Politique Nationale/Internationale

Christianisme bolivarien, socialisme et révolution


Depuis son écrasante victoire électorale de décembre dernier, le président vénézuélien Hugo Chávez a ajouté une nouvelle figure inspiratrice à tous ses discours. Les références à l’éminent Simón Bolívar sont maintenant accompagnées de mentions au Christ, à sa vie et à ses enseignements. « Le Christ est l’un des plus grands révolutionnaires qui soient nés sur la Terre. Le vrai Christ n’est pas celui que certains secteurs de l’Église catholique manipulent. Le Christ était un vrai révolutionnaire socialiste », a affirmé le chef d’Etat un jour avant la cérémonie d’entrée en fonction [le 10 janvier 2007, ndlr]. Le lendemain, il s’est affronté aux membres du clergé qui participaient à l’événement et, à la fin de celui-ci, a prêté serment sur la patrie, le libérateur Simón Bolívar et Jésus-Christ, « le plus socialiste de l’histoire ».

par María Laura Carpineta


María Laura Carpineta
Mercredi 21 Mars 2007

Christianisme bolivarien, socialisme et révolution
Cela a surpris le monde entier. Ces huit dernières années, on avait qualifié Chávez de beaucoup de choses - populiste, autoritaire, charismatique, révolutionnaire -, mais jamais d’être un leader à forte vocation religieuse. Au Venezuela, au contraire, les réactions ont été plus variées. Alors que le haut clergé a maintenu sa position d’opposition et a rejeté le discours présidentiel, beaucoup de prêtres de terrain ont vu surgir une espérance. Depuis des années, un groupe de curés souffrent du rejet de l’Église et d’une partie de leurs communautés pour avoir sympathisé avec certaines idées du gouvernement, qui, cependant, a toujours essayé de se maintenir en-dehors de leur travail communautaire. Pour eux, le nouveau virage amorcé, ces dernières semaines, par le président vénézuélien pourrait être le signal tant espéré. En tous cas, c’est ainsi que l’a compris le père Vidal Atencio, un prêtre de 44 ans, fils d’indigènes, qui, depuis un certain temps, tente de rapprocher le Socialisme XXIe siècle de Chávez des postulats de la Théologie de la libération. « Le président est en train de s’en rapprocher parce qu’il s’est rendu compte que le christianisme est plus fort que ce qu’il pensait, tant au Venezuela qu’en Amérique latine  », a expliqué le prêtre à Página/12 [quotidien argentin, ndlr].

Dans le gouvernement, cependant, on nie un quelconque changement dans le discours présidentiel. « Les valeurs chrétiennes ont toujours été présentes dans notre projet », a assuré le ministre de la Communication et de l’Information et l’un des hommes les plus proches de Chávez, William Lara, lors d’une conversation téléphonique avec notre journal. « Le président et nous tous, dans ce gouvernement, revendiquons les principes sociaux du christianisme et de la Théologie de la libération. Cela se traduit dans la recherche d’un système démocratique avec une distribution équitable des recettes publiques. Notre façon de faire de la politique se base sur des valeurs chrétiennes avec lesquelles nous avons été éduqués », a-t-il ajouté.

Comme la majeure partie de son gouvernement, Chávez a fait ses premiers pas dans l’Église dés sa plus tendre enfance. Fils d’un mariage catholique, Chávez a été enfant de choeur et, s’il avait suivi les souhaits de sa mère, il serait devenu curé. « Peut-être serai-je curé dans une autre vie  », a-t-il dit il y a peu en plaisantant. Ce qui est sûr, c’est que le futur homme d’Etat ne s’y est pas éternisé et a opté pour l’autre institution qui ouvre le voie de l’ascension sociale aux secteurs les plus pauvres, l’armée.

Aujourd’hui, Chávez ne va pas régulièrement à la messe. Cependant, la religion et ses symboles n’ont pas été absents dans sa vie. En avril 2002 [lors du coup d’Etat, ndlr], Chávez a été libéré et a repris son poste au palais de Miraflores [le palais présidentiel, ndlr], d’où il avait été chassé peu de temps avant par les militaires putschistes. Le monde attendait, dans l’expectative, l’apparition du chef d’Etat vénézuélien qui, moins d’une heure après son retour, organisait déjà une conférence de presse. Avant de dire ses premiers mots, il a levé le crucifix qu’il portait autour du cou et l’a baisé. « C’est ce qu’il a fait en premier et cela avait un sens : la paix était revenue dans le pays », se souvient Lara.

Mais la paix n’a pas duré longtemps. Avec l’échec du putsch militaire et le discrédit des dirigeants de l’opposition qui l’avaient appuyé, l’Église catholique a commencé à s’ériger comme l’un des plus puissants détracteurs du chavisme. Sa force ne se trouvait pas seulement dans les 96% de la population qui se considèrent comme catholique, mais aussi dans le fait qu’elle a été le pilier pendant des décennies de l’action sociale dans les zones les plus pauvres du pays. La hiérarchie de l’Église a vu d’un mauvais oeil ce lieutenant-colonel qui a commencé à gagner de plus en plus d’adeptes parmi ses fidèles et à écarter l’institution de sa place privilégiée, tant dans l’arène politique que dans le secteur de l’aide sociale. « Ils défendent les bénéfices obtenus à l’époque du bipartisme, antérieure à Chávez », assure le père Vidal Atencio.

Mais l’histoire est toute autre pour le haut clergé. « Dans la conception du régime, il existe la ferme volonté d’être l’élément central de tous les secteurs de la vie des Vénézuéliens », confie à Página/12 Monseigneur Baltazar Porras, ex-président de la Conférence épiscopale vénézuélienne et actuel archevêque de Mérida. Pour le clergé, la stratégie du président pour essayer de contrôler la société est d’adapter son discours en fonction du public. « Il essaie d’embrouiller les gens », a-t-il affirmé, en faisant référence aux évocations de la figure du Christ et du christianisme faites durant son entrée en fonction et ces dernières semaines. «  Le néo-populisme dans lequel nous vivons prend des éléments n’importe où et, notamment, dans la religion », a-t-il ajouté.

Bien que le père Vidal Atencio reconnaisse également que les changements dans le discours de Chávez ont une part de pragmatisme politique, il préfère souligner comment le charisme du président a influé sur la diffusion de principes et d’idées qui, assure-t-il, sont très similaires à celles qui ont nourri la Théologie de la libération dans les années 70 et 80. « De tous les leaders que nous connaissons aujourd’hui - Néstor Kirchner (Argentine), Daniel Ortega (Nicaragua), Rafael Correa (Equateur) -, Chávez est celui qui a osé un peu plus. Dans le monde musulman, il parle du christianisme, du Christ et on le respecte. Même le Pape ne parvient pas à cela ! Chávez est en train de réussir à forger une alliance dans le monde à partir de l’identité de ceux qui veulent lutter, résister », fait remarquer le prêtre.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).

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RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine
URL: http://risal.collectifs.net/

Source : Página/12, (http://www.pagina12.com.ar/), Buenos Aires, 21 janvier 2007.

Traduction : Cynthia Benoist, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net/).



Mercredi 21 Mars 2007

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