Politique Nationale/Internationale

Ce que Bush et Saakachvili passeront sous silence


Tant à Washington qu'à Tbilissi on a rendu publique la liste des questions qui devraient être débattues le 5 juillet à la Maison-Blanche par les présidents américain et géorgien. Une liste plutôt impressionnante: intégration dans les structures euro-atlantiques, règlement pacifique des conflits autour de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, sécurité énergétique, etc. Pourtant, dans cet ordre du jour on ne trouve pas un thème très actuel et toujours plus brûlant: celui des droits de l'homme. En Géorgie et - pourquoi pas? - aux Etats-Unis.


RIA Novosti
Mercredi 5 Juillet 2006

Ce que Bush et Saakachvili passeront sous silence


Par Vladimir Simonov, RIA Novosti



On se souvient comment, dans l'euphorie qui avait suivi le remplacement d'Edouard Chevardnadze par Mikhaïl Saakachvili, l'administration américaine avait qualifié la Géorgie de modèle pour le développement démocratique du Caucase. Seulement aujourd'hui, près de trois années plus tard, une prestigieuse organisation internationale de défense des droits de l'homme est d'un autre avis: la Géorgie ressemble de plus en plus à une zone d'arbitraire.

La veille de la visite de travail de Mikhaïl Saakachvili à Washington, Human Rights Watch a adressé à George W. Bush une lettre lui demandant d'interroger son hôte sur la multiplication des atteintes aux droits de l'homme dans le pays dont il est le président.

Les signataires de la lettre, Holly Cartner et Tom Malinowski, directeurs de division à HRW, étudient trois domaines où les violations des droits de l'homme en Géorgie sont particulièrement flagrantes: tortures dans les lieux carcéraux, exécutions sommaires effectuées par les organes judiciaires géorgiens, démantèlement par les autorités des derniers restes de l'indépendance du système judiciaire national.

Comme cela est caractéristique des documents de HRW, la lettre est saturée de faits. Ses auteurs y démontrent que les prisons sont utilisées par les autorités géorgiennes pour neutraliser l'opposition politique et réprimer ses leaders.

La vague d'actes de violence perpétrés par les gardiens de prison déferle avec une force grandissante depuis le mois de décembre 2005, lit-on dans le document. Les détenus sont soumis à la torture quand ils ne sont pas victimes d'exécutions de masse. Le 27 mars 2006, dans la prison de Tbilissi des commandos ont tiré à l'arme automatique, faisant au moins 7 morts parmi les détenus. Le gouvernement géorgien continue d'ignorer les appels de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à ouvrir une enquête sur les circonstances de la tragédie. Les militants de HRW ont calculé qu'en 2005 et au début de cette année les services secrets géorgiens ont abattu plus de 48 personnes au moment de leur arrestation en vertu de la notion de "tolérance zéro contre le crime".

Il semble bien qu'à l'époque de ses études aux Etats-Unis Mikhaïl Saakachvili ait "séché" les cours sur le principe de présomption d'innocence.

L'exécution sommaire comme forme de justice est de plus en plus en vogue en Géorgie au fur et à mesure que les autorités privent les juges de ce qui leur reste d'indépendance.

Les amendements à la Constitution adoptés au début de 2004 ont permis au président de s'arroger le droit de nommer et de destituer les juges. En 2005, sous la pression exercée d'en haut, 21 des 37 juges de la Cour suprême de la Géorgie ont été contraints de démissionner. Des mesures disciplinaires ont été prises à l'égard de neuf juges qui avaient osé rester à leur poste en dépit des injonctions présidentielles. Tous les moyens sont bons pour se débarrasser des indésirables.

Depuis que Mikhaïl Saakachvili a accédé à la présidence les pouvoirs judiciaire et exécutif ont été balayés en Géorgie. Cette dégradation de la démocratie théorique, jadis promise par le chef de la "révolution des roses", a pour toile de fond le chaos économique. La Géorgie aura bientôt le triste honneur de figurer parmi les pays les plus corrompus au monde. Elle doit constamment faire face à une pénurie d'argent, elle n'est même plus capable de payer les membres de son propre gouvernement, ces derniers sont rémunérés par de généreux sponsors étrangers. La population est cruellement touchée par le chômage et une misère sans précédent, elle est souvent privée des commodités de la vie les plus élémentaires comme l'électricité, quand ce n'est pas le bois de chauffage.

En l'espace des huit derniers mois les Géorgiens qui estiment que Saakachvili et ses partisans conduisent le pays dans la mauvaise voie sont passés de 25 à 51%. La cote de popularité du président et du Mouvement national au pouvoir qui était de 65-70% au moment de la victoire aux élections de 2004 est tombée aujourd'hui à 25-30%. Les pétales des roses de la révolution sont fanés depuis longtemps.

Nous ne pensons pas que ces thèmes peu réjouissants figureront mercredi sur le tapis lorsque le président américain et son hôte géorgien entameront leur discussion à la Maison-Blanche. Nous sommes d'autant plus sûrs que George W. Bush s'abstiendra de mettre sur la table la lettre adressée par Human Rights Watch pour apprendre à son interlocuteur à faire montre de davantage de sollicitude à l'égard des droits de l'homme en Géorgie.

Il serait actuellement assez malaisé au président des Etats-Unis d'enseigner dans une chaire des droits de l'homme. Après le suicide par pendaison de trois détenus dans la prison de Guantanamo, quand la Cour suprême des Etats-Unis a déclaré illégaux les tribunaux militaires chargés de juger ces détenus, quand la presse a dénoncé l'exploitation illicite par les services secrets américains des données financières récoltées par le système bancaire international SWIFTe et quand une commission de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe continue d'enquêter sur le scandale des prisons secrètes de la CIA en Europe, George W. Bush ferait mieux de se taire. Ce serait une minute de silence et aussi de réflexion des deux présidents sur les droits de l'homme. Chacun dans son propre pays.

Le point de vue de l'auteur ne coïncide pas forcément avec celui du gouvernement.


Mercredi 5 Juillet 2006

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