Politique Nationale/Internationale

Chine et États-Unis: Dialogue ou confrontation?

Les deux superpuissances veulent se partager les ressources



La récente visite officielle du président chinois Hu Jintao aux Etats-Unis n'a débouché sur rien de concret, si ce n'est sur l'inquiétude de plus en plus grande des Américains devant l'émergence de la Chine comme grande puissance. Le journal Courrier international réalise une excellente synthèse et analyse la relation ambiguë entre les deux pays.
La Chine parmi les principaux partenaires des USA


Zeynel CEKICI
Mardi 25 Avril 2006






Les Etats-Unis, superpuissance capitaliste, et la république populaire de Chine, géant démographique soumis à l'un des derniers régimes communistes de la planète, ne sont a priori pas faits pour se rencontrer. Mais ce serait compter sans la mondialisation de l'économie et le besoin impérieux de la Chine de trouver des marchés pour soutenir sa très forte croissance.

"La Chine dépassera cette année le Mexique pour devenir le deuxième partenaire commercial des Etats-Unis, juste derrière le Canada", révèle El País, qui chiffre le montant des échanges entre les deux pays à "285 milliards de dollars par an".

Cette situation ne comble pourtant pas Washington, qui s'estime lésé par la politique monétaire chinoise. Le quotidien brésilien Folha de São Paulo indique que pour les Américains, "les taux du yuan, particulièrement bas, maintiennent artificiellement les prix des exportations chinoises à un faible niveau, ce qui contribue au gros déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine, évalué à 202 milliards de dollars".

Les consommateurs américains se tirent dans le pied

Pour autant, "Pékin estime qu'il est 'peu scientifique et injuste' de rendre la Chine responsable de tous les maux américains. Une vision partagée par de nombreux économistes qui assurent que l'appétit vorace des consommateurs américains pour les produits chinois bon marché et le faible niveau d'épargne du pays ont contribué au déficit", rapporte El País.

Côté américain d'ailleurs, l'heure est à l'apaisement après une période de sentiments économiques violemment antichinois. L'hebdomadaire britannique The Economist attribue cette baisse de tension à "plusieurs petits gestes de coopération consentis par les Chinois" avant la visite de Hu Jintao aux Etats-Unis. "Ces dernières semaines, le gouvernement de Pékin a promis de mettre fin à l'embargo sur la viande américaine, de faire davantage d'efforts pour respecter la législation sur la propriété intellectuelle et de permettre aux entreprises et aux citoyens chinois d'acheter plus de dollars et de les investir à l'étranger", énumère The Economist.

Par ailleurs, depuis une revalorisation du yuan de 2,1 % en juillet dernier, la monnaie chinoise "a continué de monter, quoique faiblement", précise l'hebdomadaire britannique. Du coup, "le Trésor américain semble moins enclin à taxer Pékin de manipulateur de devise" et "les sénateurs Charles Schumer et Lindsay Graham ont une fois de plus remis à plus tard leur proposition de loi visant à imposer des tarifs douaniers de 27,5 % sur les importations de produits chinois tant que le yuan ne remontera pas significativement".

Compromis et frictions

Ces modérations diplomatiques ne sont pas gratuites de la part de Washington, qui espère bien obtenir le soutien de Pékin sur d'autres dossiers brûlants et sans doute plus urgents aux yeux de Washington, au premier rang desquels le nucléaire iranien. Hu Jintao a réaffirmé à Washington "que la Chine entendait coopérer avec les Etats-Unis pour sortir de l'impasse iranienne et nord-coréenne, mais 'par voie diplomatique'", indique le quotidien britannique Financial Times.

Pire, "la délégation chinoise en visite aux Etats-Unis comptait des représentants de Norinco, une entreprise soumise en 2003 aux plus fortes sanctions américaines prises contre une entité chinoise, pour sa participation au programme de missile balistique iranien", rapporte le Financial Times. "Toutes les importations de Norinco et de ses filiales aux Etats-Unis – estimées à des centaines de millions de dollars – avaient alors été interdites", rappelle le quotidien britannique.

Car la Chine a ses propres intérêts économiques à défendre, qui peuvent se trouver en contradiction avec les visées géopolitiques des Etats-Unis. Pour soutenir sa formidable croissance économique, "Pékin a beaucoup pratiqué la diplomatie du pétrole ces dernières années, tissant des alliances énergétiques de l'Asie centrale au Proche-Orient et de l'Afrique à l'Amérique latine, à la recherche des ressources dont elle manque", constate El País. La présence de Hu Jintao en Arabie Saoudite le week-end du 23 et 24 avril, juste après sa visite aux Etats-Unis, est d'ailleurs une étape de plus de cette politique.

"L'administration Bush voit d'un mauvais œil que le gouvernement d'Hu Jintao n'hésite pas à signer des contrats avec des pays honnis des Etats-Unis comme l'Iran ou le Soudan", tous deux grands producteurs de pétrole, poursuit le quotidien espagnol, qui rappelle que "la Chine est devenue en 2003 le deuxième consommateur mondial de pétrole, dépassant désormais le Japon, important 40 % de ses besoins de brut".

"Le partenariat économique entre Norinco et l'Iran incluant également l'extension du métro de Téhéran, certains analystes américains se demandent quel intérêt aurait l'entreprise chinoise à sacrifier une relation économique avec l'Iran plus juteuse que celle qu'elle entretient avec les Etats-Unis, uniquement pour se mettre en conformité avec la loi américaine", indique le Financial Times.

Autre dossier qui est source de frictions, le Soudan. "M. Bush a instamment prié M. Jintao de soutenir les pressions internationales sur le Soudan, principal fournisseur de pétrole à la Chine, mais en vain", poursuit le quotidien britannique.

Dans ces conditions, le président américain n'a pu faire mieux que tenter d'amadouer son homologue chinois à force de flatterie matinées de menace, en "pressant la Chine de jouer un rôle constructif et responsable et de prendre garde à ce que le comportement de ses entreprises ne ternissent pas sa réputation sur la scène internationale", conclut le Financial Times.

Sources: Courrier international et AFP.


Mardi 25 Avril 2006

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