Histoire et repères

Cela s’est passé en 1840, l’armée française occupe la ville de Cherchell



Nacer Melhani
Jeudi 30 Mars 2017

Cela s’est passé en 1840, l’armée française                                                           occupe la ville de Cherchell
Quinze mois après la chute de Constantine[[i]]url:#_edn1 aux mains de l’armée française et alors que le traité de la Tafna[[ii]]url:#_edn2 était encore en vigueur, le gouverneur général (G.G) de l’Algérie, le général Valée, proposa au début de l’année 1839, au ministre de la guerre le Maréchal Soult, un plan d’opérations militaires pour l’année 1840, ambitionnant l’occupation de villes et zones attribuées à l’Emir Abdelkader, en l’occurrence Cherchell, Miliana, Médéa et la plaine du Chéliff.
                      Les autorités françaises n’aspiraient qu’à un prétexte pour outrepasser ouvertement l’accord avec le chef des résistants Algériens et reprendre la guerre plus énergiquement au centre et à l’ouest du pays. Elles l’eurent à l’occasion de l’expédition du duc d’Orléans qui, en route de Constantine vers Alger, et lors de son passage des monts des Bibans le 27 octobre 1839, il traversa, avec sa colonne composée de 3000 hommes et 1000 chevaux et mulets, les portes de fer, territoire relevant de l’Emir. Une fois convaincu de cet acte de violation formelle de la convention de la Tafna, Abdelkader, et alors qu’il se trouvait à Médéa, appela ses troupes, à reprendre le djihad le 3 novembre 1839. Dès la première décade de ce mois, les colons et les militaires des camps de la plaine de la Mitidja perdirent complètement leur quiétude, sous les coups des guerriers du Khalifa Mohamed Benallel Sidi Embarek. Le 26 décembre 1839, un détachement de la troupe de Cherchell alliée à l’Emir, soutenue par des marins locaux, s’appropria, au large du littoral de la ville, du bâtiment de commerce français Le Fréderic-Adolphe, et de toute sa cargaison, constituée essentiellement de pomme de terre.  
                                     Cette action accéléra la préparation de la mise en œuvre du plan d’actions militaires, prônée le G.G Valée et approuvé par le gouvernement à Paris, afin de neutraliser les forces d’Abdelkader et d’étendre les champs des établissements et colonies français en Algérie[[iii]]url:#_edn3 . Au début du 3ème mois de l’année 1840, tout le dispositif militaire d’occupation de Cherchell était fin prêt. Le corps expéditionnaire, composé de quelques milliers d’hommes, commandés respectivement par les généraux d’Houdetot, Dampierre et Duvivier, et dont fait partie le G.G,  était accompagné de 500 mulets portant des vivres et de 10 obusiers de montagne. Quittant Blida le 12 mars, le corps armé français bivouaqua le même jour au pied du tombeau de la chrétienne pour parvenir le lendemain à Bordj Larbâa, en face du mont Chenoua, où un violent orage rendit la marche extrêmement difficile. Le passage de l’oued Nador nécessita des travaux de terrassement pour le convoiement des obusiers. Le 14, l’avant-garde du corps expéditionnaire se porta sur l’oued Hachem, à la frontière des deux tribus des Chenouas et des Beni-Menassers, pour enjamber le 15 mars à 9 heures du matin le ruisseau de L’oued El Belâa, sous l’aqueduc romain, qui alimentait durant l’époque romaine  la ville antique en eau.
                                       Tout au long de leur parcours, les forces d’occupation subirent un perpétuel harcèlement par des réguliers de l’armée d’Abdelkader et des hommes des tribus. Dès l’arrivée à l’oued Chiffa, 3 000 cavaliers embusqués tirèrent des feux nourris sur la colonne du centre, alors que celle de gauche, du général Duvivier essuya une fusillade prolongée à oued Djer, provoquant un long retard au premier point de ralliement au tombeau de la chrétienne. Le 13, il eut encore un accrochage assez vif avec les cavaliers du Khalifa Ben Allal. Le 14, à 4 heures de l’après-midi, 400 hommes armés prirent position  dans la partie supérieure de la vallée de l’oued El Hachem et commencèrent à tirer durement puis, s’éclipsèrent hâtivement afin de se mettre à l’abri des tirs d’obus. Une centaine de cavaliers continuèrent à assaillir l’arrière-garde jusqu’à la vallée de l’oued El Belaâ, à quelques 5 Km de Cherchell.
                                         Le lendemain, 15 mars, à 10 heures, les colonnes tricolores arrivèrent devant la ville lorgnée, alors que trois bateaux à vapeur, au pavillon français, mouillaient à l’entrée de la petite darse du port. Face aux portes fermées de la cité, l’artillerie fut appelée au secours, avec deux coups de canon pour les fracasser, permettant aux soldats de pénétrer dans une cité complètement déserte de ses habitants[[iv]]url:#_edn4 .
                                       Cherchell envahie par l’armée française, le G.G constata que l’agglomération est bâtie dans une plaine peu étendue, autour de laquelle s’étend à cheval un rideau, dont les pentes admirablement cultivées, sont protégées par une ligne de défense établie sur la crête. A l’intérieur de la localité, dans les maisons, en général petites mais en bon état, furent hébergés les 1450 troupiers et  30 officiers du nouvel casernement. La ville avait cinq mosquées dont la principale, contenant cent colonnes de granit gris, fut instantanément transformé en magasin et promise incessamment à être convertie en hôpital. Les boutiques abandonnées en précipitation, garnies de provisions, offrirent au moins 250 000 rations alimentaires aux envahisseurs.  
                                   Le G.G Valée demeura quatre jours à Cherchell pour veiller à l’exécution des travaux de défense,  les plus urgents, contre les incursions des tribus et, fixer les quatre bataillons du 17ème léger, commandé par le colonel Bedeau, qui devint le premier commandant supérieur de ce nouvel établissement côtier et ses environs. Le corps expéditionnaire se mettra en mouvement le 19 mars pour entreprendre des manœuvres dans l’ouest de la Mitidja, destinées à refouler les populations des tribus vers les montagnes, puis rejoindre les casernes de Koléa et Blida.
                                  Ainsi, s’acheva le premier acte de la guerre d’occupation totale, tirant un trait définitif sur dix années d’atermoiements du gouvernement français sur le statut à accorder aux ‘’possessions françaises de l’Afrique du nord’’. La suite du plan prévit l’enlèvement de Miliana durant le printemps, et immédiatement après Médéa, avant les grandes chaleurs de l’été. La tâche ne s’annonça pas de tout repos pour l’opération militaire française, face à une armée de l’Emir Abdelkader solidement cantonnée sur le col de Mouzaïa, passage oblige vers l’intérieur du pays.
 
[[i]]url:#_ednref1 - Après une 1ère expédition infructueuse, dirigée par Clauzel au mois de novembre 1836, l’armée coloniale parvint à s’emparer de Constantine le 13 octobre 1837.
[[ii]]url:#_ednref2 - Signé le 30 mai 1837 par le lieutenant-général Bugeaud et l’Emir Abdelkader, le traité de la Tafna, validé par le conseil du Roi de France, reconnut les zones de souveraineté des 2 belligérants.
[[iii]]url:#_ednref3 - Au 1er janvier 1840, l’armée française n’avait en sa possession en Algérie que 14 villes (dont 3 dans la province du centre : Alger, Blida et Koléa) et près de 50 camps et postes fortifiés.
[[iv]]url:#_ednref4 - C’est au mois de février 1839, à Bou-Korchofa, au pied de l’Ouarsenis, lors d’une assemblée des Khalifas et proches de L’Emir, que fût décidée l’évacuation totale des populations citadines lors des assauts français, au cas de la reprise des hostilités. C’est en droite de cette délibération, que furent abandonnées, successivement aux soldats français Cherchell, Miliana, Médéa, Mascara et Tlemcen.
 
Nacer Melhani
Sources :
  • Castellane, (de) B. (1898) : Campagnes d’Afrique 1835-1848. Librairie Plon, Paris.
  • Fleury G. (2008) : Comment l’Algérie devint française (1830-1848). Ed. Perrin, Paris.
  • Mebarek Ben Allel A. et Chevassus-au-Louis N. (2011) : La tête dans un sac de cuir. Ed. du Tell, Alger.
  • Peyroulou J-P, Siari Tengour O, Thénault S. (2012) : 1830-1880, la conquête coloniale et la résistance des Algériens. In « Histoire de l’Algérie à la période coloniale », ouvrage collectif. Ed. Barzach, Alger.  
  • Archives militaires de Vincennes (S.H.D) : Cote 1 H 68.


Jeudi 30 Mars 2017


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