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Catalogne : la crise politique n'est pas terminée


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La majorité absolue obtenue par les partis indépendantistes aux élections du 21 décembre a fait échouer la politique unioniste du gouvernement espagnol. La crise politique ouverte, pendant les journées du 1er(1) et du 3e( 2)octobre et la proclamation de la République Catalane, n'est pas terminée. Mais la polarisation sur l'axe national a dissous celui de classe. Il n’a pas eu un changement global vers la gauche. Bien au contraire les options bourgeoises, qui dirigent les blocs indépendantistes et unionistes, ont été renforcées.


Andreu Pages
Vendredi 12 Janvier 2018

Catalogne : la crise politique n'est pas terminée
La majorité indépendantiste a continué d’augmenter

Les élections catalanes imposées par Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol, voulaient légitimer l’application de l’article 155(1)de la Constitution Espagnole de 1978 et permettre la formation d’un gouvernement unioniste i monarchiste pour prendre la Generalitat de Catalunya (gouvernement catalan) et mettre en œuvre une profonde recentralisation d'institutions aussi sensibles comme l'éducation ou les médias publics. Les élections se sont réalisées dans un contexte répressif : le président catalan Puigdemont est exilé en Belgique et le vice-président Junqueras est en prison ; d’autres dirigeants et candidats indépendantistes sont emprisonnés ou exilés ; la présidente du Parlement i les membres indépendantistes du Bureau sont objet d’une procédure pénale. Il y a eu un environnement caractérise par de menaces aux groupes indépendantistes, de restrictions à la liberté d'expression et d'information. Les partis indépendantistes ont obtenu 70 députés dont 18 sont accusés par la justice espagnole de rébellion et sédition. Malgré tout, ces élections ont conduit au naufrage de l’application de l’article 155 et la crise politique n’a pas finie.

Les élections du 21 décembre ont eu une participation historique du 82 % du registre des électeurs, ce qui a mis en relief les enjeux des élections et le fait qu’elles ont eu lieu en jour ouvrable, le bloc unioniste formé par Ciudadanos(C,s libéral), Parti Populaire (PP conservateur) et Parti Socialiste Catalan (PSC sociale-démocrate), qui donnait soutien à l’application de l’article 155, a réussi à mobiliser le vote de secteurs qui traditionnellement ne participent pas aux élections autonomiques catalanes et il a gagné 180.000 voix et a obtenu presque 1.900.000 voix (44%) et 57 députés. Mais, le bloc républicain et indépendantiste formé par Ensembles pour la Catalogne (JxC centre droite), Gauche Républicaine de Catalogne (ERC social-démocrate)- et la Candidature d’Unité Populaire – Appel Constituant (CUP-CC gauche indépendantiste) a augmenté 100.000 voix par rapport aux dernières élections de 2015. Il a obtenu prés de 2.100.000 voix, (47%) et 70 députés. La majorité absolue au Parlement est de 68 députés.

Il y a eu une énorme polarisation entre les deux blocs et aussi dans de chaque bloc pour devenir la force politique principale. Cette pression du " vote utile " a sévèrement puni les forces plus faibles de chaque bloc, comme c'est le cas du PP mais aussi de la CUP-CC. Il a également laissé très peu d’espace pour Catalogne en Commun – Podemos (coalition dirigée par Ada Colau, mairesse de Barcelone) qui cherchait un espace non identifié entre les deux blocs.

Dans le bloc unioniste, Ciutadans est devenu la première force politique

Ciudadanos est une construction électorale des grands pouvoirs économiques pour remédier la crise institutionnelle qui traîne les grands partis et comme alternative au Parti Populaire. Il a pu capitalisé le vote unioniste monarchiste et aussi un vote de mécontentement en devenant la première force politique catalane.

La concentration du vote unioniste a coûté très cher au Parti Populaire qui a obtenu seulement 4 députés des 11 qu’il avait. Ce résultat a affaibli le gouvernement Rajoy non seulement en Catalogne mais aussi dans l'ensemble de l'État et son image internationale.

Le Parti Socialiste Catalan (PSC) a pu contenir la perte de voix des dernières élections avec des accords contre nature à droite et à gauche ou intégrant des membres d’organisations unionistes. Avec l'augmentation d'un seul siège, PSC est loin de devenir la nouvelle référence politique autonomique. La crise politique socialiste continue.

Dans le bloc de l'indépendance, le "président" déposé et exilé a gagné

Ensembles pour la Catalogne (JxC), candidature héréditaire du vieux parti de la bourgeoisie catalane CDC, avec le Président Puigdemont comme tête de liste et réfugié en Belgique, a été la candidature plus votée dans le bloc indépendantiste.

Gauche Républicaine de Catalogne (ERC) est la deuxième force et elle sort des élections très affaiblie. Son principal dirigeant Oriol Junqueras est en prison et sa campagne électorale a été grise et fortement conditionnée par les déclarations de Junqueras pour sortir de prison.

La Candidature d’Unité Populaire – Appel Constituant (CUP-CC) est passé de dix à quatre députés et elle a perdu 140.000 voix. La lutte acharnée entre JxC et ERC, dans le bloc indépendantiste a sévèrement puni le vote de la CUP-CC. Cette candidature a mené une politique erratique et souvent trop proche du gouvernement catalan, sans une identité claire et sans un engagement sans équivoque avec la lutte ouvrière et populaire contre le gouvernement de Puigdemont et sa politique néolibérale. La CUP-CC n'a pas non plus capitalisé la déception d'une large avant-garde quand elle a vu le président Puigdemont et le vice-président Junqueras hésiter au moment de proclamer la république malgré le message clair des 1er et 3 octobre et finalement ont livré les institutions et la République Catalane au gouvernement espagnol, en acceptant les élections du 21 décembre. Sans une identité claire de classe, sans combattre ouvertement les doutes sur l'engagement pour la république du gouvernement catalan, la polarisation et l'effet de l'offensive répressive du régime, qui a tombé essentiellement sur JxC et ERC, la CUP-CC a vu que leurs voix allaient vers leurs candidatures.

Catalogne en commun (coalition de formations eco-socialistes, communistes, Podemos, et les Communs d'Ada Colau) a échoué parce que a passé de onze à huit députés. La défaite de trois sièges est grave, si l'on ajoute la participation directe d’Ada Colau à la campagne électorale. Sa position politique équidistante entre l’indépendantisme i l’unionisme a placé la coalition dans un réformisme impossible de la monarchie et du capitalisme.

On attendait un changement global vers la gauche mais, au contraire, les options bourgeoises ont avancé

Les drapeaux ont éclipsé les classes sociales, et la grande victime a été la classe ouvrière en tant que classe sociale et ses revendications de changement social. Ciutadans est le parti de l'IBEX 35(2) et il s’est enveloppé avec le drapeau espagnol, en réaffirmant son anti-catalanisme. Il a gagné pratiquement dans toutes les localités de la ceinture industrielle de Barcelone. Ce fait doit être la principale préoccupation d'un parti révolutionnaire parce que sans la classe ouvrière, non seulement il n'y aura pas de révolution, mais même pas de république catalane.

Un secteur de la classe ouvrière industrielle est resté en marge du " processus indépendantiste ". C’est une réaction de classe. Les partis, qui leur ont parlé de l'indépendance, avaient voté les réformes sociales du PP qui ont réduit les dépenses de l'éducation et des services sanitaires. Les travailleurs n’ont pas répondu, pendant des années, aux appels lancés par le Parti Populaire ou Ciutadans pour exiger une éducation en castillan pour leurs fils et filles. Ils n'avaient pas été mobilisé par le PP ou C,s dans les tentatives répétées jusqu’au le 8 octobre quan les organisations unionistes ont convoqué une manifestation en défense de l’unité de l’État espagnol avec la participation de 350.000 personnes.

Ciutadans (C,s) a gagné la ceinture rouge, les quartiers et villes ouvriers, à l'ancienne gauche institutionnelle : socialiste et communiste et aussi aux grands syndicats CCOO et UGT, qui ont aussi permis la victoire de l’unionisme en séparant -pour les vendre en morceaux- les luttes pour la libération nationale et les droits sociaux. C,s capitalise le mécontentement des secteurs ouvriers, désespérés par des situations très graves que personne ne résout, les traînant vers la défense de la monarchie. La vieille et la nouvelle gauche continuent à soutenir le régime monarchique et elles savent que la clé pour y parvenir c’est d'isoler et de confronter la classe ouvrière à la lutte des peuples. Les révolutionnaires doivent briser cette subordination de la classe ouvrière et des secteurs populaires aux directions bourgeoise de JXC et de C,s.

Perspectives de la crise politique

La crise politique ouverte, par le processus indépendantiste, par la proclamation de la république et par l’application de l’article 155, n’est pas résolue et les problèmes reviennent avec beaucoup de force et de virulence. Le président Puigdemont est exilé en Belgique et le mandat d'arrêt continue en vigueur. Et comme lui, il y a d'autres députés à Bruxelles, en prison ou accusés. Inévitablement, toutes les tensions politiques seront réactivées. Dans le bloc indépendantiste, les forces majoraitaires ont des problemes pour arriver à un accord pour proposer un nouveau Bureau du Parlement et le candidat à la Présidence de la Generalitat de Catalunya. Ses principaux candidats sont en prison ou à l’exile ce qui a installé la crise dans le bloc indépendentiste.

Par ailleurs, JxC et ERC chercheront un nouvel accord avec l’État espagnol, mais le PP est allé trop loin pour reculer. La direction bourgeoise catalane tentera de liquider les restes du 1er octobre pour reprendre le contrôle complet du mouvement. En ce sens, l'offensive contre les CDR (3), en tant qu'expression la plus authentique du 1er octobre, a déjà commencé. Leur défense est essentielle pour donner une continuité à la lutte pour la république et le contrôle populaire.

Le gouvernement Rajoy est très affaibli parce que la suspension du gouvernement et la dissolution du Parlement catalans n'ont pas eu les résultats espérés et parce que, dans sa tentative, le PP catalan a pratiquement disparu. L'opération 155 est devenue un boomerang. Les affaires de corruption, retardés pour favoriser l'offensive contre la Catalogne, n'ont pas encore été résolus. La crise économique et les difficultés de trésorerie des retraites doivent être résolues, après avoir été occultées par électoralisme. Le temps du gouvernement Rajoy s'est écoulé et le compte à rebours a commencé. L'État ne peut pas laisser le problème catalan s'enraciner et entamer une phase de résistance, parce que le temps peut jouer dans le sens de la remise en question de l'état monarchique. Rajoy doit trouver un moyen de s’en sortir ou il ne lui reste plus que la répression.

Mais en revanche, le lien entre les mouvements des peuples et les travailleurs de tout l'État devient la clé pour rompre l'isolement de la lutte du peuple catalan. Il faut développer les moyens, comment "Whit Catalonia"(4) pour approfondir les mouvements de solidarité et au-delà, une lutte commune des travailleurs et des peuples pour la rupture avec la monarchie et le régime de 1978.

Avec ou sans le 155, la répression continuera. L'appareil politique-judiciaire avait laissé jusqu'au lendemain des élections le soin d'engager de nouvelles poursuites. En effet, la liste des accusations de rébellion a été élargie pour inclure tous les dirigeants des groupes indépendantistes (28 dirigeants ont déjà été inculpés dont 18 députés ). Les rapports de police criminalisent toutes les manifestations du 11 septembre, fête nationale de la Catalogne et l'enquête sur les événements du 1er octobre continue et la liste des personnes impliquées dépasse déjà les 300 personnes . Une fois que la police et le système judiciaire ont été mis en marche par le pouvoir politique, ils acquièrent un certain degré d'autonomie. La lutte contre la répression doit être une priorité en même temps qu'il faut affirmer que la meilleure défense contre cette répression est la rupture avec l'État.

Il faut construit une alternative à gauche avec la CUP-CC.

Le conflit catalan ne peut pas être clos dans les institutions que par un accord qui, comme en 1978, ne serait pas favorable aux droits des travailleuses et des travailleurs. Et ce n'est qu'en suivant le chemin de l'organisation et de la mobilisation d'en bas, qui a rendu possible les 1er et 3 octobre et le 8(5)novembre que nous pourrons rendre efficace une république des travailleurs. Mais il est nécessaire pour cela de construire une alternative politique qui la représente, et notamment, la CUP-CC a une grande responsabilité. Il faut activer une réorientation politique : vers la classe ouvrière catalane et la lutte des secteurs populaires ! Nous avons besoin d'indépendance politique aux autres partis indépendantistes, pour continuer le chemin du droit à l'autodétermination, qui serait aujourd'hui la construction de la république.

9 janvier 2018

Andreu Pagès, membre de Lutte Internationaliste. Section à l’État espagnol de l’Unité Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale (UIT-QI)


Vendredi 12 Janvier 2018


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