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Bush renonce à l'économie du secteur des entreprises ?


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Paul Craig Roberts
Lundi 21 Janvier 2008

Bush renonce à l'économie du secteur des entreprises ?


Par Paul Craig Roberts, le 20 janvier 2008


​​​​Avec sa politique de dégrèvement d'impôt, le président Bush revient aux bases de la politique économique keynésienne. Cela marchera-t-il ?


Dans sa déclaration sur l'économie vendredi à Washington, le Président Bush a demandé environ 145 milliards de dollars d'allégements fiscaux pour les particuliers et les entreprises. Mais le président n'a pas fait d'offres spécifiques


​​​​Durant les deux décades où elle fut en vigueur, l'économie du secteur des entreprises a eu des effets réparateurs sur l'économie étasunienne. Sa devancière, l'économie keynésienne, stimulait plus la demande que l'offre. En conséquence, au fil du temps, les échanges entre emploi et inflation empirèrent, et, pendant quelques temps, il apparut que le taux d'inflation et de chômage montaient de concert. L'échec de la politique keynésienne a ouvert la porte à la logique du secteur des entreprises [délivrée des réglementations étatiques] de l'administration Reagan.


​​​​En suivant le conseil du Nobel de l'économie, Robert Mundell, de « revenir à une politique mélangée, » la politique du secteur des entreprises a permis à l'économie étasunienne de se développer sans subir les conséquences de la croissance avec l'augmentation du taux d'inflation. Toutefois, la nouvelle politique macro-économique n'est pas une panacée, et sa réussite, en supprimant l'aggravation de la « courbe de Philips, » les liens entre inflation et emploi, a masqué l'apparition de nouveaux problèmes : la perte des emplois et la croissance du PIB dus à la délocalisation, aux problèmes de déréglementation, et à l'augmentation de la concentration des revenus entre peu de mains.


​​​​L'administration Bush se tourne vers les dégrèvements fiscaux car les problèmes du système financier et le montant de la dette de consommation entravent la capacité de la Réserve Fédérale à injecter de l'argent [de crédits] chez les consommateurs par l'intermédiaire du système bancaire. Comme le crédit accessible de la politique des faibles taux d'intérêt, le but des dégrèvements d'impôts est de mettre de l'argent entre les mains des consommateurs afin de stimuler la consommation.


​​​​Les consommateurs dépenseront-ils le dégrèvement, ou vont-ils l'utiliser pour payer leurs dettes ? S'ils dépensent la remise pour des biens de consommation, cela fournira-t-il un coup de pouce suffisant à l'économie ?


​​​​De nombreux Étasuniens, surchargés de dettes, devront utiliser la remise pour rembourser le découvert de leur carte de crédit. Le cadeau de 800 dollars par contribuable en fonction de ses ressources, n'est en réalité qu'un renflouage partiel des consommateurs et des compagnies de cartes de crédit endettées.


​​​​Le pourcentage des allégements qui survivra à la réduction de la dette [qui sera dépensé en biens de consommation] sera d'ailleurs vidé d'effet par la dépendance étasunienne aux importations. Selon des rapports, 70% des produits sur les rayons de [la chaîne de supermarchés] Wal-Mart sont fabriqués en Chine. En 2006, les Étasuniens ont dépensé 1.861.380.000.000 de dollars [1 billion 861 milliards 380 millions] en marchandises importées, c'est-à-dire que, 23% du total des dépenses de consommation personnelles ont payé des importations (notamment des marchandises dont la fabrication est délocalisées). Cela signifie qu'entre un cinquième et un quart des nouvelles dépenses de consommation [dues aux dégrèvements] stimuleront l'économie d'autres pays.


​​​​Les Étasuniens s'inquiètent de leur dépendance aux importations d'énergie, mais les 145.368.000.000 de dollars versée à l'OPEP en 2006 sont une petite fraction de la facture totale des importations. Les Étasuniens ont importé pour 602.539.000.000 de dollars de fournitures industrielles et de matériaux ; 418.271.000.000 de dollars de biens d'équipement ; 256.660.000.000 de dollars de véhicules automobiles, pièces et moteurs ; 423.973.000.000 de dollars de biens de consommation manufacturés, et 74.937.000.000 de dollars d'aliments et boissons.


​​​​La politique keynésienne, qui pilote l'économie à travers la demande des consommateurs, s'appliquait à un contexte économique différent de celui d'aujourd'hui. À cette époque, les Étasuniens achetaient des biens, du style voitures et appareils ménagers, fabriqués surtout aux États-Unis. Les ouvriers de la construction qui envoyaient leur salaire au Mexique n'étaient pas dans l'illégalité. Les États-Unis avaient une solide main-d'œuvre industrielle. La demande de consommation faiblissant, les entreprises réduisaient leur production et licenciaient des employés. Les décideurs du gouvernement répondaient au déclin de l'emploi et de la production par des mesures monétaires et fiscales qui stimulaient la demande des consommateurs. Les dépenses de consommation reprenant, les entreprises devaient rappeler les travailleurs au chômage afin d'augmenter la production pour répondre à la montée de la demande.


​​​​Aujourd'hui, les Étasuniens sont en train de perdre des emplois pour des raisons sans rapport avec la récession. Ils perdent leur emploi à cause de la délocalisation et des étrangers [qui travaillent pour un salaire inférieur,] introduits avec des visas de travail. Aujourd'hui, de nombreuses articles de marques étasuniennes sont produits à l'étranger, totalement ou en partie, avec de la main-d'œuvre étrangère, puis importés aux États-Unis pour être vendus sur le marché étasunien. En 2007, avant le début de la récession de 2008, 217.000 emplois manufacturiers ont été perdus. Les États-Unis ont dorénavant moins d'emplois dans le secteur manufacturier que ce qu'ils avaient en 1950, quand la population était moitié moindre que la taille actuelle.


​​​​Au 21ème siècle, la croissance de l'emploi s'est confinée aux services intérieurs faiblement rémunérés. En 2007, les serveuses et les barmen, les soins de santé et l'assistance sociale, et le commerce de gros et de détail, les transports et les services publics, représentaient 91% des nouveaux emplois dans le secteur privé.


​​​​Quand une population en train de se noyer dans la dette, est frappée par le chômage de la récession, alors que le maximum du chômage provient de la délocalisation, les gens dépensent-ils leur dégrèvement dans les bars et les restaurants, ce qui favoriserait l'emploi chez les serveuses et les barmen ? Dépenseront-ils leurs abattements dans des centres commerciaux, ce qui favoriserait l'emploi chez les vendeurs détaillants ? S'ils tombent malades, l'absence d'assurance médicale leur fera consacrer les dégrèvements à la note du médecin.


​​​​Les économistes et les autres complices du mondialisme disaient aux Étasuniens de ne pas s'inquiéter de la perte des emplois industriels. « Bon vent à ces boulots de la vieille économie, » disaient-ils. La « nouvelle économie » apporterait de meilleurs emplois mieux rémunérés, dans le technique et les services professionnels, ce qui permettraient de libérer les Étasuniens de la corvée du travail en usine.


​​​​Jusqu'à présent, ces emplois ne se sont pas manifestés, et, s'ils le font, la plupart seront susceptibles d'être délocalisés, tout comme les boulots de l'industrie.


​​​​L'administration Bush pense à un allégement total de 150.000.000.000 de dollars. Comme le budget du gouvernement est déjà déficitaire, l'argent devra être emprunté. Comme le taux d'épargne étasunien approche de zéro, l'argent devra être emprunté à l'étranger [NDT : en France, les emprunts d'État seraient fournis par des investisseurs et l'épargne français].


​​​​Les étrangers sont déjà préoccupés par l'endettement du gouvernement étasunien, et certains ont renfloué quelques-unes de nos plus importantes banques et sociétés cotées à Wall Street qui ont bêtement investi dans les produits dérivés du subprime (emprunt à haut risque).


​​​​Sous la pression du déficit budgétaire et commercial, le dollar a perdu de la valeur par rapport à d'autres monnaies. Emprunter 150 milliards de dollars à l'étranger favorisera la sape de la valeur du dollar.


​​​​Dans l'intervalle, le Congrès a adopté un projet de loi de « défense » de 700 milliards de dollars, pour que l'administration Bush puisse continuer ses guerres au Moyen-Orient.


​​​​Nos dirigeants de Washington ont pété un plomb. Ils n'ont aucune idée des véritables défis auxquels se confronte notre pays, ni de la dépendance des États-Unis aux créanciers étrangers.


​​​​Le dégrèvement aidera les Étasuniens à réduire le découvert de leur carte de crédit. Mais l'ajout de 150 milliards de dollars à un déficit budgétaire fédéral qui sera aggravée par la récession, pourrait davantage alarmer les créanciers étrangers, les opérateurs des marchés de changes, l'OPEP et les producteurs pétroliers. Si l'allégement perd son punch dans la réduction de la dette à la consommation, dans les importations, et dans la pression exercée sur le dollar, que fera ensuite le gouvernement ?


​​​​Tant que la délocalisation se poursuivra, les États-Unis ne pourront conclure leur déficit commercial. La délocalisation augmente les importations et réduit l'offre potentielle d'exportation. Les guerres de Washington au Moyen-Orient, avec les sociétés privées cessant de subvenir à la couverture santé et aux retraites, plus l'assurance de dépenses politiques d'une année électorale, par-dessus la récession, font que la perspective d'évolution du déficit budgétaire fédéral est sombre elle aussi.


​​​​Les États-Unis se dirigent vers la situation où le gouvernement pourrait se trouver dans l'impossibilité de clôturer l'énorme double déficit sans des droits de douane pour limiter les importations et les délocalisations, et sans quête de la paix à la place de la guerre. Les perspectives étasuniennes continueront à s'aggraver tant que les délires de superpuissance hégémonique et de libre-échange prévaudront à Washington.



​​​​Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor dans l'administration Reagan. Il est l'auteur de Supply-Side Revolution : An Insider's Account of Policymaking in Washington, Alienation and the Soviet Economy et Meltdown: Inside the Soviet Economy, et est coauteur avec Lawrence M. Stratton de The Tyranny of Good Intentions : How Prosecutors and Bureaucrats Are Trampling the Constitution in the Name of Justice. Clic ici pour l'entrevue [en anglais] de Peter Brimelow de Forbes Magazine avec Roberts au sujet de la récente épidémie d'inconduite des procureurs.



Original : http://www.vdare.com/roberts/080120_stimulus.htm
Traduit au mieux par Pétrus Lombard pour Alter Info




Mercredi 23 Janvier 2008


Commentaires

1.Posté par Michel le 22/01/2008 15:59 | Alerter
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Les Néo conservateurs sionistes qui conseillent le gouvernement US, S’en foute des américains, tout ce qu’il veulent c’est renforcer Israël au Moyens Orient.
Le talon d’Achille des USA c’est Israël, le jour ou les américains comprendront ça, ça sera trop tard pour les américains.
Avec toute cette crise et les États-Unis vont ecore renflouer les coffres de l'état hébreu avec 4 milliards de dollars, sans oublier toute l'argent qui va aller a Israel de la Dispora.

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