Propagande médiatique, politique, idéologique

Communication culturelle entre Nord et le Sud : Un dialogue de sourds ?


Le problème soulevé la communication culturelle entre le Nord et le Sud que cela soit par l’ouverture respective des espaces de dialogue dont les plateaux audiovisuels représentent un spécimen de choix; la création ou la traduction des œuvres à connotation scientifique ou littéraire est d’une grande acuité. Il ne fait pas de doute que les pays du Sud en ont un grand besoin après avoir été longtemps privés de la transmission d’un savoir de nature à les sortir du sous développement où ils se trouvent . Encore faut-il filtrer le contenu de la culture qui nous est transmise par le Nord et être capable d’en contrer le contenu parfois nocif en y répondant dans la même langue, ce qui suppose un flux de traduction de nos idées dans l’autre sens (du Sud vers le Nord) dans d’autres cultures que celle occidentale en développant notamment la littérature maghrébine d’expression française (comme le dit si bien Kateb Yacine et cela reste toujours une expression d’actualité, « le Français est un trésor de guerre »). On pourrait donc profiter des enrichissements des autres cultures sans permettre à la langue étrangère d’instiller des messages pervers qui viennent s’incruster dans les mentalités des plus fragiles parmi celles des citoyens du Sud. Peut-être aussi pourrait-on faire parvenir aux pays occidentaux d’autres interprétations et d’autres traductions que celles auxquelles ils sont habitués.
On assiste en effet aujourd’hui à un retour du néo-colonialisme culturel dans les pays du Sud en raison de la montée de la droite en Europe et en France en particulier. J’en donne pour cela trois illustrations :


hatemelkaroui@gmail.com
Samedi 10 Avril 2010

Communication culturelle entre  Nord et le Sud : Un dialogue de sourds ?
Par Hatem Karoui  Ecrivain et journaliste
 
 La France refuse de facto à travers ses institutions culturelles (comme l’IFC en Tunisie) de promouvoir la littérature maghrébine en langue française qui est par essence anticolonialiste et anti-impérialiste. Les ouvrages de littérature maghrébine n’y sont plus promus dans la nouvelle politique de cet institut et on leur préfère des ouvrages « du crû ». Les Centres commerciaux dominés par les investisseurs étrangers dans la distribution à grande échelle tels Carrefour et Géant refusent de donner un impact à la littérature tunisienne engagée en langue française.
Dernièrement – et c’est mon premier exemple- l’Institut Français de la Coopération (IFC) a promu un périple organisé dans les pays francophones méditerranéens, essentiellement par l’Ambassade de France à Malte (Eric
Rondeau) consacré au thème d’Ulysse en ignorant qu’il existe une littérature maghrébine liée à ce thème et en faisant l’éloge des écrivains étrangers connus et moins connus. Il y avait toujours à travers de telles manifestations l’arrière-pensée de la culture occidentale civilisatrice devant lesquels les orientaux devront constamment se pâmer.
L’action loin d’être fortuite est bien sournoise et cherche à faire diminuer le rattachement de la population locale à d’autres cultures que la culture française. En d’autres termes les puissances ex-colonisatrices n’encouragement jamais que cela soit au niveau financier ou logistique l’éclosion d’une culture engagée en langue française venant réfuter la supériorité occidentale. Le niveau de la langue française étant en nette régression, les autorités peuvent ne pas se rendre compte du danger de l’invasion culturelle non contrecarrée au niveau du contenu dans la même langue par un discours différent. Le danger est que l’on continue à répondre dans notre propre langue (l’Arabe) aux tentatives d’anéantissement de la culture arabo-musulmane défendant des thèses indépendantistes mais guère écoutées en étant peu diffusées. Les productions engagées en langue française sont par ailleurs appelées à plus ou moins court terme à péricliter et à disparaitre en l’absence d’encouragement conséquent.  
 Dans le même sens, et c’est mon second exemple, un certain budget était traditionnellement fourni par les centres culturels étrangers pour encourager la création littéraire locale. Ainsi le programme d’aide à la publication de l’IFC en Tunisie. Cet institut lance en effet annuellement un appel à candidature de projets auprès des éditeurs tunisiens mais il se trouve que le programme d’aide est la plupart du temps circonscrit à l’usage d’un nombre réduit d’éditeurs qui le plus souvent sont les mêmes ! Simple hasard ou existe-t-il certaines affinités avec ces derniers? La question est posée car on peut se demander si le choix d’un certain ton n’est pas préconisé où si le choix du thème lui-même pour pouvoir bénéficier de l’aide doit être conforme à une ligne tracée d’avance…  En parallèle des montants colossaux sont dépensés par la communauté internationale pour faire accréditer certaines thèses. D’où le troisième exemple que je donne, révélateur de cette tendance est la récente organisation par les instituts culturels occidentaux dans les pays arabes avec l’appui financier et logistique de la communauté internationale de rencontres sur la Shoah au moment où Gaza et la Palestine subissent un encerclement insoutenable au vu et au su de tout le monde. Un débat sur l’holocauste a été notamment organisé par l’Institut Français de la Coopération (IFC) le 1er février à Tunis à la Médiathèque Charles de Gaule en présence de Serge Klarsfeld qui avait à « cœur » de combattre le négationnisme dans les pays arabo-musulmans. Il entrait dans le cadre du projet Aladin lancé en mars 2009 par la Fondation pour la mémoire de la Shoah sous la férule de l’UNESCO, en vue de permettre la lecture dans le monde musulman des ouvrages sur le thème de l’holocauste en les traduisant en arabe, en Farsi et en Turc. Dégagée de son contexte cette action est à n’en pas douter positive mais en omettant d’agir en parallèle pour tendre à combattre des injustices criardes tient de la manipulation.
 Au niveau historique il faut rappeler que pendant la période où la Tunisie était encore un protectorat français, Louis Machuel, le Directeur omnipotent de l’enseignement avait essayé de créer une école franco-arabe qui avait été ensuite abandonnée parce que les « Prépondérants » ne voulaient pas de Tunisiens cultivés mais d’une main d’œuvre corvéable…Il ne faudrait pas que l’on poursuive cette politique par d’autres moyens moins avouables !

 En fin de compte, si Samuel Huntington a prévu un choc des civilisations c’est peut-être des tentatives féroces de certaines cultures d’en absorber d’autres…Et dans ce cas la confrontation est naturellement inévitable. Mais si au lieu de cela on apprend à réellement respecter la culture de l’autre et si on lui permet de s’exprimer que cela soit dans les médias où dans les ouvrages que l’on produit, ce risque peut facilement être évité…Le plus important est de ne pas continuer à engager un dialogue de sourds !
 HK



Samedi 10 Avril 2010


Commentaires

1.Posté par Ulysse le 11/04/2010 15:12 | Alerter
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Ammar Akrémi, Professeur de Français a écrit un article intéressant et révélateur sur la politique coloniale en matière d’éducation. (Voir http://www.metiers.edunet.tn/ressources/sitetabl/crefoc/Zaghouan/Lumieres/lum%2011/francais/amar.htm). Il ne faudrait effectivement pas de nouveau que le Français devienne une matière élitiste accessible uniquement à la « nomenklatura » qui débatte de sujets sélectionnés dans les salons privés. En tous cas, la langue quelle qu’elle soit, est toujours véhiculaire d’une culture qui doit tendre à l’universalité et non être instrumentalisée…Et c’est valable pour la langue française qui a historiquement de grandes prétentions. C’est pourquoi comme dit l’auteur la littérature maghrébine d’expression française doit être réhabilitée pour apporter un autre son de cloche notamment par rapports aux schémas stéréotypes dont on affuble l’Islam et la culture islamique..C’est en cela que la francophonie aurait un sens, sinon nous serions submergés par la pensée unique de la mondialisation faisant l’apologie de la civilisation occidentale et mettant entre parenthèse les cultures du Sud qui seraient ramenées à des sous-cultures ghettoïsées et « communautarisées ».


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