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Ce que signifie le ' droit à exister d'Israël ' pour les palestiniens


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John V. Whitbeck
Vendredi 16 Février 2007

Ce que signifie le ' droit à exister d'Israël ' pour les palestiniens

Ce que signifie le " droit à exister d'Israël " pour les palestiniens


La reconnaissance impliquerait l'acceptation qu'ils méritent d'être traités en sous-hommes.


Par John V. Whitbeck, le 14 février 2007


Depuis les élections palestiniennes en 2006, Israël et une grande partie de l'Occident ont affirmé que le principal obstacle à tout progrès vers la paix israëlo-aalestinienne est le refus du Hamas de " reconnaître Israël, " ou de " reconnaître l'existence d'Israël, " ou de " reconnaître le droit d'exister d'Israël. "


Ces trois formulations verbales ont servi à Israël, aux Etats-Unis, et à l'Union Européenne de raisons pour la punition collective des palestiniens. Ces expressions sont aussi utilisées indifféremment par les médias, les politiciens, et même les diplomates, bien qu'elles ne signifient pas la même chose.


La " reconnaissance d'Israël ", ou de tout autre état, est l'acte officiel et diplomatique d'un état à l'égard d'un autre état. Il est inadéquat -- vraiment absurde -- de parler d'un parti ou d'un mouvement politique prorogeant la reconnaissance diplomatique d'un état. Pour parler du Hamas la " reconnaissance d'Israël " est simplement utilisée de manière négligente, confuse et trompeuse, en bref, ça signifie que la véritable demande est faite aux palestiniens.


La " reconnaissance de l'existence d'Israël " semble en première impression impliquer une reconnaissance relativement franche d'un fait de la vie. Pourtant il y a de sérieux problèmes pratiques avec ce langage. Quel Israël, dans quelles frontières, sont concernés ? Est-ce que ce sont les 55 pour cent de la Palestine historique, recommandés pour l'État Juif par l'Assemblée Générale de l'ONU en 1947 ? Les 78 pour cent de la Palestine historique occupée par le mouvement sioniste en 1948 et maintenant vus par la majeure partie du monde comme " Israël " ou " Israël proprement dit " ? Les 100 pour cent de la Palestine historique occupée par Israël depuis juin 1967 et montrés comme " Israël " (sans " Ligne Verte ") sur les cartes dans les livres scolaires israéliens ?


Israël n'a jamais défini ses propres frontières, puisque le faire lui mettrait forcément des limites. Cependant, si c'étaient tout ce qui est exigé du Hamas, il pourrait être possible que le parti politique dominant reconnaisse, comme un fait de la vie, qu'un État d'Israël existe aujourd'hui dans quelques frontières précisées. A vrai dire, la direction du Hamas l'a en réalité fait dans les récentes semaines.


" Reconnaître le droit à exister d'Israël, " la demande concrète étant faite au Hamas et aux palestiniens, est d'un niveau entièrement différent. Cette formulation ne vise pas des formalités diplomatiques ou une acceptation simple des réalités actuelles. Elle appelle à un jugement moral.


Il y a une énorme différence entre " reconnaître l'existence d'Israël " et " reconnaître le droit à exister d'Israël. " D'une perspective palestinienne, la différence est au même niveau que demander à un juif de reconnaître que l'holocauste s'est produit et lui demander de concéder que l'holocauste a été moralement justifié. Pour les palestiniens reconnaître le fait du Nakba -- l'expulsion de la grande majorité des palestiniens de leur patrie entre 1947 et 1949 -- est une chose. Pour qu'ils concèdent publiquement qu'il était " juste " que le Nakba se produise seraient tout autre. Pour les peuples juifs et palestiniens, l'holocauste et le Nakba, respectivement, représentent des catastrophes et des injustices à une échelle inimaginable qui ne peuvent être ni oubliées ni pardonnées.


Exiger que les palestiniens reconnaissent le " droit à exister d'Israël " est exiger qu'un peuple qui a été traité comme une sous-humanité indigne des droits de l'homme de base proclament publiquement qu'ils sont des sous-hommes. Cela impliquerait l'acceptation des palestiniens qu'ils méritent ce qui leur a été fait et qui continue à leur être fait. Même les gouvernements des USA du 19ème siècle n'ont pas exigé des amérindiens autochtones survivants qu'ils proclament publiquement la " légitimité " de leur nettoyage ethnique par les colons européens comme condition préalable pour équilibrer les discussions sur quelle sorte de réserve de terre ils pourraient recevoir. Les amérindiens indigènes n'ont pas non plus dû vivre sous blocus économique et menace de famine tant qu'ils n'ont pas rejeté toute fierté, qu'ils aient abandonné et concédé ce point.


Certains pensent que Yasser Arafat a fait des concessions sur ce point afin d'acheter le billet de sa sortie du désert de la diabolisation et pour gagner le droit de dialoguer directement avec les étasuniens. Mais en fait, dans sa fameuse déclaration en 1988 à Stockholm, il a accepté le " droit d'Israël à exister dans la paix et la sécurité. " Ce langage aborde de manière significative les conditions d'existence d'un état qui, en fait, existe. Il n'aborde pas la question existentielle de la " légitimité " de la dépossession de leur patrie et de la dispersion des palestiniens pour laisser la place à un autre peuple venant de l'étranger.


La conception originale de l'expression le " droit à exister d'Israël " et son usage comme excuse pour ne parler avec aucun des chefs palestiniens qui se levaient encore pour les droits de leur peuple sont attribués à l'ancien Secrétaire d'État des USA Henry Kissinger. Il est fortement probable que les pays qui utilisent toujours cette expression le fassent en pleine conscience de ce qu'elle entraîne, moralement et psychologiquement, pour les palestiniens.


Cependant, beaucoup de gens de bonne volonté aux valeurs honnêtes peuvent bien se faire avoir par la simplicité superficielle des mots, le " droit à exister d'Israël, " et croire qu'ils constituent une demande raisonnable. Et si le " droit à exister " est raisonnable, alors refuser de l'accepter doit indiquer de la perversité, plutôt que les palestiniens ont profondément ressenti le besoin de s'accrocher à leur amour-propre et à leur dignité de véritables êtres humains. Que ce besoin soit profondément ressenti est démontré par les scrutins prouvant que le pourcentage de la population palestinienne qui approuve le refus du Hamas de se soumettre à cette exigence dépasse considérablement le pourcentage qui a votée pour le Hamas en janvier 2006.


Ceux qui reconnaissent l'importance critique de la paix israëlo-palestinienne et cherchent vraiment un futur décent pour les deux peuples doivent reconnaître que demander au Hamas de reconnaître le " droit à exister d'Israël " est peu raisonnable, immoral, et impossible à satisfaire. Ensuite, ils doivent insister pour que soit enlevé ce barrage sur la route vers la paix, pour que le siège économique des territoires palestiniens soient levé, et pour que la poursuite de la paix avec certaines mesures de justice soit reprise dans l'urgence qu'elle mérite.


PeacePalestine, John Whitbeck, le 14 février 2007

Traduction de Pétrus Lombard pour Alter Info






Samedi 17 Février 2007

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