Politique Nationale/Internationale

Compte-rendu et déclaration politique de la 9ème mégamarche d'Oaxaca


APPO

Traduit par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice

Des milliers de citoyens participent à la neuvième mégamarche de l’APPO


APPO
Jeudi 8 Février 2007

Compte-rendu et déclaration politique de la 9ème mégamarche d'Oaxaca
3 février 2007. Aux alentours de 10h du matin, a commencé la 9ème Mégamarche convoquée par l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO). Des centaines de milliers de manifestants répondirent à l’appel, exprimant de différentes manières leur répudiation du gouvernement de l’État et du gouvernement fédéral, les principales consignes étant la destitution immédiate d’Ulises Ruiz Ortiz, lequel occupe la charge de gouverneur de l’État d’Oaxaca, et la libération des prisonniers politiques.
Au cours de la marche nous avons pu observer divers contingents, comme plusieurs syndicats, des groupes des quartiers et des barricades, des enfants, des étudiants de divers établissements, ainsi que des enseignants démocrates, “C’est là une des marches, après le 25 novembre, où le corps enseignant est uni, grâce à l’unité montrée par les secteurs les plus progressistes de l’assemblée de l’État”, a souligné un marcheur.
La mobilisation s’est déroulée dans le calme, la sécurité étant à charge d’une coordination formée par des secteurs de l’APPO, comme la Section XXII, et en dépit de la présence d’une quantité considérable de provocateurs infiltrés, la commission de sécurité a assure la sérénité et il n’y a eu aucun incident. L’itinéraire initialement prévu de la marche avait été modifié, du fait de groupes de policiers qui cherchaient à la freiner.
Dans l’avenue Simbolos Patrios se trouve la croix au camarade Alejandro Garcia Hernandez, qui fut assasiné par des groupes paramilitaires alors qu’il surveillait une barricade avec ses voisins. Il lui fut rendu un petit hommage et on chanta l’hymne Venceremos ! en son honneur ; “Nous voulons dire aux parents d’Alejandro Garcia que l’APPO sera toujours avec eux, que le peuple d’Oaxaca ne les laissera jamais seuls”.
Sur la grand-place de la ville, le zócalo, il y avait au moins quatre mille policiers de divers rangs et de divers lieux de l’État, formant au moins trois rangées qui protégés par des balustrades, des rouleaux de barbelés et des barrières de retenue, surveillaient tous les accès à la place..
Plusieurs camarades de la direction collective de l’APPO participèrent au meeting, parmi eux un membre de la NIOAX (Nouvelle Gauche de Oaxaca, dont Flavio Sosa est le leader, NdT), qui donna lecture d’une lettre de solidarité écrite par Flavio Sosa, “Je suis très fier d’avoir participé à ce mouvement, qui est le plus important qu’ait connu l’État d’Oaxaca”. Participèrent également plusieurs enfants de prisonniers politiques, qui exprimèrent des mots de résistance et d’unité.
La marche qui s’est déroulée aujourd’hui a été une claire démonstration que l’APPO résiste et demeure ferme dans ses objectifs, ce fut une marche pleine de conviction, des centaines de milliers acclamant l’APPO, une marche où le peuple est sorti dans les rues et a rompu la peur, une marche réussie qui démontre la relance du mouvement qui, il y a 8 mois, a changé l’histoire d’Oaxaca.


 


 


Déclaration politique de la neuvième mégamarche d'Oaxaca


 


AUX PEUPLES DU MEXIQUE


AUX PEUPLES DU MONDE


AUX ORGANISATIONS DÉMOCRATIQUES DU PAYS ET DU MONDE


 


Derrière les beaux discours néolibéraux se cachent les vrais responsables de la cherté de la vie et de la pauvreté de nos peuples. L'augmentation des produits de base est la preuve de ce qui nous attend avec le gouvernement de droite qui n'est pas dans la logique de miser sur des politiques sociales afin d'éradiquer la souffrance et la faim des peuples.
Les politiques néolibérales touchent maintenant le fond au Mexique, Felipe Calderón président illégitime du Mexique, n'a pas fait autre chose que d'essayer d'imiter le populisme qu'il critiqua tant chez son adversaire lors de la campagne électorale, mais dont il n'applique que les aspects superficiels. Parce qu'en réalité s'il appliquait à fond le populisme, il porterait atteinte aux intérêts des grandes fortunes, des magnats du pays et au capital étranger, qui sont ceux qui contrôlent l'économie nationale et qui sont les intérêts que Felipe Calderón défend.


La mort lente de la campagne et la pénurie de produits de base, principalement de maïs,  sont dûes aux politiques d'accaparement des entreprises transnationales comme MASECA, MINSA, BINBO et CARGIL en plus des politiques de privatisation comme le PROCEDE et au retrait des subsides aux campagnes, dont ont été responsables les gouvernements néolibéraux qu'a connu le pays, y inclus Felipe Calderón qui a annoncé vouloir suivre le même chemin, ce qui dans les prochaines années se reflétera dans une crise de l'économie mexicaine avec pour conséquence plus de pauvreté, de chômage, l'augmentation de l'émigration et de la délinquance.


Pour ce qui est du problème de la pénurie dont souffre le pays nous devons lutter pour la souveraineté alimentaire et l'annulation du TLC (Traité de Libre-Echange avec les USA, NdT) qui a affecté les producteurs moyens et les paysans pauvres du Mexique.
Felipe Calderón a violenté la volonté populaire, et devant le manque de légitimité a recours à la fascisation de l'État pour contenir le mécontentement social sous le prétexte de combattre le narco-trafic, et il accroît les forces répressives pour venir à bout du peuple qui tente de réclamer justice.


Pour cela il nous a frappés, afin de tenter d'en finir avec nous, parce que notre exemple de lutte peut être dangereux pour les riches du pays, mais comme cette lutte est profonde elle va continuer jusqu'à aboutir à la transformation réelle d'Oaxaca, c'est pourquoi notre lutte les rend furieux et ils renforcent les mesures fascistes avec l'état de siège instauré à Oaxaca, où l'exercice des libertés politiques est restreint. Ce sont là des mesures qui portent gravement atteinte aux garanties individuelles des citoyens et que nous allons briser pour retrouver nos droits qu'ils prétendent annuler.


La lutte d'Oaxaca a constitué un apport de dignité pour les peuples du Mexique et du monde, par conséquent aujourd'hui plus que jamais nous devons maintenir la fermeté et avancer vers l'intégration de plus de communautés et de peuples dans la lutte et à l'APPO.


Ulises Ruiz ment quand il dit que le conflit est terminé, rien n'est résolu tant qu'on n'a pas châtié les crimes de lèse-humanité qu'il a commis avec ses escadrons de la mort.


La lutte d'Oaxaca vit, avec cette marche  nous réaffirmons la force de l'Assemblée Populaire des Peuples d'Oaxaca (APPO) qui a démontré  le 2 juillet 2006 que le peuple était capable de vaincre le tyran, et qui aujourdhui a une conjoncture électorale pour le vaincre à nouveau, mais il ne s'agit pas que d'autres récoltent les fruits de la résistance du peuple ; aujourd'hui ce doit être le même peuple qui doit prendre le pouvoir dans tous les espaces possibles, dans les agences, les municipalités et les députations, cette vision s’en remet à l'esprit de service public et qui peut être le fait du plus humble du peuple, avec cette forme d'élection il s'agit de sauver l'esprit des assemblées, caractéristique des peuples indigènes d'Oaxaca. Il n’y a pas de sauveurs dans la lutte de tout le peuple, mais c’est le peuple lui-même, organisé et conscient ainsi que ceux qui nous représentent, qui doivent rendre des comptes au peuple comme il se doit. La conjoncture électorale passe et notre lutte continue avec la mobilisation de masses et la résistance de rue.


Reprenons l’esprit des grandes assemblées populaires qui sont les espaces légitimes de décision et de discussion, où s’élisent ceux qui vont nous représenter. C’est ainsi qu’on rompra avec les pratiques du caciquat qui doivent être bannies au plus tôt si nous voulons un changement réel, puisque le problème du caciquisme a pour origine la forme et les pratiques de prise de decisions par un petit nombre.


En ce qui concerne la lutte nationale nous devons renforcer l’Assemblée Populaire des Peuples du Mexique (APPM) comme partie de l’initiative que l’APPO a suscité, et pour cela il y a justement diverses assemblées constituées dans différents États du pays qui sont nées de l’effervescence de la lutte d’Oaxaca. Cet effort entend unifier la lutte contre le néolibéralisme et l’ultra-droite. Nous respectons les diverses initiatives nationales comme l’Autre Campagne, la Convention Nationale Démocratique et nous appelons à la plus large unité dans le pays.


 


En ce qui concerne le Plan d’Action :


a) Nous appelons tous les conseils, communautés à nommmer les délégués et à participer à l’Assemblée de l’ État de l’APPO qui se tiendra les 10 et 11 février.


b) Nous annonçons la marche du 8 mars dans le cadre de la journée internationale de la femme, à laquelle nous convoquons toutes les compañeras pour qu’elles se préparent pour cette journée.


1. Nous exigeons la liberté immédiate de tous les camarades emprisonnés dans les différentes maisons d’arrêt du pays et de l’État, et nous exigeons aussi des preuves de vie de tous les disparus politiques et l’indemnisation des familles des morts.


Il reste encore 64 prisonniers de la lutte pour le départ d’Ulises Ruiz. Exigeons l’abandon des porusuites judiaires contre tous les compañeros qui ont été libérés sous caution, puisqu’ils sont innocents.
Il faut considérer que les prisonniers politiques et de conscience ne sont pas seulement ceux de cette période, mais aussi ceux prisonniers depuis l’arrivée au pouvoir d’Ulises Ruiz Ortiz, comme les prisonniers de Xanica, San Blas Atempa. Nous exigeons aussi la liberté pour les prisonniers de Loxicha, incarcérés depuis le gouvernement de Diodoro Carrasco (gouverneur de l’État d’Oaxaca de 1992 à 1998, NdT).
2. Nous réaffirmons la persévérance de notre mouvement et notre exigence du départ d’Ulises Ruiz Ortiz d’Oaxaca.


 


TOUTES LES MUNICIPALITES AU PEUPLE !


TOUT LE CONGRÈS AU PEUPLE !


TOUT LE POUVOIR AU PEUPLE !


DEHORS D’OAXACA L’ASSASSIN ULISES RUIZ !


 


ASSEMBLEE POPULAIRE DES PEUPLES D’OAXACA-APPO


Le 3 février 2007, Oaxaca de Juárez, Mexique. Ville de la Résistance.





Source : http://www.asambleapopulardeoaxaca.com

Voir le reportage vidéo sur la marche
Traduit de l'espagnol par Gérard Jugant et revise par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial ; elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.



Jeudi 8 Février 2007

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