RELIGIONS ET CROYANCES

C’est le nationalisme, et non l’Islam, qui motive la plupart des terroristes kamikazes


Dans la même rubrique:
< >

Voici le point de débat du jour: le terrorisme kamikaze (attentats-suicide) est causé en premier lieu par le fondamentalisme islamique. Vrai ou faux ? Bien que cela paraisse contre-intuitif, surtout étant donné tout ce que nous donnent à lire et à entendre les principaux médias, la réponse est : « faux ».


Gary Olson
Mercredi 13 Septembre 2006


Hachiro Hosokawa, un kamikaze japonais ©BBC 1995
Hachiro Hosokawa, un kamikaze japonais ©BBC 1995
Dans son récent livre, « Mourir pour vaincre : la logique stratégique du terrorisme kamikaze » [1], M. Robert Pape, politologue à l’Université de Chicago, a rendu un indispensable service d’utilité publique, en collectant des données au sujet de l’ensemble des 315 campagnes d’attentats-suicide survenues entre 1980 et 2003, qui ont impliqué 462 individus. Globalement, voici sa découverte : le principal objectif de 95% des attaques-suicide est d’expulser des forces militaires étrangères d’un territoire que les terroristes considèrent comme leur patrie. Il y a peu de rapport avec le fondamentalisme islamique ou avec quelqu’autre religion du monde. La cause du terrorisme kamikaze est le nationalisme, et cette forme de terrorisme est « principalement une réponse à l’occupation étrangère. » Son objectif est l’autodétermination politique. Les Tigres Tamouls du Sri-Lanka, un mouvement séculaire, ouvertement anti-religieux, ont commis 76 des 315 attaques-suicide, plus que n’importe quel autre groupe. Leur but distinctif était l’indépendance sur une partie du territoire sri-lankais. Robert Pape, qui a également enseigné dans le cadre des Hautes Etudes sur la Puissance Aérienne [2] de l’U.S Air Force, démontre de façon convaincante que « les groupes terroristes kamikazes ne sont ni des groupes criminels prioritairement voués à l’enrichissement de leurs chefs, ni des sectes religieuses isolées du reste de leur société. A l’inverse, les organisations qui recourent au terrorisme kamikaze disposent souvent d’un large soutien populaire parmi les communautés nationales au sein desquelles elles recrutent, parce qu’elles sont perçues comme animées par des buts nationalistes légitimes. » Sans de tels objectifs, le recours au terrorisme kamikaze se produit rarement.

Seuls 6% des auteurs d’attentats-suicide sont originaires des cinq pays où le fondamentalisme islamique est le plus prégnant au sein de la population (3) (Pakistan, Bangladesh, Égypte, Iran et Nigéria). Il remarque que « avant d’être envahi par les USA en mars 2003, l’Iraq n’avait jamais subi un seul attentat-suicide à la bombe de toute son histoire. » En outre, le profilage sociologique effectué par Robert Pape révèle qu’ils ne sont ni sous-éduqués, ni pauvres, ni mentalement déséquilibrés ou instables, ni dénués de perspectives d’avenir, ni des jeunes hommes s’imaginant au Paradis en compagnie de 72 vierges. La réalité est quasiment à l’opposé. Les données montrent qu’ils sont intelligents et éduqués, parfaitement intégrés dans leur communauté, qu’ils ont une conscience politique élevée, et que leurs origines religieuses sont extrêmement variées (4). Les femmes représentent une minorité significative.


Un escadron de kamikazes avant leur ultime mission
Un escadron de kamikazes avant leur ultime mission
Evidemment, tuer des innocents est un acte moralement répugnant, mais les témoignages suggèrent fortement que ces individus sont animés par un sens profond du devoir, et conçoivent leurs actions comme un sacrifice pour le bien commun de leur nation, pour sa culture et les buts de la communauté. Ces actes sont bien sûr condamnables. Mais non pas motivés par la ferveur religieuse. Alors qu’elle ne représentent que 3% des actes de terrorisme, les attaques-suicide occasionnent 48% des morts. Il s’agit là clairement de la forme de terrorisme la plus meurtrière, et il y tout lieu de penser qu’elle sera de plus en plus utilisée. Puisque ça marche.

Le déploiement de dizaines de milliers de soldats usaméricains dans la péninsule arabique entre 1990 et 2001 fut le facteur central des attaques du 11 septembre 2001. Robert Pape conclut qu’étant donné la corrélation étroite entre occupation militaire étrangère et mouvements terroristes kamikazes, la présence permanente et haïe de troupes usaméricaines dans la région facilitera le recrutement de nouveaux volontaires par les organisations terroristes.

A mon avis, nous touchons là au cœur du problème. La puissance militaire usaméricaine est concentrée dans cette région du monde pour une raison principale : celui qui contrôle les ressources énergétiques mondiales, et donc en particulier les rares ressources pétrolières, contrôle également le monde. Il devient également fabuleusement riche. Des bases militaires permanentes en Irak sont essentielles à la concrétisation des objectifs du gouvernement des UUSA. Ô combien nécessaire et surtout plus facile pour les stratèges usaméricains de faire croire aux citoyens des USA que la guerre d’IraQ, et tout le reste, relève d’une « guerre contre le terrorisme » lié au fondamentalisme islamique, plutôt que de révéler leurs motivations véritables. Ils sont bien conscients qu’une opinion publique usaméricaine éclairée sur ces questions refuserait d’accorder la bénédiction, le sang et les finances de la nation à une si néfaste entreprise.

Tableau des martyrs à l'Université Bir Zeit de Ramallah, décembre 2005
Tableau des martyrs à l'Université Bir Zeit de Ramallah, décembre 2005

La soi-disant « guerre contre le terrorisme » est fatalement vouée à l’échec, puisque ses stratèges sont incapables de se confronter aux objectifs politiques réels de ceux qui ont recours au terrorisme. Ils ne peuvent pas se le permettre, financièrement parlant. Il reste peu de temps pour inverser une logique d’action usaméricaine qui est quasiment garante d’une fréquence accrue des attaques meurtrières contre des Usaméricains, à la fois aux USA et à l’étranger.

Notes
1 - Dying to win : the strategic logic of suicide terrorism
2 - Advanced Airpower Studies
3 - Ce qui ne signifie nullement qu’il est le courant de pensée majoritaire au sein de ces populations elles-mêmes (NDT).
4 - L’auteur n’évoque pas de possible « origine a-religieuse » ou « athée », mais l’exemple des Tigres Tamouls suffit à considérer une telle origine comme possible voire fréquente (NDT)






The Morning Call, 5 septembre 2006

Le Docteur Gary Olson est président du Département de Sciences Politiques au Moravian College à Bethlehem (USA).


Traduit de l’anglais en français par Xavier Rabilloud, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources.

http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1107&lg=fr http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1107&lg=fr



Mercredi 13 Septembre 2006


Commentaires

1.Posté par corinne le 15/09/2006 23:21 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

OUAI.
c'est plus qd la chine séveillera...

2.Posté par zizifridolin le 17/09/2006 08:25 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

dieu que le commentaire du dessus est bete!
c est du français?

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires