Géopolitique et stratégie

Bush au Moyen Orient : Pélerinage ou croisade ?


« Vers l'Orient compliqué, je volais avec des idées simples »
Général de Gaulle (Mémoires de Guerre - L'appel 1940-1942, Plon 1954 p. 145)


vdida2003@yahoo.fr
Mercredi 16 Janvier 2008

Professeur Chems Eddine Chitour
George W. Bush a commencé mercredi 9 janvier une visite en Israël en affirmant sa volonté d'une "paix durable", mais aussi en tenant des propos sur "l'Etat juif" qui ont suscité de violentes critiques du Hamas. Bush, volontiers accusé de s'être désintéressé de la question pendant sept années, est arrivé précédé par un scepticisme largement répandu et des attentes de part et d'autre : Dans ce contexte, les propos de Bush sur un "Etat juif" ont retenu l'attention. "L'alliance entre nos deux pays contribue à garantir la sécurité d'Israël en tant qu'Etat juif", a-t-il dit. La Maison Blanche souligne que ce n'est pas la première fois que Bush parle "d'Etat juif". La question de la reconnaissance d'Israël comme "Etat juif" est cruciale dans les négociations entre Israéliens et Palestiniens, en particulier pour régler l'épineux différend sur le retour des réfugiés palestiniens A peine Bush avait-il mis le pied sur le sol israélien que Peres évoquait le spectre iranien qui plane sur la visite, comme l'a rappelé un incident survenu ce weekend entre marines américaine et iranienne dans le Golfe. "L'Iran ne devrait pas sous-estimer notre détermination à nous défendre", a prévenu Peres. Il a appelé Bush à aider à "mettre un terme à la folie" de l'Iran, du Hezbollah et du Hamas.(1).

Il est pratiquement sûr que la seule chose positive que retiendra Georges Bush c’est son pèlerinage sur les pas du Christ Ecoutons le : « Marcher sur les pas de Jésus est "une expérience extraordinaire ». Main dans la main avec deux religieuses, George Bush, l'air radieux, est entré dans la chapelle franciscaine bâtie non loin des ruines de Capharnaüm et du lieu où l'Evangile rapporte que Jésus a marché sur les eaux. Le président a également visité les ruines de la synagogue de Capharnaüm, localité où selon la tradition a vécu saint Pierre. « Si beaucoup pouvaient venir ici, cela leur rappellerait que le Mal existe et qu'il faut lui résister lorsqu'il se présente ». « Je suis parti avec l'idée très marquante que, malgré l'horreur et le Mal, les gens n'ont pas délaissé leur Dieu, que face à des crimes indicibles, des braves, jeunes et vieux, sont resté fermes dans leurs convictions ».

Nous sommes d’accord sur les prémisses et non sur les conclusions qu’il en tire. D’ailleurs, le voyage de Gush n’a pas fait illusion.Dans son ensemble, la presse israélienne exprime son scepticisme sur les résultats à attendre de la visite que le président américain entame aujourd'hui en Israël et dans les territoires sous contrôle de l'Autorité palestinienne. Le quotidien populaire Yediot Aharonot présente cinq objectifs que George W. Bush aimerait atteindre à travers ce premier voyage en Israël, en tant que président des Etats-Unis. Prouver qu'en dépit de l'enlisement américain en Irak, Washington est capable de forger une coalition entre Israël et les Etats arabes modérés contre l'islamisme radical. Rassurer Israël et les Etats arabes alliés sur sa volonté d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. Démontrer que les pourparlers de la conférence d'Annapolis (le 27 novembre 2007, dans le Maryland) sur une paix israélo-arabe se poursuivent. Renforcer les positions des Premiers ministres israélien et palestinien, tous deux en situation difficile sur l'échiquier politique local. (2)
Pour la presse arabe, les déclarations pacifistes du Président américain sont fallacieuses et montées de toute pièce. De son côté, le journal syrien "al-Thorah a jugé vains les propos du Président Bush sur la soi-disant paix israélo-palestinienne, ajoutant que ses belles phrases creuses ne seraient pas concrétisées. Le quotidien égyptien "Al-Vafad" qualifie Bush du plus honni des dirigeants qui se sont rendus au Moyen-Orient et de criminel de guerre. " Après avoir engendré beaucoup de problèmes au Moyen-Orient, le Président américain veut poser, au terme de son mandat, en défenseur de la paix", écrit le journal.

Pour le commentateur de l’AFP, le président avait déclaré avant son départ de Washington que sa tournée, avait pour but de promouvoir la paix entre Israël et les Palestiniens, mais aussi de contenir les "ambitions agressives" de l'Iran, voisin des monarchies arabes du Golfe. En Israël, M. Bush avait qualifié l'Iran de "menace pour la paix mondiale" ..Bien qu'elles soient très préoccupées par la montée de l'influence iranienne dans la région, les monarchies arabes du Golfe redoutent encore plus, en effet, un conflit armé entre les Etats-Unis et l'Iran qui aurait de très graves conséquences pour elles. Plusieurs journaux du Golfe ont donné le ton vendredi, reflétant les craintes de la région quant aux intentions américaines vis-à-vis de l'Iran. Le quotidien émirati Al-Khaleej a ainsi accusé le président américain de vouloir "transformer le conflit israélo-arabe en un conflit arabo-iranien". M. Bush a répété en Israël que "toutes les options (étaient) sur la table". Il a employé le même langage pour menacer l'Iran d'une riposte armée en cas d'agression, après un incident militaire le 6 janvier dans le détroit d'Ormuz. Pour le Ministre syrien de l'information a condamné la visite ‎dans la région du Président américain, George W Bush. « ‎L'objectif de cette visite est de transformer le danger réel et ‎concret du régime sioniste contre les intérêts et la sécurité du ‎monde arabe en danger illusoire et artificiel de l'Iran » (3)

Les bourbiers irakien et afghan


D’abord le calvaire du peuple irakien : Pour l’OMS, cent vingt Irakiens sont décédés en moyenne, chaque jour de mort violente depuis l'invasion américaine de l'Irak en mars 2003, selon les chiffres publiés, mercredi 8 janvier repris par l'AFP. D'après cette statistique, entre 104.000 et 223.000 Irakiens ont perdu la vie dans les violences entre mars 2003 et juin 2006. Selon les sources indépendantes, l'intervention militaire américaine en Irak, il y a presque 5 ans, a fait jusqu'à présent plus de d'un million et deux cents milles morts parmi les civils irakiens. 4, 5 millions d’Irakiens ont quitté leur pays. Bush persiste et signe. Il a indiqué, samedi 12 janvier, qu'aucune décision n'avait été prise concernant un éventuel retrait d'Irak de troupes supplémentaires. Il a répété qu'une diminution du nombre de soldats déployés sur place dépendrait de la situation. Le général David Petraeus, commandant des forces américaines en Irak, doit rendre un avis en mars prochain. ''S'il ne veut pas poursuivre le retrait, cela m'ira'', a déclaré George W. Bush au Koweït. ''La seule chose que je peux vous dire, c'est que nous sommes sur la voie que nous nous étions fixés''. Il a exhorté l'Iran à "cesser de soutenir les milices" qui attaquent les forces de la Coalition et les troupes irakiennes Au camp Arifjan, il s'est contenté de dire que l'engagement américain en Irak pour assurer la sécurité de ce pays irait "au-delà de (sa) présidence", qui s'achève en janvier 2009. Que veulent faire les Américains en Irak ? tout raser, "les ramener à l'âge de pierre" comme l'a proposé Curtiss LeMay pour le Vietnam du Nord ? Réduire l’Irak à un immense champ de pétrole ? La question reste posée (4)

La situation est devenue ingérable aussi en Afghanistan. Vendredi quelques 3.000 nouveaux G.I's prennent le chemin de « la terre de tous les dangers » pour éviter que le refus de l'engagement de l'Otan sur le front militaire ne dégénère pas en catastrophe à grande échelle. Mais toute la question est de savoir si l'arrivée des renforts pourrait changer quoi que ce soit de la situation actuelle des Américains en Afghanistan, situation que certains experts qualifient « euphémiquement » d'une réelle descente aux enfers. Les 3.000 G.I's que le Pentagone a dépêchés sur place en désespoir de cause ne sauront sans aide substantielle d'autres composantes de la coalition faire face aux Terroristes. Tout au plus, ils ne serviront qu'à remonter le moral à une armée US en première ligne laissant l’intendance et la police aux alliés (France, Grande Bretagne, Canada).

La dure réalité du terrain semble échapper au président américain. « Mon opinion écrit, Sam Bahour le journaliste américano-palestinien, est peut être extrême, mais là encore, je vis dans une très grande violence sous occupation militaire israélienne, Encore une fois, mon avis est certainement subjectif - mais là encore, j'ai commencé ma journée par la lecture d'un communiqué du monde réel : un rapport publié par le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires, intitulé Rapport sur la situation humanitaire à Gaza : Pénuries d'électricité dans la Bande de Gaza (8 janvier 2008). Le rapport indique l'historique de la question : le 28 juin 2006, les forces aériennes israéliennes ont bombardé la centrale électrique de la Bande de Gaza, détruisant les six transformateurs et réduisant de 43% la production d'énergie de Gaza. ..Dans un autre rapport rendu public le même jour, le porte-parole du Programme Alimentaire Mondial, Kirstie Campbell, explique que 70% de la population de Gaza doit choisir entre mettre à manger sur la table ou un toit au-dessus de leurs têtes. En fait, la réalité dans laquelle Israël a réussi à plonger 1,5 million de Palestiniens de la bande de Gaza, dont plus de 50% sont des enfants, dans l'obscurité et sous un siège le plus draconien de l'histoire récente: n'a même pas fait l'objet de remarques dans les commentaires de l'un des deux dirigeants.…. Dans l'ensemble, il semble que le président Bush soit venu en Israël pour parler de l'Iran ». (5)

Par ailleurs, le président George W. Bush, a menacé l'Iran d'une riposte militaire en cas d'agression, trois jours après un dangereux face-à-face entre les marines américaine et iranienne dans les eaux du Golfe. Que s'est-il vraiment passé dans le détroit d'Ormuz ? Trois navires américains et cinq vedettes iraniennes ont eu un accrochage, dimanche 6 janvier, dans le détroit d'Ormuz. Simple incident ou provocation? Les deux parties défendent leurs points de vue, vidéo à l'appui Les Etats-Unis rejettent les affirmations de Téhéran selon lesquelles la confrontation de dimanche ne constituait qu'une opération de routine, et ont averti l'Iran qu'il ne « devait pas recommencer ». En parlant de « toutes les options », M. Bush utilisait la formule consacrée pour évoquer la possibilité d'un recours à la force contre l'Iran. « Nous pensons qu'il faut signifier aux Iraniens qu'ils pêchent en eaux troubles ». Le célèbre commentateur de CNN Low Dup invite le président américain de s'intéresser aux gros problèmes économiques crées sous sa présidence au lieu de faire tapage autour de « l'incident sans gravité » du détroit d'Hormuz entre les vedettes iraniennes et les navires américains. "J'appelle solennellement le président à sortir de son attitude de déni et à reconnaître que l'économie américaine va mal", a affirmé M. Dupe "Même si cet incident débouchait sur un affrontement, aucun véritable danger ne menaçait les navires américains et ce n'est pas en tout quelque chose qui mériterait autant de tapage", a-t-il estimé. Quelques voix au sein de l'administration Bush commencent à dénoncer les 30 milliards de dollars d'aide à fond perdu promise par Bush à Israël (6).

Que peut-on en conclure de ce pèlerinage de quelqu’un touché par la grâce de sa re-naissance (borna gain) ? Pour le rédacteur du Réseau Voltaire : « Le président américain s’est fixé deux objectifs : Pousser les Palestiniens et les Israéliens à réaliser des progrès dans leurs négociations relancées à Annapolis. Mobiliser les Arabes pour la campagne anti-iranienne (prétexte du programme nucléaire de Téhéran). Concernant le premier point, la presse arabe et israélienne pense que l’action de George Bush ne fera que jeter de la poudre aux yeux. En effet, le président états-unien et son administration ne cachent pas leur partialité en faveur d’Israël et ont prouvé à maintes reprises qu’ils font passer les priorités israéliennes avant toute autre considération ».

« Les analystes ont mis en relief l’instabilité politique et les troubles internes chez les deux parties. Certains spécialistes prévoient la démission du Premier ministre israélien après la publication du rapport final de la Commission Winograd, qui a été reportée au 30 janvier pour ne pas perturber la visite de George Bush. Côté palestinien, l’Autorité présidée par Mahmoud Abbas est tellement faible que la reprise du dialogue entre le Fatah et le Hamas est de plus en plus envisagée par la presse et les différents milieux politiques. Les mesures israéliennes visant à accélérer la colonisation et à légaliser les implantations sauvages constituent, aux yeux de nombreux analystes, des violations flagrantes des résolutions prises à la conférence d’Annapolis. Concernant la question iranienne, il est clair que l’engagement de George Bush ne dépassera pas le cadre des paroles et des discours politiques et médiatiques. On voit mal un roi Abdallah d’Arabie saoudite invitant, il y a quelques semaines, Mahmoud Ahmadinejad au pèlerinage de la Mecque, et les États du CCG invitant ce même Ahmadinejad à leur dernier sommet, se lancer à corps perdu dans une aventure anti-iranienne aux conséquences inconnues ». (7)

D’ailleurs, à la veille de l’arrivée en Israël de George Bush, le Centre de recherches politiques relevant du ministère israélien des Affaires étrangères a publié un rapport qui indique que le ministère des A-E est convaincu que l’administration Bush actuelle est « faible » et ne réussira pas, par conséquent, à faire progresser le processus de paix entre Israël et les Palestiniens. Il ajoute que les États-Unis ont pratiquement écarté l’option militaire contre l’Iran, et trouveront des difficultés à mobiliser un soutien international pour renforcer les sanctions contre Téhéran pour le pousser à interrompre son projet d’armement nucléaire. Par contre, l’administration va accentuer ses pressions sur Israël au sujet de la politique de colonisation en Cisjordanie. Comme le dit le général de Gaulle le Moyen Orient est compliqué. Il ne faut pas être simpliste quand on pense au Moyen-Orient. quel sera le contrecoup d'un tel conflit sur les autres pays de la région, tous instables ? Personne n'en sait rien. Il ne faut pas entrer dans une poudrière la cigarette aux lèvres. Le rêve du GMO n’est plus qu’un souvenir. Bush partira dans quelques mois en laissant un monde plus dangereux que jamais. Espérons que la prochaine administration américaine soit juste envers les faibles et retrouve le magister moral qu’elle avait.


1.http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=4358 Jeudi 10 Janvier 2008
2. Les cinq objectifs de George W. Bush La Croix 9 janv. 2008
3. AFP. Commentaire sur la visite de Bush 11 janvier 2008
4. Aucune décision sur un retrait supplémentaire de troupes d'Irak : Le Monde du 12 01 2008
5. Sam Bahour www.bds-palestine.net et www.bigcampaign.org Samedi 12 Janvier 2008
6.Rapporté par Irib. Site Alterinfo.net Jeudi 10 Janvier 2008
7. Réseau Voltaire. Les résultats attendus de la tournée régionale de Bush. 9 janvier 2008.

Professeur Chems eddine Chitour
Ecole Polytechnique


Mercredi 16 Janvier 2008


Commentaires

1.Posté par MIJEON Amaury le 16/01/2008 20:26 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Ne sous-estimez pas la folie de Bush!
Tant qu'il est au pouvoir,tout est possibles !

2.Posté par MIJEON Amaury le 16/01/2008 20:26 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

tout est possible!

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires