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Cinq minutes après, le bombardement ne s'était toujours pas amorcé...


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Dmitri Kossyrev
Mercredi 12 Août 2009

Cinq minutes après, le bombardement ne s'était toujours pas amorcé...
Cela s'est passé dans un autre monde et cela peut nous sembler aujourd'hui du ressort d'un conte pour certains terrible en soi et pour d'autres, même beau. En effet, le 11 août 1984, il y a de cela exactement 25 ans, le président américain Ronald Reagan a lancé une plaisanterie. Celle-ci figure dans tous les encyclopédies et  manuels d'histoire du XXe siècle. Ainsi, ce fameux jour, s'apprêtant à adresser son traditionnel message du samedi aux Américains, Ronald Reagan essaie donc le micro pensant être hors antenne et profère ses mots: "Mes compatriotes américains, je suis heureux de vous annoncer aujourd'hui que j'ai signé un décret proclamant la Russie hors la loi, à vie. Le bombardement commencera dans cinq minutes". 


Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti


Il va de soi que ses sympathisants ont fait de leur mieux pour que cette plaisanterie soit connue du monde entier, y compris des dirigeants de l'URSS avec à leur tête Constantine Tchernenko.
A la suite de cette plaisanterie, une fois de plus, il devenait clair que l'URSS n'avait plus lieu d'être, car la propagande soviétique a réagi à cet "essai du micro" de Ronald Reagan avec un marasme pompeux qui lui était bien propre, pourtant, sans sens d'humour, les batailles idéologiques ne sont pas prêtes d'être gagnées.



Ronald Reagan était doté d'une voix formidable: basse, veloutée, profonde. Cette voix lui a permis probablement d'accomplir la moitié de sa mission historique, en effet, grâce à lui l'Amérique a retrouvé le respect d'elle-même et s'est "relevée".



Pour comprendre le phénomène de Ronald Reagan, il faut bien se représenter l'Amérique d'avant 1980, l'année ou il est venu au pouvoir. C'était un pays qui avait essuyé au milieu des années 1970 une défaite dans la guerre en Indochine, vaincu par le Vietnam (!), mais aussi par le communisme mondial qui était venu en aide à ce dernier. C'était aussi un pays avec une société divisée, car on sait bien que la défaite principale lui a été infligée de l'intérieur par des millions de ses citoyens qui refusaient de s'engager dans l'armée et de tuer les Vietnamiens. L'esprit vigoureux des années 1970, de cette protestation sociale et autre, engendra un remarquable art américain, devant lequel  le marasme hollywoodien  de nos jours fait office de carricature. 


Les combattants pour  la paix à cheveux longs remportèrent la victoire totale sur la "génération précédente" des héros, celle qui était venue à bout de la Grande Dépression et d'Hitler. Mais l'ancien acteur Ronald Reagan venu au pouvoir s'est rangé du côté de la moitié Américaine qui se voyait déjà vaincue.



"Acteur" est ici un mot clé, Ronald Reagan n'avait pas brillé à Hollywood, par contre, il a joué bien brillamment le rôle d'un président américain fort. Ceci dit, sa plaisanterie sur le bombardement largement diffusée a la radio  s'explique facilement, car il n'avait fait qu'imiter un cow-boy, un de ses personnages, le truc connu de chaque acteur avant de sortir sur scène.



Les initiatives politiques de Ronald Reagan étaient purement hollywoodiennes. En général, il avait parlé et intimidé plus qu'il n'avait bombardé, car, si l'on s'en tient à ses actifs militaires, ceux-ci se restreignent a une irruption en octobre 1983 à Grenade, Etat minuscule.



Ronald Reagan, atteint par la maladie d'Alzheimer qui lui a rendu sa mémoire défaillante bien avant sa mort en 2004, n'avait pas réalisé  comment la répétition de son expérience avait tourné en farce sous George Bush Junior. Mais, en fait, qu'est-il arrivé à l'Amérique si son histoire des années 2000 est considérée dans l'optique de Reagan? Certes, George W.Bush a imité Ronald Reagan, surtout oralement ("axe du mal"), mais le fait reste qu'il lui manquait bien la retenue de ce dernier quand il s'agissait de passer aux actes. A cette époque-là, la Russie "se relevait", presque comme l'Amérique des années 1980, et elle n'avait pas peur de George W.Bush. La Chine parvenait à atteindre ses objectifs dans l'arène mondiale en faisant preuve de  maîtrise et de persévérance. Qui plus est, la bombe à retardement posée par Reagan (son reaganomie libérale) a explosé et le modèle économique américain s'est effondré. La société des Etats-Unis s'est de nouveau scindée et l'idéologie de Ronald Reagan s'est avérée balayée de la scène pour longtemps.



Désormais, la génération à cheveux longs des années 1970 appartient au passé, l'Amérique d'Obama (à la différence de celle de Bush) est différente, elle se connaît mal, pour l'instant. Cette incertitude est justement ce qui présente de l'intérêt dans le monde contemporain où personne ne plaisantera plus en annonçant un bombardement qui puisse commencer dans cinq minutes.



Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Mercredi 12 Août 2009


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