Politique Nationale/Internationale

CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DE M. JACQUES CHIRAC, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ET DE MME ANGELA MERKEL


CHANCELIERE DE LA REPUBLIQUE FEDERALE D'ALLEMAGNE, A L'OCCASION DE LA ENCONTRE FRANCO-ALLEMANDE


Mardi 24 Janvier 2006





- PROPOS DE M. CHIRAC -





(Versailles, 23 janvier 2006)

Mesdames, Messieurs, je me réjouis d'abord de recevoir, ici, à Versailles, la chancelière et nos deux ministres des Affaires étrangères, à l'occasion de l'inauguration de cette exposition "Splendeurs de la Cour de Saxe" que nous avons visitée avec plaisir, et qui est tout à fait prestigieuse. Vous me permettrez d'adresser aux responsables des musées de Dresde et de Versailles toute notre reconnaissance et nos félicitations pour la qualité du travail fourni.

Je voudrais également me réjouir de la qualité et de l'intensité des rapports entre l'Allemagne et la France. Dans les jours passés, nos deux ministres des Affaires étrangères se sont rencontrés ; la chancelière a bien voulu recevoir le Premier ministre français. Nous sommes aujourd'hui à Versailles et il y a là une permanence, une intensité de relations que je tiens à souligner. Et qui doit naturellement, aujourd'hui, se traduire par des perspectives sur lesquelles je vais revenir dans un instant.

Nous avons abordé, tout à l'heure, les questions européennes avec comme ambition de préparer, ensemble, les Conseils européens de mars et de juin prochains, conseils sous présidence autrichienne, et avec la volonté de donner corps à ce que j'ai proposé, il y a quelques temps, c'est-à-dire une nouvelle impulsion à la construction européenne et à l'Union européenne.

Après les difficultés que nous avons connues avec les référendums français et hollandais, après le succès du budget européen, nous souhaitons donner une nouvelle impulsion à cette Europe, en apportant des solutions prioritairement et concrètement aux problèmes qui sont ceux des Européens d'aujourd'hui en termes de croissance, d'emploi, de recherche, d'innovation, en terme social. Voilà quelle est l'ambition que nous avons et que nous manifesterons à l'occasion du prochain Conseil européen.

Nous voulons que le Conseil du 23 mars prochain traduise en décisions les options politiques qui ont été arrêtées au Conseil européen sous présidence britannique, à Hampton Court. Dans ce contexte, nous demandons à nos ministres, chacun dans leur domaine, d'élaborer une voie commune pour atteindre ces objectifs et de réaliser cette synthèse, à l'occasion du Conseil des ministres franco-allemand qui aura lieu, à Berlin, le 14 mars prochain.

Dans cet esprit, nous avons évoqué des positions concertées ou communes dans le domaine de l'emploi, et notamment de l'intégration des jeunes, sujet que la présidence autrichienne a considéré, à juste titre, comme prioritaire pour la recherche et l'innovation et nous avons déjà fait ensemble des pas importants pour donner à notre recherche et à notre innovation européennes plus de capacité pour s'adapter au monde de demain.

Dans le domaine de l'énergie, vous savez que la France va déposer, dès demain d'ailleurs, un mémorandum sur l'énergie au Conseil européen. Dans le domaine de la démographie, car il faut réagir à l'affaissement de la démographie européenne. Dans le domaine des universités, avec la volonté d'associer davantage nos universités pour les maintenir ou les mettre au premier rang des universités mondiales. La gestion des questions migratoires qui pose un problème et que nous devons essayer de régler de façon commune, dans toute la mesure du possible. Et des problèmes spécifiques comme l'épidémie de grippe aviaire pour lesquels la chancelière a des propositions concrètes qui sont tout à fait soutenues, naturellement, par la France.

Voilà les principaux domaines où les décisions communes devraient pouvoir se mettre en place, à l'occasion de ce prochain Conseil.

Nous voulons également préparer le Conseil européen de juin qui sera consacré, vous le savez, à l'avenir de l'Union. Sans préjuger des conclusions que tireront les Européens de la situation du traité constitutionnel, j'ai proposé, d'ores et déjà, d'étudier l'amélioration du fonctionnement des institutions dans le cadre des traités existants.

Je pense, en particulier, à la sécurité intérieure et à la justice, à l'action extérieure et à la défense, à une meilleure association des parlements nationaux aux processus de décisions européens. Enfin, nous aurons l'occasion, lors de ce Conseil, de parler de la stratégie globale pour ce qui concerne l'élargissement.

Sur les problèmes internationaux, je serai bref car nous n'avons pratiquement pas de divergences de vues et même pas du tout. Notamment sur tous les problèmes concernant le Moyen-Orient, il y a une parfaite harmonie de pensée entre l'Allemagne et la France.

S'agissant du Liban qui, vous le savez, est cher au cœur des Français, j'ai rappelé que le temps était venu de la vérité et de la justice et que le gouvernement et le peuple libanais peuvent compter sur notre soutien pour mettre en échec les entreprises de déstabilisation et pour consolider la démocratie, l'indépendance et la liberté.

Q - Monsieur le Président, vos remarques concernant votre force de frappe ont été vivement discutées en Allemagne. Pour clarifier cela, est-ce que vous êtes prêts, est-ce que la France est prête à utiliser la force nucléaire contre l'Iran ? Et pour Madame la Chancelière, quel est le jugement que vous portez sur cette position française en matière de dissuasion nucléaire, éventuellement, à l'endroit d'un pays représentant une menace terroriste ?

R - Le fait que la France soit une puissance nucléaire n'est un secret pour personne, j'imagine, ni en Allemagne, ni dans le monde. C'est une réalité. A partir de là, je voudrais rappeler que la nature de la menace, la définition des intérêts vitaux pour un pays, et donc la nature même de la riposte susceptible d'être conduite, d'être mise en œuvre, évolue avec le temps. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de rappeler les fondements même de la politique française de dissuasion, sans en rien changer. Je tenais à les rappeler pour que les choses soient claires et compte tenu de l'évolution du monde.

Pour nous, la dissuasion reste, je vous le rappelle, une "assurance-vie" pour nos intérêts vitaux, qui peuvent être français ou qui peuvent être européens ou d'autre nature. Les armes nucléaires, pour nous, ne sont en aucun cas des armes de bataille, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle on utilise parfois l'expression d'"armes de non-emploi". Ce ne sont pas des armes de bataille. Il y a dans mes déclarations aucun abaissement du seuil nucléaire, il y a simplement le rappel clair, dans un monde qui évolue, des principes qui sont les nôtres pour ce qui concerne la dissuasion nucléaire, dont personne en Allemagne ne doit s'inquiéter le moins du monde.

(...)

Q - Madame la Chancelière, Monsieur le Président, on estime qu'environ 40.000 emplois seraient perdus, dans l'univers économique franco-allemand, parce que la langue du partenaire, du voisin, n'est pas assez connue. Est-ce que, pour saisir cette chance pour l'emploi, une action particulière est prévue dans les années qui viennent, parce qu'il y a peut-être 40.000 personnes qui pourraient trouver un travail, des jeunes et des moins jeunes, parce que je sais que l'emploi est votre priorité, et qu'il y a là une spécificité franco-allemande ?

R - Cette observation est tout à fait exacte. Et cette ambition est tout à fait légitime. D'ailleurs, j'observe que, depuis quelques temps, il y a une forte augmentation du nombre de jeunes Français qui apprennent l'allemand. Ceci est lié au fait qu'on a introduit maintenant, à partir de la sixième, deux langues. Tout naturellement, les jeunes Français sont tentés de prendre l'anglais en priorité et quand il s'agit de choisir une deuxième langue, on voit une forte poussée de l'allemand.

Je souhaite beaucoup que l'on puisse développer ce mouvement. Je pense qu'il est indispensable de faire en sorte que tous les Européens, le plus vite possible, soient dans l'obligation, dès le plus jeune âge, à l'école, d'apprendre deux langues. C'est le meilleur moyen de faciliter la diffusion, à la fois de l'allemand et du français.

(...)

Q - Madame la Chancelière, Monsieur le Président, encore une question concernant l'Iran. Est-ce que vous accordez encore une chance à la négociation avec Téhéran ou est-ce que vous pensez que le moment est venu de saisir le Conseil de sécurité des Nations Unies ?

R – Mme Angela Merkel – Il y a déjà une position très largement concertée en la matière, entre la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, en étroite relation d'ailleurs avec les Etats-Unis. Les prochaines étapes, les prochains jalons sont clairement balisés. La prochaine de ces étapes est précisément la réunion extraordinaire du Conseil des gouverneurs de l'AIEA où il s'agira de dégager la plus grande majorité possible en faveur de la solution retenue.

Il s'agit de bien avancer, une étape après l'autre, en mettant en oeuvre tous les moyens diplomatiques dont nous disposons. Mais cela ne veut pas dire, pour autant, qu'il faille sauter une étape et anticiper plus qu'il ne serait raisonnable. Prochain objectif, dégager une large majorité au Conseil des gouverneurs de l'AIEA. Je crois que nous sommes en bonne voie et c'est là un aspect positif.

R - Je dirais simplement que j'approuve sans réserve la position de Mme Merkel.

Q - Monsieur le Président, est-ce que vous avez obtenu de Mme Merkel un accord pour la baisse de la TVA pour les restaurateurs français ? Et Madame Merkel, est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi cela peut gêner le gouvernement allemand que Monsieur Jacques Chirac réalise la promesse faite aux restaurateurs français ?

R - Tout d'abord, la décision sera prise demain au Conseil européen, au niveau des ministres des Finances, sur une proposition de la présidence. Si je peux me permettre d'anticiper, je voudrais d'abord dire que je me réjouis à l'idée que, vraisemblablement, sera prorogée la capacité pour la France de maintenir le taux réduit de TVA dans le domaine du logement. Ce qui, pour nous, était très important parce que cela représentait une activité qui couvre un nombre considérable d'emplois.

Deuxièmement, s'agissant de la demande actuelle, essentielle et ancienne, de la France, concernant la baisse du taux de TVA sur la restauration, nous souhaitons le taux minimum de TVA sur la restauration. La chancelière m'a indiqué les problèmes auxquels elle était confrontée et je le mesure parfaitement.

Ceci étant, je me suis permis de lui faire valoir que c'était, en France, un problème d'emplois. Il ne s'agit pas de faire plaisir aux uns ou aux autres. Il s'agit de faciliter une politique d'emplois. Il y a une capacité d'emplois importante dans ce secteur qui sera, sans aucun doute, facilitée par une réduction de la TVA.

Ma demande reste celle que vous savez, c'est-à-dire la réduction du taux de TVA. Mais, à tout le moins, ce que je souhaite pour la réunion des ministres des Finances de demain, c'est que, même si un consensus ne peut pas être obtenu sur cette demande française, il n'y ait pas un rejet définitif de cette demande et que la Commission soit en mesure de continuer ses travaux, de faire des propositions, notamment s'agissant de l'impact sur l'emploi et de l'absence de distorsions de concurrence qu'implique une telle mesure.

Vous savez, nous avons pris des mesures très importantes dans le domaine social, de baisse des charges en faveur de la restauration. Nous les maintiendrons, sans aucun doute, dans des conditions que le gouvernement arrêtera. Mais ce n'est pas cela notre objectif, ce n'est pas simplement la réduction de la baisse des charges dans la restauration, c'est d'obtenir la baisse de la TVA et nous ferons tout pour y arriver.

Je vous remercie./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)


Mardi 24 Janvier 2006

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