Palestine occupée

Benoit XVI précurseur du choc des civilisations ?


« Tuez-les tous, car Dieu saura reconnaître les siens ! »
(Arnaud Amalric, abbé de Citaux, le légat du pape lors de la prise de Béziers en 1209… pour ne pas avoir à trier entre les hérétiques et les "bons" chrétiens)


Prof. C.E. Chitour
Mardi 19 Septembre 2006

Benoît XVI précurseur du choc des civilisations ?

En vérité la phrase de Malraux « LeXXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » est d’une brûlante actualité. Mais on peut aussi dire que ce monde matérialiste n'a pas besoin du spirituel. Une grave polémique a été déclenchée par le pape Benoît XVI lors de sa leçon à l’université de Ratisbonne où il fut titulaire de la chaire de dogmatique et d'histoire du dogme à partir de 1969, s'est appuyé sur un dialogue "entre un empereur byzantin" du XIVe siècle et "un persan cultivé" pour développer ses arguments. "La foi est le fruit de l'âme, pas du corps. Celui qui veut conduire quelqu'un à la foi a besoin de bien parler et de raisonner correctement, au lieu (d'user) de la violence et de la menace", a expliqué le pape. "Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu", a ajouté le souverain pontife, selon qui cette affirmation est évidente pour "un empereur byzantin nourri par la philosophie grecque". " Pour le pape, la "rencontre" de la foi biblique avec les interrogations philosophiques de la pensée grecque, à laquelle s'est ajouté "le patrimoine de Rome, a créé l'Europe et reste le fondement de ce que l'on peut appeler Europe".(1).
« Aux yeux de Benoît XVI, écrit le rédacteur du journal le Monde, la foi sans la raison court à la dérive, et la raison est le meilleur antidote contre la "maladie mortelle" de toute religion : le fondamentalisme. Et c'est parce que l'islam n'aurait jamais pu faire sa critique interne qu'il serait si peu préparé à la modernité et si perméable à la violence fanatique. L'argument est spécieux si on veut bien admettre que, d'Al-Tabari à Averroès, et jusqu'aux réformateurs du XIXe siècle, l'histoire de la pensée islamique n'est pas rétive à la raison, mot cité quarante-cinq fois dans le Coran. ( .. )Autant que l'islam, le christianisme a eu partie liée, dans son histoire, avec la violence. Mais Benoît XVI n'entend pas dialoguer à la manière de Jean Paul II, champion des assemblées de prière comme à Assise, en Italie. .. En outre, le chef de l'Eglise catholique ne peut rester sans réaction devant la situation des chrétiens en terre d'islam. ».(2)
Combien est dérisoire et injuste ce plaidoyer pro-pape ! Selon l’éditorialiste le pape ne se sent pas concerné par les milliers de morts de la main des militaires de la coalition du fait que ces morts ne sont pas rattrapés par l’Evangile, comme les indiens exterminés par les troupes espagnoles et portugaises. Une centaine de morts musulmans par jour en Irak qui dit mieux ? En Afghanistan 350 morts en une semaine, il y a quinze jours qui s’en soucie ? Sont-ce des humains ont t-ils droit à la vie ? Rappelons au pape et au professeur Ratzinger que la violence est aussi inhérente au Christianisme qui l’a élevé au raison d’une science exacte. Ecoutons le docteur Lebon « La conduite du khalife Omar, à Jérusalem nous montre avec quelle douceur les conquérants arabes traitaient les vaincus et contraste singulièrement ave les procédés des croisés, dans la même ville quelques siècles plus tard. Omar ne voulut entrer dans la cité qu’avec un petit nombre de ses compagnons. Il demanda au patriarche Sophronius de l’accompagner dans la visite qu’il voulut faire dans tous les lieux consacrés par la tradition religieuse et déclara ensuite aux habitants qu’ils étaient en sûreté, que leurs biens et leurs églises seraient respectées et que les mahométans ne pourraient faire leurs prières dans les églises chrétiennes. ».(3).
Parlant du massacre opéré lors de la première croisade le 15 juillet 1099, Lebon cite : Raymond d’Agiles, chanoine du Puy :« Quand les nôtres, furent maîtres des remparts et des tours, on vit des choses étonnantes ( !) Parmi les Sarrasins, les uns avaient la tête coupée, et c’était le moins qui put leur arriver ( !) les autres percés de traits, se voyaient forcés de s’élancer du haut des murailles ; d’autres après avoir longtemps soufferts étaient livrés aux flammes. On voyait dans les rues et sur les places de Jérusalem, des monceaux de têtes, des mains et des pieds. Partout on ne marchait qu’à travers des cadavres ». Le Chanoine donne du massacre de 10.000 musulmans réfugiés dans la mosquée d’Omar, la description suivante : « Il y eut dit-il tant de sans répandu dans l’ancien Temple de Salomon que les corps morts y nageaient portés çà et là sur le parvis ; on voyait flotter des mains et des bras coupés qui allaient se joindre à des corps qui leurs étaient étrangers, de sorte qu’on ne pouvait distinguer à quel corps appartenait un bras qu’on voyait se joindre à un tronc ». (3. p.249).
Lebon conclut : « Une des plus funestes conséquences des croisades fut d’avoir établi pour des siècles l’intolérance dans le monde… Habitué à verser le sang, le clergé appliqua bientôt à la propagation de la foi et à l’extinction des hérésies les procédés d’extermination appliqués aux infidèles. Les massacres des Juifs, des Albigeois et des diverses catégories d’hérétiques, l’inquisition, les guerres de religion furent les conséquences du funeste esprit d’intolérance développé par les croisades ».
Il est immoral venant d’un pape d’instrumentaliser les écritures en sortant un verset de son contexte Ainsi dans l’institution du Djihad, on y trouve ce verset:" Combattez dans la voie de Dieu, contre ceux qui vous combattent, mais ne commettez pas d'injustice d'attaquer les premiers, car Dieu n'aime pas les injustes" Coran : Sourate 2 verset 185 -187 Il faut retourner au contexte, à l'époque du Prophète, les batailles ont été menées parce qu'ils ont été rejetés de la Mecque. Ils ont du s'exiler à Médine. Muhammad et les croyants ont été chassé de leur demeure après avoir subi d'impitoyables persécutions. Après dans les analyses du djihad, on constate que dans la Bible, le combat pour la cause de Dieu est plus radical. On cite:
Mathieu fait dire au Christ: "Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix, sur terre, je ne suis pas venu y apporter la paix, mais l'épée." (Evangile selon Mathieu, X, 34),
"Je suis venu jeter le feu dans la terre, et qu'est-ce que je désire, sinon qu'i s'allume !" ( Evangile selon Saint Luc, XII, 49) " " Si quelqu'un vient à moi, et ne hait oint son père et sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs,et même sa propre vie, il ne peut-être mon disciple" ( Evangile selon saint Luc, XIV,26). Doit-on pour autant verser dans la facilité et rendre le Christ du malheur du monde généré en son nom ? A ce propos la Bible parle expressément de Kherem (extermination). Ainsi, L’Abbé Pierre, écrit : «Tout a commencé, pour moi, dans le choc horrible qui m’a saisi lorsque après des années d’études théologiques, reprenant pour mon compte un peu d’études bibliques, j’ai découvert le livre de Josué. Déjà un trouble très grave m’avait saisi en voyant, peu avant Moïse apportant des «Tables de la loi» qui enfin disaient «Tu ne tueras pas» voyant le Veau d’or, ordonner le massacre de 3 000 gens de son peuple. Mais avec Josué je découvrais (certes conté des siècles après l’événement) comment se réalisa une véritable «Shoah» sur toute vie existant sur la «Terre promise». [...]. La violence ne détruit-elle pas tout fondement de la Promesse ?» En fait, du massacre des populations du pays de Canaan à la fondation de l’Etat d’Israël, l’abbé Pierre suggère la récurrence du même geste exterminateur d’un peuple bourreau : «Je constate écrit-il, qu’après la constitution de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux». .. Cette «purification ethnique» devenue systématique dans l’Etat d’Israël d’aujourd’hui, découle du principe de la pureté ethnique empêchant le mélange du sang Juif avec le «sang impur» de tous les autres [...] Ce racisme, modèle de tous les autres racismes, est une idéologie de domination de différents peuples.»
Les protestations inaudibles et inutiles du monde musulman
Le monde musulman clame, unanime, son indignation comme il y a six mois, lors de la publication de caricatures de Mahomet. Un avis partagé par le New York Times. "Le monde écoute avec attention les propos de chaque pape. Et il est tragique et dangereux que l'un d'eux sème la douleur, soit délibérément, soit par négligence. Selon le Premier ministre turc Tayyip Erdogan, "Le pape a parlé davantage en homme politique qu'en homme de religion. Ses propos sont affreux et malheureux. Le pape doit faire marche arrière pour préserver la paix entre les religions". Il doit présenter des excuses profondes et convaincantes, démontrant que les mots peuvent aussi guérir." Pour Salman al Odeh, l'une des principales personnalités religieuses d'Arabie saoudite, "Comment le pape peut-il insinuer que les musulmans sont à l'origine du terrorisme dans le monde alors que ce sont les adeptes du christianisme qui attaquent les pays du monde islamique ?". "Qui a attaqué l'Afghanistan et envahi l'Irak ? (...) Les déclarations du pape visent à couvrir l'injustice et l'agression menée par le gouvernement américain contre les musulmans", a-t-il dit. Le cheikh d'al-Azahr, plus haute autorité de l'islam sunnite dans le monde, Mohammed Sayyed Tantaoui a estimé samedi que les propos du pape Benoît XVI traduisaient "une ignorance de l'islam".
La vraie position du pape concernant l’Islam.
Le moins que l’on puisse dire est que le pape Benoit XVI ne croit pas au dialogue avec l’Islam déjà bien avant qu’il ne soit pape. Pour un pape qui parle à la fois en tant que chef de l'Eglise catholique et chef d'Etat, il s'agit d'un dangereux parti pris qui est loin de l’esprit de Vatican II Comment une personnalité disposant d'un tel magister moral et d’un impact médiatique a-t-elle pu avoir si peu le sens diplomatique. Il est hors de doute que ce sont des propos bien étudiés dans le cadre d’une conférence minutieusement préparée. On comprend dans ces conditions que les regrets ne règlent rien. Pourtant il reconnaît que dans un entretien à la Republica en 2004 : « l'islam est en mesure d'offrir une base spirituelle vitale pour la vie des peuples, une base spirituelle qui semble bien avoir échappé des mains de la vieille Europe». Mais il souligne aussi les différences, d'où son hostilité à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Peu avant d'être pape, il répétait encore : «Historiquement et culturellement, la Turquie a peu en commun avec l'Europe [...]. Il serait mieux qu'elle devienne un pont avec le monde arabe ou qu'elle forme avec lui son propre continent culturel.»
Le pape Benoit XVI passe pour être très conservateur. Les theoconservateurs, veulent entre autres que l'Eglise prenne une position beaucoup plus ferme envers l'Islam. En 2004, Ratzinger s'est prononcé contre l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. «L'Europe est un continent culturel, pas géographique» a-t-il dit. Dans son fameux document Dominus Jesus, Ratzinger a écrit il y a 5 ans que la doctrine catholique est la seule juste. (4).
Déjà le 9 janvier 2006 Le pape avait déclaré que : « La raison en est que, contrairement au Judaïsme et au Christianisme, qui considèrent la Bible comme étant inspirée par Dieu à des êtres humains, et donc sujette à interprétation, l'Islam croit que le coran est la parole littérale et directe de Dieu...Spengler, l'auteur de l'article rapportant cette parole de Benoït XVI est étonné du silence des médias occidentaux sur cette déclaration du pape..(1)
Lorsqu'il était cardinal, Josef Ratzinger ne s'est pas beaucoup exprimé sur l'islam. Dans un entretien à L'Express (20 mars 1997), il laissait transparaître, en une phrase, une vision essentialiste : "L'islam ne peut pas renoncer à sa volonté intrinsèque d'être un élément décisif de l'ordre public." Il a signé, en septembre 2000, la fameuse déclaration Dominus Jesus, dont les termes paraissent en contraste avec les discours de Jean Paul II. Selon ce document, les religions non chrétiennes ne constituent pas à proprement parler une foi, mais "une expérience religieuse encore à la recherche de la vérité absolue, et encore privée de l'assentiment à Dieu qui se révèle". (5).
« Inquiet de la montée de l'islam dit intégriste, Benoît XVI a pris ses distances avec le troisième des monothéismes en faisant fusionner le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux - qui comprenait l'islam - avec celui de la culture, débarquant du même coup le président dudit conseil, Mgr Michael Fitzgerald, connu pour sa sympathie envers les musulmans. » (6).
Allant plus loin il prône une évangélisation musclée. Propager la parole du Christ, a-t-il souligné, est plus important encore que toutes les aides au développement accordées aux pays pauvres de la planète. "Quand nous apportons aux autres seulement la connaissance, le savoir-faire, la compétence technique et les instruments, nous ne leur apportons pas assez." Citant l'exemple de l'Eglise catholique en Allemagne, l'une des plus riches au monde, il a remarqué que si elle se montrait généreuse dans l'aide au développement, elle ne faisait peut-être pas assez pour diffuser l'Evangile. "L'évangélisation devrait être la priorité", a-t-il dit. (7).
Voilà tout est dit, Il faut indexer l’aide au développement à la nécessité de perdre son âme ou de gagner le paradis, c’est selon. Cela nous rappelle un certain cardinal Lavigerie qui avait sévit en Algérie ; on lui doit notamment la conversion forcée d’enfants, la distribution du pain et de nourriture à l’obligation de se convertir à des populations affamées.

Conclusion
.Pourtant, beaucoup de chrétiens d'ouverture attendent de Benoît XVI qu'il prenne le contre-pied d'une lecture essentialiste et culturaliste, formulée en termes de "choc des civilisations" , qui tend à opposer l'Occident "judéo-chrétien" à la sphère musulmane, exclusivement perçue à travers le prisme de l'islamisme politique. Josef Ratzinger est-il le mieux préparé à cette tâche ?
L’esclavagisme et le colonialisme sauvage en Afrique et en Amérique n’avaient-ils pas pour vocation avouée la christianisation des sauvages? Cinq ans après le 11 septembre, face aux vagues croissantes d'islamophobie, on aurait pu attendre du pape un discours plus mesuré sur la religion musulmane et une réaffirmation du refus de l'amalgame entre islam et islamisme. L'obsession de ce pape allemand est l'effondrement de la foi et de la mémoire des racines chrétiennes dans une Europe "sourde" à Dieu. Une Europe sécularisée qui s'affaiblit par rapport à un islam jugé à tort, conquérant.
Souvenons-nous Le concile Vatican II (1962-1965) avait marqué une étape décisive dans les relations islamo-chrétiennes. "Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans, qui professent avoir la foi d'Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour." En 2006, changement : « Il est fréquent d'entendre, écrit Xavier Ternisien dans les milieux chrétiens, des jugements à l'emporte-pièce tels que : "Nous n'avons pas le même Dieu..." Au contraire, le secrétariat pour les relations avec l'islam (SRI) de la Conférence des évêques vient de publier un Manuel de prières communes pouvant être récitées, en particulier, par des couples mixtes, "dans le respect mutuel de la foi de chacun" . Les défenseurs d'un tel dialogue, fondé sur l'expérience spirituelle, se défendent d'être des "naïfs" . Ils veulent continuer de parier sur ce qu'il y a de meilleur dans la foi musulmane. Trouveront-ils encore des soutiens à Rome ?
Encore une fois,le monde musulman est pris en défaut, nos savants en religion devraient réfuter les arguments point par point montrer que l’Islam est d’abord une religion de la tolérance et non pas verser dans l’émotion : feu de paille. Les débats sur la raison ont jalonné l’histoire de l’Islam. Il n’est que de citer Ibn Rochd . A nous de revivifier el Ijtihad en trouvant les réponses adéquates au défi de ce XXIe siècle.

1.AFP. Les propos du pape sur l'islam suscitent des remous dans le monde musulman
2.Edito : Benoît XVI et islam Le Monde du 16 09 2006
3.Dr Gustave Lebon : La civilisation des Arabes. p. 99.Edit. Sned. Imp. Inag Syracuse. 1969
4.Kurt Coppens : Le panzercardinal Ratzinger devient le pape Benoît XVI www.ptb.be/scripts/article.phtml?section=A1AA&obid=26924 27-04-2005
5.Xavier Ternisien : Les déçus du dialogue . Le Monde sept. 2006
6.Claire Chartier : Le pape tranquille L'Express du 13/04/2006
7. .Reuters :Le pape déplore la déchristianisation de l'Occident 10 septembre 2006.



Mercredi 20 Septembre 2006

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