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Congo-Kinshasa : Des civils dans la tourmente de la violence !!


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Dr Zouhair LAHNA
Mercredi 21 Juillet 2010

Congo-Kinshasa : Des civils dans la tourmente de la violence !!
En arrivant sur le tarmac de l’aéroport de Kigali, un sentiment étrange m’a envahi. L’histoire récente du génocide au Rwanda et des exactions qui ont étés commis dans la région du Kivu (Est du Congo)  ont eu comme point de départ, cet aéroport. C’est à la nuit tombée d’un jour d’Avril 1994 qu’un attentat a été perpétré dans cet aéroport, contre l’avion présidentiel d’alors, Juvénal HABYARIMANA http://www.monsieur-biographie.com/celebrite/biographie/juvenal_habyarimana-10028.php .

Un vent frais souffle et des agents de sécurité quelques peu hautains accueillent les voyageurs composés d’un mélange équilibré entre occidentaux et africains. On sent une certaine tension. Les français ne sont toujours pas les bienvenus au Rwanda malgré la récente reprise des relations diplomatique entre les deux pays. Le génocide, l’opération turquoise, le juge Bruguière, les enquêtes suspendus, les vérités et contre vérités font que l’apaisement n’est pas pour demain. J’ai présenté une facilité d’entrée et payé 60 dollars afin que je puisse transiter par le Rwanda avant de passer au Congo, ma destination.

Après une nuit d’hôtel à Kigali (On évite de prendre la route la nuit),  J’ai été accompagné tôt le matin vers la République Démocratique du Congo (Ex- Zaïre) au poste frontière de la ville de Goma. Le  passage entre le Rwanda et le Congo est saisissant. La nature est belle de part et d’autre, avec plus de collines côté Rwanda, mais c’est du point de vu infrastructures que le décalage est criant. Un air de désolation sévit au Congo, contrastant avec un côté rangé et soigné avec des routes asphaltées de l’autre côté de la frontière. Les voyages d’un continent à l’autre au grès de nos engagements vis-à-vis de nos semblables marquent souvent les esprits des baroudeurs que nous sommes. Sans explication intelligible, du moins dans un premier temps, j’ai eu une pensée pour la Palestine occupée. En effet, Après l’arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv,  on traverse un paysage agréable sur de belles routes et dans un taxi souvent climatisé. Une fois arrivé à un check point, on est invité à trainer nos affaires sur quelques dizaines de mètres. Passé côté « autorité palestinienne » on est  accueilli par un paysage de désolation. Les routes, les habitations, le paysage et les humains sont marqués par les signes de l’oppression. Heureusement, qu’il y a des richesses humaines qui font oublier tous ces désagréments au voyageur, invitant au plaisir du partage et la satisfaction des découvertes.  Et c’est exactement ce que j’ai ressenti au Congo.

Trois heures de secousses, sur une route accidentée, étaient nécessaires avant d’arriver à Ruthshuru .L’hôpital où je devais exercer s’y trouve. Ce n’est pas tout à fait une ville, c’est plutôt un bourg, traversé par la route principale qui mène vers le grand Nord, comme disent les Congolais. Cette région est toujours instable, limitrophe du Rwanda et l’Ouganda. Elle est devenue après le génocide rwandais et l’accueil des réfugiés, un théâtre de combats depuis 1996. Des combats qui auraient fait plus de cinq millions de morts. Plus de pertes humaines que la deuxième guerre mondiale. Cependant les médias ne s’intéresse que très peu à ce conflit -sans importance-. L’opinion publique internationale, très mal informée, ramène tous les troubles en Afrique à des problèmes ethniques. Ce qui représente un dangereux raccourci et un travestissement de la vérité. L’ethnicité est souvent utilisée à des fins politiques, bassement de pouvoir et d’argent.
 
La région des grands lacs a acquis une importance capitale depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique. Une orchestration des troubles est télécommandée à distance et le soin à été laissé aux pays limitrophes (Rwanda et Ouganda) du géant Congo afin de déstabiliser ses provinces de l’Est. Paradoxalement, c’est la richesse du sol et des sous-sols de ces provinces du Kivu, qui a causé un désastre sans précédant sur les habitants.

Le conflit peut paraitre complexe et difficilement intelligible pour les non initiés. La multitude des belligérants laisse penser que des mains étrangères sont souillées par le sang des victimes, à l’instar de pas mal de conflits qui secouent la planète. Le grand perdant, cible de cette violence ce sont les civiles surtout ceux qui vivent dans des villages éparpillés dans la brousse. Les rebelles ougandais et rwandais prennent refuge dans l’immensité du Congo. D’autres factions congolaises aidées par le Rwanda ou l’Ouganda attaquent les forces du Congo. Et bien évidement, tout le monde ou presque rackettent la population, y compris les forces régulières,  comprenant d’anciens miliciens, qui une fois les salaires font défaut, n’hésitent pas à renouer avec leurs anciennes habitudes. Parfois avec l’accord de leur commandement qui reçoit une bonne part du butin. D’autres combattants ou bandits, pillent violent et tuent en toute impunité. Sans parler des déplacements importants des populations à chaque fois que les combats s’intensifient sur leurs terres. Justement, pendant mon séjour, les forces armées du Congo (FARDC) et l’armée Ougandaise, ennemies d’hier,  ont conclu des accords tactiques afin de déloger les combattants rebelles de l’Ouganda de l’Ituri, au Nord Kivu. Ces combats ont occasionnées, à leurs tours, plus de 50 000 déplacés.

L’hôpital de Rutshuru édifié pour contenir cinquante à soixante lits, englobe actuellement trois cents. Et l’activité est en augmentation. Pas seulement parce que la population a augmenté mais les services offerts par l’ONG qui s’en occupe sont de qualité. Assorti d’un système d’ambulances  pour acheminer les malades et les blessés entre les différents centres de santé et l’hôpital.  Le tout étant gratuit, tandis que l’offre de soins dans les structures publiques (de moindre qualité) est payante. Même si les prix sont modiques, ils restent souvent inaccessibles pour une population rurale pauvre.

Les vocations « humanitaires » se font de plus en plus rares dans le corps médical français, les ONG ont de plus en plus recours aux médecins du pays délocalisés ou à des médecins d’autres pays africains qui ont acquis une certaine expérience au sein de l’association. Cette ouverture permet à des médecins de soigner leurs compatriotes dans de bonnes conditions. Ceci est un cas d’école, puisque la plupart des pays africains souffrent du regorgement des compétences médicales dans les capitales et les grandes villes et une désertion des villes lointaines et des régions enclavées. L’exemple de Rutshuru est éloquent. Voilà une zone instable et peu attractive, et pourtant on y trouve des médecins arrivant de grandes villes parce qu’on leur a fourni un logement décent, un salaire correct  et surtout de bonnes conditions de travail. Il y a même Claude, un bon chirurgien de Kinshasa (La capitale est loin de 2000 kms environ) qui ne voit plus sa famille que tous les trois mois. Il travaille avec deux collègues venus d’Europe et fait une garde tous les trois jours.  Les chirurgiens expatriés l’accompagne un, deux ou trois mois selon leurs disponibilités, mais lui reste à s’occuper du service de chirurgie et des brulés. J’ai appris que Claude pourrait peut-être gagner plus à Kinshasa pourtant il a préféré  venir rendre service à ses compatriotes parce que la logistique lui a été assuré assorti d’un émolument acceptable.

Les sages-femmes avec lesquelles j’ai eu du plaisir à travailler étaient disponibles et professionnelles. Loin des clichés qu’on pourrait avoir parfois en occident. Elles étaient toujours en quête d’un peu plus de savoir. Elles accueillaient gentiment les mamans et les accompagnaient jusqu’à leur délivrance. Un exemple de réussite du service rendu de qualité sans aucune corruption du personnel de santé dans les pays du sud. C’est que, une fois les acteurs de santé sont rémunérés correctement et exercent dans  de bonnes conditions, le résultat est au rendez vous. C’est une question de volonté. Ce constat me fait penser sur le bien fondé de toutes ces agences internationales à gros budgets et faible impact sur la population, Ou encore à toutes ces ONG qui pullules à Goma sans visibilité aucune, si ce n’est leurs grandes maisons et leurs 4x4. Sans parler des aides au développement ou des prêts de la banque mondiale qui alourdissent la dette extérieure du pays en faisant profiter les intermédiaires au détriment de la population démunie et fragilisée.  

La petite maternité de Rutshuru s’est agrandie et devenue au fil des années une sorte de ‘’Trauma Center ‘’des anglo-saxons. On y réalise autour de 350 accouchements par mois, dont 40% de césariennes. La plupart des patientes qui arrivent ou qui ont été transférées sont des femmes qui ont essayé d’accoucher dans des centres de santé de proximité ou en brousse. Le transport et l’existence d’une maternité de référence offrant un service continu, de qualité et gratuit, incitent les gens à y venir. Qu’on ne s’y trompe pas, la personne humaine, partout où elle se trouve a tendance à aller vers ce qui semble lui correspondre et l’aider à surmonter ses difficultés. Quand on voit dans pas mal de régions du pays du sud des dispensaires et des maternités désertées par la population, c’est tout simplement parce que le service y est médiocre ou les prix y sont prohibitifs par rapport à leur pouvoir d’achat !

Depuis plusieurs années j’ai essayé de m’occuper de la problématique de la mortalité maternelle. Des femmes, souvent jeunes, perdent la vie en essayant de la ‘’donner’’. D’autres qui échappent à cette mort en couches gardent des séquelles à vie, type de fistules génitales, brisant de fait leurs vies sociales. Malheureusement, les gouvernements du sud et leurs soutiens n’ont eu ni la politique, ni la volonté ou les moyens adéquats afin de parvenir à offrir des soins de qualité aux femmes en situation précaire - pauvreté et/ou enclavement-.  Pourtant, les solutions sont connues mais demandent une vision globale, aussi bien de la structure d’accueil, que de la qualité du personnel et sa motivation, sans oublier les moyens logistiques de transport et communication. Ironie de la situation : il a fallut que je vienne travailler dans une zone instable  pour trouver  une maternité qui fonctionne et des femmes qui accouchent en sécurité ou sauvées par les moyens (matériels et humains) mises à leurs dispositions. Faut-il que les femmes soient victimes des guerres, des exactions, des agressions sexuelles et de déplacements afin qu’on s’occupe vraiment d’elles.

Finalement, l’argent collecté pour soutenir ces femmes,  les soigner et leurs permettent peut-être d’échapper à une complication parfois mortelle en couches et l’argent qui finance certains belligérants qui sèment la mort, la violence et l’insécurité ont des sources pas si éloignées que ça !!

Si on regarde avec lucidité tout ce que peuvent apporter des ONG dans de pareilles situations, on est souvent très loin du compte. C’est tout juste des soins et un peu de réconfort à une frange de la population. Le mandat de l’ONU est plus que limité dans cette zone et les partisans du devoir d’ingérence se font discrets. Si justement, les puissances internationales du moment mettaient plus de pression sur les pays limitrophes pour qu’ils cessent de déstabiliser ce grand pays (fragilisé), il en sera autrement pour la population meurtrie. Ici comme ailleurs, les peuples ont besoin de quiétude et de sécurité afin qu’ils puissent se mettre debout, panser leurs plaies et avancer selon leurs rythmes. Faut-il les laisser vivre en paix !!

Les belligérants ont occasionnés des massacres et mis en place une méfiance voir une haine qui n’ont jamais existées entre les différentes composantes de la population du Kivu.

Richard, un des infirmiers congolais avec lesquelles j’ai travaillé ; m’a dit lors d’un échange : «  Tu sais, je suis né et j’ai grandi dans un village, nous avions peu de choses, mais nous étions sereins. Si nous voulions voyager. Nous nous réveillions à 1 heure du matin pour marcher une ou deux journées afin d’arriver à notre destination. Maintenant, ce n’est plus possible, on a peur et on a perdu confiance !! »

 
Dr Zouhair LAHNA  Chirurgien Obstétricien  et membre de Médecins Sans Frontières.


Mercredi 21 Juillet 2010


Commentaires

1.Posté par damien le 21/07/2010 12:18 | Alerter
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L'est du congo est pillé.
UN rapport de l'ONU indique clairement que ce pillage est organisé par le rwanda et l'ouganda. Il y'a qu'a voir le fait que ces pays exporte des minerais qui n'existent pas dans leur sol.
Un rapport de l'Union Africaine dit le contraire (preuve en est que cette institution est corrompue). L'UA envoi des soldats en somalie à la demande des US et pour un problème US. Mais l'UA ne bouge pas un doigt pour un problème africain facilement soluble.
Il suffirai de boycotter les minerais des pays qui n'en produisent pas... et sanctionner fermement les pilleurs. Mais les multinationales maintiennent cette situation pour que les mines continuent à être bradées.

2.Posté par et si le 21/07/2010 12:43 | Alerter
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d'accord avec toi damien, mais meme l'onu est une organisation corrompu, qui est la pour mettre en place le nouvel ordre mondial.

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