Conflits et guerres actuelles

Bilan de caisse – Un livre d’entretiens avec le sous-commandant Marcos (extraits)


Dans ce livre, le sous-commandant Marcos fait un « bilan de caisse », autrement dit un bilan des acquis et des pertes depuis les origines du mouvement, en fait depuis sa préhistoire, jusqu'à la date à laquelle l'entretien a lieu, et même au-delà: il décrit les dilemmes qui vont décider de l’avenir. Non seulement celui de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale, également de sa personne et de son leadership.


AUTEUR: Laura CASTELLANOS

Traduit par Fausto Giudice


Lundi 19 Mai 2008

Bilan de caisse – Un livre d’entretiens avec le sous-commandant Marcos (extraits)
L'origine de l'entrevue a été reportage dans le magazine Gatopardo, intitulé "Portrait radical" (décembre 2007/janvier 2008), de Laura Castellanos, avec des photos de Ricardo Trabulsi. Cet ouvrage contient deux interviews réalisées dans la capitale mexicaine et à La Garrucha, au Chiapas, à l'automne 2007, dans laquelle Marcos réfléchit sur les raisons de l'isolement de la guérilla, sa rupture avec la classe politique et les intellectuels progressistes du pays, et l’avancée de la stratégie de contre-insurrection contre les communautés zapatistes.
Marcos se penche sur son histoire personnelle et celle de l'EZLN et répond à leurs détracteurs: chacun d'entre eux trouvera une réplique. Il parle aussi pour la première fois de Fidel Castro, Hugo Chávez, Evo Morales, Cristina Fernandez de Kichner et des FARC. Il ouvre une fenêtre pour parler de lui-même, presque dans un ton confidentiel, avec son ironie et son humour connus.
Corte de Caja intègre les photographies pour lesquelles Marcos a posé pour la première fois en ses 14 ans d'histoire comme figure publique. Sa photo parue en couverture de Gatopardo, avait causé des remous. Bien que Marcos eut assuré qu’elles étaient « passées de mode », cette édition a été la meilleure vente dans les 8 années d'existence du magazine. La conception du livre est d’Alejandro Magallanes.
Source:
http://www.cortedecaja.org


Photo Ricardo Trabulsi, Gatopardo

Bilan de caisse - Extraits


Je vais te dire quelques noms – lui ai-je proposé pour connaître son opinion sur certains personnages de l'intelligentsia et de la politique.
-- Héctor Aguilar Camín.
-- Un mercenaire de l’écriture.
-- Carlos Monsiváis..
-- Le critique le plus philosophe et brillant de la droite au Mexique.
--
Vous avez aussi polémiqué avec lui?
Monsi a pris ses distances avec nous il y a longtemps, depuis l'époque des Basques - c'est-à-dire lorsqu’il a tenté, sans succès, d'intervenir dans le conflit entre l'ETA et l'État espagnol. Il s’est toujours tenu à une certaine distance de nous. Monsi est un militant de la citoyennisation, et les armes ne lui plaisent pas du tout.
-- José Saramago.
-- Il a pris un engagement envers les peuples quand il est venu par ici. Il a été très important à une époque, puis il a pris ses distances. Nous ne pensons pas que c’était pour des raisons politiques, peut-être à cause de sa santé, ou en raison de ses activités. Finalement, le Chiapas est très loin des îles Canaries.
--
Le juge Baltasar Garzón— l’un des participants à la controverse sur l’ETA.
-- C’est un mercenaire de la justice, de ceux qui pensent que la justice est un phénomène médiatique comme la politique. Il se vante beaucoup de persécuter l'ETA et en fait la seule chose qu'il a fait, c'est persécuter la culture basque. Il a fermé des journaux, emprisonné des journalistes, et il présente ça comme faisant partie de la lutte contre le terrorisme.
-- Eduardo Galeano.
-- La figure littéraire de l'Amérique latine que j’admire le plus. Quand je serai grand, je veux être comme lui. Ne le marquez pas, mais c’est un chingón (=putain de balèze). Ne mettez pas de gros mots, parce que tout mon glamour de personne cultivée va foutre le camp.
-- Angelina Jolie.
-- Mon amour impossible.

Politiciens d’Amérique latine

-- Evo Morales.
-- Il affronte un grand défi : prouver qu'il est faux de dire que le pouvoir transforme les gens honnêtes. Et nous disons que le résultat de ce test dépendra du soutien de ce dans quoi il est ancré, le mouvement indigène. C’est sa proximité ou sa distance avec le mouvement qui l'a porté au pouvoir qui va déterminer son avenir. Il est encore trop tôt pour parler de Evo. Contrairement à Lula, qui a tout de suite déçu, Evo a encore le bénéfice du doute.
-- Hugo Chávez.
-- Il est avec un pied dans une politique médiatique, avec des traces de caudillisme et l'autre pied dans le mouvement qui est en train de s'éveiller au Venezuela et d’entreprendre un fort processus de transformation. Le Venezuela et la Bolivie retiennent notre attention, et nous essayons de les suivre de près, sans nous étendre trop sur la question de savoir où ils vont, et s’il est possible qu’un politicien soit à la fois « en haut et en bas ». Nous disons qu’au Mexique, c’est impossible. Nous ne disons pas qu’ailleurs ça n’est pas possible. Mais nous voyons un problème: parfois, nous entendons parler de ce qui se passe en haut, et parfois non. Parce que l'histoire qui vient d'en haut est toujours éditée par le protagoniste, que ce soit Chávez, Morales, López Obrador, ou tout autre homme du jour. Et chacun décide avec qui régler ses comptes. À cela l'EZLN a répondu par la Sixième Déclaration: Avec qui allons-nous régler les comptes? Avec les intellectuels, les artistes et les scientifiques progressistes? Ou avec les gens comme nous? Lopez Obrador a répondu à cette question, Chavez a répondu à sa manière, Evo Morales aussi, et Kirchner, chacun dit avec qui il veut solder son histoire, et ils misent sur cela. Si ça ne passe pas bien avec ceux d’en bas, ils s’en fichent.
--
Cristina Fernández de Kirchner.
-- C'est l’exemple-type de la politique comme phénomène médiatique. Elle représente l'image de ce que ceux d’en haut souhaitent pour gouverner toute l’Amérique latine. Tant qu’on ne touche pas à la politique économique, c’est OK. Ce qu'ils recherchent, ce sont des dirigeants qui à la différence des dictatures des années soixante-dix, contrôlent et réorientent la mobilisation sociale, et que le processus de destruction puisse se poursuivre, dans ce cas en Argentine.
-- Fidel Castro.
-- Fidel Castro est une question forte pour les historiens. Il est un homme exceptionnel dans tous les sens. On peut critiquer sa place dans la lutte du peuple cubain, mais pas la nier. Nous qui sommes convaincus que les processus historiques sont l'œuvre de peuples entiers, pas d’individus, nous ne pouvons nier que, parfois, apparaissent des hommes exceptionnels. Fidel Castro est l’un d’eux. Le Che en est un autre
-- El Che.
Le Che nous a devancés. Il est l'homme d'une génération qui n’a pas fini de naître. Et je ne parle pas de sa lutte révolutionnaire, mais du modèle éthique d'un être humain consacré aux autres. Et même le christianisme ne l’a pas posé de cette façon, et pas seulement ça, mais les conséquences résultant de cette façon de penser. Beaucoup de gens disent que la mort a sauvé le Che de la désillusion : s’il était resté en vie, il aurait été comme n’importe qui d’autre. Le fait de sa mort marque son histoire, les circonstances qui l'entourent, on discute pour savoir s’il est mort comme un idéaliste ou un utopiste, et on oublie ce qu'il a fait auparavant.

Source: El Universal, Mexique, 28 avril 2008


Source : http://www.cortedecaja.org et El Universal

Article original publié en avril 2008

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=5167&lg=fr



Lundi 19 Mai 2008

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