Politique Nationale/Internationale

Conséquence de l'épidémie du coronavirus : extension de la sphère informelle et risque de vives tensions sociales et politiques dans les pays en voie de développement


CORONAVIRUS


Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 30 Mai 2020

Conséquence de l'épidémie du coronavirus : extension de la sphère informelle et risque de vives tensions sociales et politiques dans les pays en voie de développement

ÉPIDÉMIE CORONAVIRUS SPHÈRE INFORMELLE ET TENSIONS SOCIALES ET POLITIQUES

Conséquence de l'épidémie du coronavirus : extension de la sphère informelle et risque de vives tensions sociales et politiques dans les pays en voie de développement

Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL


Avec l’épidémie du coronavirus , est posée toute la problématique e la sphère informelle notamment dans la majorité des pays en voie de développement qui représente entre 50 à 80% de la population occupée sans protection sociale, vivant au jour le jour, notamment en Asie, Amérique latine et en Afrique où nous assistons à des images révoltantes lors du confinement. Si la crise économique venait à durer, nous assisterons à des révoltes sociales avec des incidences politiques sur les régimes en place sans légitimité populaire. D’où l’importance stratégique de comprendre le fonctionnement de la sphère informelle. Ayant eu à diriger une étude sur la sphère informelle pour le 4ème Think Tank mondial , l’Institut Français des Relations Internationales IFRI ( Mebtoul- Paris France décembre 2013) , synthèse reproduite dans la revue « Stratégie » du Ministère de la Défense Nationale -Institut militaire de documentation, d'évaluation et de prospective( novembre 2019 -IMDEP), nous avions recensé quatre méthodes de calculs, chaque mode donnant un montant différent, avec un écart de 20/30%. Cette présente contribution renvoie à d’importants enjeux tant internes, la gouvernance que géostratégique notamment le trafic aux frontières qui peut alimenter le terrorisme.




1.-comment définir la sphère informelle ?




Le concept de ‘’secteur informe l’’apparaît pour définir toute la partie de l’économie qui n’est pas réglementée par des normes légales. En marge de la législation sociale et fiscale, elle a souvent échappé à la Comptabilité Nationale et donc à toute régulation de l’État, encore que récemment à l’aide de sondages, elle tend à être prise en compte dans les calculs du taux de croissance et du taux de chômage. Il y a lieu de différencier la sphère informelle productive qui crée de la valeur de la sphère marchande spéculative qui réalise un transfert de valeur. L’économie informelle est donc souvent qualifiée de ‘’parallèle’’, ‘’souterraine’’, ‘’marché noir’’ et tout cela renvoie au caractère dualiste de l’économie, une sphère qui travaille dans le cadre du droit et une autre sphère qui travaille dans un cadre de non droit, étant entendu que le droit est défini par les pouvoirs publics en place. Pour les économistes, qui doivent éviter le juridisme, dans chacun de ces cas de figure nous assistons à des logiques différentes, tant pour la formation du salaire et du rapport salarial, que du crédit et du taux d’intérêt qui renvoient à la nature du régime monétaire dualiste. La formation des prix et des profits dépendent dans une large mesure de la forme de la concurrence sur les différents marchés, la différenciation du taux de change officiel et celui du marché parallèle, de leur rapport avec l’environnement international (la sphère informelle étant en Algérie mieux insérée au marché mondial que la sphère réelle) et en dernier lieu de leur rapport à la fiscalité qui conditionne la nature des dépenses et recettes publiques. En fait par rapport à l’Etat, le paiement de l’impôt direct étant un signe d’une plus grande citoyenneté, les impôts indirects étant injustes, par définition, puisqu’ ils supportés par tous les citoyens ; riches ou pauvres. Aussi, l’économie informelle est réglée par des normes et des prescriptions qui déterminent les droits et les obligations de ses agents économiques ainsi que les procédures en cas de conflits ayant sa propre logique de fonctionnement qui ne sont pas ceux de l’Etat, nous retrouvant devant un pluralisme institutionnel/juridique contredisant le droit traditionnel enseigné aux étudiants d’une vision moniste du droit. Dans le fond, et pour une analyse objective et opérationnelle, on ne peut isoler l’analyse de la sphère informelle du mode de régulation mis en place c’est-à-dire des institutions et en Algérie. L’extension de la sphère informelle est proportionnelle au poids de la bureaucratie qui tend à fonctionner, non pour l’économie et le citoyen, mais en s’autonomisant en tant que pouvoir bureaucratique. Dans ce cadre, il serait intéressant d’analyser les tendances et des mécanismes de structuration et restructuration de la société et notamment des zones urbaines, suburbaines et rurales face à la réalité économique et sociale, des initiatives informelles qui émergent impulsant une forme de régulation sociale. Cela permettrait de comprendre que face aux difficultés quotidiennes, le dynamisme de la population s’exprime dans le développement des initiatives économiques informelles pour survivre, ou améliorer le bien-être, surtout en période de crise notamment pour l’insertion sociale et professionnelle de ceux qui sont exclus des circuits traditionnels de l’économie publique ou de la sphère de l’entreprise privée.



2.-Les différentes mesures du poids de la sphère informelle




Plusieurs approches peuvent être utilisées pour évaluer l’activité dans le secteur informel. Là où les approches choisies dépendront des objectifs poursuivis, qui peuvent être très simples, comme obtenir des informations sur l’évolution du nombre et des caractéristiques des personnes impliquées dans le secteur informel, ou plus complexes, comme obtenir des informations détaillées sur les caractéristiques des entreprises impliquées, les principales activités exercées, le nombre de salariés, la génération de revenus ou les biens d’équipement. Le choix de la méthode de mesure dépend des exigences, en termes de données, de l’organisation du système statistique, des ressources financières et humaines disponibles et des besoins des utilisateurs, en particulier les décideurs politiques participant à la prise de décisions économiques. Nous avons l’approche directe ou microéconomique fondée sur des données d'enquêtes elles-mêmes basées sur des réponses volontaires, de contrôle fiscal ou de questionnaires concernant tant les ménages que les entreprises. Elle peut, aussi, être basée sur la différence entre l'impôt sur le revenu et le revenu mesuré par des contrôles sélectifs. Nous avons l’approche indirecte ou macroéconomique, basée sur l'écart dans les statistiques officielles entre la production et la consommation enregistrée. On peut, ainsi, avoir recours au calcul des écarts au niveau du PIB (via la production, les revenus, les dépenses ou les trois), de l'emploi, du contrôle fiscal, de la consommation d'électricité et de l'approche monétaire. Les méthodes directes sont de nature microéconomique et basées sur des enquêtes ou sur les résultats des contrôles fiscaux utilisés pour estimer l’activité économique totale et ses composantes officielles et non officielles. Les méthodes indirectes sont de nature macroéconomique et combinent différentes variables économiques et un ensemble d’hypothèses pour produire des estimations de l’activité économique. Elles sont basées sur l’hypothèse selon laquelle les opérations dissimulées utilisent uniquement des espèces ; ainsi, en estimant la quantité d’argent en circulation, puis en retirant les incitations qui poussent les agents à agir dans l’informalité (en général les impôts), on devrait obtenir une bonne approximation de l’argent utilisé pour les activités informelles. Les méthodes basées sur les facteurs physiques utilisent les divergences entre la consommation d’électricité et le PIB. Cette méthode a ses limites car elle se fonde sur l’hypothèse d’un coefficient d’utilisation constant par unité du PIB qui ne tient pas compte des progrès technologiques. Enfin, nous avons l’approche par modélisation développée par Frey et Weck et approfondie par Laurent Gilles, qui consiste à utiliser le modèle des multiples indicateurs - multiples causes (MIMIC) pour estimer l'indice de l'économie informelle. Cette approche présuppose l'existence de plusieurs propagateurs de l'économie informelle, incluant la lourdeur de la réglementation gouvernementale et l'attitude sociétale envers la bonne gouvernance. En fait, pour une analyse objective, on ne peut isoler l'analyse de la sphère informelle du mode de régulation mis en place c'est-à-dire des institutions et en Algérie.



3.-Les principaux déterminants de l’informalité



Premièrement, la faiblesse de l’emploi formel. C’est un facteur qui explique l’évolution du secteur informel à la fois dans les pays développés et en développement. Ainsi, l’offre d’emplois formels sur le marché du travail ne peut plus absorber toute la demande car la population active, en particulier la main-d’œuvre non qualifiée, croît à un rythme accéléré. Deuxièmement, lorsque les taxes sont nombreuses et trop lourdes, les entreprises sont incitées à dissimuler une partie de leur revenu.
Troisièmement, le poids de la réglementation ou la complexité de l’environnement des affaires découragent l’enregistrement des entreprises. Lorsque le cadre institutionnel n’est pas propice à la création d’entreprises de manière formelle, les entrepreneurs préfèrent opérer dans le secteur informel et éviter le fardeau de la réglementation. Quatrièmement, la qualité des services publics offerts par le gouvernement est un déterminant important du secteur informel car elle influence le choix des individus. Les individus actifs dans le secteur informel ne peuvent pas bénéficier des services publics (protection contre les vols et la criminalité, accès au financement, protection des droits de propriété). C’est l’un des inconvénients de ce secteur. Cinquièmement, comme résultante de la politique économique, le primat de la gestion administrative bureaucratique, au lieu de reposer sur des mécanismes économiques transparents et lorsque la monnaie est inconvertible, surévaluée, ménages et opérateurs formels et informels jouent sur la distorsion du taux de change. Selon les rapports du FMI et de l’OIT, les taux d’informalité varient considérablement d’un pays à l’autre, allant de 30 % dans divers pays d’Amérique latine à plus de 80 % dans certains pays d’Afrique subsaharienne ou d’Asie du Sud-Est. Les analyses de l’impact de l’ouverture du commerce sur la taille de l’économie informelle laissent penser que les effets de cette ouverture sur l’informalité dépendent d’une façon cruciale de la situation propre à chaque pays et de la conception des politiques commerciales et internes : les économies plus ouvertes tendent à connaître une moindre incidence de l’emploi informel. Si les effets, à court terme, des réformes commerciales peuvent être associés, dans un premier temps, à une augmentation de l’emploi informel, les effets à long terme vont dans le sens d’un renforcement de l’emploi dans le secteur formel, à condition que les réformes commerciales soient plus favorables à l’emploi et que de bonnes politiques internes soient en place. Enfin, plus l’incidence de l’informalité est élevée et plus les pays en développement sont vulnérables à des chocs, tels que la crise mondiale. D’où les aspects négatifs dont les transferts illicites de capitaux qui ne datent pas d’aujourd’hui devant ramener pour des comparaisons sérieuses la valeur du dinar qui est coté par la BA le 28 mai 2020 à 128 dinars un dollar cours achat ( 141 dinars un euro) et en 1974 nous avions 5 dinars pour un dollar (cotation administrative


Le grand trafic auquel les gouvernements doivent porter toute l’attention provient des surfacturations dont une partie reste à l’étranger et une autre partie rentre par différentes voies alimentant les marchés de devises sur le marché parallèle constituant une atteinte à la sécurité nationale et dont la responsabilité est interministérielle: finances à travers ses démembrements- douanes-fiscalité, banques)-ministère du transport, ministère du commerce, et bon nombre d’autres départements ministériels. Pour le cas Algérie, à titre d’exemple, mais cela s’applique à bon nombre de pays d’Afrique, d ‘Amérique latine et d’Asie, c’est en réalité une dilapidation de la rente des hydrocarbures principale richesse du pays. Cette pratique a existé entre 1963/1999, ayant eu à le constater puisque j’ai eu à diriger le bilan de l’industrialisation 1965/1978 et le dossier des surestaries en 1983 en tant que directeur général es études économiques et haut magistrat comme premier conseiller à la Cour des comptes, au moment du programme anti-pénurie , au vu des importants montants illégaux détectées à travers des échantillons, j’avais conseillé à la présidence de l’époque d’établir un tableau de la valeur en temps réel, reliant toutes les institutions concernées aux réseaux internationaux (prix, poids, qualité) , tableau qui malheureusement n’a jamais vu le jour du fait que la transparence des comptes s’attaquait à de puissants intérêts occultes. Prenons l’hypothèse d’un taux de 15% de surfacturation, étant plus facile pour les services où certaines surfacturations peuvent atteindre plus de 20/25%. Les entrées de devises ayant été d’environ 1000 milliards de dollars avec la dominance des hydrocarbures, et les importations de biens et services 935 milliards de dollars ( la différence étant le solde au 31/12/2019) cela donnerait un montant total de sorties de devises de 140 milliards de dollars ( 17.920 milliards de dinars) , soit trois fois les réserves de change qui clôtureront au 31/12/2020 à moins de 40 milliards de dollars. Cela n’est qu’une hypothèse devant différencier acte de gestion, pratique normale, de la corruption, les services de sécurité et les différents organismes de contrôle devant vérifier l’origine de ces montants des transferts illicites. Nous avons parlement pour la partie dinars le développement de l'évasion fiscale, la thésaurisation, la rétention de stocks, la fixation de prix fantaisistes qui entraînent un profond dérèglement des fondations de l'économie nationale. Ainsi, le secteur informel favorise la corruption car plus la taille de l'économie informelle est conséquente, plus la corruption s’étend aux plus hauts niveaux et affecte l’esprit d’entreprise et le goût du risque, qui reculent lorsque les taux d’informalité sont élevés. L’Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE) met en évidence l’impact de la corruption que celle-ci constituait «la principale menace qui plane sur la bonne gouvernance, le développement économique durable, le processus démocratique avec des flux financiers illicites et la question des transferts nets de ressources en provenance notamment de l'Afrique dont le Maghreb : pots-de-vin, fraude fiscale, activités criminelles, transactions de certaines marchandises de contrebande et d’autres activités commerciales illicites à travers les frontières». Les conséquences directes et indirectes de ces flux financiers illicites sont des contraintes majeures pour la transformation de l’Afrique tant du Nord que de l’Afrique noire. La corruption de haut niveau, combinée aux risques et l’incertitude de l’économie nationale affaiblissent les mesures économiques et sociales mises en place, limitant la perspective d’une croissance plus inclusive. Aussi, la lutte contre la sphère informelle implique, avant tout, l’efficacité des institutions et une moralisation de la pratique des structures de l’Etat elles- mêmes au plus haut niveau de dépenses, en contradiction avec les pratiques sociales malgré des discours moralisateurs, avec cette montée de la paupérisation qui crée une névrose collective .C’’est seulement quand l’Etat est droit est qu’il peut devenir un Etat de droit. Quant à l’Etat de droit, ce n’est pas un Etat fonctionnaire qui gère un consensus de conjoncture ou une duplicité provisoire, mais un Etat fonctionnel qui fonde son autorité à partir d’une certaine philosophie du droit d’une part, d’autre part par une assimilation consciente des besoins présents de la communauté et d’une vision future de ses perspectives. Dans ce cadre, la sphère informelle en Algérie est favorisée par l’instabilité juridique et le manque de visibilité de la politique socio-économique. Les entrepreneurs qu’ils soient nationaux ou étrangers demandent seulement à voir clair, du moins ceux qui misent sur le moyen et long terme (investissement inducteurs de valeur ajoutée contrairement à l’importation solution de facilité). Or, ils sont totalement désemparés face aux changements périodiques du cadre juridique, ce qui risque de faire fuir le peu de capitaux surtout en cette période de crise qui montre le rapatriement massif vers les pays d’origine et orienter les nationaux vers la sphère informelle. Que les responsables algériens, au lieu de s’enfermer dans leurs bureaux, ou lors de visites officielles ignorent les quartiers populaires, visitent les sites où fleurit l’informel de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud et ils verront que l’on peut lever des milliards de centimes à des taux d’usure mais avec des hypothèques, car existe une intermédiation financière informelle. Les mesures autoritaires bureaucratiques produisent l’effet inverse et lorsqu’un gouvernement agit administrativement et loin des mécanismes transparents et de la concertation social, la société enfante ses propres règles pour fonctionner qui ont valeur de droit puisque reposant sur un contrat entre les citoyens, s’éloignant ainsi des règles que le pouvoir veut imposer.



5.-Comment intégrer la sphère informelle ?


Noua avons plusieurs exemples à la fois récents e t anciens qui montrent une méconnaissance du fonctionnement de la sphère informelle, produisit de la mentalité bureaucratique. Actuellement avec l’épidémie du coronavirus , le développement des taxes clandestins et pour parer au manque de masques , le développement d’activités informelles à domicile qui contrairement aux discours satisfont une demande sociale que l’Etat ne peut satisfaire et d’autres exemples le droit coutumier dans les transactions immobilières et au niveau des frontières, les transactions pour contourner les myopies des bureaucraties locales, agissant sur les distorsions des prix et des taux de change. Comme on ne peut isoler la sphère réelle de la sphère monétaire, le cours du dinar sur le marché parallèle en ce mois de fin mai 2020, bien qu’accusant une baisse du fait de la crise, dépasse 190 dinars un euro avec un écart de plus de 40% par rapport au cours officiel mais dont l’écart s’accroitra avec la reprise de la demande, certains discours officiels prêchant dans le désert, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques. Dans le domaine de la sphère réelle, nous avons grand nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur (agriculture et industries tant pour la production locale que pour les importations) qui prennent des marges non proportionnelles aux services rendus, ce qui fait que le contrôle sur le détaillant ne s’attaque pas à l’essentiel. Car , la sphère informelle contrôle quatre segments-clefs : celui des fruits et légumes, de la viande, celui du poisson pour les marchandises locales et pour l’importation, le textile- chaussures ayant un impact sur le pouvoir d’achat de la majorité des citoyens devant analyser les liens entre l’accumulation, la structuration du modèle de consommation et la répartition des revenus par couches sociales, enquêtes inexistantes en Algérie. L’utilisation de divers actes administratifs de l’Etat à des prix administrés, du fait des relations de clientèles, transitent également par ce marché grâce au poids de la bureaucratie qui trouve sa puissance par l’extension de cette sphère informelle. Cela pose d’ailleurs la problématique des subventions qui ne profitent pas toujours aux plus défavorisées (parce généralisables à toutes les couches), rendant opaques la gestion de certaines entreprises publiques et nécessitant à l’avenir que ces subventions soient prises en charges non plus par les entreprises mais budgétisées au niveau du parlement pour plus de transparence. Comment dès lors intégrer la sphère informelle ? La mesure fondamentale est une cohérence et visibilité dans la politique socio-économique analysée précédemment. Par ailleurs, pour réduire l’ampleur du secteur informel en vue de l’intégrer dans les économies nationales, de nombreuses mesures peuvent être envisagées. Toutes doivent prendre en compte le fait que le secteur informel est avant tout un substitut au manque d’offre de travail et que la concurrence déloyale qu’il mène au secteur formel handicape sérieusement le développement économique des pays. L’État doit, sur ce plan, procéder à la normalisation et la réglementation des réseaux de distribution. La normalisation des marchés, la mise en place de marchés de gros, la simplification des mesures d’enregistrement et de l’ensemble des procédures administratives, ainsi que l’élaboration avec d’une fiscalité adaptée, sont les défis les plus clairement cibles à relever. Mais il faudra, aussi, se pencher sur le niveau élevé des tarifs douaniers et la complexité des structures tarifaires, promouvoir des investissements dans le transport et les autres chaînes logistiques subsidiaires, pour diminuer le poids des échanges informels. Mais il faudra, avant toute chose, améliorer le niveau de l’éducation et s’atteler à une réduction des inégalités. L’éducation, en général, est la première étape pour réussir la transition vers le secteur formel. Les liens entre illettrisme et emploi non déclaré ne sont plus à démontrer. L’accent doit être mis particulièrement sur l’alphabétisation des femmes. La capacité à développer l’acquisition de qualifications professionnelles par le développement de titres professionnels et l’apprentissage sera là aussi au cœur de la problématique ainsi que la mise en valeur pour certains de leur potentiel entrepreneurial. Une étude du FEMISE de juillet 2010, financée par l’Union européenne, met en lumière la corrélation entre libertés individuelles, niveau d’éducation, le degré d’ouverture au commerce et investissements directs étrangers dans les pays de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient). Les auteurs constatent, qu’une vie longue et saine et un niveau élevé d’éducation, sont des facteurs clés pour stimuler le développement et lutter contre les inégalités. Le rapport du FEMISE, montre que «l’Indice de développement humain influence les décisions des investisseurs étrangers sur le long terme, et non sur une année déterminée». Au Maghreb, l’évolution future de l’économie, et d’une manière générale de la société, dépend de l’implication de ces entreprises dans le processus de l’innovation et les moyens de lever les obstacles qui entravent le bon développement des activités d’innovation interne et externe. Le processus d’innovation inséparable de celui de la citoyenneté, devait impliquer quatre acteurs : l’État régulateur, l’Université qui représente le système de recherche , l’entreprise et acteur déterminant au XXIème siècle la société civile à travers des réseaux décentralisés. Le savoir, et une société participative et solidaire car existant une défiance accrue entre l’Etat à travers ses anciens réseaux et les citoyens , selon l’ensemble des rapports internationaux, sont les éléments déterminants du développement des nations. Concernant précisément le savoir avec la quatrième révolution économique 2020/2030, fondée sur le digital, l’intelligence artificielle, avoir des matières premières étant une illusion des rentiers, non facteur de développement, la présence d’une main-d’œuvre qualifiée n’est plus un facteur d’attrait de l’investissement. Ce savoir fait défaut à une large partie des populations des pays en voie de développement qui voient leurs cerveaux s’expatrier du fait d’une mauvaise gouvernance interne , qu’ils voilent des discours populistes en faveur de leur diaspora . Autre facteur négatif , l’inégalité devant l’accès à l’éducation est très importante en ce qui concerne les femmes : le nombre de femmes sans instruction est plus élevé que celui des hommes Sachant que l’économie informelle se développe avec la prolifération de l’externalisation de la sous-traitance et du travail occasionnel, il n’est pas surprenant de relever une forte présence des femmes dans le secteur informel, celles-ci ayant toujours eu recours au travail occasionnel ou au travail à domicile.



En résumé : la sphère informelle produit de la mauvaise gouvernance



Tout pouvoir s’il veut améliorer sa gouvernance doit s’attaquer à l’essentiel, une nouvelle régulation de l’économie algérienne s’impose , existant un théorème en sciences politiques : 80% d’actions mal ciblées ont un impact seulement de 20% sur le fonctionnement de la société avec un gaspillage financier et des énergies que l’on voile par de l’activisme, mais 20% d’actions bien ciblées ont un impact de 80%, favorisant le développement, renvoyant à une vision stratégique qui fait cruellement défaut. C’est faute d’une compréhension l’insérant dans le cadre de la dynamique sociale et historique que certains reposent leurs actions sur des mesures seulement pénales la taxent de tous les maux, paradoxalement par ceux mêmes qui permettent son extension en freinant les réformes. Cela ne concerne pas uniquement les catégories économiques mais d’autres segments difficilement quantifiables. Ainsi, la rumeur est le système d’information informel par excellence, accentué en Algérie par la tradition de la voie orale, rumeur qui peut être destructrice mais n’étant que la traduction de la faiblesse de la démocratisation du système économique et politique, donnant d’ailleurs du pouvoir à ceux qui contrôlent l’information. On peut démontrer scientifiquement que l’extension de la sphère informelle est le produit des dysfonctionnements des appareils de l’Etat et de la bureaucratie centrale et locale. Elle contrôle 70% des segments de produits de première nécessité. Cette sphère utilise des billets de banques au lieu de la monnaie scripturale (chèques) ou électronique faute de confiance, existant des situations soit de monopole ou d’oligopoles au niveau de cette sphère avec des liens entre certaines sphères et la logique rentière. Il y a un lien inversement proportionnel entre l’avancée des réformes structurelles, qui seules peuvent intégrer la sphère informelle, et l’évolution du cours des hydrocarbures, réformes ralenties paradoxalement lorsque le cours est en hausse alors que cela devrait être le contraire si l’on veut préparer l’ère hors hydrocarbures. La dominance de la sphère informelle, dont l’essence renvoie au mode de gouvernance et à l’incohérence de la politique socio-économique, explique que des mesures bureaucratiques ont eu peu d’effets pour son intégration. D’une manière générale s’impose un nouveau paradigme culturel pour nos dirigeants et des stratégies d’adaptation réalistes, au nouveau monde entre 2020/2030 , donc une nouvelle gouvernance, tenant compte des nouvelles transformations du monde dans le domaine militaire, sécuritaire ( les cyber attaques) sanitaire, économique, social et culturel. Car dans la pratiques des relations internationales, n’existent pas de sentiments et de fraternité et nos responsables doivent s’éloigner du sentimentalisme en privilégiant à l’instar des grands pays USA - Europe, Chine , Inde et autres nos intérêts propres et que la survie de l’Algérie , sans être chauviniste, dépend des algériens eux-mêmes. ademmebtoul@gmail.com-




Références


-Voir étude du professeur Abderrahmane Mebtoul "Essence de la sphère informelle au Maghreb et comment l’intégrer à la sphère réelle" Institut Français des Relations Internationales – IFRI- (Paris- Bruxelles décembre 2013--60 pages) et MDN IMDEP novembre 2019 .

-Intervention du Pr Abderrahmane Mebtoul , membre du conseil scientifique depuis 2008 de l’African Training Research Centre in Administration Development /Unesco -8 février 2010 dont le professeur Mebtoul est membre du conseil scientifique de la CAFRAD , en présence de plus d’une dizaine de Ministres et secrétaire d’ Etat africains et des directeurs généraux et représentants de la majorité de s Etats africains, ainsi que des missions diplomatiques et institutions un séminaire international sur la bonne gouvernance en Afrique « vers une nouvelle gouvernance des services publics et des institutions de l’Etat en Afrique face aux nouvelles mutations mondiales ».Ronéotypé CAFRAD /UNESCO avril 2010.

-Abderrahmane Mebtoul Quotidien gouvernemental El Moudjahid 25 septembre 2017 « marché informel : un problème épineux

-Mensuel international Arabies (Paris France) Abderrahmane Mebtoul « Algérie : l'informel, le fléau de l'économie » 29/07/2017

AfricaPresse paris 09 mai 2020 -Pr Abderrahmane Mebtoul « les solutions pour l’Algérie face à la crise mondiale »
American Herald Tribune - 28 décembre 2016- (Prof. Abderrahmane Mebtoul: « Any Destabilization of Algeria would have Geo-strategic Repercussions on all the Mediterranean and African Space »
–« Dr. Abderrahmane Mebtoul: “Algeria Still Faces Significant Challengesé- 11 aout 2018
- « Prof. Abderrahmane Mebtoul: We Have Witnessed a Veritable Planetary Hecatomb and the World Will Never be the Same Again »23 avril 2020 et AfricaPresse-Paris le 05 mai 2020 ; site Arabi21 14 mai 2020) .

Evolution géostratégique du monde 2020/2030
En français Afrik Eco et Africa Presse Dakar/Paris 05 mai et 08 mai 2020
« Pr A. Mebtoul- Comme impact de l'épidémie du coronavirus, de profondes mutations géostratégiques, économiques et comportementales attendent le monde de demain 2020/2030/2040 »
En anglais American Herald Tribune USA
Pr Abderrahmane Mebtoul « The World’s Deep Geostretegic Change After the Coronavirus 2020/2030/2040 » 07 mai 2020 »


Samedi 30 Mai 2020


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