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“Cinq minutes” avec les enquêteurs de l’Autorité Palestinienne -Museler la liberté d’expression en Palestine


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Par Khaled Amayreh

Khalid Amayreh, journaliste habitant la Palestine, est titulaire d’une licence de journaliste de l’Université de l’Oklahoma et d’une maîtrise de journalisme de l’Université du Sud Illinois. Depuis les années 1990, M. Amayreh travaille et écrit pour diverses agences de presse, dont Aljazeera.net, Al-Ahram Weekly, Islamic Republic News Agency (IRNA), and Middle East International. On peut le joindre à politics.indepth@iolteam.com.


Mercredi 28 Janvier 2009

“Cinq minutes” avec les enquêteurs de l’Autorité Palestinienne -Museler la liberté d’expression en Palestine
Lorsque la chaîne de télévision basée à Beyrouth, Al-Quds, m’a interviewé la semaine dernière sur le génocide israélien en cours dans la Bande de Gaza, pas un instant je n’ai pensé que les quelques petites phrases que j’ai prononcées me conduiraient dans une cellule suintante dans le quartier général de l’Appareil de la Sécurité Préventive (ASP) de l’Autorité Palestinienne (AP), à Hébron.

Pendant l’interview, on m’a demandé pourquoi le régime soutenu par les USA à Ramallah n’autorisait pas les grandes manifestations de protestation en solidarité avec la Bande de Gaza. J’ai répondu que l’AP ne voulait pas perdre le contrôle et qu’elle ne voulait pas se mettre Israël à dos.

Il est intéressant de constater qu’Israël lui-même a autorisé qu’une manifestation massive contre la guerre à Gaza ait lieu dans la ville arabe israélienne de Sakhnin, où pas moins de 150.000 personnes, dont quelques militants juif pour la paix, sont descendues dans les rues pour protester contre les tueries et les bombardements écœurants des cibles civiles dans toute l’enclave côtière.

De plus, j’ai souligné qu’Israël n’avait aucun respect pour l’AP et qu’il l’a traitée en fait comme une entité servile servant les intérêts israéliens.

Je pensais vraiment, et je continue de le penser, que je décrivais l’évidence. Cependant, l’establishment sécuritaire de l’AP avait une idée différente.

Une tasse de café légendaire

Le 18 janvier, en début d’après-midi, quelqu’un du centre local de l’ASP m’a proposé de prendre cinq minutes pour venir boire une tasse de café avec le chef du centre. En fait, les « cinq minutes » se sont étirées sur 55 heures d’une expérience cauchemardesque.

Je savais qu’ils voulaient m’arrêter puisque la plupart des Palestiniens en sont venus à associer un appel téléphonique insistant avec une arrestation imminente par n’importe quelle agence de sécurité.

Lorsque je suis arrivé, on ne m’a ni demandé de rencontrer le chef de la sécurité locale, ni ne m’a-t-on offert la légendaire tasse de café. Au lieu de cela, on m’a immédiatement enfermé dans une petite pièce et on m’a confisqué mon téléphone portable.

On m’a pris ma montre et les lacets de mes chaussures. Ont-ils dû être horriblement inquiets pour ma sécurité !

Une demi-heure plus tard, on m’a emmené au quartier général de l’ASP à Hébron, à 14 km. Là, j’ai été tancé pour « avoir souillé et déformé l’image de l’AP », « semé le mécontentement » et « m’être livré à l’incitation. »

J’ai été soumis à quatre sessions d’interrogatoire, qui ont couvert toute une série de sujets, de la stratégie iranienne au Moyen Orient aux chances en récession de création d’un Etat palestinien.

J’ai dit à mes enquêteurs que ce qu’ils faisaient était contre la loi, puisque la loi palestinienne déclare que « l’appareil sécuritaire n’a aucun droit à questionner, interroger ou détenir un journaliste en lien avec son travail. »

A peine avais-je prononcé ces mots qu’un des sbires s’est moqué de moi, disant que « nous sommes en Palestine, pas en Suède ! »

Une petite cellule obscure, à l’odeur rance

Les enquêteurs ne m’ont pas vraiment maltraité, ni physiquement ni verbalement. Cependant, j’ai été mis dans une petite cellule obscure et à l’odeur rance avec deux autres compagnons, un prisonnier politique et un prisonnier de droit commun. Ceci était en soi une forme humiliante de mauvais traitement.

Etre mis dans une cellule suintante, avec un urinoir exposé, n’est pas exactement la manière correcte de traiter un journaliste qui a passé sa vie à défendre la juste cause palestinienne en face de la propagande et des mensonges israéliens. Mais dans un certain sens, ils avaient raison. La Cisjordanie n’est pas la Suède, et le régime de l’Autorité Palestinienne n’est pas le gouvernement de la Suède.

Le lundi soir 20 janvier, on m’a demandé de rencontrer le chef de l’ASP, Abu Al-Fateh, qui m’a expliqué que la situation à laquelle l’AP était confrontée était sensible et délicate, et que les journalistes devaient être attentifs et faire attention à ce qu’ils disaient ou écrivaient.

J’ai été globalement d’accord avec lui. Toutefois, j’ai énergiquement argumenté que supprimer la liberté d’expression, en particulier la liberté de la presse, était une idée très nuisible. J’ai expliqué de plus que lorsque les gens se mettent à craindre le gouvernement, cela signifie que le gouvernement n’est pas démocratique et a beaucoup de choses à leur cacher.

A la fin de la conversation, on m’a dit que je pouvais rentrer chez moi.

Cette dernière rencontre avec l’ASP n’est pas la première fois que je suis pourchassé par l’establishment sécuritaire de l’AP. L’année dernière, le Mukhabarat de l’AP (les services secrets) m’ont fait subir un interrogatoire intense, toujours en lien avec mon travail.

En 1998, j’ai été arrêté et brièvement emprisonné pour avoir écrit sur l’usage de la torture dans certains centres d’interrogatoire de l’AP. J’ai également été interrogé tant par les appareils sécuritaires palestiniens et israéliens sur un article que j’avais écrit sur la centralité du droit au retour des réfugiés palestiniens déracinés de leur patrie ancestrale dans ce qui est aujourd’hui Israël.

Ces jours-ci, la plupart des Palestiniens sont soit arrêtés par Israël ou l’AP, puis re-arrêtés par l’autre bord après leur libération.

Autocensure

Je savais que l’objectif principal derrière ma brève mais injuste incarcération était de m’obliger à m’ « autocensurer » et m’empêcher d’appeler les choses par leur nom.

Cependant, pour les journalistes, « l’autocensure » n’est pas un mot anodin. Il représente en fait l’ennemi ultime d’un journalisme sain. Un journaliste doit être responsable avant tout devant sa conscience, dans le cadre de la loi.

Malheureusement, très peu de gens dans l’appareil sécuritaire palestinien comprennent le langage des droits de l’homme et des libertés civiles.

La situation empire avec la lutte de pouvoir persistante entre le Hamas et le Fatah, qui est souvent utilisée comme prétexte et justification à l’atmosphère de police d’Etat qui prévaut en Cisjordanie aujourd’hui.

En conséquence, on peut dire sans exagérer que la situation des droits de l’homme et des libertés civiles en Cisjordanie est probablement pire aujourd’hui qu’elle l’a jamais été depuis la création de l’Autorité Palestinienne il y a plus de 15 ans.

Des violations rampantes

Ma dernière expérience est bien pâle comparée aux très graves persécutions que subissent les journalistes non alignés partout en Cisjordanie.

La semaine dernière, le personnel de la sécurité de l’AP a attaqué et sévèrement battu le correspondant d’Associated Press, Majdee Ishtayyeh alors qu’il filmait une manifestation « non autorisée » à Ramallah. Ishtayyeh a semble-t-il été emmené dans un bâtiment proche où il a été tabassé ; les coups lui ont causé une grave hémorragie du nez. Le journaliste de 44 ans a dû subir une opération chirurgicale du nez à l’hôpital de Naplouse.

Quelques autres journalistes, reporters et cameramen ont été violemment attaqués et leur matériel a été brisé ou confisqué.

L’année dernière, au moins 20 journalistes palestiniens ont été emprisonnés pour des périodes relativement longues pour avoir rapporté des informations ou des positions que le régime de l’AP a considérées comme portant préjudice à ses intérêts ou à son image. Beaucoup de ces journalistes ont été frappés et même torturés pour avoir refusé de se soumettre à la « ligne officielle ».

Et dans presque tous les cas, des accusations truquées ont été lancées contre eux, telles que « semer la division, l’incitation, et mettant en danger l’unité nationale. »

L’année dernière, Awad Rajoub, un correspondant d’Al-Jazeera.net, a été détenu dans une cellule de l’ASP à Hébron, dans ce qu’il a décrit comme « des conditions dures et humiliantes » pendant 32 jours. Rajoub a été obligé de dormir dans une pièce nue, sans matelas ni couverture, et a dû se servir de ses propres chaussures comme oreiller.

Rajoub avait été accusé d’avoir interviewé des critiques de l’Autorité Palestinienne.

Carte blanche à la violation de la loi

En fait, l’impression qui prévaut est que les agences sécuritaires ont carte blanche pour violer la loi et punir et attaquer les opposants politiques au régime de l’AP, en particulier les gens affiliés au camp islamique.

Pendant mon bref séjour dans la prison d’Hébron, j’ai vu plusieurs détenus qui avaient été soumis à la technique du Shabah, où le prisonnier est assis sur une petite chaise avec les mains attachés dans le dos.

A un moment, j’ai entendu un détenu crier : « Pourquoi vous me frappez, pourquoi vous me frappez ».

Le gouvernement de l’AP à Ramallah clame qu’il fait son possible pour faire respecter la loi. C’est sa réponse habituelle aux critiques exprimées par les organisations pour les droits de l’homme locales et internationales.

Cependant, il est évident que le statut des droits de l’homme et des libertés civiles sous l’AP continue de se détériorer, en particulier avec la paralysie virtuelle du système juridique palestinien, et en particulier à la lumière de l’hégémonie bien visible que les agences de sécurité exercent sur la société civile. C’est la raison pour laquelle les Palestiniens espèrent que le gouvernement de l’AP, que beaucoup de gens pensent qu’il est illégal et illégitime, émettra des ordres clairs et manifestes aux agences sécuritaires de cesser d’arrêter et de maltraiter les journalistes et de respecter les droits humains et civiques fondamentaux des citoyens palestiniens.

Une telle étape est cruciale pour la création d’une société saine basée sur la primauté de la loi et le respect de la dignité humaine. Elle est aussi le sine qua non pour le succès de la lutte nationale palestinienne pour la justice et la liberté des fers de l’occupation israélienne colonialiste.

Source : Islamonline
Traduction : MR pour ISM

 
 
 


Mercredi 28 Janvier 2009


Commentaires

1.Posté par Aigle le 28/01/2009 22:59 | Alerter
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ILS VIVENT LE MLEME SYNDROME QUE LEUR MAITRE SIOBNISTONAZI ..........ILS SONT AUX ABOIS ET SAVENT QUE C'EST LA FIN DES RAPINES ET DE LA TRAITRISE ...........MEME SI LES HYENES SIONISTONAZIES , AFFOLEES , VONT ENCORE ENTRER DANS UNE SECONDE PHASE DE FOLIE COLLECTIVE QUI CETTE FOIS CI ATTEINDRA LE MONDE ENTIER ET PAS SEULEMENT LE PEUPLE PALESTINIEN .........ALORS LES TRAITRES VONT REDOUBLER DE FEROCITE AVANT D'ETRE BALAYES COMME DES DECHETS IMMONDES

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