Conflits et guerres actuelles

Construction du choc des civilisations


Les Églises évangéliques et le jeu des États-Unis dans le monde arabe


voltairenet.org
Vendredi 18 Novembre 2005

« Quiconque n'est pas comme nous, est contre nous »

Décryptage

« L'absence de parole officielle, le nihilisme de ces émeutes est telle une toile vierge sur laquelle chacun peut, selon ses inclinations, peindre le tableau qu'il veut. Chacun voit midi à sa porte et la faible et incohérente parole des émeutiers disparaît derrière les commentaires ». Cette analyse des émeutes des Los Angeles en 1992, par Noam Chomsky, pourrait aussi bien s'appliquer à celles qui emplissent les journaux après les émeutes dans les banlieues françaises. Chacun s'applique à lire dans ces événements la confirmation de sa propre philosophie politique. Le ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, n'est pas le dernier, dans Le Monde, à se féliciter du succès de sa politique axée sur la répression et le traitement militaire de la violence urbaine. Il réitère ses accusations traditionnelles contre les émeutiers, maniant les amalgames et les formules provocatrices, et loue sa propre action bien qu'elle ait contribué à mettre le feu aux poudres. Cette tribune a été publiée alors que le ministre et président de l'UMP a organisé au même moment une grande campagne de publicité sur le moteur de recherche Google.
Daniel Cohn-Bendit consacré « ancien expert en combats de rue » par le magazine allemand Der Spiegel, lui répondra indirectement que tout cela n'est que combat de machismes respectifs entre émeutiers et ministres.

Dans ce concert médiatique, une note est plus présente que d'autres : celle qui rebondit sur l'amplification d'émeutes somme toute très limitées géographiquement et sociologiquement pour ancrer un peu plus dans les esprits le concept de guerre imminente des civilisations. On voit dans la presse l'image d'un Occident assiégé par des hordes musulmanes inassimilables, cinquième colonne d'un « islamo-fascisme » qui conspirerait pour s'emparer du monde et reconstruire un califat sur les ruines de l'Occident dégénéré.
L'expert militaire atlantiste, Ludovic Monnerat, ne dit pas autre chose quand il se demande, dans Le Temps de Genève si l'Europe est à la veille d'une guerre civile. Pour lui, il existe un véritable ennemi intérieur déjà activement engagé dans un conflit de basse intensité. Pratiquant la désinformation, il annonce la découverte d'une « fabrique d'engins incendiaires », ce qui est un grand nom pour un local contenant un jerrycan d'essence et des bouteilles vides, ou bien « la circulation d'armes de guerre dans les cités », alors que les émeutiers sont tout au plus armés de pistolets à grenaille ou de fusils de chasse et que les fameuses armes de guerre dont la presse internationale parle régulièrement n'ont jamais été trouvées. Quoi qu'il en soit, pour Monnerat il s'agit bien de la préparation d'une insurrection armée, une « Intifada » communautaire et générationnelle qui vise à saper l'État de droit. Si celui-ci ne réagit pas militairement à cette agression, il est mort.
Dans la même veine, l'historien néo-conservateur Niall Ferguson, dont l'article est, comme souvent, repris par de nombreux médias (Los Angeles Times, La Vanguardia), explique que le problème n'est pas la violence urbaine, mais bien le nombre et l'origine des émeutiers, étrangers non assimilables qui risquent de provoquer la désintégration du pays. Citant le théoricien de la guerre des civilisations, Samuel Huntington il dénonce l'invasion des deux côtés de l'Atlantique : arabe et musulmane en Europe, latino et catholique aux États-Unis. La première représentant, bien évidemment, la plus grande menace à ses yeux. Bien évidemment, le théoricien islamophobe, Daniel Pipes ne pouvait pas être en reste n'est pas en reste. Dans une tribune publiée simultanément par le New York Sun, le Jerusalem Post et le Korea Herald (qui, à notre connaissance, publie cet auteur pour la première fois), il dénonce à nouveau l'incurie européenne face à la « Quatrième Guerre Mondiale », déclenchée selon lui par l'Ayatollah Khomeiny en 1979. Dénonçant l'aveuglement de médias français qui ne voudraient voir que des raisons sociales à cette flambée de violence, Pipes, amalgame trois événements n'ayant aucun lien (les attentats de Londres, l'assassinat de Theo Van-Gogh au Pays-Bas et les émeutes en France) pour distinguer un jihad multiforme et surtout planifié. Ici encore, ce n'est qu'en revenant sur « l'indulgence coupable des dernières décennies » que l'on sauvera la situation.
Ce type d'analyse ne manque pas dans une partie de la presse internationale qui, comme nous l'avions déjà noté dans notre rubrique Piège à la Une règle ses comptes avec la France. On peut citer dans la même veine l'analyse du très prolixe commentateur d'origine iranienne, Amir Taheri qui explique dans le Standard de Vienne que les émeutiers français veulent tout simplement ré-instaurer le principe ottoman du « Millet » qui permet à chaque communauté religieuse de vivre selon ses propres lois et coutumes, dictées par sa religion. Le Washington Times avait, au lendemain des premières émeutes, rendu compte en détail du dernier ouvrage de Tony Blankley « The West's Last Chance : Will We Win the Clash of Civilizations ? dans lequel l'auteur explique que seule une riposte militaire contre-insurectionnelle coordonnée à un niveau mondial peut stopper la progression du militantisme nazi-islamique, qui risque de submerger l'Europe comme en 1940 et en faire une « Eurabie », gardienne des routes pétrolières et hostiles aux États-Unis. La tolérance culturelle qui caractérise cette Europe dégénérée et impuissante est directement responsable de cette situation et c'est aux USA et à la Grande-Bretagne, États « sains » de reprendre les choses en main.

Cette analyse martiale, qui rappelle la fameuse phrase du Général Bugeaud lors de la colonisation de l'Algérie : « Quiconque n'est pas comme nous est contre nous », n'a rien, malheureusement, de vraiment surprenante pour les lecteurs de Tribunes et décryptage, habitués aux outrances verbales des cercles néo-conservateurs et atlantistes dès qu'il s'agit des populations arabo-musulmanes. Toutefois, cette rhétorique n'est plus, depuis quelques années, l'apanage d'une droite néo-conservatrice raciste et réactionnaire. Comme nous l'avons déjà démontré dans nos colonnes, cette vision est reprise également à gauche en Europe. La réaction à ces événement de l'éditorialiste et directeur du journal satirique français Charlie Hebdo, Philippe Val, est, à ce titre, exemplaire.
Comme à l'accoutumée Philippe Val s'empare d'un fait d'actualité pour ramener le débat sur son thème fétiche : la lutte contre l'antisémitisme dans la gauche française et la culpabilisation de toute pensée sortant du cadre conventionnel occidental, issu du 11 septembre. Pour lui, les émeutes ne sont pas le fruit d'un complot, mais la simple conséquence d'un fatras idéologique « fruit des mutations du racisme et de l'antiracisme ». Si les banlieues brûlent, c'est parce que l'humoriste Dieudonné et le président du Réseau Voltaire Thierry Meyssan ont nourri la haine, « celle-ci étant devenue le nec plus ultra d'une contestation radicale » (et bien évidemment antisémite, selon l'auteur). Si l'emballage argumentatif diffère de celui des Daniel Pipes, Niall Ferguson et autres Amir Taheri, le fond est le même : les émeutiers sont en lutte contre les juifs, les « Américains » et les « citoyens d'un État de droit ».
Philippe Val n'est pas seul dans sa croisade. Dans un texte qui a été amplement diffusé dans les milieux libertaires, peut être à cause de son titre provocateur « Révolution, mon cul ! », Véronique Dà Rosas, du Mouvement des Maghrébins Laiques de France, ne dit rien d'autre quand elle dénonce la fascination des militants de gauche et d'extrême gauche pour « le nouveau prolétaire, qu'est, à leurs yeux, le « djeune » de banlieue ». Car ce « djeune » n'est que le masque derrière lequel avance le « camarade barbu », l'islamiste ayant conquis la confiance des mouvements contestataires, selon une problématique à la mode aujourd'hui. La gauche aurait perdu ses repères et ouvrirait donc la porte à « l'indigène » au nom d'une problématique anticolonialiste. Ce qui dérange l'auteur, ce n'est pas que la jeunesse se révolte, ni qu'elle porte des Nike, non, ce qui dérange c'est qu'elle soit d'origine musulmane. Donc inassimilable. Cette analyse est d'autant plus piquante qu'elle provient d'une responsable d'un autoproclamé « mouvement maghrébin ».

Dans Le Monde, le théologien musulman et militant politique, Tariq Ramadan relève cette obsession : l'islam serait nécessairement un problème pour la paix sociale. Il déplore l'incapacité à entendre les musulmans européens et démocrates qui affirment que ce n'est pas l'islam qui fait problème, mais bien les problèmes sociaux. Que ce soit sur des bases ethniques ou économiques, les deux modèles, français et britannique, ont construit de véritables ghettos basés sur des conceptions xénophobes et en les entretenant. Alors qu'il faut une nouvelle politique contre la ghettoïsation et le racisme, à gauche et à droite les discours récurrents sur l'islam et l'intégration donnent raison à ceux qui, du côté musulman, islamisent tous les problèmes et, de l'autre, alimentent l'idée d'un irrémédiable conflit avec l'islam.
De son coté, l'analyste Mark Levine, du mouvement progressiste juif Tikkun prend prétexte des émeutes pour parler de cette quête par l'Occident d'un « musulman modéré » qui « sauverait l'islam de lui même » et le rendrait acceptable. Malheureusement, note-t-il, les leaders musulmans que l'Occident soutient comme étant des « modérés » sont souvent des dictateurs répressifs vis-à-vis de leur population - et participent généralement à l'écrasement de ceux qui tentent de définir un islam moderne. Pour lui, l'islam n'a pas besoin de « modération » mais bien de « radicalité » dans le sens d'une réflexion qui retourne à la racine même de la culture islamique. Or tous ceux qui osent mener une telle réflexion, croupissent aujourd'hui dans les prisons des gouvernements musulmans « amis de l'Occident ».
Le directeur du Monde diplomatique, Bernard Cassen parle lui d'un « Katrina français » dans El Periodico, notant que si l'ouragan Katrina a révélé bien des aspects de la réalité sociale états-unienne, la vague de violence à Paris et dans d'autres villes en dit long sur la société française. C'est bien de la rage née des politiques néo-libérales que viennent les violences et non d'un quelconque complot islamiste ou autre. Il appelle, comme tant d'autres à un « Plan Marshall » pour les banlieues.

Réseau Voltaire




  

« Notre stratégie est la bonne »

Auteur Nicolas Sarkozy


 Ancien ministre français du Budget (1993-1995), de la Communication (1994-1995), de l'Intérieur (2002-2004) et de l'Économie, des Finances et de l'Industrie (2004), Nicolas Sarkozy est ministre de l'Intérieur et président de l'UMP.

Source Le Monde (France)
Référence « Notre stratégie est la bonne », par Nicolas Sarkozy, Le Monde, 5 novembre 2005.

Résumé Depuis quelques jours, des individus sans foi ni loi n'hésitent plus à tirer à balles réelles sur les représentants de la République, à saccager, piller et brûler des écoles. Un père de famille a été battu à mort devant les siens et une handicapée, coincée dans un bus a été aspergée d'essence et enflammée. Face à un tel déferlement de violence, il faut éviter les récupérations politiciennes et faire preuve de discernement. C'est la paix civile, l'ordre républicain et la vie de nos concitoyens qui sont menacés.
La stratégie que ce gouvernement met en œuvre maintenant depuis quatre ans est la bonne. C'est la seule politique possible, la précédente, qui péchait pas son angélisme a provoqué une explosion des crimes et délits. Notre approche a permis des baisses spectaculaires des actes de délinquances. Mais n'ayant tiré aucune leçon de leurs échecs successifs et de ce vaste mouvement d'exaspération populaire qui a conduit au 21 avril 2002, les socialistes, qui avaient la charge de notre sécurité persistent dans l'erreur. Je suis favorable à la police de proximité mais seulement si elle ne se substitue pas à la police d'investigation et d'interpellation. A chacun son métier. Les médiateurs sont faits pour dialoguer, les forces de l'ordre d'abord pour arrêter les délinquants : c'est peut-être ça le vrai changement et l'origine des affrontements présents. Nous ne tolérons plus les zones "interdites", où le crime organisé et les trafics mafieux règnent en maître. Nous ramènerons l'ordre dans ces territoires laissés à l'abandon.
Mon nom est conspué dans les rangs des bandes qui terrorisent les quartiers. La belle affaire ! C'est dans l'ordre des choses. Ce qui me choquerait plutôt, c'est qu'ils me portent aux nues. Manifestement, si les criminels et les voyous n'aiment guère notre politique de sécurité, les Français la soutiennent car nous donnons davantage de protection aux victimes.
 

« Sommes-nous à la veille d'une guerre civile en Europe ? »

Auteur Ludovic Monnerat


 Lieutenant-colonel, membre de la section des opérations d'information de l'Armée suisse, Ludovic Monnerat est journaliste au journal Le Temps et l'Hebdo. Il est créateur du site d'information militaire et stratégique Checkpoint-online.Ch, rédacteur adjoint de la Revue militaire suisse, chercheur et conférencier en stratégie et prospective.

Source Le Temps (Suisse)
Référence « Sommes-nous à la veille d'une guerre civile en Europe », par Ludovic Monnerat, Le Temps de Genève, 8 novembre 2005. Article repris par Courrier International

Résumé Voitures incendiées par centaines, affrontements avec la police, saccage des transports publics ou destructions d'écoles : les images issues des banlieues françaises depuis deux semaines sont celles d'une rébellion longtemps redoutée, d'un embrasement qui trahit des ruptures et des antagonismes profonds.
L'embrasement actuel des banlieues françaises n'est pas une surprise, des événements similaires dans leur déroulement, à défaut de l'être dans leur intensité se sont déjà produits dans d'autres pays européens. Depuis les années 1970, une succession d'erreurs, d'illusions et de lâchetés a abouti à la fabrication d'un véritable ennemi intérieur et à la formation de « territoires perdus de la République », qui trouvent leurs pendants dans presque chaque nation européenne. Des zones où les lois et les valeurs de la France ont été remplacées par d'autres lois et d'autres valeurs ; des territoires étrangers où l'autorité se partage entre les « grands frères », les caïds et les imams, alors que le policier, le pompier ou encore l'instituteur ne sont plus que les figures méprisées d'un système rejeté en bloc
La découverte d'une fabrique d'armes incendiaires à Evry et la circulation d'armes de guerre dans les cités indiquent qu'une insurrection armée est dans le domaine du possible. Par ailleurs, la France, avec plus de 9 000 véhicules de police caillassés dans les dix premiers mois de l'année, est déjà entrée dans un conflit de basse intensité, une insurrection distribuée au niveau national et largement passée sous silence.
A l'instar de la France, pour de nombreux pays européens, l'heure est désormais à la confrontation. Les chantres de la prévention ont eu leur chance. Sommes-nous donc à la veille d'une guerre civile en Europe ? Ce continent connaîtra bientôt un conflit dont il sortira transformé et dont les premiers coups ont sonné. Ce sera une guerre différente, à la fois subversive et symbolique, déclarée et décentralisée, intermittente et intense, qui verra le chaos et l'intégrisme s'allier pour combattre la normalité. Une Intifada communautaire et générationnelle, une succession d'affrontements ponctuels et épidermiques, greffés sur le lent corps-à-corps des identités. Une alternance de séismes assez intenses pour blesser profondément et assez espacés pour faire douter de leurs prochaines occurrences. Un duel que devront affronter les États de droit pour préserver le contrôle du territoire, la stabilité de la société, la légalité des marchés et la liberté des esprits. Autant dire un défi mortel.
 

« Les feux de la désintégration »

Auteur Niall Ferguson


 Niall Ferguson est professeur d'histoire à l'université Harvard et chargé de cours à la Hoover Institution.

Sources Los Angeles Times (États-Unis), La Vanguardia (Espagne)
Référence « The fires of disintegration », par Niall Ferguson, Los Angeles Times, 7 novembre 2005.
« París se desintegra », La Vanguardia, 9 novembre 2005.

Résumé Qu'est-ce que vous préférez avoir dans votre ville ? Une attaque terroriste dans le centre ou des émeutes à la périphérie ? Les habitants de Londres préfèreraient sans doute les émeutes. Mais d'un autre côté, les terroristes qui ont frappé Londres peuvent se compter sur les doigts de la main tandis qu'on ignore le nombre des émeutiers et qu'il y a de bonnes raisons de penser que les problèmes français sont plus grands.
Nicolas Sarkozy, l'ambitieux ministre français de l'Intérieur a dénoncé les émeutiers comme des « voyous » et des « racailles » promettant de « nettoyer » les zones violentes. Ces propos ont été condamné à gauche mais à droite c'est l'immigration qui est pointée du doigt. Toutefois, le problème n'est pas l'immigration (qui est très faible en France, tout comme l'accueil des réfugiés politiques) mais l'intégration des populations qui sont arrivés en France il y a parfois plusieurs décennies.
Ces anciens immigrés ne s'intègrent pas et sont parqués dans des ghettos. Ils sont frappés par un fort taux de chômage et d'incarcération. En Amérique, la population immigrée et mieux intégré et bénéficie des opportunités économiques du libre marché. Pourtant, en France, on se soucie peu de l'intégration alors qu'aux États-Unis, des hommes comme Samuel Huntington s'alarment de l'intégration des Latino-américains. Pourtant, on voit bien que ce sont les populations musulmanes qui sont les plus difficiles à intégrer. Les feux de la désintégration ne brûlent pas aux États-Unis mais dans la France de Nicolas Sarkozy.
 

« Réflexions sur la révolution en France »

Auteur Daniel Pipes


 Administrateur de l'US Institute of Peace, Daniel Pipes est le fondateur du Middle East Forum et l'auteur de Militant Islam Reaches America. Il est collaborateur de Benador Associates. Pour une biographie détaillée, voir l'enquête que le Réseau Voltaire lui a consacrée.

Sources Jerusalem Post (Israël), New York Sun (États-Unis), Korea Herald (Corée du Sud)
Référence « Reflections on the Revolution in France », par Daniel Pipes, New York Sun, 8 novembre 2005.
« Reflections on the revolt in France », Korea Herald, 9 novembre 2005.
« France : The context », Jerusalem Post, 9 novembre 2005.

Résumé Les émeutes causées par de jeunes Musulmans depuis le 27 octobre en France aux cris de « Allahou Akbar » pourraient marquer un tournant dans l'histoire de l'Europe. Les émeutes commencées en région parisienne s'étendent désormais dans 300 villes françaises, en Belgique et en Allemagne. C'est la fin de l'innocence culturelle de la France, ce pays découvrent les problèmes liés à la présence musulmane et cette préoccupation va sans doute durer des décennies. Ces problèmes sont le déclin de la foi chrétienne et l'effondrement démographique qui l'accompagne, l'assistanat qui attirent les immigrants tout en nuisant à l'économie, l'abandon des coutumes au profit du multiculturalisme, une incapacité à contrôler les frontières, une criminalité rendant les villes d'Europe moins sures que celles des États-Unis et une poussée de l'islam et de l'islam radical.
Ce ne sont pas les premières émeutes liées à la présence musulmane (en France cela a commencé en 1979 [1]) mais ces évènements diffèrent des autres par leur durée, leur ampleur, leur planification et leur férocité. Toutefois, les médias français préfèrent voir des raisons sociales et nient tout lien avec la propagation de l'idéologie islamiste. Les musulmans autochtones du nord-ouest de l'Europe ont déployé trois différentes formes de djihad : le terrorisme en Grande-Bretagne, l'assassinat ciblé au Pays-Bas et l'émeute en France. La première tentative britannique ayant été jugée improductive, c'est sans doute les méthodes française et néerlandaise qui se développeront.
Nicolas Sarkozy a adopté une ligne dure face aux violences tandis que Dominique de Villepin a été plus conciliant. Les Français peuvent réagir de trois manières. Ils peuvent se sentir coupables et tenter d'apaiser les émeutiers en octroyant des prérogatives et les investissements massifs que certains réclament, attendre que cela se passe et nier le problème ou bien réparer l'indulgence coupable des dernières décennies. Malgré la montée de Nicolas Sarkozy dans les sondages, je redoute que ce soit un mélange des deux premières méthodes qui soient appliqués par Dominique de Villepin.
 

« Jours pas tranquilles à Clichy »

Auteur Philippe Val


 Ancien chansonnier et humoriste apprécié des milieux alternatifs dans les années 1970 et 1980, Philippe Val est rédacteur en chef de Charlie Hebdo. Dans les années 90, il participa à la fondation du Réseau Voltaire, dont il fut un éphémère administrateur, et d'ATTAC France. Il a progressivement pris ses distances avec les organisations contestataires même si sa revue conserve de l'influence dans ce milieu.

Source Charlie Hebdo (France)
Référence « Jours pas tranquilles à Clichy », par Philippe Val, Charlie Hebdo, 9 novembre 2005.

Résumé Nicolas Sarkozy et les émeutiers de banlieues sont le produit d'un même terreau : un pays qui transforme ses artistes en clochards ou en milliardaires, sans juste milieu, qui méprise ses élites, qui résiste à son histoire et où Salman Rushdie se fait menacer de mort sur les plateaux de télévision du service public. Sarkozy est le défenseur des « braves gens », il veut transformer le pays en société anonyme et utilise les principes républicains comme cache-sexe de ses ambitions personnelles. Plus que les idées, il aime la célébrité, le combat et le fric, comme ses ennemis de banlieue.
Les causes de la violence ne font guère de doute (intégration ratée, errance des politiques de la ville, chômage massif, importation fantasmatique des problèmes du Moyen-Orient et de l'Afrique, social républicain coûteux qui laisse la place au religieux gratuit, etc..) mais la proportion des violences est nouvelle. Le gouvernement n'avait pas tenu compte des manifestations du 4 octobre et on s'attendait à de nouvelles manifestations mais ce n'est pas place de la république à Paris qu'on a vu la rentrée, c'est dans les banlieues, où tout ce qui semble incarner l'État crame. Ça et là, quelques tirs à balles réelles des manifestants en direction des flics... Des lancers de cailloux ou de boulons ou de boules de pétanque, comme en Palestine... Plus que le complot organisé que dénonce Sarkozy, c'est une convergence de passions et de colères dont le fatras produit une cohérence de circonstance, fruit des mutations du racisme et de l'antiracisme.
Aujourd'hui, l'antiracisme ne sait plus où donner de la tête. Les « indigènes de la République » voudraient mettre sur le même plan la colonisation, l'esclavage et la Shoah, afin, non pas tant de valoriser les drames qu'ont vécus leurs aïeux, mais de relativiser la Shoah. Le but étant de réussir là où les trop minoritaires négationnistes de Faurisson ont échoué. Les Dieudonné, les Thierry Meyssan font le même métier de faire mentir des faits pour nourrir la haine, celle-ci étant devenue le nec plus ultra d'une contestation radicale... C'est le recul de l'État qui a permis cela en radicalisant les ghettos. Il ne s'agit plus de lutter pour faire valoir des droits, l'égalité et le respect mutuel, mais de justifier l'expression d'une violence par la noirceur machiavélique du coupable juif, américain, et, par extension, blanc citoyen d'un État de droit. On ne peut pas comparer ce mouvement à Mai 68 car un homme comme Daniel Cohn-Bendit n'y trouverait plus sa place parce que juif. Par ailleurs, Mai 68 a commencé parce que les garçons voulaient aller dans le dortoir des filles et vice versa. Chez les émeutiers de nos banlieues, c'est exactement le contraire. La mixité est leur ennemie, ils veulent les filles voilées et inaccessibles à qui n'est pas coreligionnaire. Dieu a changé de camp. Aujourd'hui, les curés — en l'occurrence, les imams — sont du côté des émeutiers.
 

« Le camarade émeutier : Révolution, mon cul ! »

Auteur Вероник де Са Росас

Véronique de Sà Rosas est une des animatrices du Mouvement des Maghrébins Laiques de France, mouvement essentiellement anti-musulman, très proche de l' Union des Patrons Juifs de France et du Mouvement des Musulmans Laiques de France (qui soutient Charles Million). Ce mouvement satellite de la "Droite Libre" est apparu lors de la campagne contre le MRAP et l'invitation de Tariq Ramadan au Forum Social européen de Saint Denis en 2003. Sa principale activité consiste en l'animation d'un site web qui accueille de nombreux « penseurs » de la guerre des civilisations (Alexandre Del Valle, Rachid Kaci, Jérôme Rivière) ainsi que des pamphlétaires ouvertement racistes tel que Denis Greslin, animateur de sites web dans la mouvance liberty-web/sos-racaille.

Source Сайт MMLF (Франция)
Référence « Le camarade émeutier : Révolution, mon cul ! », par Véronique de Sà Rosas, Site du MMLF, 7 novembre 2005.

Résumé Certains camarades de gauche et d'extrême gauche n'hésitent pas à rêver de la révolution qu'ils n'ont jamais eu le courage de faire, si ce n'est dans leurs rêves. Et les voilà qui s'embrasent à leur tour. Le nouveau prolétaire, à leurs yeux, est le « djeune » de banlieue. Celui-là même qui se la joue en Nike et en Sergio Tacchini et dont le seul rêve est de rouler en Merco. Ca c'est du prolétaire ma bonne dame !
Les voilà, un beau matin, athées convaincus pour la plupart, partis à la conquête de l'électorat musulman. Bien avant le camarade émeutier, certains observateurs avaient pu assister, dubitatifs, à la naissance du camarade barbu. L'indigène qui devait se révolter contre le pouvoir colonialiste et dont le salut se trouvait dans la religion. Bien que certains camarades aient été gênés aux entournures, ils ne pipèrent mot. Après tout, ça ne se bousculait pas trop aux portes de la révolution et la famille ne demandait qu'à s'agrandir. Certains nés musulmans avaient également rappelé aux camarades que l'opium du peuple n'était pas leur tasse de thé mais ils ne furent pas entendus, pire, ils furent virés.
Après moult tractations, le camarade barbu s'étant installé partout où le camarade révolutionnaire lui avait fait une place, on ne l'entendait plus, il travaillait. A quoi ? A la révolution prolétarienne et religieuse. Oui, je sais, c'est un peu bizarre comme concept, mais vous vous y habituerez très vite. D'ailleurs, vous n'avez pas trop le choix. La dernière fête de l'Huma ne consacrait-elle pas cette nouvelle forme de révolution en proposant aux camarades une paëlla hallal ? A quand la prochaine fête de l'Huma arrosée aux jus de fruits et aux discours de Qaradawi ?
Il y a bien des voix qui s'élèvent, timidement, pour alerter. Attention, les émeutiers n'ont rien de révolutionnaires, ils cassent pour le plaisir de casser. Ce serait un ramassis de délinquants ! Non ? ? ? Mais ce n'est pas possible. Le camarade émeutier casse parce qu'il a conscience d'appartenir à la communauté indigène brimée par le pouvoir colonialiste. C'est pourtant simple. Ne faites pas semblant de ne pas comprendre, tas de bourgeois indécrottables !
 

« Nos ghettos vus d'Angleterre »

Auteur Tariq Ramadan


 Tariq Ramadan est professeur de philosophie et d'islamologie à Fribourg et à Genève.

Source Le Monde (France)
Référence « Nos ghettos vus d'Angleterre », par Tariq Ramadan, Le Monde, 9 novembre 2005.

Résumé Les émeutes dans les banlieues françaises suscitent un vif intérêt en Angleterre où l'on s'interroge sur les problèmes d'intégration au système français. C'est la situation inverse à ce qui s'est passé en juillet dernier après les attentats de Londres. La comparaison sur le mode : "Quelle société a mieux réussi le processus d'intégration ?" nous paraît inopérante. Chaque système a ses avantages et ses inconvénients et est le fruit de l'histoire du pays. Ce qui devrait nous intéresser, c'est l'analyse de ce qui dans ces systèmes est similaire et crée des tensions sociales, culturelles ou religieuses.
Dans les deux pays, on parle de la difficile « intégration des musulmans ». On semble obsédé par le fait que l'islam est un problème pour la paix sociale et on utilise cette rhétorique de façon malsaine parfois pour des motifs électoraux. Cette obsession à propos de l'islam résulte d'une incapacité à entendre les musulmans européens et démocrates qui affirment que ce n'est pas l'islam qui fait problème et d'une volonté de ne pas parler des problèmes sociaux. . Entretenir la peur pour récolter des voix est plus facile que de proposer des politiques courageuses en matière éducative et sociale.
Que ce soit sur des bases ethniques ou économiques, les deux modèles, français et britannique, ont construit de véritables ghettos. Ce que l'Angleterre a déterminé par l'ethnie, la France l'organise par le porte-monnaie. On ne dira jamais assez combien les deux modèles s'alimentent de conceptions xénophobes et les nourrissent. Le coeur des débats n'est pas religieux mais social. Contre la ghettoïsation et le racisme, nous avons besoin d'une nouvelle créativité politique qui ose et qui risque. Ce n'est malheureusement pas ce que l'on voit poindre à gauche comme à droite. Les discours récurrents sur l'islam et l'intégration donnent raison à ceux qui, du côté musulman, islamisent tous les problèmes et, de l'autre, alimentent l'idée d'un irrémédiable conflit avec l'islam. Enfermés jusqu'à l'étouffement dans les débats aussi passionnés que stériles autour de "qui est Français", "qui est British", on n'entend plus les revendications sociales légitimes de citoyens désormais français et britanniques. Leur violence, usant de moyens illégitimes, est une réaction malheureusement compréhensible face à cette surdité.
 

« L'islam n'a pas besoin de musulmans modérés mais au contraire de radicaux »

Auteur Mark LeVine

Mark LeVine est professeur associé d'Histoire moderne du Moyen-Orient et d'Études islamiques à l'Université de Californie. Il est l'auteur du livre Why They Don't Hate Us : Lifting the Veil on the Axis of Evil. C'est un contributeur régulier de Tikkun magazine, la publication du mouvement juif progressiste US.

Source Tikkun Magazine (États-Unis)
Référence « Islam needs radicals », par Marc Levine, Tikkun Magazine, 9 novembre 2005.

Résumé La quasi totalité des leaders occidentaux, éditorialistes, analystes et experts politiques se sont lancés dans une recherche désespérée de « musulmans modérés » qui pourraient sauver l'islam de lui même et améliorer les relations avec l'Occident. Le problème est que ce musulman modéré n'existe pas, du moins pas selon la définition que ces analystes en donnent. Il suffit de regarder ceux que l'Occident considère comme étant des modérés : George W. Bush cite souvent Abdallah, roi de Jordanie, Ben Ali, dictateur de Tunisie et Mohammed, roi du Maroc comme exemples de leaders musulmans modernes et modérés. Mais un simple coup d'œil aux rapports d'Amnesty International sur ces pays et ceux d'autres pays soutenus par l'Occident révèle que leur modération ne concerne pas la manière dont ils traitent leurs citoyens. De fait, le degré de répression et de censure dans ces pays a augmenté de manière significative depuis le 11 septembre 2001 et le soutien renouvelé que l'occident leur a apporté en tant que « pays amis ».
Les vrais musulmans modérés s'opposent fortement à la politique étrangère états-unienne et rejettent pour une grande part la société matérialiste occidentale et la corruption qu'elle engendre. En faisant cela ils se retrouvent affublés de l'adjectif « radical » tant par leurs gouvernements que par les nôtres. Les leaders que nous considérons comme étant modérés sont généralement considérés par leurs citoyens - et à raison - comme des serviteurs corrompus et dictatoriaux de la politique étrangère de Washington, une politique qui elle-même peut difficilement être qualifiée de modérée. De l'autre coté, de nombreux musulmans respectent ceux que nous nommons « radicaux » car ceux ci ont le courage de s'opposer à nous, même si la grande majorité des musulmans n'approuve pas les méthodes employées par cette résistance.
La réalité est que la plupart des groupes, même ceux qui sont les plus extrémistes tel que Al-Qaida ne sont pas si radicaux que cela. Ils ressemblent bien plus aux nombreux mouvements utopistes qui jalonnent l'histoire de l'humanité, depuis les Jacobins de la France révolutionnaire en passant aux fascistes et maoistes du siècle dernier. Leurs outils sont nouveaux — de l'Internet à la ceinture d'explosifs — mais leur désir de purifier de manière violente la société n'est que trop familier.
A quoi ressemblerait un vrai musulman radical ? Peut être au jeune cheikh chiite Anwar al-Ethari que j'ai rencontré à Bagdad. Diplomé d'universités religieuses et laïques il se dit prêt a utiliser « tout ce qui donne des résultats, peu importe l'origine » pour améliorer la vie des habitants de Sadr City. Ou bien le musicien marocain Reda Zine, figure de la scène heavy metal de Casablanca il est également un docteur en études islamistes à la Sorbonne. Mais le gouvernement le traite de sataniste et l'a jeté en prison pour avoir osé chanter des textes remettant en cause l'ordre politique et patriarcal coutumier. Ou encore Nadia Yassine, la responsable du mouvement marocain Justice et Développement qui explique que l'Islam a été « kidnappé par les mâles » après la mort du Prophète et souffre encore de ce péché originel. Pour avoir osé dire cela et pour avoir osé envisager une république du Maroc, elle aussi s'est retrouvée en prison. C'est d'elle que j'ai entendu pour la première fois la phrase que l'islam n'a pas besoin de modérés mais au contraire de radicaux, des radicaux au sens propre du terme, qui attaquent le problème à la racine. A ses cotés le philosophe musulman suisse Tariq Ramadan approuve. Une des voix importantes parmi les progressistes d'Europe, son visa d'enseignant à la Notre Dame University a été rejeté par le gouvernement états-unien qui l'accuse, sans le moindre fondement « d'être lié aux terroristes ».
 

« Le « Katrina » français »

Auteur Bernard Cassen


 Président d'honneur d'Attac France et coordonnateur de sa commission internationale, Bernard Cassen est éditorialiste et directeur général du Monde Diplomatique.

Source El Periodico (Espagne)
Référence « El Katrina Francés », par Bernard Cassen, El Periodico, 8 novembre 2005.

Résumé L'ouragan Katrina a révélé bien des aspects de la réalité social états-unienne, la vague de violence à Paris et dans d'autres villes en dit long sur la société française. On ne peut pas parler d'une révolte populaire vu le faible nombre de participants aux violences en comparaison du nombre d'habitants dans les banlieues. Seul le caractère spectaculaire des violences renforcées par les images télévisées donnent l'impression d'une guérilla urbaine. Toutefois, il a été question de la fabrication quasi-professionnelle de cocktail Molotov et on ne peut pas exclure que des bandes de trafiquants de drogue aient intérêts à adopter une stratégie de la tension.
Toutefois, ces phénomènes mafieux ne peuvent occulter que c'est de la rage née des politiques néo-libérales que viennent les violences. Ces politiques ont relégués les plus pauvres et les immigrés dans des zones urbaines où les infrastructures publiques sont absentes ou insuffisantes. Cette situation est gênante pour le gouvernement français et terni l'image du « modèle social français ».
Aujourd'hui, la France a besoin d'un « Plan Marshall » pour les banlieues mais depuis trois ans, le gouvernement ne fait que baisser les crédits pour les banlieues et réservent les donc pour sa clientèle électorale. Ces émeutes sont un coup porté aux politiques libérales françaises et européennes après le « non » au référendum du 29 mai et les grèves du 4 octobre.


Vendredi 18 Novembre 2005

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