Politique Nationale/Internationale

Bilderberg, Trilatérale et transversalité de « gauche »



Vendredi 22 Mai 2009

Bilderberg, Trilatérale et transversalité de « gauche »
Le 18 mai, comme la semaine précédente, aucun grand média français n’évoque la réunion récente du Groupe de Bilderberg à Athènes. Le mutisme qui avait accompagné la dernière réunion européenne de la Comission Trilatérale, tenue à Paris, n’est donc pas le fruit du hasard. Résultat de la l’influence de Nicolas Sarkozy sur les médias, maintes fois dénoncée ? De toute évidence, pas seulement. Le même silence a été gardé par les partis dits de l’opposition, y compris très largement dans ce que l’on appelle souvent la « gauche de la gauche ». A la « transversalité » conventionnelle que comporte la participation régulière de membres du Parti Socialiste (PS) aux activités de ces deux « groupes de discussion » de l’oligarchie s’ajoute une forme de « transversalité » moins remarquée : la volonté manifeste des concurrents français du PS, de « gauche » ou de prétendue « gauche toute », de ne pas gêner un allié potentiel. Une véritable « transversalité de l’opposition », avec une « volonté de gouvernement » ou de quasi-gouvernement évidente. Mais quelle en est la facture pour les citoyens ?

Quelles sont les origines de l’actuelle campagne de privatisation accélérée des services publics, en France et dans le reste de l’Union Européenne, dans la recherche et l’éducation mais aussi dans l’ensemble des autres services ? La réponse adressée aux citoyens par des syndicats et des partis de l’opposition est souvent : « la politique de Sarkozy ». Mais Nicolas Sarkozy n’était pas au gouvernement lorsque le Traité de Maastricht a été ratifié en 1992 sous un gouvernement français de « gauche ».

De même, la stratégie de Lisbonne de mise en place d’un « grand marché de la connaissance », adoptée par l’Union Européenne en mars 2000 sous le gouvernement de Lionel Jospin, ne fut pas particulièrement l’oeuvre de la « droite ». Elle fait partie, avec le processus de Bologne, d’une stratégie de marchandisation à grande échelle de l’éducation, de la recherche scientifique et du travail intellectuel résultant d’acords passés au niveau mondial dans les années 1990 sans guère en informer les citoyens.

Sur l’ensemble du processus, dont les délocalisations font partie, l’essentiel de l’information n’est pas transmise à la grande majorité des citoyens. A fortiori, aucune véritable analyse. Et pour cause, vu la lourde responsabilité de l’ensemble du monde politique et « gestionnaire ». Mais peut-on défendre efficacement les services publics avec une telle politique de silence, que les directions syndicales et les coordinations des mouvements actuels cautionnent trop souvent ?

Combien de Français ont été vraiment informés, par les organisations politiques et syndicales, ou par des associations, sur l’existence et le contenu de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), annexe à l’Accord de Marrakech de 1994 instituant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ? Combien se doutent que c’est un « socialiste » français (Pascal Lamy) qui dirige actuellement l’OMC depuis 2005 ?

Pareil en ce qui concerne un certain nombre d’instances officieuses dites de « discussion », où les grandes lignes de ces politiques sont élaborées avec les représentants de la grande finance et des multinationales.

Par exemple, combien de Français ont entendu parler de la Commission Trilatérale et savent qu’elle dispose d’un site sur la Toile ? Combien se doutent que des « socialistes » français et d’autres pays y participent, comme des politiques des mêmes partis participent aux conférences du Groupe de Bilderberg ?

Une recherche par les mots « Bilderberg » et « Trilatérale » sur les sites du Parti Communiste Français (PCF), du Parti de Gauche (PG) ou du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) donne des résultats très décevants : uniquement une référence marginale dans un article d’août 2006 sur le site du PCF. Les dirigeants de ces organisations ne savaient-ils pas que la Commission Trilatérale se réunissait à Paris en novembre 2008, alors que cette organisation affiche toujours son calendrier à l’avance ?

Et pourquoi ce silence général, alors que la Trilatérale diffuse sur son site un nombre important de rapports et d’autres documents qui méritent largement d’être analysés ?

Une large partie du matériel de la dernière réunion européenne de la Commission Trilatérale est accessible en ligne : qui en a fait état, qui a analysé ces documents ? C’est vrai que la divulgation d’une telle source aurait conduit au constat de l’appartenance de la « socialiste » Elisabeth Guigou à cette Commission.

Quant au Cercle de Bilderberg, la participation de Manuel Valls et d’Hubert Védrine à sa conférence de 2008 n’a fait l’objet d’aucun démenti. Mais personne ou presque, dans la « gauche de la gauche », ne semble vouloir en parler.

On réduit l’évolution récente de l’économie européenne et mondiale à une question de prétendu « libéralisme », comme si le libre échange et la libre entreprise existaient vraiment dans ce début de XXI Siècle. Est-ce autre chose qu’une manière devenue standard de masquer le rôle dirigeant des oligarchies financières et industrielles ? L’économie mondiale n’est pas « libérale », mais qui dénonce les réseaux d’influence et le lobbying ?

Récemment, Martine Aubry en est arrivée à prendre publiquement la défense d’un cercle de « décideurs » comme le Siècle, dont elle a été plusieurs fois vice-présidente. Personne, à la « gauche de la gauche », ne s’est empressé de la contredire ni même d’analyser ses propos. Pourtant, l’existence de clubs comme le Siècle paraît de nature à soulever la question de l’apparence d’impartialité et d’indépendance des institutions.

Et qui commente de manière critique, à l’adresse des citoyens, les activités d’un « think tank » comme Confrontations Europe, où participent des dirigeants syndicaux et des politiques influents de « gauche », à côté de politiques de « droite » tout aussi influents et de réprésentants du patronat et de la finance ?

Dans les pays anglophones ou dans le reste de l’Europe, le débat paraît un peu plus animé.

The Guardian a consacré une rubrique de Charlie Skelton à la réunion du Cercle de Bilderberg à Athènes tenue la semaine dernière. Daily Express publie un article d’Helena Smith : « VIPs at secret summit ».

Un article de Paul Joseph Watson intitulé « Bilderberg Wants Global Department of Health, Global Treasury » fait également le tour des médias. Il en est de même de l’article de Steve Watson inititulé « Bilderberg : News Balackout Continues ». Dès le 14 mai, Prison Planet n’hésitait pas à employer le titre : « Geithner To Take Orders From Global Elite at Bilderberg ».

GR Reporter évoque les manifestations devant l’hôtel de super-luxe où s’est tenue la réunion d’Athènes. D’autres articles ont été cités dans notre note du 16 mai.

Voir aussi, par exemple, la vidéo de Daniel Estulin dans Disclose.TV, ou celle de Jim Tucker avec Alex Jones.

Dans plusieurs pays européens, une liste apparemment partielle des participants à la conférence du Cercle de Bilderberg de 2009 à Athènes circule, en provenance du journal grec To Vima (Το ΒΗΜΑ, La Tribune). Il conviendra d’attendre les confirmations, démentis et renseignements complémentaires qui lui seront adressés, mais force est de constater que la même information n’avait pas circulé en France à l’occasion de la réunion de la Commission Trilatérale de novembre dernier à Paris.

La liste de To Vima cite notamment les français Xavier Bertrand, Alexandre Bompard, Thierry Montbrial, Denis Olivennes, Frédéric Oudéa, Dominique Strauss-Kahn et Jean-Claude Trichet.

Le « silence français » a donc quelque chose d’exceptionnel par son caractère extrêmement consensuel. Il met notamment en évidence l’absence de concurrence réelle entre des partis politiques qui, plutôt que de se disputer un électorat ou une base populaire, semblent se partager une sorte de clientèle.

On prétexte souvent, pour justifier les silences de partis, syndicats, associations... que « la base n’est pas prête pour comprendre ». Pareil en ce qui concerne la politique de l’Union Européenne (UE), de l’OMC, de l’OCDE... La « base » a bon dos.

Le même prétendu manque de « préparation » est imputé à la grande majorité de la population, pour justifier les silences des dirigeants et les alliances opportunistes qui étouffent l’essentiel.

Mais dans ce cas, quand parlera-t-on vraiment de la stratégie de l’oligarchie européenne et planétaire, des menaces qui pèsent sur les services publics et sur l’ensemble des acquis sociaux du XXème siècle, ou encore des moyens d’action contre ces menaces ?

Et qui est responsable du pretendu « manque de préparation » de la base ou des citoyens, si ce n’est les mêmes qui le prennent à présent pour prétexte ? On n’a pas vu passer, au cours des années récentes, des campagnes de tracts conséquentes dénonçant la stratégie de l’UE et de l’OMC.

Quant aux recommandations récentes de l’OCDE incitant à la poursuite et à l’intensification de la même politique malgré la crise économique, elles n’ont guère fait l’objet de critiques de la part des organisations politiques et syndicales françaises.

Sur le site du PCF, aucun texte ne dénonce de manière circonstaciée les textes récents de l’OCDE sur la France. Un seul mentionne cette politique : il s’agit d’un manifeste sur l’enseignement supérieur et la recherche mis en ligne le 6 mai, en début de campagne des élections européennes.

La situation est analogue sur le site du PG, où un texte consacré au G20 écrit à juste titre : « Les institutions et réunions internationales (Fmi, Banque mondiale, Omc, Ocde, Commission européenne, G7, G8, G20...) ont pendant des années été à la pointe du libéralisme », mais dans le reste du site l’OCDE est citée en tant que fournisseur de statistiques.

Dans les deux sites, les mentions récentes de l’AGCS sont très succintes en pleine période de casse des services publics français, et l’Union Européenne est présentée comme une solution potentielle aux problèmes actuels.

Sur le site du NPA, on trouve de brèves dénonciations de la politique de l’OCDE dans des communiqués récents de la Coordination Nationale des Universités (depuis le mois de mars, la Coordination a dénoncé les recommandation récentes de l’OCDE, sur proposition notamment de notre Collectif) et de la Coordination Nationale Etudiante, que le site reprend.

Mais aucune analyse propre au site du NPA ne dénonce de manière détaillée les textes récents de l’OCDE sur la France et sur les autres pays européens. De même, les mentions de l’AGCS restent très succinctes et la question de l’Union Européenne n’est pas traitée de manière claire.

En somme, on ne trouve sur ces sites guère d’analyses destinées à la grande majorité des citoyens, susceptibles d’informer vraiment et de susciter une réflexion à la hauteur de la situation actuelle. Les quelques mentions de l’OCDE, de l’OMC, de l’AGCS... paraissent bien davantage destinées à rassurer les militants.

Article d’Indépendance des Chercheurs

Source : http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/05/18/bilderberg-trilaterale-et-transversalite-de-gauche.html

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article262 http://www.comite-valmy.org/spip.php?article262



Vendredi 22 Mai 2009


Commentaires

1.Posté par -*REZ le 23/05/2009 08:51 | Alerter
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http://pressnet.blog.mongenie.com/

[Docu] L'art de la guerre en Chine 2006

http://www.fedbac.tv/film-2692.html

[Docu] L'art de la guerre en Chine 2006 avoir

2.Posté par polytriiique le 24/05/2009 01:43 | Alerter
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Les partis dits "de gauche" comme le Parti Communiste, le Front de Gauche et le Nouveau Parti Anticapitaliste font partie intégrante de la gouvernance globale des oligarchies financières et industrielles.
Ces partis influencent les citoyens "de gauche" en les orientant vers l'Union Européenne, et ceci en avançant l'idée qu'il est possible de la changer. Ces partis masquent le plus possible l'influence des organismes internationaux mondialistes sur l'Union Européenne (depuis sa création jusqu'à aujourd'hui) pour ainsi pouvoir entretenir leur idée d'un possible changement. Pour ces partis divulguer l'existence de ces organismes, c'est prendre le risque que leurs électeurs et sympatisants prennent conscience de la main-mise de ces organismes sur l'Union Européenne. Ces différents organismes représentent le moyen pour les oligarchies financières et industrielles d'imposer toujours plus leurs intérets propres, ainsi leur influence sur l'Union Européenne démontre son caractère oligarchique, et en conséquence ce controle oligarchique via les technocrates dément formèlement la possibilité d'un quelconque changement de l'Union Européenne.
Ceci explique parfaitement pourquoi ces différents partis bénéficient d'un traitement médiatique particulièrement favorable, d'autant plus favorable que ces partis sont censé représenter l'opposition aux intérets du grand capital. Sachant que les mass-médias ne sont que la propriété de ce grand capital, il serait donc logique que les opposants à ce dernier soient régulièrement la cible d'attaques médiatiques (pour les partis d'opposition modérés) ou carrément victime d'un lynchage médiatique systématique (pour les partis d'oppositions radicaux), mais force est de constater que pour ces différent partis dits "de gauche", il n'en est rien, bien au contraire.

3.Posté par pascal le 24/05/2009 15:09 | Alerter
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Concernant le black-out dénoncé, comment considérer celui touchant, y compris ici, un parti comme le POI, qui dénonce justement les dangers des traités de l'UE depuis des années?
Faut-il que la dénonciation de tout ces travers restent la chasse gardée de certains sites d'info alternative, dont on se demande du coup pour qui ils roulent?
Peut-on réèlement croire qu'alterinfo ne connaisse pas ce parti?

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