Palestine occupée

Comment vivre avec la faim ?


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Le Dr Ran HaCohen est né aux Pays-Bas en 1964 et a grandi en Israël. Il possède une licence en informatique, une Maitrise en Littérature Comparative et un Doctorat en Etudes Juives. Il enseigne dans une université en Israel. Il travaille également comme traducteur en littérature (De l'Allemand, de l'Anglais et du Hollandais) et comme critique littéraire pour le quotidien israélien, le Yedioth Achronoth. Le travail de M. HaCohen a été largement publié en Israel. "Letter from Israel" apparait occasionnellement sur Antiwar.com. Cet article publié à l'origine sur Antiwar.com le 26 Février 2007, est republié avec la permission de l'auteur.

Par Ran HaCohen


Ran HaCohen
Lundi 5 Mars 2007

Photo Associated Press : Un enfant de Gaza a écrit :
Photo Associated Press : Un enfant de Gaza a écrit :
Les réactions israéliennes à la souffrance des Palestiniens dont ils sont moralement responsables, en particulier lorsqu'on les met dans le contexte de leur souci apparent de la faim dans le monde, montrent à quel point les Israéliens sont devenus obstinément inhumains. La déshumanisation des Palestiniens par Israel a déshumanisé les Israéliens eux-mêmes. Quand j'étais enfant, un argument populaire en faveur de la "libération israélienne", c.-à-d., en faveur de l'occupation des territoires palestiniens, c'était que c'était une bénédiction pour les Palestiniens eux-mêmes.

"Quand nous sommes arrivés", me disait-on à à l'école, "il y avait seulement quelques voitures dans toute la Cisjordanie. Et regardez combien ils en ont maintenant !"

En effet, lors des premières décennies de l'occupation israélienne, le niveau de vie des Palestiniens a augmenté -- pas en raison des investissements israéliens (Israel n'a jamais investi un seul centime en aide sociale ou en infrastructure pour les Palestiniens), mais principalement parce qu'Israel a exploité les Palestiniens en tant que force de main d'oeuvre à prix réduit, et même une force de main d'oeuvre à prix réduit est payée.

L'argument de l'aide sociale ne peut plus être utilisé, maintenant qu'un ménage sur deux à Gaza et en Cisjordanie est "en manque de nourriture" ou en danger de le devenir, comme l'a indiqué un récent rapport des Nations Unies.

Cela n'a rien changé pour les expansionnistes israéliens : une fois que cet argument colonialiste devenait désuet, les défenseurs de l'occupation ont utilisé d'autres excuses.

C'est ce qui est bien avec la politique de l'occupation : son soutien est basé sur des excuses, et non sur des raisons.

A chaque fois qu'une excuse disparait, la machine de propagande israélienne en trouve une autre.

Cependant, il est intéressant d'observer comment les Israéliens font face de nos jours à ce qui était une excuse ausssi populaire.

Après avoir prétendu que l'occupation avait amélioré la vie des Palestiniens, les Israéliens doivent maintenant faire face à la faim et à la famine à leur porte. Comment vivent-ils avec ça ?


La famine ne doit pas être négligée

Les Israéliens, naturellement, sont des êtres humains. En tant que tels, ils sont rarement indifférents à la souffrance humaine.

L'autre semaine, par exemple, James Morris, qui quitte le Programme d'Alimentation Mondial des Nations Unies pour prendre sa retraite, a été cité en disant que 18.000 enfants dans le monde entier mourraient de faim chaque jour.

Ces mots, sur le site internet en Hébreu du populaire Ynet (le 17 fév.), ont attiré 100 réponses de lecteurs compatissants.

Bon nombre d'entre eux ont simplement montré leur profonde sympathie : "Cela brise le cœur", "terrible", "chiffre inconcevable, incroyable", "comment peut-on mettre au lit un enfant affamé ?" pour n'en citer que quelques uns.

Plusieurs lecteurs ont même demandé où l'on pouvait donner.

D'autres ont rappelé l'extrême inégalité derrière les chiffres : "Regarder un milliard de personnes affamées ne tracasse pas les 5 milliards de personnes qui ne le sont pas", ou, "en même temps, les plus riches du monde baigne dans leur argent".
Quelques lecteurs ont essayé d'imaginer des visages derrière les chiffres : "Le monde ne s'inquiète pas des Noirs."

Plusieurs commentaires ont mentionné le rôle des médias : "Ce sujet n'obtient pas 10% de la couverture médiatique donnée à quelques guerres oubliées."

D'autres encore ont essayé une analyse plus profonde, avec des commentaires comme "Le monde cruel et matérialiste payera bientôt le prix", ou, "Conséquence du capitalisme qui mène à des crises sociales et environnementales", ou même, "tout cela pendant que les Américains versent 100 milliards de dollars par an pour des guerres."

C'était le ton accablant des réactions des Israéliens à la faim dans le monde : la sensibilité, la compassion, et l'empathie humaines, même avec une certaine analyse politique critique.



Situation désespérée des Palestiniens

Un mot au sujet de la situation désespérée des Palestiniens.
Les territoires palestiniens n'ont pas souffert d'un tremblement de terre, d'un tsunami, d'une famine, ou de n'importe quel autre désastre naturel au cours des dernières décennies.

La détérioration constante de leur situation économique est à 100% l'œuvre de l'homme.

Comme le déclare l'ONU et de nombreux autres rapports, les causes principales de la pauvreté sont politiques : à savoir, les fermetures imposées par les Israéliens, et le boycott international et israélien de l'Autorité Palestinienne.

L'Autorité Palestinienne est le principal employeur dans les Territoires Palestiniens.

Son boycott au point de ne plus pouvoir payer les salaires, dans une société écrasée par des années d'oppression militaire et économique israélienne, mène inévitablement à une pauvreté massive.

En d'autres termes, Israel et la communauté internationale punissent la population palestinienne par la famine parce qu'ils ont élu démocratiquement le "mauvais" parti, le Hamas.
Une punition aux dimensions bibliques, qui convient bien à la Terre Sainte, avec le Premier Ministre Olmert et Condoleezza Rice dans le rôle de Dieu
.



Négliger la famine des Palestiniens

Le rapport des Nations Unies sur le "manque de nourriture" des Palestiniens a aussi été diffusé sur Ynet, dans une synthèse correcte intitulée "La Moitié de Palestiniens a des difficultés à obtenir de la nourriture" (22 fév.), ce qui a attiré environ 75 commentaires de lecteurs.

A quelques exceptions près (qui ont fait face au mépris et à l'agressivité), l'empathie et la compassion étaient complètement absentes des réactions.

"Qui s'en inquiète ?" écrit un lecteur.
"Si ma grand-mère était encore vivante, cela aurait pu l'intéresser," écrit un autre.


La souffrance des Palestiniens n'est pas perçue comme une catastrophe humaine, mais comme un argument politique.

C'est comme si la machine de propagande israélienne était parvenue à éteindre la solidarité humaine la plus fondamentale chez les Israéliens, pour la remplacer par un sophisme cynique exempt de toute humanité.

Les Palestiniens affamés sont purement une attaque à la droiture d'Israel, et ils sont affrontés en tant que tels.

Une majorité écrasante des lettres des lecteurs utilisent l'une ou plusieurs des stratégies idéologiques suivantes :

(1) Pure dénégation de la souffrance : "Ils semblent plutôt potelés à la télévision."
Et pourquoi pas ? Nier les faits est toujours le refuge du fanatique.


(2) Les Palestiniens souffrent, mais c'est bien.
"C'est malheureux, mais c'est le seul moyen de les remettre sur le droit chemin." ; "Il y aura de paix quand l'autre moitié aura faim aussi."
Ici on peut voir clairement les graines du soutien au génocide. Tout comme : "Au gouvernement d'Israel : encouragez-les à se lever et à partir ! ! !"


(3) Les Palestiniens peuvent souffrir, mais ce ne sont pas nos affaires.
"Nous nous sommes retirés, n'est-ce pas ? Donc, qu'est ce que j'ai à voir avec ça ?" a demandé un lecteur.

Le rapport des Nations-Unies, inutile de le dire, concerne non seulement Gaza mais aussi la Cisjordanie ; il n'y a pas de désengagement israélien de Cisjordanie, mais beaucoup d'Israéliens voudraient réellement croire qu'en mettant en cage les Palestiniens de Cisjordanie derrière des murs, Israel n'a plus rien à voir avec eux non plus.

Intéressant, si cet argument était vrai, on pourrait s'attendre à trouver une compassion semblable à celle exprimée envers la faim dans le monde en général ; mais ce n'est pas le cas.

Pour beaucoup d'Israéliens, un enfant affamé au Ghana est un poids sur leur conscience collective, tandis qu'un enfant affamé à Gaza – à une heure de route de Jérusalem ou de Tel Aviv – ce n'est pas leurs affaires.


(4) Les Palestiniens peuvent souffrir, mais c'est nous, les Israéliens, qui sommes les véritables victimes.

C'est une ligne perpétuelle de propagande israélienne: les médias sont "partiaux" (anti-sémies, etc.), ainsi notre souffrance est oubliée.

Montrant sa futilité, un lecteur a suivi la procédure habituelle de façon mécanique en comparant les deux peuples au niveau économique : "On a pu avoir fait le même sondage en Israel et avoir les mêmes résultats."

Une chose est sûre : Le PIB d'Israel est de 26.000 dollars par habitant, comparé aux 1.000 dollars dans les Territoires Palestiniens Occupés


(5) Mais ce dernier argument est souvent combiné avec la ligne de propagande la plus populaire de toutes, à savoir : Utiliser toujours le mot magique "terrorisme" pour transformer les Israéliens en victimes et les Palestiniens en "terroristes".

Les "terroristes" sont indignes de la compassion humaine, pas même lorsqu'ils sont affamés ; d'ailleurs, leur souffrance est toujours de leur propre faute.

Des dizaines de lettres tombent sous cette stratégie : "Qu'ils cessent de gaspiller leur argent dans des munitions";
"Ils n'ont qu'à travailler au lieu de jeter des pierres" ;
"Vous soutenez le terrorisme avec tant d'enthousiasme -- Je vous souhaite du succès dans d'autres aspects de la vie" ;
"Le fait qu'ils n'aient pas nourriture ne signifie pas qu'ils n'ont pas d'argent pour en acheter ! ! !" ;
"Mais obtenir des armes, ce n'est pas difficile du tout" ; et ainsi de suite.

Le "terrorisme" palestinien est conçu comme un éternel trait national inhérent, immuable et sans motifs ("Personne ne s'interroge, après 120 ans de terrorisme", explique un lecteur), auquel tous les Palestiniens participent - les médecins et infirmières, les marchands et les étudiants, les personnes âgées et les enfants -- et pour lequel ils méritent tous la punition de la famine, qui leur est infligée par une main invisible, anonyme, mais finalement juste.


(6) Un dernier motif lié est d'accuser les dirigeants palestiniens.
"Demandez des explications à vos dirigeants, qui deviennent plus gros chaque jour" ;
"Avec des dirigeants comme ça, ils devraient être reconnaissants d'être encore en vie. C'est vraiment une honte que les Palestiniens suivent aveuglément leurs chefs stupides."

Évidemment, la corruption des dirigeants est la cause d'une grande partie de la pauvreté dans le monde.

En fait, la corruption inhérente au Fatah était précisément ce qui a incité tant de Palestiniens à voter pour le Hamas.

Cela peut difficilement être une meilleure illustration du produit exporté par les Américains appelé "démocratie" : les Palestiniens occupés ont le libre choix entre mourir de faim sous le régime corrompu du Fatah soutenu par les Américains et mourir de faim sous le gouvernement du Hamas boycotté internationalement. C'est un pays libre (occupé), vous savez.

Les réactions israéliennes à la souffrance des Palestiniens dont ils sont moralement responsables, en particulier lorsqu'on les met dans le contexte de leur souci apparent de la faim dans le monde, montrent à quel point les Israéliens sont devenus obstinément inhumains.

Une machine de propagande bien-huilée transforme des êtres humains compatissants en perroquets cruels de démagogie d'Etat, prêts à ignorer, excuser, et soutenir même la famine de l'autre nation avec qui ils partagent la même terre.

La déshumanisation des Palestiniens par Israel a déshumanisé les Israéliens eux-mêmes.

Source
Traduction : MG pour ISM


Samedi 19 Avril 2008


Commentaires

1.Posté par monta le 05/01/2009 16:48 | Alerter
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we must every entity brutal literacy

2.Posté par monta le 05/01/2009 16:52 | Alerter
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