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Bref aperçu historique sur le mouvement syndical


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salah sakhri
Dimanche 4 Mai 2014

Bref aperçu historique sur le mouvement syndical
Bref aperçu historique sur le mouvement syndical.

Le syndicalisme ouvrier moderne est né, tout comme le socialisme, avec le capitalisme. Au début du 19e siècle les ouvriers anglais protestaient violemment contre l’introduction du machinisme et de l’outillage moderne dans les ateliers. Cette résistance contre les effets et non les causes de leurs misères montra vite ses limites. Guidé par la théorie du socialisme utopique ces ouvriers en tant que classe se mirent en action pour exiger la légalisation du fait syndical afin de défendre leurs intérêts moraux et matériels. La chose fut obtenue par le vote d’une loi au Parlement anglais en 1824.
La structuration des syndicats ne pouvait se faire que sur une base de type fédéraliste plutôt que centraliste du fait que le syndicat regroupe les ouvriers par métiers et branches d’industries. C’est pour cela le fédéralisme (pas le fédéralisme anarchiste) est la structure adéquate à l’organisation syndicale interprofessionnelle calquée sur la division du travail.
Tandis que la centralisation convient au parti politique communiste qui regroupe les ouvriers sur une vision et une fonction plus larges. Ce dernier ne peut admettre dans ses rangs que ceux qui acceptent l’idéologie marxiste et les moyens adéquats de réaliser les tendances et les buts du mouvement prolétarien.

Le mouvement syndical en France.

La loi le Chapelier de 1792 interdisait l’association ouvrière. Cette loi bien que modifiée au cours de l’histoire du pays a été abolie en 1884. A partir de là les ouvriers français avait le droit de créer leurs propres syndicats. La Confédération Générale du Travail (CGT) est née à Limoges en novembre 1895. Elle se dota de statuts pour la défense des intérêts économiques de la classe ouvrière et des masses populaires non seulement en France, mais également dans le reste du monde. On peut noter que la Centrale ouvrière aida à l’implantation du fait syndical dans les pays sous le joug colonial de l’impérialisme français.
L’évènement qui va éprouver la solidité des positions de la CGT fut incontestablement la première guerre mondiale. Le 1 août 1914, la guerre éclatait. Pendant des mois et des semaines qui précédèrent et suivirent cet événement majeur, des millions de prolétaires furent dans l’attente. En effet, une action résolue de la 2e Internationale contre cette situation exceptionnelle était attendue. Or, aux premiers coups de canons la social-démocratie allemande, française, anglaise, russe (menchevik) et autres rallie le camp du nationalisme bourgeois. Les médias bourgeois félicitèrent en termes chaleureux la trahison du socialisme et les principes de l’internationalisme prolétarien et célébrèrent la résurrection au sein du prolétariat de ce qu’ils appelèrent "l’âme nationale".
Dans le même esprit que la CGT trahit lâchement les idéaux de l’antimilitarisme et de l’internationalisme prolétarien. La fédération des Métaux et les membres du journal "la Vie Ouvrière" s’opposent au ralliement de la Centrale ouvrière au nationalisme bourgeois.
L’aile internationaliste de la 2e Internationale (dont les bolcheviks) se réunit à Zimmerwald en Suisse (avec la présence de deux secrétaires confédéraux de la CGT ) en septembre 1915 pour trouver une issue positive à la guerre impérialiste. Cette conférence sera suivie par une autre conférence en avril 1916 à Kienthal où se constitue le futur noyau de la 3e Internationale.
La victoire de la glorieuse révolution populaire d’Octobre 1917 en Russie encourage et nourrit les espérances des prolétaires et des peuples opprimés du monde entier. N’était-ce le rôle contre-révolutionnaire des paladins de la 2e Internationale…il eut été fort probable que la révolution prolétarienne en Allemagne et en Hongrie vaincs et fassent jonctions avec le nouveau pouvoir soviétique.
En décembre 1920, à l’appelle de la 3e Internationale la majorité de la SFIO fonde le Parti communiste français. Craignant que l’appareil syndical leur échappe les réformistes passent à l’offensive en excluent les communistes et les anarchistes en décembre 1921. Ces derniers fondent une nouvelle Centrale ouvrière (la CGT-U) qui adhère à la jeune Internationale Syndicale Rouge (ISR).
Contrairement à la CGT réformiste, la CGT-U se prononçait contre le colonialisme et pour le droit à la séparation des colonies ! En 1925, l’impérialisme français vient au secours de l’Espagne dans le nord du Maroc défait par les troupes d’Abdelkrim El Khattabi. Le PCF et la CGT-U organisèrent une grève générale de 24 heures pour protester contre l’intervention militaire française. Plus de 600 000 ouvriers répondent au mot d’ordre des deux organisations ouvrières.
Parallèlement, la CGT réformiste milite pour un plan de nationalisations des entreprises et des banques pour "aller" au socialisme. La théorie du mouvement est tout et le but n'est rien enrobé sous le terme : nationalisation. Ce plan donnait à l’État un rôle d’arbitrage. Cette vieille idée proudhonienne de l’intervention de l’Etat pour "la défense" des intérêts ouvriers découle d’une conception fausse sur le rôle de l’Etat capitaliste. Penser que l’Etat est neutre, ou peut être juste, dans la lutte qui oppose la classe capitaliste au prolétariat c’est commettre l’erreur la plus grossière et oublier que l’Etat en général n’est pas autre chose que l’appareil de domination d’une classe sur une autre. L’Etat capitaliste exprime la domination de la bourgeoisie sur les classes exploitées et l’État socialiste exprime la domination du prolétariat sur les classes exploiteuses. L’une est l’autre sont les deux aspects de la même analyse de classe.
La grave crise économique de 1929 funeste aux peuples, les orientations réactionnaires de la bourgeoisie pour laminer les droits des travailleurs, l’offensive du fascisme, l’accroissement criant des inégalités sociales participaient à la fermentation révolutionnaire des masses. Les grandes mobilisations ouvrières pour le pain, la paix et la liberté favorisaient l’unification des deux ailes du mouvement syndical. La CGT et la CGT-U se réunifient dans une seule Centrale au congrès confédéral de mars 1936 à Toulouse. Les mesures correspondantes à l’unification syndicale furent les grandes conquêtes sociales arrachées après la victoire électorale du Front populaire.
Le tournant droitier opéré par le gouvernement de Léon Blum produisit une dépression du mouvement populaire. L’échec de la grève générale de l’automne 1938 était la conséquence de l’indécision du Bureau confédéral de la CGT dominé par les réformistes Jouhaux, Belin, Bothereau, Neumeyer, Froideval, etc. Après la signature du pacte de non agression germano-soviétique en août 1939 les conservateurs et les socialistes provoquèrent une campagne anticommuniste effrénée qui culmina avec l’interdiction du PCF. Le 26 septembre 1939, le socialiste Albert Sérol, ministre de l’intérieur du gouvernement Paul Raynaud dissous le Parti. Dans la continuité de cet acte antidémocratique les réformistes de la CGT votent sans états d’âmes l’exclusion de leurs rangs des communistes. L’interdiction du parti et l'exclusion de ses militants de la CGT n’était que le prélude du complot qui se tramait avec l’aide de la social-démocratie pour instaurer le fascisme en France. La bourgeoisie française qui criait : "mieux vaut Hitler que le Front populaire" tenait enfin sa revanche. Les députés et sénateurs socialistes votèrent avec les conservateurs les pleins pouvoirs au fasciste Philippe Pétain en juillet 1940.
Comme nous le voyons l’instauration du fascisme a été imposé avec l’approbation pleine et entière de la social-démocratie. Une fois que cette dernière n’était plus utile à la bourgeoisie elle fut remerciée comme il se doit en se voyant interdire par le régime de Vichy ! Belin et Dumoulin (ex-secrétaire confédéral et départemental de la CGT) rejoindront le régime de Vichy. Après cette régression s’ensuivit une période de noire réaction, mais aussi de résistance, de luttes et de grèves insurrectionnelles comme celle des mineurs du Pas-de-Calais. Les deux tendances de la CGT se réunifient sous l’impulsion des communistes en 1943 à Perreux.

De l’unité à la scission syndicale.

A la Libération, la CGT compte au moins 4 millions de membres. La direction de la Centrale ouvrière passe aux mains des communistes. La dénonciation du plan Marshall (plan égémonique américain sur les autres impérialismes) par la CGT conduisit le gouvernement Ramadier et la CIA à soutenir la scission du syndicat. Le 19 décembre 1947, cinq secrétaires confédéraux réformistes sortent de la CGT et fondent en avril 1948, le syndicat jaune FO.
La grève générale dans les mines de l’automne 1948 sera un moment intense de lutte de classe du prolétariat. La brutalité de la répression de la grève laisse sur le carreau une dizaine de mineurs. Le courage et l’héroïsme dont ont fait preuves les mineurs grévistes se sont révélés insuffisants pour élargir la grève générale.
La faiblesse de la riposte syndicale envers l’offensive patronale et gouvernementale contre les droits des travailleurs est la preuve de la domination sans partage de l’idéologie de la collaboration pacifique des classes. On peut dire qu’à l’heure actuelle ce n’est pas le syndicalisme en tant que telle qui a fait faillite, mais le syndicalisme sans idéalisme et sans passions, aux allures de pères de familles sérieux. Ce syndicalisme est amateur de statistiques et garde le nez enfoui dans les contrats de bonnes ententes avec le capitalisme.
L’unité syndicale n’est pas une fin en soi en effet il existe de nombreux pays où l’unité syndicale existe sans que cela n’influe positivement sur la combativité ouvrière. La situation de la classe ouvrière en Angleterre et en Allemagne n’est pas meilleure dans les pays où il existe une seule centrale ouvrière. Pour être efficiente la centrale unique des travailleurs doit être basée sur l’idéologie marxiste qui donne les bases pratiques de la lutte contre le capitalisme, de la lutte révolutionnaire pour aboutir à la suppression de l’exploitation de l’homme par l’homme.
D’autre part, autant la division syndicale est inadmissible par principe pour les raisons que nous évoqués, autant ce n’est pas le cas pour le parti politique communiste qui dégénère.
L’histoire de la division du parti social démocrate russe (POSDR) en une aile révolutionnaire et une aile opportuniste est bien la preuve concrète comme disait Hegel dans Phénoménologie de l’esprit qu "un parti s’avère comme un parti victorieux, en se divisant et en pouvant supporter la division". Ainsi, le parti ouvrier se renforce en s’épurant de ses éléments opportunistes d’une part et d’autre part en livrant une lutte sans merci à l’ennemi de classe.
Il suffit d’étudier le positionnement actuel des Centrales ouvrières envers la politique gouvernementale et l’orientation patronale pour se rendre compte que leurs buts consistent à avancer des revendications compatibles avec l’existence du capitalisme. Pour cela ils habituent les ouvriers à concevoir toute grève comme une action pour contracter de nouvelles conventions collectives…ils crient "c’est l’argent qu’il nous faut" et non plus "c’est le socialisme qu’il nous faut !". Les intérêts de l’ouvrier sont subordonnés à ceux du capitalisme lui-même et on souhaite l’expansion de son économie "nationale" au détriment de "l’étranger".
Ainsi ce syndicalisme se donne pour but d’apporter la stabilité des profits capitalistes et à réclamer dans le cadre de la société capitaliste, le maximum d’avantages compatibles avec l’existence du système lui-même. Comment dit-on l’abandon de tout principe ? La CGT a été crée non pour contracter des conditions à minima pour le salarié, mais pour participer à la suppression de l’exploitation de l’homme par l’homme.
L’organisation relativement puissante des syndicats (malgré l’émiettement en France) et la solidité de leurs caisses développent une division artificielle entre leurs membres. Partant de là, il se forme un état d’esprit timoré chez les plus favorisés qui redoutent "une grève dure" parce que leur situation pourrait se dégrader. Ainsi ce type de syndicalisme participe à l’émergence d’une couche sociale du prolétariat intéressée au maintien du système capitaliste.
Quand le 42e congrès confédéral de la CGT de décembre 1995 (en pleine mobilisation contre le plan Juppé) supprime la perspective du socialisme : est-ce une acceptation du régime capitaliste ou sa disparition ? Il se trouvera toujours des "critiques" d’un certain acabit pour expliquer, justifier ou déformer la signification réelle de l’abandon du contenu révolutionnaire des statuts de la CGT. Quels sont les caractères que doit revêtir le syndicalisme ? Il devra chercher à forger l’unité ouvrière dans une seule centrale de lutte de classes, intransigeante et combative.
Un philosophe qui s’était penché sur l’histoire des doctrines révolutionnaires pose la question suivante : quand donc ont-elles perdue leur influence ? A l’heure de leur domestication par les pouvoirs publics ou à l’heure de leur âpreté ? Il répond : le jour où on leur a promis et offert des rentes et non plus les persécutions.
Telle pourrait être la conclusion de l’histoire de la CGT. En effet, la bourgeoisie française a réussi, momentanément, à dompter le mouvement syndical en offrant à ses chefs des rentes et des privilèges. Cependant, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Des militants de la CGT continuent de porter ses valeurs fondatrices. Ils disent à juste titre que sans ces valeurs la CGT n’aurait pas pu mener la classe ouvrière aux grandes victoires d’avant-guerre, d’après guerre et en 1968. Le positionnement juste de la CGT sur toutes les grandes questions de la vie des peuples et des sociétés, son engagement pour la cause anti-coloniale et anti-fasciste constituent à l’évidence un riche héritage qui ne doit pas resté confiner dans les livres poussiéreux des bibliothèques. La nouvelle génération ouvrière doit étudier pour connaître cette mémoire afin qu’elle y puise des enseignements théoriques et pratiques pour les grandes batailles sociales à avenir.

Lille, le 4 mai 2014.

Salah Sakhri.


Dimanche 4 Mai 2014


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