Politique Nationale/Internationale

Comment répondre au défi de Pyongyang?



Le "feu d'artifice" que Pyongyang vient de tirer pour marquer l'Independence Day (4 juillet) a créé un sérieux problème diplomatique pour le Conseil de sécurité de l'ONU convoqué le même jour. Un problème uniquement diplomatique et non pas militaire parce que d'après les premières observations sur le plan technique ces six tirs de missiles nord-coréens n'ont rien de bien impressionnant.


RIA Novosti
Jeudi 6 Juillet 2006

Comment répondre au défi de Pyongyang?


Par Dimitri Kossyrev, RIA Novosti


On attendait un essai d'une version modifiée du missile Taepodong-2, dont la portée est de 6.200 kilomètres avec une charge utile de 700-1.000 kilogrammes. C'est-à-dire un missile pouvant acheminer une charge assez substantielle jusqu'à l'extrémité de l'Alaska. Maintenant le nouvel engin aurait dû être capable de frapper n'importe quel point des Etats-Unis. Cependant, il est retombé à seulement quelques centaines de kilomètres de sa rampe de lancement, probablement détruit sur ordre du centre de contrôle.

La veille de cet événement des experts américains avaient déclaré qu'ils doutaient que le missile nord-coréen à portée accrue puisse transporter une charge de même importance. Enfin, le Washington post rappelle que la Corée du Nord "aura encore besoin de plusieurs années avant de créer une charge nucléaire suffisamment petite pour pouvoir la placer dans le missile".

Sans parler que malgré les affirmations réitérées de Pyongyang, les experts ne croient pas que la Corée du Nord soit une "puissance nucléaire".

Ainsi, du point de vue purement militaire, il n'y a pas lieu de trop s'inquiéter, abstraction faite de la chute éventuelle d'un missile nord-coréen sur une route ou un bateau de pêche.

Quant à la diplomatie autour au "problème coréen", elle n'a rien perdu de sa complexité. Surtout si l'on établit le parallèle classique entre la Corée et l'Iran.

Dans les deux cas il s'agit moins de la prolifération des armes nucléaires que de la suspicion de prolifération émise par certains pays. Et ce alors que la création de ces armes et les essais de missiles n'enfreignent aucun des accords internationaux en vigueur. Surtout en ce qui concerne Pyongyang étant donné qu'il s'est retiré de ces accords. Ce qui signifie que formellement, à moins de trouver un prétexte quelconque jusqu'ici inexistant, aucune sanction ne peut être prise à l'égard de ce pays.

Partant, il serait plus simple, plus rapide et moins onéreux d'obtenir le même résultat en recourant exclusivement à la diplomatie, c'est-à-dire en convaincant Téhéran et Pyongyang d'accepter les restrictions qui leur sont suggérées.

Le ton que Washington tente depuis plusieurs années d'imposer aux négociations avec les deux pays n'est pas fait pour rendre ces derniers accommodants.

Le problème de la Corée du Nord, tout comme celui de l'Iran, est une conséquence de l'échec de la politique poursuivie jusqu'ici, une politique reposant sur la pression et la menace et qu'il faut remplacer. Surtout que les spécialistes du Pentagone estiment que si une opération militaire contre la Corée du Nord ou l'Iran coûterait extrêmement cher et aurait des conséquences imprévisibles, ils ne la considèrent pas impossible. Or, les atermoiements concernant le changement de politique ont pour résultat ce que l'on voit aujourd'hui dans le ciel au-dessus de la mer du Japon.

On sait bien qu'il est toujours pénible de reconnaître ses erreurs. Pourtant l'Amérique s'y résigne peu à peu, aidée en cela par ses partenaires, même si elle ne peut pas encore dialoguer directement avec l'Iran ou la Corée du Nord. En ce qui concerne l'Iran, rappelons les propositions avancées il y a maintenant plus d'un mois à Vienne par six pays (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne), montrant à Téhéran qu'il serait avantageux pour lui de renoncer à ses programmes nucléaires. Il s'agit là au moins d'un début de conversation normale, ce qu'atteste d'ailleurs la première réaction de l'Iran.

En ce qui concerne la Corée du Nord, on a annoncé que Washington était disposé à entamer des pourparlers bilatéraux avec Pyongyang, une chose qu'il avait longtemps refusée. Pour l'instant l'administration des Etats-Unis souhaite enclencher un processus parallèle: à un niveau entretenir un contact direct avec Pyongyang et à un autre sortir de l'impasse le mécanisme des négociations à six sur le problème coréen, auxquelles prennent part aussi la Chine, la Russie, le Japon et la Corée du sud. Quoiqu'ici il soit séduisant de renoncer à la médiation pour s'attribuer les lauriers du pacificateur (et par la même occasion du monopole du règlement des problèmes clés en Asie). La "réponse balistique" de Pyongyang à ces idées semble irrationnelle, bien que l'on tente de l'expliquer de mille façons. Par exemple en disant que les Etats-Unis ont introduit des sanctions contre plusieurs entreprises et banques nord-coréennes accusées de blanchiment d'argent et de diffusion de fausses coupures.

Ici il ne faut pas oublier que la confiance ne se gagne qu'à long terme. Si pendant plusieurs années on montre du doigt un pays en disant qu'il n'est pas comme les autres, que les règles communément admises n'y sont pas appliquées, que c'est un pays "voyou", si on le menace continuellement de mesures musclées et de sanctions, alors il ne faut pas s'attendre à ce que ce pays change du jour au lendemain son style de comportement irrationnel.

Le Conseil de sécurité pourrait se laisser tenter et "jouer des muscles". Pyongyang a manifestement eu tort de violer son propre moratoire sur les essais de missiles (introduit en 2001). Le défi ici est patent. Un défi en ce sens où le mois dernier le ministère russe des Affaires étrangères avait mandé l'ambassadeur de Corée du Nord pour lui déclarer que "toute action pouvant avoir une incidence négative sur la stabilité régionale serait indésirable". Moscou partage les sentiments des parties aux négociations à six gelées. Par la voix du porte-parole de la place Smolenskaïa, Mikhaïl Kamynine, il a déclaré que "les essais compliquent passablement la situation autour du programme nucléaire de la Corée du Nord". Faisons remarquer quand même que pour le moment à la différence de Tokyo, par exemple, Moscou n'utilise pas le terme "sanctions". Selon les autorités nippones, le Japon pourrait interdire l'accès de ses ports aux navires nord-coréens.

La question ici est de savoir ce que cherchera à obtenir la diplomatie des participants au règlement intercoréen: des résultats ou bien un effet extérieur. Les moyens d'obtenir le second sont toujours plus nombreux. On pourrait imaginer le boycottage des importations de ginseng nord-coréen, se mettre d'accord sur l'implantation dans une des îles méridionales du chapelet des Kouriles d'une station de poursuite des missiles, exclure Pyongyang de l'ONU pendant un mois... Mais il sera bien plus difficile de faire en sorte que la Corée du Nord, l'Iran ou quelqu'un d'autre comprenne enfin que l'on veut sérieusement s'entendre avec eux.


Jeudi 6 Juillet 2006

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