Proche et Moyen-Orient

Ce n’est pas une nouvelle Turquie, c’est juste le bon moment ...


Pendant des décennies, la Turquie a été déchirée entre d’un côté ses liens historiques avec les pays musulmans et arabes, et de l’autre une dynamique irrésistible vers l’occidentalisation. Mais aujourd’hui, la Turquie n’a plus à être menacée ou intimidée, écrit Ramzy Baroud.


Ramzy Baroud
Lundi 1 Février 2010

Massif rassemblement pro-palestinien dans le complexe de sport Haldun Alagaş d’Umraniye.
Massif rassemblement pro-palestinien dans le complexe de sport Haldun Alagaş d’Umraniye.

L’évaluation par Uri Avnery du tour récent pris par les relations diplomatiques et politiques entre la Turquie et Israël, disant que « les relations reviendront probablement à la normale, si ce n’est à leur ancienne chaleur », semble judicieuse. Mais à mon avis, elle est inexacte.

Autrement dit, il n’y a pas de retour en arrière possible.

Dans un article récent intitulé « Israël doit s’habituer à la nouvelle Turquie », Suat Kiniklioglu, vice-président des affaires extérieures du Parti de la Justice et du Développement (AKP) écrivait, « Israël semble avoir la nostalgie de l’âge d’or des années 1990, qui étaient le produit d’une situation très particulière dans la région. Ces temps sont révolus et sont peu susceptibles de revenir, même si le Parti Justice et du Développement (AKP) n’est un jour plus au gouvernement. »

Cette évaluation semble plus proche de la réalité.

On pourrait être d’accord avec la lecture optimiste des événements par Avnéry si la récente sitaution sur le plan diplomatique n’avait été provoquée que par quelques incidents isolés, par exemple l’échange public très vif à propos de Gaza entre le Premier Ministre de la Turquie, Tayyip Erdogan et le président israélien Peres lors du forum économique mondial à la fin de janvier 2009, ou la récente humiliation préméditée de Oguz Celikkol, Ambassadeur de la Turquie en Israël, par le ministre adjoint des affaires étrangères israélien, Danny Ayalon.

Mais ces incidents sont loin d’être isolés. Ils reflètent un changement clair et probablement irréversible dans la politique étrangère de la Turquie envers Israël, les Etats-Unis et le Moyen-Orient dans son ensemble.

Pendant des décennies, la Turquie a été déchirée entre d’un côté ses liens historiques avec les pays musulmans et arabes, et de l’autre une dynamique irrésistible vers l’occidentalisation. Ce dernier aspect semblait beaucoup plus influent dans la formation de la nouvelle identité turque, dans ses manifestations individuelles, collectives, et par conséquent dans sa politique étrangère et ses perspectives.

Mais tout au long de ces secousses, la Turquie a malgré tout gagné en importance comme acteur politique et économique. Elle a aussi progressé en tant que nation avec un sens aigu de sa souveraineté, un sentiment de fierté croissante et une capacité certaine à s’affirmer comme puissance régionale.

Dans les années 1970, lorsque « l’islam politique » était à la hausse dans toute la région, la Turquie s’est interrogée et divers responsables et groupes politiques se sont saisis de l’idée que l’Islam politique pouvait être porté à un niveau entièrement nouveau.

En fait, c’est le Dr Necmettin Erbakan, Premier Ministre de la Turquie entre 1996 et 1997 qui a commencé à s’opposer à l’idée convenue que la Turquie était un membre de seconde classe de l’OTAN et voulant désespérément s’identifier à tout ce qui était occidental.

A la fin des années 1980, Le Parti Rafah d’Erbakan (Parti de la Prospérité), a pris d’assaut la Turquie. Le parti restait discret sur ses racines islamiques. Son accès au pouvoir à la suite des élections générales de 1995 a tiré la sonnette d’alarme, puisque la Turquie pro-Ouest s’écartait de son rôle régional très strict qui lui était assigné, de « laquais de l’OTAN ». Selon à Salama A. Salama, qui a inventé l’expression dans un article récent dans Al-Ahram Weekly, la Turquie n’est plus ce « laquais ». Et selon Kiniklioglu, « Israël doit s’y faire ».

Les jours d’Erbakan sont peut-être passés depuis longtemps. Mais son héritage est inscrit de telle manière qu’il ne quittera plus la conscience nationale turque. Il a repoussé les frontières, a osé s’afficher comme partisan d’une politique pro-palestinienne, a défié l’Occident et a même poussé à une repositionnement économique de son pays avec la création du D-8, unissant les pays arabes et les pays musulmans les plus importants politiquement. Lorsque M. Erbakan a été contraint de démissionner après un coup d’état militaire « post-moderniste », il était alors avéré à la fin de sa courte expérience politique que même une forme bénigne d’Islam politique ne devait pas être tolérée en Turquie. L’armée est apparue, encore une fois, comme tout-puissante.

Mais depuis, les choses ont radicalement changé. Le Parti de la Justice et du Développement (AKP) a été élu au pouvoir en 2002. La direction de l’AKP était composée de politiciens éprouvés, mais se basant sur des principes politiques qui visaient à impulser un changement géopolitique dans les perspectives politiques régionales de leur pays .

L’AKP a commencé à diriger une Turquie plus affirmative, ne mendiant ni l’acceptation européenne ni l’approbation américaine. En rejetant l’utilisation des territoires turques comme base pour une frappe américaine contre l’Irak en 2003, la Turquie a acquis une voix forte - avec une représentation démocratique à grande échelle et une augmentation du soutien populaire.

La tendance s’est poursuivie, et ces dernières années la Turquie a osé traduire en action son pouvoir politique et sa force, sans rompre immédiatement les équilibres politiques et militaires qui ont mis des années à se construire. Ainsi, par exemple, alors qu’elle continuait à honorer les derniers contrats militaires avec Israël, elle a également fait de nombreuses ouvertures réussies vers la Syrie et l’Iran. Et en étant prêt à être considérée comme celle qui rassemble dans un contexte de désunion arabe et musulmane, elle a refusé de prendre part à la division commode entre camps « modérés » et « extrémistes ». Au lieu de cela la Turquie a maintenu de bonnes relations avec tous ses voisins et alliés arabes.

Dès 2007, les États-Unis ont commencé à prendre acte de l’émergence de la « nouvelle Turquie ». La visite du président américain Barack Obama dans ce pays peu après son investiture a été l’un des nombreux signes que l’Occident avait pris conscience du « statut particulier » de la Turquie. La Turquie n’a pas à être menacée ou intimidée. Même Israël, qui a longtemps défié les normes de la diplomatie, est en train de devenir plus conscient de ses limites, grâce au président turc Abdullah Gül. Suite à l’insulte faite à l’ambassadeur turc par Israël, il a déclaré : « à moins qu’il n’y ait des excuses formelles venant d’Israël, nous allons demander à Celikkol de prendre le premier avion de retour pour Ankara. » Israël, évidemment, a présenté ses excuses, et humblement.

Il a fallu à la Turquie de nombreuses années pour atteindre ce niveau de confiance, et ce pays n’a guère envie d’être le laquais de qui que ce soit aujourd’hui. De plus, la constante attitude de la Turquie en soutien à Gaza, ainsi que son franc-parler face aux menaces contre le Liban, l’Iran et la Syrie, montrent clairement que les vieux jours de « relation chaleureuse » sont bien derrière nous.

La Turquie, bien sûr, trouvera un public très réceptif parmi les Arabe et les Musulmans du monde entier qui ont désespérément besoin d’une direction puissante et réceptive acceptant de défendre leurs causes. Inutile de dire que pour les Palestiniens assiégés dans Gaza, M. Erdogan est devenu un nom connu, un héros populaire, en fait un nouveau Nasser. Et le même sentiment est partagé à travers toute la région.







(JPG)

 Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est écrivain et publie pour PalestineChronicle. Ses écrits sont publiés par de nombreux journaux, quotidiens et anthologies à travers le monde. Son avant-dernier dernier livre : La Seconde Intifada : une chronique du combat du peuple (Pluto Press, Londres) et le dernier tout récemment publié : Mon Père était un combattant de la liberté : l’histoire non dite de Gaza (Pluto Press, London).

Communiqué par l’auteur

Traduction : Claude Zurbach
http://www.info-palestine.net


Lundi 1 Février 2010


Commentaires

1.Posté par le veilleur le 01/02/2010 13:40 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

un grand bravoa a la turquie qui grasse au palestiniens a ouvert les yeux sur le sionisme d'israel.les turques n'ont pas besoin de rentrer dans cette europe de merde sioniste,et
le gouvernement na pas été elu par des votes electro-nique?

2.Posté par turk le 01/02/2010 14:37 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Heureux de savoir qu'il reste des hommes vaillant , ERDOGAN le petit Turk face au terrible goliath , nazi des temps modernes.

Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires