Conflits et guerres actuelles

Cinq ans d'enfer irakien : une perspective socialiste pour lutter contre la guerre impérialiste


Le samedi 15 mars, des milliers de personnes ont pris la rue dans toutes les principales villes au Canada, une vingtaine en tout, Toronto, Vancouver, Montréal, Calgary et Ottawa, pour signifier leur opposition à la guerre en Irak et à la mission militaire canadienne en Afghanistan. Ces manifestations faisaient partie d’un mouvement mondial pour marquer les cinq ans de guerre en Irak. Le Parti de l’égalité socialiste a distribué la déclaration suivante aux participants de la manifestation de Montréal.


Mardi 18 Mars 2008

Ce fut le 20 mars 2003, il y a maintenant cinq années, que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la dénommée coalition des volontaires envahissaient l’Irak.

L’opération militaire fut lancée après des mois de mensonges de la Maison-Blanche répétés sans critique par les médias de masse voulant que le régime de Saddam Hussein cachait des armes de destruction massive. Des millions de personnes de par le monde étaient descendues dans la rue pour s’opposer à la barbarie annoncée.

La nature de l’aventure impérialiste en Irak ne laisse aujourd’hui aucun doute. Pas une seule arme de destruction massive n’a été trouvée, mais plus d’un million d’Irakiens ont connu une mort violente et des millions d’autres sont devenus des réfugiés. La véritable nature de la démocratie en Irak est symbolisée par la zone verte de Bagdad où les ambassades américaine et britannique et le gouvernement fantoche irakien sont barricadés derrière des murs de barbelés, les points d’entrée étant contrôlés par les forces d’occupation.

Plus d’un an auparavant, les États-Unis à la tête d’une large coalition à laquelle participait le Canada, avaient envahi l’Afghanistan au nom de « la guerre au terrorisme ». Le 11-Septembre a été utilisé pour réaliser des plans américains préparés depuis longtemps d’envahir la région de l’Asie centrale, une région convoitée par les grandes puissances tant pour ses ressources pétrolières et minières que pour son importance géostratégique.

Les libéraux, les conservateurs, les bloquistes et les néo-démocrates ont tous appuyé avec enthousiasme la guerre en Afghanistan. Ce n’est qu’à la fin de 2006 que le NPD a demandé le retrait des troupes canadiennes de Kandahar. En janvier 2007, Gilles Duceppe, dans un long discours expliquant la position du Bloc québécois devant la guerre en Afghanistan l’a résumée dans ces mots : « noble cause ».

Les gouvernements canadiens successifs depuis 2001, le gouvernement libéral de Jean Chrétien d’abord, de Paul Martin ensuite et finalement le gouvernement conservateur minoritaire de Stephen Harper, ont vu la mission de l’armée canadienne en Afghanistan comme un moyen de renforcer la position géostratégique de la classe dirigeante canadienne.

Dans les mots du chef de l’état-major des Forces armées canadiennes (FAC), le général Rick Hillier, les missions militaires canadiennes doivent offrir « suffisamment de crédibilité pour nous donner l’occasion d’avoir des postes de commandement et d’influencer et de modeler des régions et des populations en accord avec nos intérêts et en accord avec nos valeurs ».

Le Canada n’a pas la puissance militaire des États-Unis, ni même de grandes puissances comme la France, la Grande-Bretagne ou la Russie. Mais l’élite canadienne est déterminée à défendre ses intérêts fondamentaux dans la nouvelle donne internationale. Pour réaliser cet objectif, les cordons de la bourse sont déliés, le budget de l’armée canadienne dépassant maintenant 18 milliards, une augmentation de plus de 50 pour cent en cinq ans.

Pour la grande entreprise canadienne, l’opération afghane est la preuve tangible de son soutien aux aventures militaires américaines, soutien qui veut faciliter l’accès au marché américain où est exportée 40 pour cent de sa production.
La mission de contre-insurrection des FAC en Afghanistan est aussi une préparation pour les guerres à venir. Avec l’intervention actuelle en Afghanistan, l’establishment canadien cherche à habituer la population aux horreurs de la guerre et à justifier une hausse marquée du budget militaire. En particulier, les sections les plus puissantes de la classe dirigeante canadienne sont déterminées à mettre au rancart la notion que le Canada est une « nation de gardiens de paix », notion qu’elles considèrent comme un obstacle à leurs plans d’utiliser les FAC pour affirmer agressivement leurs intérêts prédateurs sur la scène mondiale.

L’invasion de l’Irak n’est pas une erreur de jugement du président américain George W. Bush ou de sa garde rapprochée. C’est en fait le même processus de déclin économique visible aujourd’hui dans l’effondrement du crédit aux Etats-Unis et internationalement qui sous-tend l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan.

L’élite dirigeante américaine est arrivée à la conclusion que la seule façon de contrer son déclin économique à l’échelle mondiale est d’utiliser sa puissance militaire inégalée à l’heure actuelle. Cette politique militariste est encapsulée dans la doctrine dite de la « guerre préventive », selon laquelle les États-Unis se réservent le droit d'attaquer, à n'importe quel moment, tout pays qu'ils considèrent une menace réelle ou potentielle, même si ce pays n'a entrepris aucune mesure hostile manifeste.

Et aujourd’hui que la stratégie militaire américaine au Moyen-Orient et en Asie centrale se dirige vers la débâcle, la solution des élites dirigeantes est encore plus de guerre. Alors qu’au Canada, les libéraux et les conservateurs viennent de voter la prolongation de la mission des FAC en Afghanistan, le gouvernement américain continue de son côté à préparer l’extension du conflit dans la région, multipliant les actes provocateurs contre la puissance régionale que constitue l’Iran.

Malgré l’appui de la classe politique et le soutien inconditionnel des principaux organes de presse, tous les sondages indiquent qu’une majorité de la population canadienne s’oppose aux opérations canadiennes en Afghanistan.

Cette opposition ne trouve toutefois aucune expression dans la politique officielle. À la façon du Parti démocrate aux Etats-Unis qui critique l’administration Bush pour sa conduite de la guerre en Irak, mais qui continue à assurer son financement, les partis de l’opposition au Canada exploitent de manière hypocrite les sentiments anti-guerre de la population tout en démontrant qu’ils s’accordent pour défendre les intérêts impérialistes et géostratégiques de l’Etat canadien.

Les libéraux viennent de voter avec les conservateurs pour une motion prolongeant l’opération de contre-insurrection de l’armée canadienne dans la province de Kandahar au-delà de l’engagement précédent de février 2009 jusqu’en juillet 2011. La motion demande aussi qu’un pays membre de l’OTAN envoie 1000 soldats à Kandahar et que l’armée canadienne soit renforcée par des hélicoptères et des avions sans pilotes (drones).

Auparavant, le Parti libéral de Stéphane Dion cherchait de façon hypocrite à élargir sa base électorale en faisant appel aux sentiments anti-guerre de la population sans toutefois remettre en question l’occupation de l’Afghanistan lui-même. Les libéraux demandaient seulement que les troupes canadiennes laissent le front de la lutte contre-insurrectionnelle au sud de l’Afghanistan à une autre puissance de l’OTAN après février 2009.

Mais les libéraux se sont rapidement soumis aux éditorialistes de la presse patronale exigeant qu’ils changent leur position dans la crainte qu’un vote contre la prolongation de la mission en Afghanistan ne provoque une élection ayant une guerre impopulaire pour thème central.

Comme le Parti libéral, le Bloc québécois tente de se positionner pour s’accaparer une partie du vote anti-guerre. Et tout comme les libéraux, Duceppe ne demande pas la fin de la guerre en Afghanistan, mais seulement que le Canada se retire du front de Kandahar. Si le Bloc a pu se permettre de voter contre la motion, c’est parce son vote était sans conséquence, les libéraux s’étant publiquement engagés à soutenir les conservateurs. Lorsque son vote aurait pu faire tomber le gouvernement minoritaire de Harper – en mai 2006 sur le budget ou en septembre de la même année sur l’entente du bois d’œuvre avec les Etats-Unis — le Bloc a voté avec les conservateurs pour les garder au pouvoir.

Pendant cinq ans, les sociaux-démocrates du NPD ont appuyé la mission des Forces armées canadiennes en Afghanistan. Auparavant, ce parti a appuyé les sanctions de l’ONU contre l’Irak durant dix ans, tout en sachant fort bien que cela coûtait la vie à des centaines de milliers d’Irakiens. Il a appuyé la campagne de bombardement de l’OTAN contre la Yougoslavie. Et le NPD a soutenu le gouvernement minoritaire libéral de Paul Martin quand ce dernier a décidé de déployer les FAC pour faire la guerre en Afghanistan du sud. Encore aujourd’hui, le NPD appuie le maintien d’un contingent de soldats canadiens à Kaboul.

C’est seulement en août 2006, en réponse à des sentiments anti-guerres largement répandus dans la population, qu’il a appelé au retrait des troupes canadiennes du sud de l’Afghanistan. Ainsi, avance le NPD, ils pourront être déployés ailleurs — Haïti et le Darfour ont été mentionnés par le leader du parti Jack Layton — et mieux servir les intérêts de l’impérialisme canadien.

Au Québec, un rôle similaire est joué par Québec solidaire. Cette formation politique qui se dit « de gauche » préconise la poursuite de l’intervention canadienne en Afghanistan sous la supervision de l’ONU, comme si la mission actuelle de l’OTAN en Afghanistan n’avait pas l’aval de cette organisation dominée par les Etats-Unis et les grandes puissances européennes. Cette position est tout à fait en ligne avec la défense par Québec solidaire du projet réactionnaire de la souveraineté du Québec, qui demeurerait membre de l’OTAN et signataire de l’ALENA, mis de l’avant par le parti de la grande entreprise qu’est le Parti québécois.

Québec solidaire a cosigné une lettre ouverte adressée aux députés du Parlement leur rappelant que « c’est la volonté de la population que vous devez respecter avec empressement et non celle de la Maison-Blanche, des généraux de l'OTAN et des grands milieux d’affaires ». Québec solidaire endosse ainsi la fiction que l’armée canadienne s’implique en Afghanistan parce que le gouvernement canadien oublierait les valeurs canadiennes et québécoises pour suivre Washington. En fait, si l’élite dirigeante canadienne s’associe à Washington c’est pour défendre ses propres intérêts prédateurs et s’assurer une part du butin colonial. La bourgeoisie canadienne n’a pas joué et jouera encore moins le rôle de force pour la paix et la démocratie dans les affaires mondiales.

La lutte contre la guerre impérialiste est liée à la lutte contre toute la structure du capitalisme mondial. Les travailleurs du Québec et du Canada doivent s’unir à leurs frères et sœurs de classe des Etats-Unis et d’ailleurs dans le monde dans une lutte commune basée sur le programme socialiste de l’égalité sociale et de la fraternité entre les peuples. C’est la perspective pour laquelle lutte le Parti de l’égalité socialiste et nous appelons tous ceux qui la partagent à se joindre à nous.

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Mardi 18 Mars 2008

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