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Lundi 25 Janvier 2010 - 10:34 Londres, sceptique au sujet du projet américain pour les banques

Vendredi 22 Janvier 2010 - 11:21 Le renflouement secret des Banques des Elites

Economie

Ce que je sais de la monnaie et ce que je ne comprends pas dans nos économies


« Entre amis tout est commun » répète Aristote. Ainsi donc, on peut dire qu’une société formée d’amis ne repose pas sur l’échange mais sur le partage. Dès lors, la comptabilité minutieuse de la justice distributive et de la justice commutative n’a pas cours ici. Mais notre société moderne est loin d’être cette société d’amis. Les modernes ont voulu voir dans les processus de l’échange marchand la structure de base d’une société stable, pacifique, garantissant à chacun la liberté personnelle. Le marché devient le moyen de socialisation par excellence. En effet, si le marché est le moyen le plus efficace pour réguler la vie sociale, il lui faut un vecteur qui est la monnaie. La monnaie n’est pas un objet ou un bien particulier, elle peut être considérée comme un ensemble de règles. Pour mettre en exergue l’aspect organisationnel de la monnaie, on parle souvent de système de paiement, c’est-à-dire une institution qui rend possible la coordination des actions économiques des individus. Sans la monnaie, on ne peut même pas penser le marché.
En acceptant cette hypothèse, il est possible de mener une réflexion sur le lien entre la monnaie et le développement économique. Après le « tsunami financier » mondial qui a tout ravagé sur son passage, les systèmes financiers africains ont fait preuve de résilience face à cette tourmente financière mondiale. La crise a exercé des pressions substantielles sur les marchés monétaires, financiers et des changes, tout en continuant de fonctionner normalement. Cette stabilité relative tient à plusieurs facteurs, dont une intégration limitée, quoique croissante, aux marchés financiers mondiaux, une exposition minime aux instruments financiers complexes, une liquidité bancaire assez élevée, une dépendance modérée à l’égard des financements étrangers et le faible endettement des institutions.
Bref, ce qui semble réjouir les pays africains cache en réalité une faiblesse de leurs économies : la faiblesse de la dimension monétaire du développement. Notre présent papier « Ce que je sais de la monnaie et ce que je ne comprends pas dans nos économies » est un appel à une plus grande considération des phénomènes monétaires dans les stratégies de développement en Afrique.


Ce que je sais de la monnaie

La monnaie n’est pas un phénomène très simple, c’est d’ailleurs pourquoi Charles Rist se refusait à la définir. Pour lui en effet, le phénomène monétaire est trop disparate ; or le plus souvent, on lui donne la définition traditionnelle, celle d’Aristote. Selon lui, l’échange entre les individus trouve sa source dans leur besoin. Celui‐ci permet le lien social et donc la monnaie, moyen qui se substitut aux besoins, apparaît comme un facteur essentiel du lien social. La « monnaie » répond à trois critères : elle doit être à la fois unité de compte, réserve de valeurs et moyen de paiement. Une telle définition ne permettrait pas d’en rendre compte pour Rist car il craignait que l’on donne à cette définition, compte tenu de la diversité des monnaies, les caractères minima communs à tous ces phénomènes. Il en est de même de l’apparition de la monnaie. La plupart des manuels disent que la monnaie est apparue en Lydie au VIIe siècle et à Athènes au VIe. La monnaie athénienne est en argent, extrait des mines du Laurion qui fournissent en abondance un excellent métal que l'on frappe à l'effigie de la chouette.
Parce qu’il n’y a pas de magnum opus en matière de théorie monétaire, comme l’œuvre de Keynes l’est pour la macroéconomie, la définition de la monnaie devient comme celle du sexe des anges.

Certains historiens de la monnaie font remonter son invention à la révolution néolithique (il y a 12000 années), d’autres au « miracle grec » (7e siècles avant Jésus-Christ). En étudiant la monnaie, nous nous sommes rendu compte que très souvent, il y a une confusion entre les supports de la monnaie et la monnaie elle-même. Ce qui est certain, c’est que la monnaie est une création de l’économie de marché. C’est d’ailleurs ce qui semble dire, Marie Ange Cotteret dans sa thèse de Doctorat : « Il y a cinq mille ans, apparaissent presque simultanément, semble-t-il, le marché, l’écriture, l’école, la métrologie et le fonctionnement judiciaire. On peut supposer que ce n’est pas une coïncidence, mais un enchaînement logique. Tout part, semble-t-il, du développement des échanges. Au delà d’un certain volume d’échange, la parole donnée ne suffit plus à garantir la confiance, il faut consigner par écrit : on invente l’écriture. Alors, il faut apprendre à lire, à écrire et à compter : on invente l’école. Il faut aussi avoir confiance dans la quantité, mesurer ce que l’on échange : on invente les étalons et la métrologie. Enfin, il faut aussi avoir un arbitre en cas de litige : on invente les tribunaux. » .
La définition de la monnaie doit donc être clarifiée de façon que soit définitivement dissipés les malentendus qu’on s’ingénie, dans certains milieux mêmes les plus autorisés.
Ce qui est vrai, la monnaie n’est pas une marchandise mais une créance à vue des agents économiques sur le système bancaire et une dette pour ce dernier. Une créance étant la contrepartie d’une dette, le mot dette doit être compris ici dans un sens très général, c'est-à-dire l’obligation pour un agent d’effectuer dans un futur plus ou moins proche une action en faveur d’un autre agent. Plus précisément, la monnaie est une dette pour l'émetteur de monnaie et une créance pour son possesseur.

Ce que je ne comprends pas dans nos économies

L’Afrique subsaharienne n’a pas dû faire face à une crise financière systémique car ses banques ont peu de liens directs avec les actifs toxiques qui affectent les grandes places financières. En réalité, les pays africains n’ont rien saisi de l’importance de la monnaie, sa force, son rôle dans l’économie. La place de la monnaie dans le processus de développement, c’est ce que nous appelons la dimension monétaire du développement. On entend par dimension monétaire, la capacité d’une banque à créer la monnaie sur une promesse de remboursement, pour financer une activité économique ou un projet tout court.
Rappelons qu’en général, les stratégies de la plupart des PED durant la période 1950-1970 présentent des traits communs : elles sont le fait d’Etats qui tentent de conforter l’indépendance politique par des politiques d’industrialisation volontaristes, qui trouvent toutes, leur cohérence dans des modèles théoriques. Les politiques commerciales occupent généralement une grande place dans les stratégies de développement des PED. L’expérience de l’ajustement en Afrique Subsaharienne n’a pas été révolutionnaire, insistant sur l’importance du développement de l’épargne dans le financement de l’investissement privé. Le financement monétaire c’est-à-dire la place des banques a été occultée. En Afrique, les banques sont très peu actives dans le financement de l’investissement. Elles sont très frileuses dans l’octroi des crédits. Du coup, le système bancaire regorge d’énormes liquidités inutilisées.
Au sein de l’UEMOA, le montant des crédits alloués à l’économie est de l’ordre de 16% tandis qu’il se situe autour de 70% en Tunisie.
Par exemple, en Côte d’Ivoire, sur la période 1996-2003, le crédit à court terme était en moyenne, de l’ordre de 70 % et les crédits à moyen et long terme 30%.
Au Sénégal, sur la période 1996-2003, le crédit à court terme était en moyenne, de l’ordre de 60% tandis que les crédits à moyen et long terme se situaient à 40%.
L’orientation sectorielle du crédit dans ces deux pays témoigne du comportement bancaire dans le processus de développement.
Au niveau de l’orientation sectorielle, en Côte d’Ivoire, c’est l’industrie manufacturière (27%), le secteur du commerce (38%), le transport et la communication (12%) qui bénéficient des offres de crédit.
Au Sénégal, le secteur manufacturier (29%) et le secteur du commerce (27%) obtiennent les parts les plus importantes.
Une des conséquences, très visible au sein de l’UEMOA est la surliquidité bancaire apparue depuis 1994 dans la zone UEMOA. Cela nous enseigne sur la somnolence du secteur bancaire et relance le débat sur la faiblesse de l’épargne en Afrique.
Au sein de l’UEMOA, elle représentait 7% du PIB nominal en 1996 ; 3,81% en 2000 et 2,25% en 2006.
Nos économies sont tellement extraverties, à tel point que la création monétaire n’est pas impulsée de l’intérieur.
Pour Frenkel et Johnson (1976) , « en régime de change fixe, les déficits de la balance des paiements procèdent globalement, soit des facteurs réels (importations, exportations, mouvements des capitaux), soit des facteurs monétaires (création excessive de monnaie). Dans ce cas, l’offre de monnaie peut être dictée par la relation structurelle de la balance des paiements. Ceci entraîne que la politique de crédit est étroitement liée à la balance des paiements et le mécanisme d’ajustement ne peut être analysé parfaitement sans l’analyse de la politique monétaire et sa résultante qui est l’offre excédentaire ou demande excédentaire de la monnaie. »

En effet, en accord avec le FMI, la BCEAO a mis en place depuis 1975, un système de programmation monétaire destiné à déterminer, à partir d’un objectif d’avoirs extérieurs, le montant de ses concours aux Etats membres. Le système prévoit la soumission chaque année au Conseil des Ministres d’un objectif d’avoirs extérieurs nets pour l’ensemble de l’UMOA et chacun des pays membres. Dans chaque pays, l’agence nationale de la BCEAO et le Conseil National du Crédit établissent pour l’année leurs prévisions dites non monétaires relatives à l’évolution du PIB brut à prix constants, de la position nette du gouvernement à l’égard du système bancaire et la balance des paiements (en tenant compte de l’objectif des avoirs extérieurs). A partir des prévisions du PIB et du coefficient de liquidité de l’économie, les services de la BCEAO calculent alors l’évolution attendue de la masse monétaire. Ils estiment de la sorte, la ventilation de la masse monétaire entre circulation fiduciaire, et dépôts et le crédit intérieur qui est le solde entre la masse monétaire et les avoirs extérieurs nets retenus au départ.

L’Afrique doit se familiariser au fonctionnement de l’économie monétaire

Dans l’économie réelle, la production, le crédit bancaire et la monnaie sont étroitement liés. Toute production nécessite un financement. Une augmentation de la production requiert un financement additionnel. La monnaie est créée pour les firmes. Et la demande effective et les anticipations jouent un rôle crucial dans la détermination du niveau de crédit nécessaire pour garantir les plans de production et d’investissement. La répartition du revenu est aussi importante dans la détermination du crédit. Par exemple, une distribution du revenu qui favorise les employés (salariés) rendra la demande effective très forte, ce qui incitera les producteurs à plus produire et demander plus de crédit. Une politique monétaire qui baisse les taux d’intérêt encourage des investissements additionnels, de rentabilité modeste. Le volume de la demande effective s’en trouve accru et, par là, le niveau de la production. Le niveau de l’emploi s’améliore. Voici comment fonctionne une économie monétaire de production.

La monnaie est indispensable à l’économie puisque l’incertitude est la caractéristique principale de l’économie.
« Tant qu’on s’en tient à l’étude de l’industrie ou de l’entreprise individuelle en supposant que la quantité globale des ressources employées est constante et en admettant provisoirement que les conditions des autres entreprises ou des autres industries restent inchangées, il est exact que les propriétés caractéristiques de la monnaie n’ont pas à intervenir. Mais aussitôt
qu’on en vient à chercher ce qui détermine les volumes globaux de la production et de l’emploi, la Théorie complète d’une Economie Monétaire est indispensable. Peut-être la ligne de séparation pourrait-elle encore être placée entre la théorie de l’équilibre stationnaire et la théorie de l’équilibre mouvant, c’est-à-dire la théorie d’un système où les changements de vues sur l’avenir peuvent influencer la situation présente ; car l’importance de la monnaie découle essentiellement du fait qu’elle constitue un lien entre le présent et l’avenir » .
Se trouvent ainsi placées au cœur de l’analyse, l’incertitude et les anticipations. Or comme le rappelle P. Combemale (1999, p.30) , « ces deux caractéristiques conduisent directement à la monnaie : l’incertitude, parce que la monnaie est la forme de richesse la plus liquide, c’est-à-dire la plus commode et la plus sûre, la moins irréversible : acceptée en paiement par tous et à tout moment, elle laisse ouvertes les possibilités de choix ; les anticipations, parce que la monnaie, en tant que réserve de valeur, permet d’attendre et de voir venir. »
La monnaie est pour l’économie ce que le sang est pour le corps. La quantité de sang dans le corps humain dépend de ce que l’être humain mange et de son âge. Il en est de même de la monnaie et de l’économie. Il ne faut pas qu’elle sorte du « corps » qu’elle est censée irriguer, sinon ce dernier dépérit.
Il n’est plus possible que les pays africains se paient le luxe de s’endetter alors qu’ils ont une possibilité de se développer de façon endogène en comptant sur leur système financier comme pilier financier. Les phénomènes monétaires ne sont pourtant pas étrangers aux africains.

En Egypte, dès 2700 avant Jésus-Christ, on utilisait un indice monétaire : le shat . Certes, ce n’était pas encore une monnaie, mais une unité abstraite qui trouvait sa "réalisation" avec une foule de marchandises, lesquelles, plus ou moins pratiques à transporter pouvaient servir à compléter un paiement ou à parfaire l'entente quant à l'évaluation des prix des marchandises échangées. D'autres unités ont été utilisées : le Shâty, le Shenâ (ou Shenâou, Shenât,Shenâty), le Séniou, etc...
L'Egypte ancienne connait bien le phénomène monétaire, la monnaie étant au départ une pure abstraction de la valeur avant les premières monnaies frappées vers le 7ème siècle av JC.

Pour conclure notre propos sur l’importance de la monnaie et donc des banques, le mieux est sans doute ici de citer ce passage de Dominique Plihon « Les banques ont une double fonction essentielle dans l’économie : d’une part, elles financent les agents économiques, et d’autre part elles gèrent les moyens de paiement. Ces deux fonctions sont simultanées et indissociables, comme l’illustre le célèbre adage selon lequel « les crédits font les dépôts »



Séraphin PRAO
Docteur en économie monétaire
Diplômé de l’Université Pierre Mendès France de Grenoble
Président du MLAN
www.mlan.fr
contact@mlan.fr






contact@mlan.fr
Samedi 24 Octobre 2009

« Entre amis tout est commun » répète Aristote. Ainsi donc, on peut dire qu’une société formée d’amis ne repose pas sur l’échange mais sur le partage. Dès lors, la comptabilité minutieuse de la justice distributive et de la justice commutative n’a pas cours ici. Mais notre société moderne est loin d’être cette société d’amis. Les modernes ont voulu voir dans les processus de l’échange marchand la structure de base d’une société stable, pacifique, garantissant à chacun la liberté personnelle. Le marché devient le moyen de socialisation par excellence.  En effet, si le marché est le moyen le plus efficace pour réguler la vie sociale, il lui faut un vecteur qui est la monnaie. La monnaie n’est pas un objet ou un bien particulier, elle peut être considérée comme un ensemble de règles. Pour mettre en exergue l’aspect organisationnel de la monnaie, on parle souvent de système de paiement, c’est-à-dire une institution qui rend possible la coordination des actions économiques des individus. Sans la monnaie, on ne peut même pas penser le marché.  
 En acceptant cette hypothèse, il est possible de mener une réflexion sur le lien entre la monnaie et le développement économique. Après le « tsunami financier » mondial qui a tout ravagé sur son passage, les systèmes financiers africains ont fait preuve de résilience face à cette tourmente financière mondiale. La crise a exercé  des pressions substantielles  sur les marchés monétaires, financiers et des changes, tout en continuant de fonctionner normalement. Cette stabilité relative tient à plusieurs facteurs, dont une intégration limitée, quoique croissante, aux marchés financiers mondiaux, une exposition minime aux instruments financiers complexes, une liquidité bancaire assez élevée, une dépendance modérée à l’égard des financements étrangers et le faible endettement des institutions.
 Bref, ce qui semble réjouir les pays africains cache en réalité une faiblesse de leurs économies : la faiblesse de la dimension monétaire du développement. Notre présent papier « Ce que je sais de la monnaie et ce que je ne comprends pas dans nos économies » est un appel à une plus grande considération des phénomènes monétaires dans les stratégies de développement en Afrique.
 
 
 Ce que je sais de la monnaie
 La monnaie n’est pas un phénomène très simple, c’est d’ailleurs pourquoi Charles Rist se refusait à la définir. Pour lui en effet, le phénomène monétaire est trop disparate ; or le plus souvent, on lui donne la définition traditionnelle, celle d’Aristote. Selon lui, l’échange entre les individus trouve sa source dans leur besoin. Celui‐ci permet le lien social et donc la monnaie, moyen qui se substitut aux besoins, apparaît comme
un facteur essentiel du lien social. La   « monnaie » répond à trois
critères : elle doit être à la fois unité de compte, réserve de valeurs et moyen de paiement. Une telle définition ne permettrait pas d’en rendre compte pour Rist car il  craignait que l’on donne à cette définition, compte tenu de la diversité des monnaies, les caractères minima communs à tous ces phénomènes. Il en est de même de l’apparition de la monnaie. La plupart des manuels disent que  la monnaie est apparue en Lydie au VIIe siècle et à Athènes au VIe. La monnaie athénienne est en argent, extrait des mines du Laurion qui fournissent en abondance un excellent métal que l'on frappe à l'effigie de la chouette.  
 Parce qu’il n’y a pas de magnum opus en matière de théorie monétaire, comme l’œuvre de Keynes l’est pour la macroéconomie, la définition  de la monnaie devient comme celle du sexe des anges.
 
 Certains historiens de la monnaie font remonter son invention à la révolution néolithique (il y a 12000 années), d’autres au « miracle grec » (7e siècles avant Jésus-Christ). En étudiant la monnaie, nous nous sommes rendu compte que très souvent, il y a une confusion entre les supports de la monnaie et la monnaie elle-même. Ce qui est certain, c’est que la monnaie est une création de l’économie de marché. C’est d’ailleurs ce qui semble dire, Marie Ange Cotteret dans sa thèse de Doctorat : « Il y a cinq mille ans, apparaissent presque simultanément, semble-t-il, le marché, l’écriture, l’école, la métrologie et le fonctionnement judiciaire. On peut supposer que ce n’est pas une coïncidence, mais un enchaînement logique. Tout part, semble-t-il, du développement des échanges. Au delà d’un certain volume d’échange, la parole donnée ne suffit plus à garantir la confiance, il faut consigner par écrit : on invente l’écriture. Alors, il faut apprendre à lire, à écrire et à compter : on invente l’école. Il faut aussi avoir confiance dans la quantité, mesurer ce que l’on échange : on invente les étalons et la métrologie. Enfin, il faut aussi avoir un arbitre en cas de litige : on invente les tribunaux. » .  
 La définition de la monnaie doit donc être clarifiée  de façon que soit définitivement dissipés les malentendus qu’on s’ingénie, dans certains milieux mêmes les plus autorisés.
 Ce qui est vrai, la monnaie n’est pas une marchandise mais une créance à vue des agents économiques sur le système bancaire et une dette pour ce dernier. Une créance étant la contrepartie d’une dette, le mot dette doit être compris ici dans un sens très général, c'est-à-dire l’obligation pour un agent d’effectuer dans un futur plus ou moins proche une action en faveur d’un autre agent. Plus précisément, la monnaie est une dette pour l'émetteur de monnaie et une créance pour son possesseur.
 
 Ce que je ne comprends pas dans nos économies
 
 L’Afrique subsaharienne n’a pas dû faire face à une crise financière systémique car ses banques ont peu de liens directs avec les actifs toxiques qui affectent les grandes places financières. En réalité, les pays africains n’ont rien saisi de l’importance de la monnaie, sa force, son rôle dans l’économie. La place de la monnaie dans le processus de développement, c’est ce que nous appelons la dimension monétaire du développement. On entend  par dimension monétaire, la capacité d’une banque à créer la monnaie sur une promesse de remboursement, pour financer une activité économique ou un projet tout court.  
 Rappelons qu’en général, les stratégies de la plupart des PED durant la période 1950-1970 présentent des traits communs : elles sont le fait d’Etats qui tentent de conforter l’indépendance politique par des politiques d’industrialisation volontaristes, qui trouvent toutes, leur cohérence dans des modèles théoriques. Les politiques commerciales occupent généralement une grande place dans les stratégies de développement des PED. L’expérience de l’ajustement en Afrique Subsaharienne n’a pas été révolutionnaire, insistant sur l’importance du développement de l’épargne dans le financement de l’investissement privé. Le financement monétaire c’est-à-dire la place des banques a été occultée. En Afrique, les banques sont très peu actives dans le financement de l’investissement. Elles sont très frileuses dans l’octroi des crédits. Du coup, le système bancaire regorge d’énormes liquidités inutilisées.
 Au sein de l’UEMOA, le montant des crédits alloués à l’économie est de l’ordre de 16% tandis qu’il se situe autour de 70% en Tunisie.  
 Par exemple, en Côte d’Ivoire, sur la période 1996-2003, le crédit à court terme était en moyenne, de l’ordre de 70 % et les crédits à moyen et long terme 30%.
 Au Sénégal, sur la période 1996-2003, le crédit à court terme était en moyenne, de l’ordre de 60% tandis que les crédits à moyen et long terme se situaient à 40%.
 L’orientation sectorielle du crédit  dans ces deux pays témoigne du
comportement bancaire dans le processus de développement.   
 Au niveau de l’orientation sectorielle, en Côte d’Ivoire, c’est l’industrie manufacturière (27%),  le secteur du commerce (38%), le transport et la communication (12%) qui bénéficient des offres de crédit.
 Au Sénégal, le secteur manufacturier (29%) et le secteur du commerce (27%) obtiennent les parts les plus importantes.  
 Une des conséquences, très visible au sein de l’UEMOA  est la surliquidité bancaire apparue depuis 1994 dans la zone UEMOA.  Cela nous enseigne sur la somnolence du secteur bancaire et relance le débat sur la faiblesse de l’épargne en Afrique.
 Au sein de l’UEMOA, elle représentait 7% du PIB nominal en 1996 ; 3,81% en 2000 et 2,25% en 2006.  
 Nos économies sont tellement extraverties, à tel point que la création monétaire n’est pas impulsée de l’intérieur.  
 Pour Frenkel et Johnson (1976) , « en régime de change fixe, les déficits de la balance des paiements procèdent globalement, soit des facteurs réels (importations, exportations, mouvements des capitaux), soit des facteurs monétaires (création excessive de monnaie). Dans ce cas, l’offre de monnaie peut être dictée par la relation structurelle de la balance des paiements.
Ceci entraîne que la politique de crédit est étroitement liée à la balance des paiements et le mécanisme d’ajustement ne peut être analysé parfaitement sans l’analyse de la politique monétaire et sa résultante qui est l’offre excédentaire ou demande excédentaire de la monnaie. »
 
 En effet, en accord avec le FMI, la BCEAO a mis en place depuis 1975, un système de programmation monétaire destiné à déterminer, à partir d’un objectif d’avoirs extérieurs, le montant de ses concours aux Etats membres.
Le système prévoit la soumission chaque année au Conseil des Ministres d’un objectif d’avoirs extérieurs nets pour l’ensemble de l’UMOA et chacun des pays membres. Dans chaque pays, l’agence nationale de la BCEAO et le Conseil National du Crédit établissent pour l’année leurs prévisions dites non monétaires relatives à l’évolution du PIB brut à prix constants, de la position nette du gouvernement à l’égard du système bancaire et la balance des paiements (en tenant compte de l’objectif des avoirs extérieurs). A partir des prévisions du PIB et du coefficient de liquidité de l’économie, les services de la BCEAO calculent alors l’évolution attendue de la masse monétaire. Ils estiment de la sorte, la ventilation de la masse monétaire entre circulation fiduciaire, et dépôts et le crédit intérieur qui est le solde entre la masse monétaire et les avoirs extérieurs nets retenus au départ.
 
 L’Afrique doit se familiariser au  fonctionnement de l’économie monétaire
 
 Dans l’économie réelle, la production, le crédit bancaire et la monnaie sont étroitement liés. Toute production nécessite un financement. Une augmentation de la production requiert un financement additionnel. La monnaie est créée pour les firmes. Et la demande effective et les anticipations jouent un rôle crucial dans la détermination du niveau de crédit nécessaire pour garantir les plans de production et d’investissement. La répartition du revenu est aussi importante dans la détermination du crédit. Par exemple, une distribution du revenu qui favorise les employés (salariés) rendra la demande effective très forte, ce qui incitera les producteurs à plus produire et demander plus de crédit. Une politique monétaire qui baisse les taux d’intérêt encourage des investissements additionnels, de rentabilité modeste. Le volume de la demande effective s’en trouve accru et, par là, le niveau de la production. Le niveau de l’emploi s’améliore. Voici comment fonctionne une économie monétaire de production.  
 
 La monnaie est indispensable à l’économie puisque l’incertitude est la caractéristique principale de l’économie.
 « Tant qu’on s’en tient à l’étude de l’industrie ou de l’entreprise individuelle en supposant que la quantité globale des ressources employées est constante et en admettant provisoirement que les conditions des autres entreprises ou des autres industries restent inchangées, il est exact que les propriétés caractéristiques de la monnaie n’ont pas à intervenir.
Mais aussitôt
 qu’on en vient à chercher ce qui détermine les volumes globaux de la production et de l’emploi, la Théorie complète d’une Economie Monétaire est indispensable. Peut-être la ligne de séparation pourrait-elle encore être placée entre la théorie de l’équilibre stationnaire et la théorie de l’équilibre mouvant, c’est-à-dire la théorie d’un système où les changements de vues sur l’avenir peuvent influencer la situation présente ; car l’importance de la monnaie découle essentiellement du fait qu’elle constitue un lien entre le présent et l’avenir » .
 Se trouvent ainsi placées au cœur de l’analyse, l’incertitude et les anticipations. Or comme le rappelle P. Combemale (1999, p.30) , « ces deux caractéristiques conduisent directement à la monnaie : l’incertitude, parce que la monnaie est la forme de richesse la plus liquide, c’est-à-dire la plus commode et la plus sûre, la moins irréversible : acceptée en paiement par tous et à tout moment, elle laisse ouvertes les possibilités de choix ; les anticipations, parce que la monnaie, en tant que réserve de valeur, permet d’attendre et de voir venir. »  La monnaie est pour l’économie ce que le sang est pour le corps. La quantité de sang dans le corps humain dépend de ce que l’être humain mange et de son âge. Il en est de même de la monnaie et de l’économie. Il ne faut pas qu’elle sorte du « corps » qu’elle est censée irriguer, sinon ce dernier dépérit.  
 Il n’est plus possible que les pays africains se paient le luxe de s’endetter alors qu’ils ont une possibilité de se développer de façon endogène en comptant sur leur système financier comme pilier financier. Les phénomènes monétaires ne sont pourtant pas étrangers aux africains.  
 
 En Egypte, dès 2700 avant Jésus-Christ, on utilisait un indice monétaire :
le shat . Certes, ce n’était pas  encore une monnaie, mais une unité abstraite qui trouvait sa "réalisation" avec une foule de marchandises, lesquelles, plus ou moins pratiques à transporter pouvaient servir à compléter un paiement ou à parfaire l'entente quant à l'évaluation des prix des marchandises échangées. D'autres unités ont été utilisées : le Shâty, le Shenâ (ou Shenâou, Shenât,Shenâty), le Séniou, etc...
 L'Egypte ancienne connait bien le phénomène monétaire, la monnaie étant au départ une pure abstraction de la valeur avant les premières monnaies frappées  vers le 7ème siècle av JC.
 
 Pour conclure notre propos sur l’importance de la monnaie et donc des banques, le mieux est sans doute ici de citer ce passage de Dominique Plihon « Les banques ont une double fonction essentielle dans l’économie : d’une part, elles financent les agents économiques, et d’autre part elles gèrent les moyens de paiement. Ces deux fonctions sont simultanées et indissociables, comme l’illustre le célèbre adage selon lequel « les crédits font les dépôts »  
 
 
 
 Séraphin PRAO
 Docteur en économie monétaire
 Diplômé de l’Université Pierre Mendès France de Grenoble
 Président du MLAN 
www.mlan.fr
contact@mlan.fr






Commentaires

1.Posté par Proutttt tagada peeeeeettttt sploutttttttttt cou cou cou le 24/10/2009 17:03

Le monétarisme une jouxte entre libéraux, me sent pas concerné en vérité par la jouxte mais plutôt par les conséquences désastreuses au niveau du chômage de masse, Marx nous apprend que la véritable richesse c'est le travail duquel on ne s'est pas arraché n'en déplaise aux fabricants de dérivés, l'engineering financière à crée des Dérivés / Dérivés , Friedman a été à son tour contesté par d'autres libéraux.
Qui sont opposés à Friedman en défendant des hypothèses comportementales....entourage actuel d'Obama.
On voit bien ce que l'on vit aujourd'hui des effet désastreux du système de banques centrales basée sur une économie DETTE. A force d'endetter on se retrouvera tous à poil.
STOP à l'économie monétariste Oui au crédit productif axé sur les besoins des populations à l'aide de banques nationales oui au retour des états dans les économie et m......à bentham.
Larouche contre Friedman et plus encore Marx contre les comportementalistes.
ça me suffit amplement .
Asta Siempre à la prochaine défaillance !

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