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Comment chasser l'occupant militaire de l'Europe ?


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Ferons-nous du drapeau de la France la boule puante d'une satellisation inexorable de l'Europe, paierons-nous, de génération en génération à un empire étranger le tribut d'une gratitude politique contrefaite, laisserons-nous le fanion du Nouveau Monde flotter à jamais sur les quatre cents bases militaires de l'occupant en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Grèce, en Belgique, en Hollande, au Portugal, allumerons-nous pour toujours les fumigènes de nos souverainetés confisquées, ferons-nous grésiller à jamais les brûle-parfums de notre reconnaissance à un faux prophète de la démocratie?

Le 4 avril, nous recevrons somptueusement l'occupant, le 4 avril, nous fêterons les soixante ans de notre subordination institutionnalisée, le 4 avril, nous nous le couvrirons des lauriers de nos dévotions éperdues. Mais nul ne porte longtemps le masque des Tartuffe de la liberté. L'OTAN ne se changera pas aussi aisément qu'on le croit en une exposition de parchemins des démocraties commémoratives. Changeons le triste mémorial de la souveraineté évanouie de l'Europe en instrument de notre résurrection.


Manuel de Diéguez
Lundi 30 Mars 2009

Comment chasser l'occupant militaire de l'Europe ?

1 - M. Barack Obama, nouveau vassalisateur de l'Europe occupée
2 - Le génie de la logique
3 - Les bévues de la France
4 - Le bilan d'un siècle de servitude de l'Europe
5- " Le génie n'est qu'un formidable bon sens ". Napoléon
6 - Le naufrage cérébral de la nation de Kant
7 - Le blocage interne de la diplomatie française
8 - L'avenir de la France de l'intelligence
9 - Que faire de notre encéphale schizoïde ?
10 - Le nouvel humanisme

1 - M. Barack Obama, nouveau vassalisateur de l'Europe occupée

La vérité politique est rude, fruste et nourrie des évidences les plus criantes du sens commun. Le Général de Gaulle pensait que, sitôt privée de la France, une OTAN devenue vassalisatrice s'étiolerait toute seule. Au lieu de cela, les Etats-Unis, sont parvenus non seulement à ficeler davantage l'Europe à Washington, mais à la métamorphoser en un amas de nations amorphes, privées de vision de la politique, d'unité de vues et de destin mondial. De plus, le Nouveau Monde a réussi à donner le change en plaçant à ses côtés un Secrétaire général européen issu soit d'un minuscule Etat du Vieux Monde entièrement sous son influence, soit d'un Etat moyen désireux de donner des gages accrus de son allégeance.

Par chance, dans Le Monde du 25 mars, M. Barak Obama a explicité avec une telle simplesse sa volonté de diriger la planète aux côtés de quelques acolytes qu'il décorera de rubans que l'Europe de la vraie raison politique a des chances de se faire les dents sur ce nouveau morceau de bravoure de la fausse candeur : "Mon message est clair, les Etats-Unis sont prêts à exercer leur commandement et nous appelons nos partenaires à se joindre à nous." Le chef se pose solitairement au centre de l'échiquier et convie des comparses à le suivre : "Grâce à l'exemple qu'ils donneront, les Etats-Unis pourront œuvrer au redressement global et reconstruire la confiance du monde." Le mot d'ordre est donné aux vassaux: " Notre mouvement devra se trouver amplifié par nos partenaires du G 20."

Le génocidaire du Déluge lui-même s'est repenti de s'être trompé de stratégie. A son exemple, M. Obama pourra dire: "Je sais que l'Amérique porte une part de responsabilité dans le gâchis auquel nous sommes maintenant tous confronté." Le souverain va jusqu'à tendre la main au reste du monde: "Ensemble, nous pouvons tirer des leçons de cette crise." Une diplomatie aussi rudimentaire est la bienvenue : nous avons besoin de réapprendre la politique sur les bancs de l'école primaire.

Voyons si le Général de Gaulle jugerait réalisable la ruse diplomatique d'un faux retour de la France dans l'OTAN. Notre nation est la seule sur le Vieux Continent à disposer de l'arme de prestige d'une foudre mythologique, elle est la seule qui soit redevenue souveraine sur son territoire. Est-il possible, pour autant, de dynamiter de l'intérieur une vassalisation liée à la médiocrité inévitable des classes politiques issues du suffrage universel ou bien l'homme du 18 juin jugerait-il qu'aucun Talleyrand ne serait en mesure de réaliser un exploit politique de cette taille?

2 - Le génie de la logique

Commençons par un bref inventaire des lieux, afin de découvrir si le chemin parcouru a accumulé trop de bévues pour nous laisser les moyens intellectuels de nous rebeller. Dès 2003, MM. Chirac et Villepin avaient mis tous leurs efforts à amarrer définitivement la Russie du Siècle des Lumières à une Europe qu'ils avaient tenté de remettre sur la voie de sa grandeur, mais qui demeurait culturellement désarmée par une anthropologie politique héritée du Moyen Age. Pourquoi M. Poutine nous avait-il claqué la porte au nez ? Pourquoi s'était-il précipité à Washington en quémandeur ? C'est qu'il rêvait de placer le Continent des sépulcres et des sarcophages de sa grandeur oubliée sous un condominium russo-américain fondé sur une complicité planétaire des nations capitalistes les plus puissantes de la planète.

Mais la vraie diplomatie est celle de la ténacité. En 2008 déjà, un capitalisme libéré de l'utopie marxiste est tombé dans l'utopie du marché pseudo régulateur et s'est effondré sans que ni les débris du parti communiste, ni un parti socialiste en panne de réflexion sérieuse, ni les Etats effarés par la montée des eaux du Déluge ne trouvassent les moyens d'endiguer les débordements d'un capitalisme désormais livré sans contrôle à tous les démons du profit. Mais les péripéties florissantes ou malencontreuses de l'économie mondiale depuis la chute du mur de Berlin ne font pas changer de nature aux intérêts diplomatiques à long terme des Etats. Comme disait Gary Kasparov : "Quand je suis dans la logique de la partie, je ne crains personne".

3 - Les bévues de la France

Aujourd'hui, M. Nicolas Sarkozy se trompe de logique du jeu quand, le 11 mars dernier, il s'indigne de ce que les Etats-Unis et la Russie s'entretiennent maintenant "seuls dans leur coin". A qui la faute si, par définition et dans tous les ordres, le génie est une question de droiture d'esprit et si l'instrument de cette droiture-là s'appelle la logique? Il ne fallait pas rabrouer Moscou pour avoir reconnu la souveraineté de l' Ossétie et de l'Abkhazie, il ne fallait pas faire allégeance à Washington au point d'oublier l'agression de la Géorgie fomentée contre ces microscopiques Etats russophiles par les Etats-Unis, il ne fallait pas que la France de Diderot et de Voltaire se mît en quatre pour aider les moines tibétains à faire vrombir jour et nuit les moulins à prière d'un bouddhisme primaire et aussi honnis de l'Eveillé que les sacrifices de sang aux yeux d'Isaïe, il ne fallait pas livrer le minuscule Kosovo à l'empire américain à seule fin qu'il y construisît la plus gigantesque de ses bases militaires en Europe, il ne fallait pas attendre la riposte russe à Kaliningrad pour s'opposer à l'intrusion rampante de la flotte de guerre américaine dans la Mer Noire, dont l'accès avait été conquis de haute lutte sur l'empire ottoman par Catherine II en 1783, il ne fallait pas dénoncer " le bouclier anti-missiles " conquérant installé en Pologne et en Tchéquie avec moins de vigueur que l'invasion de l'Irak, les tortures de la CIA et les violations des droits de l'homme à Guantanamo, il fallait trouver le courage intellectuel de démontrer que la bombe atomique est seulement une arme de prestige et que la Perse ne sera jamais une menace militaire pour les phalanges macédoniennes d'Israël, il fallait redonner à l'Europe des philosophes les armes d'une raison cinglant toutes voiles dehors vers le troisième millénaire, il fallait oser démontrer la prise en otage de la planète entière par le chantage du peuple de David au " terrorisme " nucléaire iranien ou au fanatisme du Hamas. Sinon, comment le Vieux Continent redeviendrait-il, comme au XVIIIè siècle, le pôle d'attraction de l'intelligence politique?

4 - Le bilan d'un siècle de servitude de l'Europe

Par bonheur, la résignation des peuples aux puissants n'est jamais payante longtemps, par bonheur, les capitulations de la pensée logique se retournent toujours contre les apôtres d'une raison au petit pied, par bonheur, le genre simiohumain ne progresse en profondeur qu'à l'écoute du courage propre à son intelligence. Or, la logique du monde est un oracle naturel. Ses prêtres annoncent, primo, qu'avant une décennie, les armes américaines auront quitté une Europe qui n'est plus menacée par personne depuis 1989 et secundo, que l'envahisseur aura de plus en plus de mal à ficeler la raison politique occidentale à des fantasmes parareligieux. La rupture de cette laisse est aussi certaine que la démonstration du théorème de Pythagore est irréfutable. Quel sera alors le bilan du siècle de servitude auquel une civilisation au passé rationnel se sera passivement soumise? Comment jugera-t-on les oublieux de la pensée logique? Valéry disait: "Nous autres civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles." Mais nous ne n'avions pas encore appris que la mort des civilisations est le fruit du naufrage des têtes dirigeantes dans une "servitude volontaire" diagnostiquée en 1548 par un médecin de la condition humaine âgé de dix-huit ans seulement , nous ne savions pas encore que les classes au pouvoir deviennent progressivement acéphales et précipitent à intervalles réguliers l'humanité de leur temps dans une décérébration apeurée.

Le genre simiohumain est né avec des rêves religieux qui lui ont fait imaginer longtemps une origine, un devenir et un sens anthropomorphiques de l'univers. Puis, sa boîte osseuse s'est pétrifiée à l'école des législations sacralisées par leur utilité politique et cimentées par les Eglises au profit d'une éthique armée d'une dogmatique terrifiante. Enfin, l'effondrement des autels a posé la question de la capacité morale des évadés du règne animal de se passer d'un chef du cosmos harnaché d'un paradis et d'un enfer. Pour l'instant, la question du statut anthropologique de l'épouvante demeure dans un tragique suspens psychobiologique, puisqu'il semble qu'un pays demeuré croyant, donc effrayé comme l'Italie se révèle relativement plus capable de chasser à mains nues l'envahisseur insidieux qu'une nation davantage initiée à l'usage de la raison héroïque des philosophes, telle l'Allemagne. Comment se fait-il que ce ne soit en rien la démocratie pensante, mais un Général de Gaulle catholique qui a libéré le territoire de sa nation des légions de l'étranger? C'est que le cerveau simiohumain a besoin de se donner l'assise politique d'une forteresse intérieure inébranlable ; et cette forteresse n'est encore que celle de quelques têtes solides par siècle.

Nous voici donc conduits à poser la vraie question: "Que faire?"

5 - " Le génie n'est qu'un formidable bon sens ". Napoléon

Le cerveau de la classe politique européenne actuelle ne dispose pas encore de la science anthropologique qui lui permettrait de comprendre la nature du simulacre semi religieux mis en place par l'OTAN. Elle ignore que cet organisme n'est qu'un subterfuge de magicien de la démocratie : il s'agit de donner à un Vieux Continent décervelé par la panne cérébrale dont souffre la pensée laïque depuis 1905 l'illusion de l'associer aux prestiges d'une co-direction mythique de la planète. Pour cela, il fallait messianiser la politique au profit de la sotériologie américaine. Le destin du monde passera par une initiation des néophytes à une nouvelle histoire sainte, celle d'une démocratie idéalisée par la promotion de ses propres principes et, à ce titre, cette initiation servira de lubrifiant, de carburant et de moteur catéchétiques à un nouvel empire des songes dévots, ceux d'une liberté portée à la température d'une rédemption.

Il ne s'agira évidemment en rien d'un partage du pouvoir politique réel, donc des "zones d'influence" entre deux continents aux autels convergents, mais d'une mise en scène des ambitions nationales d'un chef de la croisade de la "justice" et de la "liberté", conversion que le monde moderne permet désormais de théâtraliser, de messianiser et de planétariser à l'école des retrouvailles du cerveau simiohumain avec la dichotomie paranoïaque de Manès. Ce montage des aruspices modernes masque l'évidence toute militaire que la chute politique de l'URSS était appelée à mettre fin à l'occupation armée d'un Vieux Continent réputé avoir été secouru sur les champs de bataille pour des motifs purement démocratico-évangéliques.

La vraie question que ce séraphisme politique pose donc à une France reconvertie à la mission cultuelle mondiale et à la mise en scène doctrinale de la nouvelle Eglise est seulement de savoir par quels chemins rationnels et à l'aide de quels arguments réalistes il sera possible à la France trans-théologique de 1905 de convaincre une Allemagne, une Italie et une Espagne satellisées jusqu'à la moelle de libérer à leur tour et manu militari leur territoire de l'occupation étrangère. Comment dépiéger une Europe prisonnière du mythe démocratique, alors que le carcan du "salut" et de la "rédemption" les situe à des années-lumière de l'audace de demander à Washington de réembarquer ses troupes ? Il faut savoir que l'implantation de bases américaines à titre perpétuel sur le Vieux Continent est devenue constitutionnelle depuis le traité de Maestricht et que cette servitude fait désormais partie intégrante de la vision spéculaire que diffusent ces Mecque de la démocratie. Que faire quand le droit international entérine la notion hérétique par nature et par définition de "démocratie occupée" ? Faut-il rappeler qu'une démocratie non souveraine est un personnage inconnu des juristes?

Si l'humanisme occidental devait persévérer à ignorer les victoires de la connaissance post darwinienne d'eux-mêmes que les évadés du règne animal ont remportées et si M. Nicolas Sarkozy devait célébrer sur les plages de Normandie et avec la naïveté des esprits scolastiques du Moyen Age une sotériologie de la servitude démocratisée aux côtés d'un pseudo théologien de la vassalité, comment libèrerons-nous l'Europe d'une régression mentale fondée sur la plus vieille mythologie du monde, celle du Bien et du Mal? La planète simiohumaine sera-t-elle livrée à une candeur politique qui nous renverrait aux plus antiques catéchètes de l'obéissance aux dieux? La vraie ligne Maginot des modernes n'est autre que le joug mental d'une puérilité politique retrouvée à l'école des idoles de la démocratie onirique américaine .

Par bonheur, M. Nicolas Sarkozy a payé son premier tribut à la domestication de la France ; car M. Obama a naturellement refusé de blesser les autres vassaux, à commencer par l'Allemagne, à la manière dont M. Giscard d'Estaing avait marché, avec tout son gouvernement, à la rencontre de M. Jimmy Carter qui avait débarqué en Normandie le 5 janvier 1978.

6 - Le naufrage cérébral de la nation de Kant

Certes, il y a quelques mois, une poignée de députés allemands a jugé condamnable l'occupation à titre constitutionnel, donc perpétuel, du territoire entier de la nation de Siegfried par le vainqueur de la dernière guerre. Mais l'argumentation de ces oracles éphémères - le suffrage universel est demeuré incompétent sur la scène internationale - portait exclusivement sur le laisser- aller regrettable des garnisons de l'étranger, qui surveillaient désormais trop négligemment l'état de conservation des bombes nucléaires que le Nouveau Monde a entreposées depuis six décennies dans leurs circonscriptions. Mme Angela Merkel a aussitôt fait valoir que cet arsenal de la guerre froide était demeuré "indispensable à la protection de l'Allemagne contre de nouvelles menaces militaires". Le fait même que la rouille cérébrale qui frappe le pays de Kant et de Hegel soit maintenant suffisamment avancée pour qu'aucun intellectuel et aucun homme politique goguenards aient seulement songé à demander à la gentille Chancelière de bien vouloir préciser à l'intention des citoyens instruits et des enfants des écoles de quelles menaces substantifiques elle parlait démontre, s'il en était besoin, la nature médiévale de la cuirasse mentale que l'encéphale verbifique de l'Occident a forgée pour son "salut" jusqu'au pays de la Critique de la raison pure. Il est bien évident que le petit pois qui sert de moteur cérébral à cette ancienne étudiante en physique - mais fille d'un pasteur protestant - ne laisse aucune place à une psychanalyse philosophique et anthropologique de la nature viscéralement onirique de l'historicité simiohumaine.

Mais si, de son côté, le Quai d'Orsay s'était initié à la simianthropologie et s'il disposait ne serait-ce que d'un embryon de connaissance du fonctionnement magique de la boîte osseuse qui surmonte la charpente d'une espèce hallucinée de naissance - hier par des idoles de bois, de pierre ou de fer, aujourd'hui par des concepts totémisés - la France officielle serait-elle mieux placée pour instruire les Etats européens de la psychophysiologie du fantasmagorique simiohumain qui pilote le débarquement fascinatoire de personnages verbaux sur la terre ? Pour tenter de répondre à cette question, déplaçons un instant notre enquête sur le sol de l'Italie, afin d'en observer brièvement le terreau politique.

7 - Le blocage interne de la diplomatie française

Cette péninsule semble plus propice à la résurgence de son identité politique que d'autres nations de l'Europe, parce que l'héritière de l'empire romain dispose nécessairement d'une mémoire dont l'étendue ne trouve d'équivalent que celle de la démocratie grecque. Néanmoins, il y règne une gauche viscéralement étrangère à toute connaissance réelle des Etats, tant en raison de sa formation internationaliste et abstraite depuis le milieu du XIXè siècle que du fait de la nature et des besoins propres aux électorats populaires, que leur pauvreté livre à une catéchèse de concepts délivreurs - on sait que, depuis leur naissance, Rome et Athènes se sont divisées entre des patriciens à l'œil fixé sur leurs coffres et une plèbe livrée à la sonorité des mots harnachés de grelots salvateurs et que, trois millénaires plus tard, la division de notre espèce entre les acteurs et les rêveurs de l'Histoire demeure l'axe central de la politique mondiale.

Certes, à l'occasion de l'extension récente des bases américaines de Vicenza et de Sigonella en Sicile, qui permettront aux Etats-Unis de disposer de l'implantation stratégique décisive dont ils ont besoin pour porter leurs armes en Afrique et pour y rivaliser avec la Chine, on a vu une gauche ex-communiste soutenir avec des accents patriotiques un instant retrouvés un chef de gouvernement tellement fragile qu'il s'est bientôt vu contraint de remettre les rênes de la nation à un Crésus de la péninsule, un certain M. Berlusconi.

Mais si les deux plus vieilles démocraties de l'Europe n'enfantent ni révolte des pauvres contre l'occupation militaire éternelle de leur pays par une puissance étrangère, ni classe dirigeante soucieuse de recouvrer la souveraineté de la nation, c'est que, depuis les origines et par nature, les démocraties ne sont de taille ni à répondre aux tragique des évènements, ni de nature, en raison même de leur provenance, de relever les défis de la mort. La raison en est simple : la Grèce romaine était plus prospère que l'Italie de l'époque, parce que le glaive coûte les yeux de la tête. De nos jours, le niveau de vie de l'Amérique régnante est devenu inférieur à celui de l'Europe satellisée. Mais il est inévitable que la classe dirigeante des démocraties n'ait d'autre ambition politique que celle dont l'étiage moyen de la population se nourrit et qui préfère nécessairement un relatif bien-être et la tranquillité des jours aux sacrifices que requièrent les vastes horizons.

C'est pourquoi on ne voit pas comment la France, qu'elle soit de gauche ou de droite, pourrait s'adresser efficacement au peuple italien, au peuple allemand ou au peuple espagnol par-dessus la tête de leurs dirigeants. De l'extérieur, Marianne paraîtrait pour le moins une intruse et une fieffée donneuse de leçon, de l'intérieur, on se demande comment elle ne se brouillerait pas à mort avec Washington. Dans ce dialogue, M. Juppé et M. Jospin parlent d'un "marché de dupes", M. Védrine observe qu'il est contradictoire de vouloir l'indépendance militaire de l'Europe et de se ranger parmi les vassaux de l'OTAN militaire avec des mouvements de menton et M. de Charette se demande, lui aussi, comment faire le poids tout seul face au maître des lieux. Quant à M. de Villepin et à M. Fabius, ils soulignent qu'on se rétrécit à s'aligner. Les prosternements ne grandissent que les prosternés aux genoux d'un souverain tellement vaporeux qu'il vaporise en retour ses fidèles dans l'éternité.

8 - L'avenir de la France de l'intelligence

Mais le mal est bien plus profond : on ne mesure pas suffisamment le degré de méconnaissance de la nature même des Etats et des empires qui est résultée de la chute du IIIème Reich. Or, il est évident qu'une connaissance réelle de l'Histoire ne saurait prospérer s'il est sacrilège de rendre intelligible l'expansion politique des Etats-Unis en tant qu'empire évidemment aussi ambitieux de régner sur la planète que tous ses prédécesseurs. Que faire quand des esprits sérieux croient sincèrement, semble-t-il, que l'affaire du bouclier anti-missiles, par exemple, résulterait du tempérament particulier de tel ou tel Président du Nouveau Monde ou de l'initiative personnelle de tel ou tel Ministre de la guerre, qu'on qualifiera punitivement de "faucon", parce qu'une pensée politique mondiale préfaçonnée à l'école de l'individualisme moralisateur des démocraties ne saurait s'armer d'une connaissance rationnelle de la généalogie, de la maturation et du déclin des grands Etats.

Il paraîtra incroyable aux historiens avertis de demain que, pendant un siècle entier, aucun homme politique européen n'aura seulement rappelé à une Europe auto-satellisée par la médiocrité des classes politiques issues du suffrage universel qu'un continent placé sous protectorat militaire n'est plus composé d'Etats souverains. Mais si une géopolitique privée d'assise anthropologique est devenue un trou noir au cœur des sciences humaines, cette tragédie sera nécessairement transitoire. Il surgira inévitablement, le moment venu, un guide charismatique dont il faut seulement espérer qu'il ne réhabilitera pas au prix des désastres du despotisme des identités nationales dont le naufrage s'est toujours confondu avec la mort des civilisations, tellement les Etats-vassaux conduisent fatalement à la ruine des Lettres et des arts. La Grèce vaincue a produit une pluie de brillants rhéteurs et de sophistes éloquents, la Grèce livrée aux périls mortels de la liberté des vivants nous a donné des Prométhée et des Antigone de la condition humaine.

La France assistera-t-elle à la marginalisation implacable de l'Europe de la culture par une littérature au petit pied? Où sont les peintres du Roi Lear et des Macbeth de notre temps ? Le monde anglo-saxon conduira-t-il progressivement le Vieux Continent à une vision étriquée et sentimentale de l'Histoire? Si la France devait voir son Etat prendre au sérieux la bimbeloterie et les faux-semblants d'un simulacre de gestion "démocratique" du globe terrestre aux côtés du catéchète d'une mythologie mondiale de la "Liberté", l'Europe se changerait rapidement en un cimetière politique dont les stèles ne rappelleraient que les ancêtres oubliés. Mais la chance de l'Europe commémorative est de se trouver dans l'impossibilité de remédier à la situation politique réelle dans laquelle elle se trouve sans un sursaut intellectuel ressuscitatif.

9 - Que faire de notre encéphale schizoïde ?

Ce type de paradoxe n'est pas nouveau: à la fin du XVII ème siècle, il fallait faire débarquer la philologie dans l'étude des textes sacrés, la peinture dans les évangiles, le génie musical dans la liturgie, la philosophie dans la politique et dans l'Histoire. Sans un saut qualitatif qui allait révolutionner les paramètres demeurés religieux des arts et des savoirs, le génie humain s'étiolait dans les psalmodies et les litanies de la foi. Il en est de même de nos dévotions actuelles: sans une mutation des coordonnées psychobiologiques de l'humanité, on verra le naufrage de la connaissance relativement rationnelle de la politique et de l'Histoire reconquise à partir d'Erasme prendre le relais de l'anéantissement de la vision théologique du monde au XVIIe et au XVIIIe siècle, tellement il ne suffit pas que Zeus soit trépassé : encore faut-il le remplacer par une science nouvelle et plus profonde d'Adam. L'immensité de l'ignorance qu'il appartiendra aux humanistes et aux philosophes de la seconde Renaissance de défricher sera celle de l'inconscient politique des théologies, ces gigantesques miroirs d'une espèce dont le cerveau inachevé ne sait, depuis des millénaires, comment arbitrer une guerre à mort entre les deux lobes de son encéphale schizoïde. Quand cet animal renonce à délirer, il tombe dans la platitude, quand il se livre à ses démences cérébralisées, il rencontre sur son chemin de gigantesques personnages dont les utopies sanglantes prennent la relève de ses léthargies. Telles sont les deux figures de la mort avec lesquelles le singe semi pensant a pris rendez-vous au ciel et sur la terre.

En attendant, la seule voie ouverte à la France politique est de rester debout dans l'expectative d'un réveil en sursaut de la pensée du monde. Par bonheur, notre pays occupe d'ores et déjà une position stratégique inexpugnable sur ce champ de bataille-là ; par bonheur il dispose d'une phalange d'intellectuels muselés. Mais cette élite est en mesure de saisir l'occasion même de la marginalisation provisoire de la nation au sein du nouvel empire romain pour approfondir son exploration des secrets psychobiologiques des évadés de la zoologie dont la boîte osseuse est tombée en panne de recul cérébral faute de recul à l'égard de ses reculs antérieurs. La spéléologie à venir de l'inconscient simiohumain de l'histoire de notre espèce n'est pas davantage de l'ordre d'un simple approfondissement du "Connais-toi" dont disposait l'humanisme renacentiste que la psychanalyse de Freud ne complétait le classicisme de la "psychologie des facultés" du Moyen Age. La France se trouve donc à un tournant sans précédent de la science politique mondiale. Afin de mieux prendre ce tournant, tirons un avantage de l'isolement relatif et du discret ostracisme qui féconde la solitude actuelle de la pensée critique. La seule relégation véritable est celle qui découle du tarissement des conquêtes de l'intelligence. Comment un pays en attente du second siècle des Lumières ne prendrait-il pas la tête d'une initiation nouvelle et souterraine de l'Europe aux arcanes de l'Histoire du singe aux rêves tueurs?

10 - Le nouvel humanisme

J'ai déjà rappelé qu'à la fin du XVIIe siècle, le Vieux Continent souffrait encore d'un retard intellectuel auquel la Renaissance n'avait pas remédié et qui paraissait sans issue. Mais il se trouve que les générations créatrices disposent avec quelque avance et sans le savoir des principes de la connaissance rationnelle et dont leur époque se trouve en attente. Il faut longtemps, disait Heidegger, pour comprendre ce que l'on sait déjà. C'est ainsi que les encyclopédistes vulgariseront la critique des mythes sacrés à l'école d'une autopsie encore rudimentaire de leurs récits. Mais un siècle après Freud, les préfigurateurs ont remarqué que les dialogues de Platon reposent sur une psychanalyse de l'inconscient des faux savoirs, puisque leur logique encore infirme leur interdit de seulement savoir sur quoi porte leur ignorance ? Vernant reprochait à Freud d'avoir prêté à l'Œdipe de Sophocle un sens qu'il ne pouvait avoir. Pierre-Emmanuel Dauzat corrige très justement : " Le texte [de cette tragédie] n'en continue pas moins de nous dire des choses que nous ignorons de nous et qu'ils ignorent d'eux-mêmes (c'est moi qui souligne)." (Les sexes du Christ, éd. Denoël, 2007, p. 12)

C'est ainsi que, deux siècles après les Diderot et les Voltaire, une maturation révolutionnaire de la science politique, donc de l'histoire des peuples et des nations attend les moissons de ces premières semailles. A une spectrographie des autels demeurée primaire même chez Freud succèdera une dissection simianthropologique du contenu semi animal des offrandes que le rêve démocratique aura présentés au ciel des idoles et sur les offertoires de son langage.

C'est à cette école-là de la profondeur de l'Histoire que la cécité politique de M. Nicolas Sarkozy commencera d'apparaître. Certes, il est puéril de croire à la vocation civilisatrice d'un empire américain d'ores et déjà au bord du gouffre, certes encore, il est infantile de ne disposer d'aucun regard sur l'avenir de la souveraineté de l'Europe. Mais il est suicidaire de manquer d'une vision anthropologique des besoins et des attentes de la raison du XXIè siècle, parce qu'il n'y a pas de géopolitique digne de ce nom sans une réflexion de psychobiologiste sur le ressort religieux qui, depuis deux millénaires, fait acquitter au genre simiohumain la dette d'une rédemption dont son créateur imaginaire lui réclame inlassablement la rançon. Qui ne voit que le créateur mythique de l'univers, tant juif que chrétien, se trouvait pré-construit sur le modèle de la gratitude éternelle qu'incarne encore de nos jours une Europe demeurée désireuse de mériter jour après jour les "récompenses" que lui vaudront ses dévotions reconnaissantes?

Quand on s'apprête à fêter le soixantième anniversaire de la satellisation de l'Europe par un dispensateur éternel du salut et à le remercier sans fin de nous avoir "sauvés par deux fois", quand on fonde la politique internationale sur la dette inépuisable que notre civilisation est appelée à payer à un maître étranger, on n'a pas de connaissance anthropologique du ressort théologique central de la politique mondiale. Mais si la psychanalyse de l'OTAN approfondit notre connaissance de l'inconscient politique de la famille freudienne et si cet approfondissement-là nous reconduit à Vichy , alors notre connaissance des secrets simiohumains de l'Histoire découvre un axe de la recherche simianthropologique qui va de Platon à Freud.

- III - L'Alliance atlantique, c'est le vichysme de l'Europe, Prolégomènes à une anthropologie de la duperie politique, 9 mars 2009
- II - L'Alliance atlantique, c'est le vichysme de l'Europe, Prolégomènes à une anthropologie de la duperie politique, 2 mars 2009
- I- L'Alliance atlantique, c'est le vichysme de l'Europe, Prolégomènes à une anthropologie de la duperie politique, 23 février 2009

Comme dit encore notre défricheur de Sophocle : "Faute d'accomplir ce travail, nous en sommes réduits à une danse totémique autour de concepts dont nous avons perdu la trace." (Pierre-Emmanuel Dauzat, Ibid. p. 11).

le 30mars 2009

http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/defis_europe/occupant.htm




Mardi 31 Mars 2009


Commentaires

1.Posté par Ambre le 04/04/2009 17:22 | Alerter
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