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Birmanie: Rony Brauman 'il faut dépasser les visions moralisatrices'



Combat.94 [Combat.94@wanadoo.fr]
Lundi 26 Mai 2008

Pour Rony Brauman, l'urgence vitale est exagérée pour des raisons politiques

« Il faut dépasser les visions moralisatrices »
Recueilli par Jean-Pierre Deroudille


« Sud Ouest ». De quelles informations disposez-vous quant à l'ampleur de la catastrophe ?
Rony Brauman. Il semble très difficile de savoir aujourd'hui ce qui se passe en Birmanie. Les différents organismes humanitaires, comme MSF ou la Croix-Rouge, disposent de gens sur place qui ont pu circuler à peu près librement autour de Rangoon. Sur l'étendue du pays, nous avons aussi des vues par satellite confirmant qu'il s'agit d'une catastrophe de grande ampleur. On voit qu'il y a déjà une forme d'auto-organisation sur place et des réserves alimentaires, parce que la région touchée est fertile. Mais, sur le bilan global, il ne sert à rien d'avancer des chiffres, parce que ça ne nous aide en rien à nous organiser.

3 Est-ce que ce pays, qui refuse toute intervention extérieure, dispose d'une infrastructure suffisante pour faire face à la crise ?
C'est un régime militaire et, si on y ajoute les religieux, c'est un pays qui a les moyens de répondre localement. Afin d'être utile, il faut conserver une vision rationnelle, ce qui n'est guère apprécié dans ce genre de situation, où l'émotion prend le pas sur les autres considérations.

3 N'y a-t-il pas urgence ?
J'ai été stupéfié de voir resurgir dans « Le Monde », sous la plume de Bernard Kouchner et de son collègue anglais David Miliband, ce vieux mythe des épidémies mortelles qui seraient causées par les inondations.

3 Il est pourtant médecin et bien informé sur ce genre de situation..
Ma réaction a été la stupéfaction : c'est le poncif le plus éculé. Déjà, après le tsunami, cela avait été un enjeu énorme, j'avais eu l'occasion de dire qu'il ne fallait pas envoyer d'équipes médicales ou de vaccins, mais que les gens avaient davantage besoin de moyens de transport, de déblaiement et de terrassement. L'urgence n'est pas vitale. La plupart des secours immédiats sont assurés par le voisinage. Il faut aider les gens à s'abriter temporairement, les aider à se nourrir, à avoir de l'eau potable.

3 L'urgence est dramatisée ?
Comme chaque fois, cela permet de répondre avec des airs de flic ou de surveillant général qui me sidèrent. On a l'impression que notre ministre des Affaires étrangères rappelle à l'ordre avec son gros bâton ceux qu'il considère comme des mauvais élèves. On veut se donner des airs de justicier sauveur dans un contexte où le gouvernement birman, par ailleurs criminel et corrompu, ne mérite aucune complaisance.

3 Peut-être Bernard Kouchner remet-il aussi en cause le référendum sur la Constitution birmane ?
Il serait dans son rôle, dans le registre politique. Je ne pourrais pas contester le fait que ce régime est cynique et indifférent au sort de ses populations. Mais il faut compter sur les ressources de la société birmane pour un changement éventuel.

3 La Chine, en s'opposant à ce que le Conseil de sécurité traite la question, ne joue-t-elle pas le rôle de protecteur de ce régime ?
Rappelons qu'en Birmanie autant qu'en Chine les incursions occidentales ont laissé des souvenirs cuisants. Notre mémoire en privilégie certains aspects. En Asie, la mémoire en privilégie d'autres. Prétendre ignorer ce passé, c'est nous condamner à une incompréhension. De plus, la Chine considère que l'Asie est un territoire où son autorité compte plus que les autres, et c'est avec cela qu'il faut compter. Il faut savoir dépasser les visions moralisatrices, dans des situations comme celles-ci, qui nous coupent de la réalité.

Rony Brauman est professeur à Sciences Po et auteur de « Penser dans l'urgence » (Le Seuil).

http://www.sudouest.com/100508/une.asp?ArticleRet=100508aP2396804.xml&Article=100508aP2396801.xml


Lundi 26 Mai 2008

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