FRANCE

CHIRAC-SHARON : UNE ENTENTE GLACEE


C’est un Jacques Chirac affaibli, voire carbonisé, après la victoire du Non au référendum sur la Constitution européenne, le 29 mai, un leader isolé – qui n’a même pas eu le courage moral de suivre l’exemple du grand Charles de Gaulle, qui, après avoir perdu son référendum, a démissionné dans la même nuit –, un président chahuté par les siens et qualifié par des confrères européens d’“homme malade de l’Europe”, de “père de la défaite”, de “perdant de tous les perdants”, de “serial looser”, de “dinosaure qui freine le développement de l’Europe” et de “vieux monsieur déconnecté qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive”… Bref, c’est un président fantôme, réduit à compter les coups entre ses collaborateurs, devenus soudain ses successeurs potentiels (le Premier ministre Dominique de Villepin et le ministre de l’Intérieur et président de l’UMP, Nicolas Sarkozy) qui a invité, dans une lettre datée du 7 juin, le Premier ministre Ariel Sharon à venir rapidement à Paris.

Et c’est, paradoxalement, un Ariel Sharon choyé par ses pairs, ancien criminel de guerre élevé au rang d’“homme de paix”, qui traîne la patte et se fait désirer… Décidément, il y a quelque chose de pourri dans le “royaume” de France et de Navarre.


Mardi 28 Juin 2005

Le président français a invité le Premier ministre israélien à venir à Paris “avant l’été, pour parler du plan de désengagement (retrait israélien de Gaza) et rapprocher les relations entre les deux pays”, manifestant ainsi le réchauffement de relations souvent tumultueuses entre les deux pays. En fait, cette visite, annoncée dans une lettre rendue publique par l’Elysée, le 15 juin, avait été plusieurs fois envisagée mais jamais formalisée du côté français en raison des tensions permanentes entre Paris et Tel Aviv.



Dans sa lettre, Chirac a évoqué la volonté des Européens d’aider au retrait israélien de la Bande de Gaza. “Aussi ai-je le plaisir de vous inviter à Paris, à la date qui vous conviendra le mieux avant le début de l’été. Je serais particulièrement heureux de vous accueillir afin d’évoquer avec vous nos relations bilatérales ainsi que les questions régionales”, a écrit le chef de l’Etat français. “Votre décision déterminée et courageuse d’évacuer à l’été la Bande de Gaza pour la remettre à l’autorité palestinienne place une nouvelle fois Israël à la croisée des chemins”, a dit aussi Chirac. “Plus que jamais, la France, avec ses partenaires européens, veut se tenir à vos côtés pour que ce retrait enclenche une dynamique positive et qu’Israël, comme les peuples voisins, bénéficie enfin de la paix et de la stabilité auxquelles chacun aspire”, a souligné le président français. “Nos relations bilatérales connaissent depuis ces trois dernières années un nouvel essor dont témoigne le nombre élevé de visites au plus haut niveau. Ce partenariat, je souhaite le consolider plus encore”, a-t-il conclu.



Ariel Sharon, qui ne s’est rendu qu’une seule fois en visite officielle en France en tant que Premier ministre, en juillet 2001, a aussitôt “accepté l’invitation en principe”, indiquant qu’il ne pourrait pas le faire dans l’immédiat. Les deux pays doivent donc encore se mettre d’accord sur une date précise. Aux dernières nouvelles, Paris a proposé une date en août. Le bureau du Premier ministre israélien a proposé, de son côté, trois autres créneaux en juillet qui conviendraient mieux, étant donné que le retrait des troupes israéliennes de Gaza est prévu le 15 août.



Selon l’entourage de Sharon, ce dernier voudrait, au cours de sa prochaine visite en France, prendre la parole au Sénat. Ce qui serait un moindre honneur. Il compte également rencontrer des dirigeants de la communauté juive française. Au cours de ses discussions avec le président français, le Premier ministre israélien ne manquerait pas de demander à son hôte de faire pression sur les Palestiniens afin que ceux-ci empêchent les actions terroristes. Il exigerait aussi – puisqu’il est désormais en position de le faire – que le Hezbollah figure sur la liste européenne des organisations terroristes. La France pourrait obtenir, en contrepartie, l’acceptation de sa médiation dans un éventuel dialogue entre Israël et la Syrie. Ce serait une bien maigre consolation pour l’Elysée, qui voudrait sortir de son marasme actuel en reprenant du service sur le plan international.



Succès en série pour Sharon



Pour le Premier ministre israélien, l’invitation du chef de l’Etat français – obtenue grâce au travail acharné de Nissim Svili, ambassadeur d’Israël en France – est le dernier en date de ses succès extérieurs dans un parcours pour donner à son pays, longtemps mis sur le ban des nations, une place internationale qu’il n’avait de fait jamais connue.



Ainsi, après la Turquie, la Chine, l’Inde, ces géants de demain avec lesquels Israël a su nouer des liens forts, l’Onu à son tour vient elle aussi de lui apporter une reconnaissance publique : pour la première fois depuis 53 ans, elle a élu un Israélien au poste de vice-président de l’Assemblée Générale. Mieux : la candidature de ce dernier avait été présentée par le Groupe régional Europe occidentale. Le Premier ministre israélien a aussi reçu une invitation officielle de son homologue japonais à se rendre à Tokyo.



Par ailleurs, les visites en Israël que doivent effectuer dans les prochains jours différents ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays – la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice, vient d’effectuer la sienne, le week-end dernier –, prouve, selon le chef de la diplomatie israélienne, Sylvan Shalom, “l’énorme amélioration du statut international de l’Etat d’Israël”.



Les récents désordres moyen-orientaux, voulus et provoqués par les Américains, ne sont pas étrangers à ces changements d’attitude de la communauté internationale à l’égard d’Israël et qui sont en train de bouleverser le paysage politique et diplomatique mondial. Ces bouleversements se font malheureusement aux dépens des Arabes – éternels perdants – et des Iraniens, lesquels, soit dit en passant, se défendent beaucoup mieux. Du moins, pour le moment.



Les petits calculs de Chirac



Pourquoi le président français s’est-il résigné à inviter un homme qu’il n’aime pas du tout, avec lequel il n’a aucun point commun, qu’il juge trop brutal et dont il a toujours nié la sincérité des intentions ? Il est peu probable que cette décision contribuera à redorer son image, à faire remonter sa cote de popularité, qui est aujourd’hui à son plus bas niveau historique. Ainsi, selon un dernier sondage Ifop pour Paris-Match, réalisé les 9 et 10 juin auprès de 1006 personnes, la cote de popularité de chef de l’Elysée s’établit à 28 % contre 46 % il y a un mois.



Chirac a-t-il eu enfin la conviction que le retrait de Gaza se ferait bien ? Estime-t-il que ce retrait, ajouté à l’élection de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de paix au Proche-Orient ? Cherche-t-il, en nouant de bonnes relations avec Sharon, à se replacer sur l’échiquier moyen-oriental ? Cherche-t-il à ne pas laisser aux Etats-Unis le monopole de l’initiative dans cette région ? Ou cherche-t-il plutôt à gagner de nouveau la confiance des Etats-Unis en proposant de les aider à recoller les morceaux d’un Proche-Orient explosé par leur occupation militaire de l’Irak ? Comment ces derniers réagiront-ils à cette offre de service ? Quelles seront les répercussions de ce revirement diplomatique français sur l’avenir des relations franco-arabes ? Nous ne tarderons pas à avoir la réponse à toutes ces questions…



Ce que les Israéliens reprochent aux Français



Dans un article intitulé “Jews, Arabes, and Frensh Diplomacy : a Special Report”, David Pryce-Jones soutient que les responsables du Quai D’Orsay ont toujours montré, depuis la moitié du XIXème siècle, “une hostilité opiniâtre envers les Juifs”. Pour étayer sa thèse, le chercheur américain proche des cercles sionistes cite plusieurs exemples puisés dans l’histoire de la diplomatie française. Et des extraits de rapports écrits par d’anciens diplomates français, qu’il juge empreints d’antisémitisme. Tel, par exemple, René Neuville, consul général à Jérusalem, de 1946 à 1952, qui écrivait, dans une longue dépêche en date du 12 avril 1947, que les Juifs sont “racistes jusqu’au bout des ongles (...) tout autant que leurs persécuteurs allemands et malgré leurs prétentions démocratiques.” Depuis l’époque biblique, a aussi constaté le diplomate français, les Juifs se sont efforcés de s’imprégner de l’idée qu’ils sont un peuple choisi de Dieu, et cela a nourri, chez eux, une xénophobie et un fanatisme qui ne peuvent pas être attribués au seul sentiment national. Conclusion de Neuville : en aucun cas, les Juifs ne devraient être autorisés à exercer quelque contrôle que ce soit sur les Lieux Saints, et la souveraineté nationale devrait leur être refusée.



David Pryce-Jones cite aussi le Général de Gaulle qui a déclaré, en public, en novembre 1967, que les Juifs étaient “un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur, et dévoré d’une brûlante ambition de conquête”. Ce qui est une stricte vérité que l’actualité du Proche-Orient n’a cessé, depuis, de confirmer. Le chercheur reproche aussi à l’ancien chef d’Etat français d’avoir parlé de la France comme d’une “puissance musulmane” (en référence au nombre de Musulmans vivant en France) et d’avoir écrit, dans ses mémoires, qu’“aucun état de choses, stratégique, politique, ou économique (au Moyen-Orient) ne durera s’il n’obtient pas un soutien arabe.”



Toujours selon Pryce-Jones, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing a commis un grave préjudice à Israël en reconnaissant la légitimité de l’OLP et en permettant à celle-ci d’ouvrir un bureau à Paris.



Quant à Claude Cheysson, ministre des Affaires étrangères durant les trois premières années de la présidence de François Mitterrand, il s’est rendu coupable d’antisémitisme en disant, un jour, alors qu’il n’était plus ministre : “L’Etat d’Israël s’est créé contre la volonté du reste du monde”.



Pour avoir déclaré à un journal, en décembre 1984, que la piraterie aérienne “était le seul moyen qu’avait la résistance palestinienne de briser l’indifférence internationale”, le successeur de Cheysson, Roland Dumas, a eu droit, lui aussi, aux mêmes accusations.



Jacques Chirac n’a pas échappé à la vindicte du chercheur sioniste, qui lui reproche notamment d’avoir affirmé, dans un discours prononcé au Caire, en avril 1996, que la France avait l’intention de “poursuivre ses politiques traditionnelles au Moyen-Orient avec une vigueur renouvelée”. Quel sacrilège, en effet ! La France aurait-elle dû déclarer la guerre aux Arabes et aux Musulmans ?



L’actuel président de la France s’est aussi rendu coupable de soutien à l’ancien président palestinien Yasser Arafat, en permettant à ce dernier de terminer ses jours dans une clinique parisienne. C’est là, en effet, un crime d’assistance à un vieil homme empoisonné.



Récemment, le Quai d’Orsay s’est rendu coupable d’un nouveau crime de lèse-judéité en critiquant l’annexion du tombeau de Rachel, près de Bethléem, en “faisant traîner” (sic !) la tentative de bloquer la station de télévision al-Manar, du Hezbollah, qui diffusait par le biais d’un relais satellite situé à Paris, et, surtout, en refusant fermement de considérer le Hezbollah comme une organisation terroriste.



Comme le ridicule ne tue pas, l’auteur cite aussi, au passage, le cas – décidément très préoccupant – de Sophie Pommier, fonctionnaire du Quai d’Orsay, responsable du suivi des négociations israélo-palestiniennes, qui tapisse les murs de son bureau de portraits d’Arafat, trahissant ainsi “son implication émotionnelle dans son travail”. Ou encore celui de Jacques Huntziger, ex-ambassadeur français en Israël, coupable d’avoir tapé du poing sur la table et quitté la pièce quand les parents de trois soldats israéliens capturés par le Hezbollah lui ont demandé d’intervenir en leur faveur, après une visite de Chirac au Liban. Ou encore, celui de Gérard Araud, actuel ambassadeur français en Israël, qui a déclaré, en décembre 2004, que “les Israéliens souffrent d’une névrose, d’un véritable trouble mental qui les rend anti-français.” Ou enfin, celui de Daniel Bernard, ambassadeur français en Angleterre, et précédemment porte-parole officiel du Quai d’Orsay, qui, au cours d’un dîner festif à Londres, a qualifié Israël de “petit pays de merde”.



D’une manière générale, et plus sérieusement, Israël a toujours reproché à la France de mener une “politique pro-arabe”. L’Etat hébreu a surtout vu d’un mauvais œil le soutien français aux Palestiniens et à leur chef historique Yasser Arafat avant sa mort en novembre 2004 dans un hôpital près de Paris.



Ainsi, le 18 juillet 2004, Sharon a exhorté les Français de la communauté juive à immigrer en Israël “aussi vite que possible”, pour fuir, a-t-il dit, l’antisémitisme qui règne en France. “En France, il se répand un des antisémitismes les plus sauvages qui soient”, précisait-il devant des représentants d’associations juives américaines. “Aujourd’hui, en France, à peu près 10% de la population est musulmane, ce qui permet l’essor d’une nouvelle forme d’antisémitisme fondée sur des sentiments anti-israéliens”, a-t-il poursuivi. “Voilà ce que je veux dire aux Juifs de France : immigrez en Israël aussi vite que possible”.



A l’époque, le porte-parole du Quai d’Orsay a fait savoir dans un communiqué que les autorités françaises avaient “ immédiatement pris contact avec les autorités israéliennes pour leur demander des explications au sujet de ces propos inacceptables”.



Ces propos inamicaux de Sharon à l’égard de la France, qui ont provoqué une vive polémique dans l’Hexagone, y compris au sein des 800.000 juifs français, ne semblent pas avoir laissé de traces indélébiles dans la conscience des Français. A preuve : l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’est rendu à la mi-mars en Israël, première visite d’un chef de gouvernement français depuis celle, en février 2000, de Lionel Jospin, témoignant ainsi de la volonté française d’améliorer ses relations avec Israël. Sharon avait à l’occasion de cette visite “salué les efforts” de la France dans la lutte contre l’antisémitisme. De nombreux responsables français se sont rendus ensuite à Tel Aviv, dont l’ex-chef de la diplomatie Michel Barnier.

par Ryadh FEKIH


Sources : REALITES



Posté par Adriana EVANGELIZT


Mercredi 29 Juin 2005


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