Politique Nationale/Internationale

Bourse russe: un réajustement au diapason des tendances mondiales



La baisse des cotations observée sur le marché des valeurs russe entre le 10 et le 22 mai s'est chiffrée à près de 25%, de quoi susciter les inquiétudes des investisseurs. Toutefois, selon les experts, les rumeurs sur l'effondrement du marché, de même que les comparaisons avec la crise de 1998, sont dénuées de tout fondement.


Mercredi 24 Mai 2006



Par Nina Koulikova, RIA Novosti


Pour le directeur du Service fédéral des marchés financiers, Oleg Viouguine, il n'y a pas de raisons fondamentales pour un repli du marché boursier russe. "Les raisons fondamentales sont absentes, il n'y a que le grégarisme des investisseurs institutionnels", affirme-t-il. Ce point de vue est partagé par Alexeï Savatiouguine, chef du département de la politique financière au ministère des Finances, qui préfère parler d'un réajustement du marché. En effet, le marché des valeurs russe avait connu une flambée de 51% depuis le début de l'année. Qui plus est, le réajustement a touché tous les autres marchés émergents. Nikolaï Kachtcheïev, de la Vneshtorgbank, n'y voit rien d'extraordinaire. "Cela ne veut pas dire que nous avons quelque chose qui cloche, tout s'explique par les tendances mondiales", constate-t-il.

Plusieurs facteurs déterminent la chute des cotations observée sur le marché boursier russe, explique Nina Tchebotareva, de l'Economic Expert Group. Le premier facteur affectant les marchés émergents est la politique des taux d'intérêt appliquée par les principales banques centrales du monde. On croyait jusqu'à récemment que la Réserve fédérale américaine avait mis fin au cycle de hausse de son taux d'intérêt. Cependant, ses nouvelles déclarations laissent supposer que le taux d'intérêt pourrait poursuivre son ascension. La Banque centrale européenne et la Banque du Japon ont fait des déclarations identiques. Résultat: la volatilité de tous les marchés émergents a nettement progressé. Une hausse parallèle des taux d'intérêt dans les grands centres financiers ne peut qu'affecter les bourses, poursuit l'économiste. Les investissements et acquisitions de titres deviennent plus chers, l'afflux de capitaux sur le marché des valeurs diminue, et les prix baissent, d'où cet impact sur le marché boursier mondial en général et les marchés boursiers émergents en particulier.

Les prix du pétrole représentent un autre indicateur important pour le marché des valeurs russe. L'économie russe est fortement dépendante du montant des recettes des exportations qui alimentent tous les secteurs de l'économie. Des exportations dépendent notamment les revenus des compagnies minières et, par conséquent, la valeur de leurs actions. Dans le même temps, la baisse récente des prix du pétrole n'a pas été suffisamment forte pour avoir un impact sérieux, si ce n'est un impact psychologique, estime Nina Tchebotareva.

D'autres marchés boursiers émergents, en particulier en Arabie saoudite et tout récemment en Inde et au Brésil, ont également connu une période de baisse, ce qui pourrait également avoir une incidence sur le marché russe, poursuit l'analyste de l'Economic Expert Group. Même s'il n'y a pas de rapports directs entre la Russie et les événements en cours dans ces pays, les investisseurs globaux qui gèrent un portefeuille d'investissements diversifié ne peuvent compenser leurs pertes sur un marché qu'en vendant des actions sur un autre marché. Ainsi, une baisse sur les bourses asiatiques peut se répercuter sur le marché des valeurs russe, note-t-elle.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que le marché des valeurs russe traverse actuellement une période de réajustement, renchérit Sergueï Zaverski, analyste à l'Institut d'études stratégiques d'ensemble (IKSI). D'après lui, la Russie souffre d'une série de problèmes chroniques, dont le choix très limité d'instruments d'investissement. Une vingtaine d'actions plus ou moins liquides pour une poignée de secteurs, essentiellement liés à l'extraction de matières premières, c'est très peu pour espérer des changements réellement profonds et un recul des spéculations. Tant que les investisseurs auront une marge de man�uvre rétrécie, les sursauts spéculatifs et les fortes variations seront au rendez-vous, résume l'économiste.

Quoi qu'il en soit, après une chute de plusieurs jours, le marché des valeurs russe reprend son souffle sur fond de croissance des prix du pétrole. Selon Mikhaïl Pak, de la compagnie d'investissement Finam, la plupart des actions gagnent actuellement 3% à 5%, tandis que l'indice RTS s'élevait à environ 1.350 points à 14h00 mardi.

Malgré les incertitudes sur l'évolution du marché, beaucoup d'experts constatent à l'unanimité que le marché boursier a déjà atteint son plancher et que la plupart des "blue chips" redeviennent attrayantes.

Le marché va se rétablir, les cotations seront revues à la hausse, car avec les prix actuels et la liquidité élevée des investissements à court terme les actions sont suffisamment attrayantes, estime Nina Tchebotareva. Quand le marché atteindra son maximum, il y aura une nouvelle baisse, car les investisseurs redoubleront de prudence, explique-t-elle.

Dans l'ensemble, la poursuite de la baisse est à peine probable, relève Sergueï Zaverski, qui prédit une stabilisation du marché dans les semaines à venir sur fond de faible croissance de l'indice RTS jusqu'à la fin de l'année. Faute de changements fondamentaux dans la structure globale de l'économie et sur le marché financier, les fortes fluctuations sont tout à fait logiques, note-t-il.

Mikhaïl Pak ne croit pas à des oscillations sérieuses d'ici à la fin de l'été et affirme que l'indice RTS variera entre 1.300 et 1.400 points.

Les experts sont unanimes à constater que l'effondrement du marché des valeurs ne devrait pas avoir un impact négatif sur la population, car les principaux acteurs des bourses russes sont des spéculateurs étrangers. Dans les grandes villes où les gens se mettent à investir dans les fonds communs de placement, la situation dépend essentiellement de la rapidité de réaction de ces fonds. "Je ne crois pas que la population a ressenti l'effet de l'effondrement du marché des valeurs, car les acteurs boursiers sont très peu nombreux", estime Mikhaïl Pak.

En Russie, la proportion de la population qui investit dans les actions ou les fonds communs de placement est très faible, confirme Nina Tchebotareva. Le problème est que l'afflux des placements atteint ses maxima après une forte croissance. La population a massivement investi dans les fonds communs de placement au début de l'année. Pour les placements effectués en janvier le bilan est toujours positif, mais pour ceux de mai les pertes se chiffrent à environ 25%, explique l'économiste.


Mercredi 24 Mai 2006

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