Histoire et repères

“Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée”.


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Entretien avec Anissa Boumediene : « Le président Boumediene me disait toujours qu’il quitterait le pouvoir à 50 ans »


Nazim Ouanis
Mercredi 27 Septembre 2017

On sait que vous vivez à Paris. Un journal en ligne vous prête une vie de princesse grâce à vos biens immobiliers dans le monde entier. Qu’est-ce que vous répondez à ces affirmations ?

Le journal électronique auquel vous faites allusion est Tamurt, organe de presse du GPK de Ferhat Mehenni qui revendique l’indépendance de la Kabylie et qui a proféré d’odieuses calomnies à l’encontre du président Boumediene en prétendant qu’il “possédait une fortune qu’on ne peut estimer” et qu’il avait “au moins deux comptes à l’étranger dont un dans une banque juive à New-York”.

Je cite fidèlement les propos de ce torchon qui, non content de traiter mon mari de voleur, me calomnie en prétendant que j’ai “hérité de cette fortune” et que “j’ai des biens immobiliers dans le monde entier”. Honte à ces journaleux. Le président Boumediene n’a jamais possédé de maison, ni de terrain, que ce soit en Algérie ou ailleurs. Il ne m’a rien laissé et je n’ai aucun bien immobilier en Algérie ou ailleurs. Il y a un diction français qui dit : “Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée”.

Ces journaleux ne respectent rien, même pas la probité des individus. Les Français opposés au général De Gaulle, en dépit de leurs critiques sur le plan politique, n’ont jamais mis en doute son honnêteté et celle de son épouse. Chez nous, avec de tels ignorants, on n’a ni la bonne renommée ni la ceinture dorée.

Le journal a actualisé de vieilles affirmations d’anciens dirigeants algériens selon lesquels le président Boumediene détenait des comptes à l’étranger alimentés par l’homme d’affaires Messaoud Zeggar. Qu’en est-il ?

Vous faites allusion au journal de l’ex-président Benbella, La Tribune d’octobre, qui pour se venger de l’homme qui l’avait destitué, a cherché à salir sa mémoire. J’ai, dans les années 80, intenté un procès en diffamation contre le journal que j’ai gagné haut la main en obtenant le franc symbolique et la publication dans ledit journal du jugement dont il a renoncé à faire appel.

Vous pensez bien qu’après la mort du président Boumediene, les services de sécurité aussi bien algériens qu’étrangers se sont livrés à des enquêtes approfondies sur ce que le président Boumediene aurait pu posséder et qu’ils auraient été heureux de pouvoir porter atteinte à sa réputation de dirigeant intègre. Malheureusement pour eux, ils n’ont rien trouvé car il n’y avait rien. Boumediene était un dirigeant intègre qui n’a rien laissé ni à sa famille ni à sa femme, que ce soit en Algérie ou à l’étranger. Ce n’était pas un voleur et je ne suis pas une receleuse.

Quels sont les biens que le défunt a-t-il légués à vous et à ses frères ? Quel héritage détenez-vous de votre père issu d’une famille nantie ?

Je le répète et mes affirmations sont aisément vérifiables : Boumediene n’a légué ni fortune ni bien immobilier, ni en Algérie ni à l’étranger. En ce qui me concerne, fille unique, sans frère ni sœur, je suis issue d’une très vieille famille algéroise, honorablement connue, les El-Mansali. L’historien Ahmed Tawfik Al-Madani a publié dans le deuxième tome de son ouvrage Hyat Kifah la photo de mon grand-père paternel, El Hadj M’hamed El-Mansali avec ce commentaire : “L’un des premiers militants” car il avait donné beaucoup d’argent pour la création d’écoles privées de langue arabe (langue du Coran) qui étaient inexistantes à cette époque.

De même, l’architecte Fernand Pouillon, dans son livre “Mémoires d’architecte”, parle de ma famille car il a construit un ensemble immobilier appelé Diar El Mahçoul sur les terrains des El-Mansali à Alger qui en avaient été expropriés par Jaques Chevalier, maire d’Alger, en 1951. Et Pouillon s’est rendu aussi acquéreur du petit palais d’été du raïs Hamidou, raïs de la Taïfa mort en 1815, que mes aïeux avaient acheté en 1876 et qui portait alors le nom de la villa des Arcades.

Quant à mon père, il fut le premier Algérien à distribuer des films en Afrique du Nord dans les années 1930. Il avait acheté le cinéma Dounyazad à Alger avant la guerre d’indépendance dont il m’avait fait don et que j’ai vendu par la suite.

Boumediene fut emporté par une maladie foudroyante. Avait-il pensé à abandonner le pouvoir pour se consacrer à sa santé ?

Le président Boumediene me disait toujours qu’il quitterait le pouvoir à 50 ans (NDLR : il est mort à l’âge de 46 ans) car il entendait se reposer, n’ayant jamais profité d’une journée complète de repos, tant il était sollicité du fait que l’Algérie était immense dans le tiers-monde. Je suis persuadée que s’il avait été mis au courant de la gravité de sa maladie que les médecins soviétiques nous avaient cachée en évoquant des coliques néphrétiques, il aurait démissionné pour se consacrer à sa santé.

Il ne se serait pas accroché au pouvoir, bien qu’affaibli ?

Le président Boumediene était un homme fier avec un vif sentiment de sa dignité et de son honneur. Le connaissant comme je l’ai connu, il n’aurait jamais supporté d’offrir de lui une image diminuée.
Une phrase de Boumediene est restée célèbre : “On ne peut travailler dans le miel sans y goûter”. Ce fut interprété comme une tolérance de la corruption…

Il y a une fausse interprétation de la phrase que vous citez car il n’était pas question pour lui de tolérer la corruption. Bien au contraire, il l’avait clairement dit dans son discours à Constantine, le 6 juillet 1974 où il dénonçait très vigoureusement “ceux dont le seul souci est de gagner de l’argent et “qu’ils sachent une fois pour toutes, ajoutait-il, qu’ils “n’ont pas de place dans l’État, au parti ou dans l’armée. J’adresse un dernier avertissement car c’est une question de choix”. Et il avait réitéré cet avertissement dans son discours de Tizi-Ouzou, le 17 septembre.

Dans le congrès du parti qu’il entendait initier en février 1979 il disait que « tous les membres du Conseil de la Révolution mettraient leurs dossiers sur la table, y compris le sien et que des tribunaux populaires jugeraient des faits de corruption ». Inutile de préciser que certains ont dû respirer après sa mort, le 27 décembre 1978.

Pensez-vous que le président Boutefilka va se présenter à un cinquième mandat ?

Je ne suis pas dans la tête du président Bouteflika. Par conséquent je ne peux pas me hasarder à donner une réponse à votre question.


Mercredi 27 Septembre 2017


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