaucratie de la vie. Ce n'est plus possible à Qalqilia."

Source : IPS
Traduction : MR pour ISM

 
 
 


Lundi 22 Décembre 2008


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