On ne savait pas trop ce que Jimmy Carter avait à l'esprit en se rendant, il y a quelques semaines, au Moyen-Orient, mais on ne sait, hélas, que trop bien ce que cherche George W. Bush, attendu, aujourd'hui même, à Tel-Aviv. Placé sous le signe des festivités marquant le 60ème anniversaire de l'apparition d'une "plaie béante", au cœur du Moyen-Orient, Bush veut, de toute évidence, réanimer une règle d'or de son bréviaire de Président en total échec, à savoir, "terroriser l'Iran". Vu son expérience de la chose politique, l'intéressé ne peut pas croire qu'il lui suffirait de prendre le chemin d'Israël, et ce, à un moment d'extrême tension, pour provoquer l'étincelle qui permettrait d'aligner les "monarchies amies du golfe Persique" contre la RII. Ce serait prendre trop à la légère les craintes que continuent de susciter, à l'échelle de toute la région, la finalisation de ses politiques de "diable incarné", dans un Irak en agonie, dans une Palestine meurtrie, dans un Liban, au bord du précipice, dans un Afghanistan en ruines. Aussi américano-dépendant qu'ils puissent l'être, les royaumes des pétrodollars auraient du mal à convaincre leurs opinions publiques du bien fondé d'une présence armée américaine, au Proche et au Moyen-Orient, qui, au fur et à mesure que le temps passe, dévoile à quel point elle constitue une menace de premier ordre pour leur survie en tant que nations. Sur la BBC, qui l'interrogeait, à la veille de sa seconde tournée dans la région, le Président Bush a, donc, choisi de déterrer du fond de son terroir, la bonne vieille méthode, qui consiste à combiner le mensonge à la mauvaise foi et d'en faire un cocktail explosif, propre à mettre en émoi les âmes naïves. A croire M. Bush, c'est l'Iran, qui est à la source de tous les maux qui s'abattent sur le Moyen-Orient. Les guerres successives, les crises meurtrières, l'insécurité, l'instabilité, la pauvreté, l'épuisement des ressources, ce sont les conséquences des politiques entreprises par l'Iran, à l'échelle d'une région, à laquelle il appartient historiquement et sans laquelle il ne peut, par définition, survivre. Mais à qui le Président compte-t-il vendre ces ridicules arguments? A la rue arabe, qui le déteste pour l'avoir humiliée, méprisée, en accordant un total soutien à Israël ou à sa propre opinion, plus que jamais réticente, à l'égard de sa politique étrangère? Force est de constater que le raisonnement est trop bancal, pour leurrer l'une ou l'autre. Reste qu'il sert au moins à démontrer l'extrême impuissance d'un Chef d'Etat finissant, qui ne laissera derrière lui qu'un double mandat parsemé de crimes et de cafouillages et une Amérique qui a honte d'elle-même.