Conflits et guerres actuelles

Ben Laden est revenu, pas l’esprit critique


Décryptage


Samedi 4 Février 2006

 

Le 19 janvier 2006, la chaîne d’information continue Al Jazeera diffusait un enregistrement d’un discours attribué à Oussama Ben Laden. C’était la première fois depuis 13 mois qu’il s’exprimait et les analystes et experts médiatiques ont bien vite été légion à commenter et à interpréter ses déclarations, sans jamais remettre en cause leur authenticité.
Le leadership d’Oussama Ben Laden, terroriste fondamentaliste musulman, sur Al Qaïda, organisation tentaculaire responsable des attentats du 11 septembre 2001, d’opérations en Europe et commanditaire des attaques contre les troupes états-uniennes en Irak est un dogme qui ne peut être remis en cause dans les médias dominants. Et comme tout dogme, il se fonde sur la foi, pas sur les faits. Pourtant, si on examine les faits, les éléments démentant l’existence d’Al Qaïda ou son antagonisme réel avec Washington se multiplient. De plus en plus d’experts et d’analystes contestent la version officielle des attentats du 11 septembre ; des militaires de hauts rangs comme l’ex-chef d’état-major russe, le général Ivashov, réfute l’existence du « terrorisme international » ; les résistants irakiens nient la présence d’Al Qaïda en Irak ou assurent qu’il s’agit d’agents provocateurs de l’occupant. Mais ces éléments n’entrent pas en ligne de compte de l’analyse médiatique des commentaires de l’enregistrement d’Oussama Ben Laden.

Sur son site internet, Al Jazeera reprend les éléments « marquants » de l’intervention de « l’ennemi public numéro un » des États-Unis. Les extraits reproduits laissent penser que l’enregistrement ressemble plus à un pastiche des critiques des adversaires de l’administration Bush à l’encontre de la politique de la Maison-Blanche que le texte d’un intégriste wahhabite. La voix sur l’enregistrement menace également les États-Unis de nouveaux attentats de grande ampleur mais, de façon surprenante, propose une « trêve » à Washington afin de reconstruire l’Irak et l’Afghanistan.

Ce message arrive à point nommé pour l’administration Bush. En effet, les nouvelles menaces d’attentats interviennent moins de deux semaines avant le vote du Congrès sur la reconduction du Patriot Act, texte liberticide adopté au prétexte de défendre le sol états-unien contre de nouveaux attentats et peu de temps avant que George W. Bush ait à prononcer son discours sur l’état de l’union (sur lequel nous reviendrons dans une prochaine édition).
Quoi qu’il en soit, les milieux républicains n’ont pas tardé à capitaliser sur cette cassette pour exiger l’adoption de nouvelles mesures sécuritaires, dont le lien avec « Al Qaïda » semble parfois tiré par les cheveux. Par exemple, la consultante et lobbyiste républicaine, Salena Zito, s’appuie en partie sur cette cassette dans The Post Chronicle pour affirmer qu’Al Qaïda est une menace importante, qu’il faut surveiller les frontières et pour réclamer de nouvelles mesures pour interdire la frontière aux… immigrants latino-américains, le nouveau cheval de bataille de Samuel Huntington et de ses partisans.

Fermant les yeux sur ce suspect opportunisme, les experts médiatiques et les éditorialistes préfèrent se concentrer sur la question de la trêve évoquée dans l’enregistrement diffusé par Al Jazeera. On assiste ainsi à de grands débats sur l’opportunité d’accepter ou non cette « main tendue » et sur ce que cette proposition laisse envisager de la situation actuelle d’Al Qaïda. Ce faisant, une grande question est évacuée : pour qu’il y ait une trêve ou un cessez-le-feu, il faut qu’il y ait un affrontement, or, où se situe l’affrontement entre Washington et Al Qaïda ? Dans quelle partie du globe voit-on un combat entre des soldats d’Al Qaïda et des militaires états-uniens ? En outre, rappelons que si Al Qaïda a d’abord été présentée comme une structure pyramidale, on en a progressivement fait une simple idéologie ou « une nébuleuse », ce qui dispensait d’apporter des éléments prouvant l’existence d’une organisation précise. Dans ce cas, comment peut-on faire une trêve avec une idéologie ? Doit-on déduire de cette offre qu’après avoir été prié de croire à l’existence d’une super organisation terroriste, puis de ne plus y croire, il faut y croire à nouveau ?
Les auteurs de tribunes évitent consciencieusement de répondre à ces questions. Beaucoup s’abstiennent de désigner les champs de bataille ou la lutte entre Al Qaïda et les États-Unis feraient rage ou désignent comme ligne de front de la lutte des théâtres d’opération sans autres liens entre eux que la présence états-unienne.
La seule chose qui compte est d’interprétée la proposition de « trêve », mais sans sortir du dogme.

Le Christian Science Monitor publie la seule tribune que nous ayons relevée proposant d’accepter la proposition de trêve. Son auteur, l’universitaire Douglas A. Borer, affirme qu’historiquement, de nombreux États ont dû négocier avec des terroristes et que les États-Unis gagneraient à obtenir une trêve pour repenser leur stratégie en direction des musulmans et priver Al Qaïda de recrues. L’auteur est isolé sur cette position, mais il partage les représentations des autres analystes sur Al Qaïda, c’est-à-dire qu’il est bien en peine de définir ce mouvement et ses centres d’action. Ainsi, quand, pour justifier son propos, il cherche à donner des exemples de négociations entre des États et des terroristes, il mélange allègrement des négociations entre États, entre États et mouvements séparatistes ou encore des processus de décolonisation. Bref, il mélange un fatras d’éléments disparates qui illustre son incapacité à donner une définition du « terrorisme », et plus encore de la nature d’Al Qaïda.

Les autres analystes refusent d’imaginer la signature d’une trêve avec Al Qaïda mais sont en désaccord sur ce que cette proposition sous-entend.
Pour certains, il s’agit avant tout d’un message en direction des populations musulmanes.
Les deux anciens responsables démocrates du Conseil de sécurité national états-unien, Daniel Benjamin et Steven Simon présentent cette cassette dans le New York Times comme une fanfaronnade visant à regonfler le moral des troupes « jihadistes ». Ils affirment que Ben Laden souhaite se présenter comme l’unique responsable des malheurs des États-Unis dans le monde et ainsi assurer sa promotion dans le monde musulman. Par conséquent, les deux auteurs affirment qu’il est urgent de repenser le combat idéologique contre la promotion du jihadisme.
L’éternel alibi arabe des milieux néo-conservateurs, le président de la World Lebanese Organization, Walid Phares, voit, lui aussi, dans la cassette un moyen de regonfler le moral des troupes après une année difficiles pour les « jihadistes ». Dans le Washington Times, l’auteur affirme que les défaites d’Al Qaïda sont les élections en Afghanistan et en Irak et… la « révolution du Cèdre ». Doit-on conclure avec lui qu’Al Qaïda est lié au régime syrien après avoir été accusé d’être associé aux Talibans, puis à Saddam Hussein ? Cependant, contrairement à MM. Benjamin et Simon, l’expert de Benador Associates, tresse les louanges de la politique de séductions de la population arabo-musulmane et affirme qu’aujourd’hui, elle porte ses fruits.

Certains analystes s’appuient sur l’enregistrement pour vanter les mérites de la « guerre au terrorisme »… et dénoncer ses détracteurs.
Le chercheur de la Hoover Institution, Victor Davis Hanson, estime dans le Chicago Tribune que cette cassette et cette proposition de trêve sont un aveu de faiblesse de Ben Laden. Il en veut pour preuve une succession d’évènements sans rapports entre eux : le nombre de « terroristes » tués en Irak, la « révolution du Cèdre » au Liban, les bombardements sur les zones rebelles à la frontière pakistano-afghane, les pressions sur la Syrie et l’Iran et le récent discours sur la dissuasion nucléaire de Jacques Chirac. M. Hanson note également que désormais Ben Laden aurait des accents proches du discours des adversaires états-uniens de l’administration Bush. Il en déduit que l’organisation n’aurait plus comme seul espoir que de pousser les États-Unis à abandonner la lutte en flattant les mouvements anti-guerre. Cet argument est la réactualisation de la vieille accusation conservatrice concernant la défaite états-unienne au Vietnam : les États-Unis étaient en train de gagner la guerre, mais ils n’ont pu aller jusqu’au bout à cause de l’action démoralisante et défaitiste des mouvements pacifistes. L’arme d’Al Qaïda aujourd’hui, serait donc à nouveau ce discours qui a fait perdre "le Vietnam".
L’éditorialiste multicarte et expert (comme MM. Hanson et Phares) de Benador Associates, Amir Taheri, développe dans Gulf News une analyse assez comparable. Ben Laden espère que le discours anti-guerre aux États-Unis va l’emporter et qu’il pourra alors prétendre que c’est une victoire qui lui revient. L’auteur estime aussi que cette cassette illustre une division à l’intérieur d’Al Qaïda entre les partisans d’une stratégie d’invasion des pays musulmans, comme Zawahiri, et Ben Laden qui souhaite organiser de nouveaux attentats aux États-Unis… si du moins c’est bien Ben Laden qui a diffusé cette cassette, l’auteur n’excluant pas que ce dernier soit mort et que certains diffusent des messages en son nom.
Dans La Gazette du Maroc, le fondateur de l’Observatoire du monde arabe, le Phalangiste libanais, Antoine Basbous, voit lui aussi un aveu de faiblesse interne de Ben Laden dans ses déclarations et spécule même sur son état de santé. Il affirme tout connaître des débats internes d’Al Qaïda. Ben Laden serait en train de perdre de son influence dans on propre camps face à Zarkaoui et aurait du mal à garder le contrôle de l’organisation même si, dans le même temps, il n’a plus besoin de contrôler une idéologie qu’il a largement développée. Quoi qu’il en soit, en se montrant menaçant vis-à-vis des États-Unis, Ben Laden démontrerait aux opposants de George W. Bush qu’ils ont tort de minimiser la menace.

Comme on le voit, les milieux soutenant l’action de l’administration Bush et la « guerre au terrorisme » ont quasiment monopolisé les analyses sur le sujet, en profitant bien souvent pour s’en prendre à leurs adversaires politiques. Comme souvent, l’ancien administrateur de l’U.S. Institute of Peace et président du Middle East Forum, Daniel Pipes, va plus loin que les autres analystes et s’appuie sur l’enregistrement pour accuser, une fois de plus, la gauche états-unienne de collusion avec l’islamisme.
Dans le New York Sun, Frontpage Magazine et le Jerusalem Post, il s’appuie sur la référence d’Oussama Ben Laden au livre L’État voyou pour dénonce les positions de son auteur, William Blum, et tenter de décrédibiliser son travail sur les crimes de l’impérialisme états-unien. Pipes assure que cela fait de Blum, et de tous ceux qui ont apprécié son travail, un allié objectif du « jihadisme ». L’auteur réadapte au goût du jour et à l’actualité récente une thèse habituelle qui veut que chaque mouvement pacifiste soit manipulé par l’ennemi par naïveté ou en vertu d’un pacte secret. Cet axe de propagande n’est pas propre aux États-Unis et a été repris en France au travers du discours sur la « division de la gauche ».

Malheureusement, cette propagande trouve des alliés involontaires chez ceux qui, par aversion pour les crimes commis par l’administration Bush, finissent par trouver sympathique Oussama Ben Laden en raison de sa pseudo-opposition à Washington.
Ainsi dans le journal qatari Al-sharq, le journaliste libanais Yasser Al Zaratra se réjouit des propos tenus sur cette cassette et regrette juste que Ben Laden n’ait pas proposé la trêve au nom de toute la nation musulmane. Se faisant, l’auteur présente un agent de la CIA comme le leader de la lutte anti-impérialiste arabo-musulmane. Il assure que les États-Unis ne peuvent pas vaincre Al Qaïda qui est une structure trop souple pour être détruite même si on tue son dirigeant.

Pourtant, certains analystes voient les failles dans les demandes de Ben Laden et la vulgate concernant Al Qaïda, mais ils refusent de réfuter l’existence de l’hydre.
Ainsi le rédacteur en chef du journal Asharqalawsat, Abdelrahmen Al Rachid, affirme que Ben Laden demande une trêve parce qu’il ne contrôle plus rien et il constate que, de toute évidence, Ben Laden ne contrôle pas ce qui se passe en Irak. L’éditorialiste comprend bien qu’il n’y a pas de liens directs entre les actions attribuées à Al Qaïda dans ce pays et Oussama Ben Laden, mais il se refuse à faire un pas supplémentaire dans cette logique et à se poser la question de l’existence même d’Al Qaïda.
Sur Selves and Others, le romancier et dramaturge William Schroder, estime qu’une trêve n’a pas de sens puisque les États-Unis ne veulent pas la paix, mais le contrôle des dernières ressources énergétiques. Il assure que la guerre au terrorisme n’est que le moyen et la justification pour s’imposer au Proche-Orient face à la Russie et la Chine. Il est donc impossible que les États-Unis acceptent une trêve avec Ben Laden. Cependant l’auteur refuse d’imaginer que Ben Laden n’a pas forcément offert sans raison un prétexte au contrôle militaire du « Grand Moyen-Orient » par les États-Unis.

Pris au piège du mythe du 11 septembre 2001, même les analystes critiques refusent d’examiner l’accumulation des incohérences autour du dogme Al Qaïda.

Réseau Voltaire




  

« Ben Laden offre une trêve aux Américains »

Auteur Oussama Ben Laden


 Ancien financier des moudjahidins contre les Soviétiques pour le compte des États-Unis et de l’Arabie saoudite lors de la première Guerre d’Afghanistan, [Oussama Ben Laden] est un personnage controversé. Il est considéré par les uns comme l’organisateur des attentats du 11 septembre 2001 et par d’autres comme un agent provocateur des services secrets états-uniens. Il est recherché par le FBI pour les attentats de Dar Es Salam et Nairobi mais pas, officiellement, pour les attentats du 11 septembre 2001.

Source Al Jazeera.net (Qatar}
Référence « Bin Laden offers Americans truce », par Oussama Ben Laden, Al Jazeera.net, 19 janvier 2006. Ce texte est adapté d’une retranscription partielle d’un texte attribué à Oussama Ben Laden.

Résumé Il n’y a pas eu de nouvelles opérations d’Al Qaïda sur le sol américain, non pas parce que nous ne le pouvons pas, mais parce que nous sommes en train de les préparer, vous le verrez bientôt.
Ce message traite des guerres en Irak et en Afghanistan et des moyens d’y mettre fin. Votre président vous désinforme, mais les sondages montrent qu’une majorité des Américains veulent un départ d’Irak. Nous savons qu’une majorité des Américains souhaite la paix et ne veut pas combattre les musulmans. Mais George W. Bush préfère l’ignorer. Pendant ce temps, nous devenons de plus en plus forts tandis que vous vous affaiblissez.
Nous proposons une trêve qui permettra d’apporter la sécurité en Irak et en Afghanistan afin de reconstruire ces pays. Cela privera les seigneurs de guerre qui ont financé les campagnes électorales de George W. Bush de gagner des centaines de millions de dollars dans ces conflits.
Si votre désir de paix, de stabilité et de réconciliation est réel, alors répondez à notre appel.
 

« Sur la frontière, la menace est réelle et urgente « 

Auteur Salena Zito

Consultante politique free-lance, Salena Zito a travaillé pour l’équipe de campagne du parti Républicain états-unien et est très liée à certains conseillers importants de la Maison-Blanche. Elle écrit régulièrement des tribunes et commentaires dans la presse de centre droit aux États-Unis.

Source The Post Chronicle (États-Unis)
Référence « Down On The Border The Threat Is Real and Urgent », par Salena Zito, The Post Chronicle, 29 janvier 2006.

Résumé Si jamais vous vous baladez avec les gardes-frontière après la tombée de la nuit, dans le comté d’El Paso, au Texas, sur la frontière avec le Mexique, révisez vos acronymes. Car, une fois sur place, vous allez être bombardé de OTMs, de MS-13s et de SIAs.
Pour ceux qui n’ont pas révisé : Un OTM est un immigré illégal autre que Mexicain. Les MS-13s sont des membres de la confrérie mafieuse salvadorienne Mara Salvatrucha. Les 13 indiquent la région de Los Angeles où le groupe a fait alliance avec le gang de la Mafia mexicaine, une fraternité ultra-violente née dans les prisons. Enfin il y a les SIA (étrangers particulièrement intéressant), les ressortissants étrangers de pays où Al Qaïda est réputé être présent. Il est facile de cataloguer et décrire ainsi ces clandestins ; par contre connaître leurs intentions est une autre histoire.
Oui, quand on parcourt la frontière et qu’on observe les mouvements de ces clandestins à travers des jumelles à vision nocturne, on comprend qu’on est en face d’un problème complexe sans solution simple. Il ne fait aucun doute qu’il faut des agents additionnels pour patrouiller la frontière. Mais il faut temps pour les recruter et les former. Et le coût budgétaire est tel que la majorité des fonctionnaires et élus reculent devant la tâche. Ont-ils déjà oublié la dernière petite bande sonore qu’Oussama Ben Laden nous a fait livrer à dos d’âne depuis les montages où il se cache ?
Les organisations mexicaines de trafic humain se font payer en moyenne 25 000 US$ pour faire passer la frontière à des ressortissants du Moyen Orient. Et aucun de ces fauteurs de troubles n’est recommandable — qu’il s’agisse de membres d’Al Qaïda, de MS-13s, d’OTMs et de SIAs tous ont les pires intentions pour notre pays.
La menace que ces individus font peser sur notre sécurité nationale et sur notre mode de vie est réelle. Il est urgent d’y répondre. La menace est déjà présente, parmi nous, au cœur de notre pays. Car ce qui se passe à la frontière ne reste pas cantonné là bas. Et il se peut fort bien que le danger soit déjà en route vers votre quartier, votre voisinage. La menace est déjà près de chez vous.
 

« Pourquoi ne pas tester l’offre de trêve de Ben Laden ? »

Auteur Douglas A. Borer

Douglas A. Borer est professeur à la Naval Postgraduate School de Monterey. Il est l’auteur de Superpowers Defeated : Vietnam and Afghanistan Compared.

Source Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « Why not test bin Laden’s ’truce’ offer ? », par Douglas A. Borer, Christian Science Monitor, 25 janvier 2006.

Résumé L’une des plus graves décisions qu’un président des États-Unis est obligé de prendre est de partir en guerre. Mais cette décision difficile l’est moins que de faire la paix avec un ennemi qu’on n’a pas vaincu. Suite à la diffusion d’une cassette de Ben Laden proposant une trêve, le président a le choix entre reprendre les vieux clichés moribonds « nous ne négocions pas avec les terroristes » ou bien réorienter la politique globale dans un sens servant mieux les intérêts nationaux états-uniens.
Il faut dire la vérité : tous les pays, y compris les États-Unis, ont négocié à un moment ou un autre avec des terroristes. Rabin a négocié avec Arafat, Reagan avec l’Iran pour faire libérer les otages. L’Indonésie avec les terroristes de Aceh et le Royaume-Uni avec l’IRA. Les États-Unis sont parvenus à un accord avec Khadafi. Aujourd’hui, nous éliminons les dirigeants d’Al Qaïda, mais cela n’a pas d’impact sur la colère des musulmans et l’invasion de l’Irak a encore développé les capacités de recrutement des terroristes. Si l’on veut les empêcher de séduire de nouveaux membres, il faudra négocier avec eux tôt ou tard.
Si ben Laden ne répond pas aux négociations, comme c’est probable, George W. Bush montrera la duplicité du dirigeant d’Al Qaïda et si les négociations échouent, nous renverrons les drones Predator.
 

« La grande fanfaronnade d’Al Qaïda »

Auteurs Daniel Benjamin, Steven Simon


 Daniel Benjamin est associé au Center for Strategic and International Studies. Lui et Steven Simon sont co-auteurs de The Age of Sacred Terror. Ils ont été membres du National Security Council (1994-1999) sous l’administration Clinton.
Ancien expert de l’International Institute for Strategic Studies et directeur pour les menaces transnationales au National Security Council, Steven Simon est analyste à la Rand Corporation et co-auteur avec Daniel Benjamin de The Next Attack : The Failure of the War on Terror and a Strategy for Getting It Right.

Source New York Times (États-Unis)
Référence « Al Qaeda’s Big Boast », par Daniel Benjamin et Steven Simon, New York Times, 25 janvier 2006.

Résumé Si, en diffusant sa cassette, Ben Laden espérait jauger les réactions de ses ennemis et leur compréhension de sa logique ; il a découvert qu’il n’était pas plus compris qu’au moment du 11 septembre 2001. Ainsi, la plupart des médias ont vu dans sa cassette une tentative de négociation et donc une preuve de faiblesse. En réalité, Al Qaïda continue de demander un retrait états-unien des territoires musulmans avant la trêve. Ce qu’il demande donc, c’est une capitulation totale. L’auteur de l’attaque du 11 septembre n’a jamais pensé ouvrir des négociations.
Si les États-Unis avaient écouté avec les oreilles de ceux à qui ce message est vraiment destiné, les musulmans, ils auraient entendu un tout autre message. Ils n’auraient pas vu un Ben Laden faible mais un ben Laden clamant être responsable des difficultés des États-Unis en Irak et se montrant magnanime. Il est difficile de savoir quelle influence aura cette cassette sur le monde musulman. Mais on note que des groupes sans liens avec Ben Laden reprennent ses méthodes à Londres ou Madrid et que le djihadisme indigène se développe en Irak. La Guerre d’Irak a développé l’extrémisme et il faut le combattre idéologiquement. Cela doit bien plus nous intéresser que les pseudos offres de trêves.
 

« Le message sans erreur d’Oussama »

Auteur Walid Phares


 Américain d’origine libanaise, Walid Phares est professeur d’études moyen-orientales et analyste sur les questions de terrorisme pour MSNBC. Il est expert du cabinet Benador Associates et bénéficie d’une bourse de la Foundation for the Defense of Democracies, un think-tank créé par l’ex-patron de la CIA James Woolsey. Il préside la World Lebanese Organization qui milite pour la création d’un Liban exclusivement chrétien à côté d’un Israël exclusivement juif.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence « Osama’s unmistakable message », par Walid Phares, Washington Times, 25 janvier 2006.

Résumé Dans sa dernière cassette audio, le seigneur d’Al Qaïda a appliqué une nouvelle politique éditoriale. Il s’est d’abord voulu rassurant pour les djihadistes qui, sur les forums internet, s’inquiètent de leur chance de gagner la « guerre contre les infidèles ». Ben Laden les rassure en se référant à des textes de Zawahiri et de Zarquaoui. Mais 2005 n’a pas été une bonne année pour les djihadistes : des millions de femmes ont voté en Afghanistan et en Irak, la révolution du Cèdre a eu lieu au Liban et des débats sur la démocratie font rage chez les Arabes sur internet. Les jeunes Arabes se tournent de plus en plus vers la liberté.
Face à cela, Ben Laden a dû sortir de sa caverne, tenter de rassurer ses troupes et d’affaiblir le moral de son ennemi. Pour cela il reprend des éléments du débat politique états-unien dans son discours avant de menacer les États-Unis de nouvelles attaques. Enfin, il finit par proposer aux États-Unis une trêve si les États-Unis se retirent des terres musulmanes et reconnaissent Al Qaïda comme le représentant de ces pays. Ben Laden demande à être traité comme un calife.
 

« Déconstruire les éléments du discours de Ben Laden »

Auteur Victor Davis Hanson


 Historien militaire, Victor Davis Hanson est membre de la Hoover Institution. Il est expert du cabinet Benador Associates.

Source Chicago Tribune (États-Unis)
Référence « Deconstructing bin Laden’s talking points », par Victor Davis Hanson, Chicago Tribune, 27 janvier 2006.

Résumé Nous ne savons pas si la dernière cassette enregistrée par Ben Laden est récente ou pas, mais son discours offre une réflexion intéressante sur l’état d’Al Qaïda aujourd’hui.
Premièrement, les choses doivent vraiment aller mal chez eux, pour que les terroristes nous offrent « une trêve à long terme ». Le camp qui est en train de gagner ne propose jamais une trêve ou un arrêt des combats. Cela ne veut pas dire que nous n’aurons pas encore des batailles difficiles (souvenons nous que la bataille des Ardennes et la bataille d’Okinawa ont eu lieu à la fin de la Seconde Guerre mondiale mais qu’elles furent particulièrement meurtrières). Mais regardons où en est Al Qaïda : elle a perdu sa base arrière en Afghanistan, ses dirigeants sont visés sur la frontière avec le Pakistan, un grand nombre de terroristes sont tués en Irak, l’Europe est galvanisée contre le fascisme islamique (la France pense même à employer l’arme atomique contre leurs dirigeants), l’Inde ne tolère pas l’extrémisme islamique, les mécènes du terrorisme comme la Syrie et l’Iran sont des parias internationaux et enfin des milliers de musulmans manifestent au Liban et en Jordanie contre le terrorisme. Ben Laden est même obligé d’employer de piètres excuses pour justifier qu’il ne parvient plus à attaquer les États-Unis sur leur sol.
Ben Laden en est réduit à se raccrocher à la rhétorique des adversaires états-uniens à la guerre en Irak. Il reprend leurs arguments à son compte espérant que notre détermination flanchera. C’est pourquoi il vante les mérites du livre L’État voyou de William Blum. Enfin, il exagère les actions des États-Unis pour aller dans le sens des Américains amateurs d’auto-flagellation.
Bien essayé mais ça ne fonctionnera pas.
 

« Le nouvel enregistrement de Ben Laden joue un autre refrain »

Auteur Amir Taheri


 Amir Taheri est journaliste iranien et rédacteur du journal français Politique Internationale. Il est expert du cabinet Benador Associates à New York. Il a récemment co-écrit Irak : Le Dessous des Cartes avec Patrick Wajsman.

Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « New Bin Laden tape is playing a different tune », par Amir Taheri, Gulf News, 24 janvier 2006.

Résumé Est-ce que Oussama Ben Laden espère obtenir des contrats pour sa firme de construction familiale ? La question n’est pas fantaisiste. Le dernier enregistrement attribué au terroriste fugitif et diffusé récemment par la télévision Al Jazeera est centré sur une offre pour aider à « la reconstruction de l’Afghanistan et de l’Irak ». La valeur totale de ses projets s’élevant à 30 milliards de dollars.
Mais l’enregistrement est il réellement authentique ? Il est certain que ce sont des groupes terroristes ont produit l’enregistrement. Mais est-ce Oussama Ben Laden qui parle ? Ma réponse est non. Ben Laden est déjà mort ou trop effrayé dans son trou pour s’occuper à l’élaboration de contrats. Mais ce n’est vraiment pas le sujet : même si il est vivant, Ben Laden est mort politiquement.
Les créateurs de cet enregistrement devaient avoir plusieurs objectifs. Le premier objectif est de faire croire que Ben Laden est toujours vivant. Dans les derniers mois, il y a eu beaucoup de spéculation dans les médias pour savoir pourquoi on n’entend plus parler de lui depuis novembre 2004. Il était donc nécessaire pour les auteurs de cette cassette de faire parler Al Qaïda, afin de prouver que Ben Laden était toujours vivant. La seconde raison est qu’il faut préparer l’opinion du monde arabe à un retournement de tendance contre les djihadistes en Irak. Maintenant que les sunnites arabes participent au processus démocratique en Irak, la peur des arabes djihadistes étrangers est de devoir faire face à la colère des Irakiens, plus que celle que peut provoquer les opérations lancées par les forces états-uniennes. Finalement, les auteurs de cette cassette essayaient peut être d’encourager un nouvel appel aux États-Unis pour un départ précipité d’Irak. La voix sur la cassette essaye de dire que le parlementaire John Murtha et l’ancien présentateur télé Walter Cronkite ont raison d’exhorter les États-Unis à renoncer à cette victoire en Irak et de s’infliger délibérément eux même une défaite. Si le scénario de Murtha-Cronkite pour arracher la défaite des mâchoires de la victoire était appliqué, les auteurs de cette cassette seraient en mesure de clamer que c’est Al Qaïda qui a sorti les États-Unis du conflit irakien.
Le véritable intérêt de cet enregistrement est qu’il peut révéler la faille profonde dans le mouvement djihadiste. Rappelez-vous des deux derniers enregistrements de Ayman Al Zawahiri, qui est souvent considéré comme le bras droit de Ben Laden. La stratégie de Zawahiri, celle développée depuis ces quatre dernières années, est de conquérir quelques pays musulmans afin de créer une superpuissance islamiste qui pourra conquérir le monde. Pour sa part, Ben Laden, ou celui qui se cache derrière cet enregistrement, rêve toujours d’une opération semblable aux attaques du 11 septembre en Occident, de préférence sur le sol états-unien. Cet enregistrement cherche à gagner du temps en Afghanistan et en Irak pour préparer de nouveaux attentats sur les États-Unis.
Le Ben Laden de cet enregistrement offre un cessez-le-feu, directement adressé aux États-Unis. Une offre précédente de cessez-le-feu aux Européens a été suivie des attaques de Madrid et de Londres et des douzaines d’opérations avortées dans les capitales d’Europe de l’ouest. Ce cessez-le-feu doit donc être considéré comme du cynisme islamique.
 

« Les menaces de Ben Laden rendent service à Bush face à ses détracteurs « 

Auteur Antoine Basbous


 Antoine Basbous est le fondateur et directeur de l’Observatoire des pays arabes à Paris. Il est l’auteur de L’Arabie saoudite en guerre.

Source La Gazette du Maroc (Maroc)
Référence « Les menaces de Ben Laden rendent service à Bush face à ses détracteurs », par Antoine Basbous, La Gazette du Maroc, 23 janvier 2006.

Résumé Face à cette cassette, le premier constat est que Ben Laden était toujours vivant à la fin de 2005. Le deuxième est une interrogation : pourquoi il n’y a pas d’images, pour un homme qui aime tant la télévision et qui sait s’en servir ? Troisième constat, je trouve que sa voix est un peu pâle ; ce qui laisse penser qu’il est peut-être malade, en convalescence ou déprimé. Je me pose aussi la question suivante : après 13 mois de silence, on s’attendait à voir Ben Laden à l’écran, mais, à notre grande surprise, il n’apparaît point. Cela peut signifier qu’il a quelque chose à cacher.
Ensuite, il propose une trêve au peuple américain ; ce qui signifie qu’il veut représenter la sphère arabo-musulmane et qu’il veut devenir l’interlocuteur de cette sphère avec Washington, et donc remplacer tous les chefs d’État aujourd’hui sur la scène. Je note aussi que ces menaces rendent service à George W. Bush face à ses détracteurs qui doivent constater que la menace n’a pas disparu. Avec une menace extérieure, l’opinion publique devient plus tolérante à l’égard des contre-performances de ses dirigeants. Sur le fond, l’aventure américaine en Irak se porte mal. Des pays comme la Syrie et l’Iran encerclent quelque part les Américains en Irak, et Zarquaoui, l’homme de Ben Laden en Irak, torpille l’entreprise américaine dans la région, ce qui engendre une situation défavorable à la stratégie américaine.
Il y a eu extension et consolidation de l’idéologie fondatrice d’Al-Qaida à travers le monde. Aussi, comme nous l’avons vu à Londres en juillet dernier, il est fort possible qu’il y ait des initiatives indépendantes des partisans de Ben Laden. Cela n’empêche pas qu’un autre projet de longue haleine, comme celui de septembre 2001, soit en phase de préparation parce que la concrétisation de ce genre de projets demande beaucoup de temps. En plus, aujourd’hui, Al Qaïda est très surveillée et il est difficile de se mouvoir aussi librement qu’avant le 11 septembre. Donc, il peut y avoir deux fers au feu : l’un qui serait commandité et en préparation par des proches de Ben Laden et l’autre serait une incitation adressée aux partisans de Ben Laden pour qu’ils agissent.
En fait, Ben Laden n’a plus besoin de perpétrer des attentats. Il lui suffit de donner des directives pour que toutes les personnes qui sont embrigadées dans une formation quelconque sous le drapeau du « Takfir « exécutent ses directives. Aujourd’hui ses partisans sont nombreux sans qu’ils soient forcément tous embrigadés dans des cellules dormantes ou actives d’Al-Qaida.
La relation qui existe entre Ousama Ben Laden et Zarquaoui doit être difficile parce que Zarquaoui est devenu presque aussi important que Ben Laden. Tous les jours, il organise des attentats ravageurs, formule des revendications, réalise des cassettes, fait des discours… C’est donc le front réellement actif d’Al-Qaida.
Zarquaoui est devenu très présent et très populaire dans les milieux djihadistes et takfiristes, et peut être aussi qu’il va faire de l’ombre à Ben Laden. Sur le plan doctrinal, il doit y avoir des divergences parce que Ben Laden est plus politique que Zarquaoui. Ben Laden sait quand il faut tenir compte des chiites et quand il peut les frapper, alors que pour Zarquaoui le combat contre les chiites semble être plus prioritaire que le combat contre les Américains, et là, il peut y avoir des divergences dans le choix du meilleur moment pour frapper les « hérétiques » chiites.
La disparition de Ben Laden ne peut mettre fin au terrorisme dans le monde, car ce phénomène connaît une décentralisation et survivra à la disparition des dirigeants actuels. Evidemment, cela prendra d’autres formes. On verra si la succession se fera au profit d’un homme aussi charismatique que Ben Laden et s’il aurait la même légitimité pour éviter toute dispute autour de son héritage qui engendrerait la division ou l’effondrement. Néanmoins, cette doctrine n’a pas été créée par Ben Laden. Seulement voilà, il a été le premier à l’avoir mise en application.
 

« Les brigades gauchistes d’Al Qaïda »

Auteur Daniel Pipes


 Ancien administrateur de l’US Institute of Peace (2003-2005), Daniel Pipes est le fondateur du Middle East Forum et l’auteur de Militant Islam Reaches America. Il est collaborateur de Benador Associates. Pour une biographie détaillée, voir l’enquête que le Réseau Voltaire lui a consacrée.

Sources Jerusalem Post (Israël), Frontpage Magazine (États-Unis), New York Sun (États-Unis)
Référence « Al-Qaeda’s Leftist Brigade », par Daniel Pipes, New York Sun, 24 janvier 2006.
« Osama’s Pen Pal », Frontpage Magazine, 24 janvier 2006.
« The new mujahideen ? », Jerusalem Post, 25 janvier 2006.

Résumé William Blum, un écrivain installé à Washington, s’est réjouit en apprenant qu’Oussama Ben Laden avait mentionné son livre L’État voyou dans un enregistrement audio, affirmant que son livre deviendrait sans doute un best-seller. En effet, son livre n’a pas attendu longtemps avant de passer du 205 763e au 26e rang du classement des livres les plus commandés sur le site de vente en ligne Amazon.com. Et il a enfoncé le clou en affirmant que Ben Laden n’avait pas une attitude moins morale que le gouvernement des États-Unis. Blum décrit la mission de sa vie comme celle de « ralentir l’Empire américain, (…) blesser la bête ». On ne s’étonnera dès lors pas que Noam Chomsky, Oliver Stone ou Gore Vidal aient loué son travail.
Si Ben Laden est attiré par le travail de Blum, c’est parce que celui-ci a écrit : « Si j’étais président [des États-Unis], je pourrais faire cesser les attentats terroristes contre les États-Unis en quelques jours. Pour toujours. D’abord, je présenterais des excuses – publiquement et très sincèrement – à toutes les veuves et les orphelins, aux victimes de la pauvreté et de la torture, et aux millions de gens qui souffrent de l’impérialisme américain.. ». Blum était, avant que Ben Laden le mette sur orbite, un anti-américain de seconde zone, professant des idées d’extrême gauche depuis sa radicalisation pendant la Guerre du Vietnam. Son obsession est la dénonciation des États-Unis et David Horowitz a bien résumé sa pensée dans Unholly Alliance : Radical islam and the American Left.
Les amis de Blum ont été beaucoup moins enthousiastes que lui après la diffusion de la cassette de Ben Laden. En effet, ce passage démontre que le leader d’Al Qaïda compte sur la cinquième colonne de gauche aux États-Unis pour l’aider dans son combat. C’est pourquoi certains groupes ont désigné cette cassette comme un faux évident concocté par les néo-conservateurs. Mais les théories conspirationnistes ne changent rien : l’extrême gauche est bien l’alliée de Ben Laden.
 

« Ben Laden revient avec une lettre politique et un appel à la trêve »

Auteur Yasser Al Zaratra

Yasser Al Zaratra est journaliste palestinien dans le quotidien qatari Al-sharq. Il est également écrivain et expert dans les affaires politiques des groupes islamistes.

Source Al-sharq (Qatar)
Référence « بن لادن يعود برسالة سياسية وعرض للهدنة !! », par Yasser Al Zaratra, Al-sharq, 23 janvier 2006.

Résumé La dernière lettre d’Oussama Ben Laden, même sans tenir compte de son impact, prouve son intelligence. Elle se manifeste d’abord dans son timing et ensuite dans la qualité de son contenu. La réapparition du leader d’Al Qaïda après une absence de plus d’un an, pour confirmer qu’il est toujours en vie et, surtout, que son absence est planifiée, avait pour but de donner plus de valeur et de crédibilité à ses propos.
Le retour en scène d’Oussama coïncide avec la montée de la crise que vit George W. Bush aux États-Unis suite à son échec en Irak. Ben Laden cherchait à rappeler au locataire de la Maison Blanche qu’il est en train de reproduire l’expérience de l’ex-Union soviétique en Afghanistan. Une expérience qui a annoncé le début de l’effondrement de l’URSS, et qui coûtera très cher au régime Bush surtout sur le plan financier.
Ce qui est étonnant dans sa dernière lettre, c’est que l’ennemi numéro un de Washington a formulé un message, dans lequel il appelle à la trêve, dans un jargon typiquement politique. Il voulait expliquer aux citoyens états-uniens que la guerre en cours n’est pas une guerre religieuse. Et qu’ils ne sont pas visés car ils sont mécréants ou chrétiens, mais parce que leurs responsables ont attaqué et pillé des terres musulmanes. Le leader d’Al Qaïda aurait dû, peut-être, accuser les néo-conservateurs et les sionistes qui ont provoqué la guerre en question.
La lettre prévoit une série d’attentats aux États-Unis, une chose qui n’est certainement pas sûre, vu que Ben Laden en avait déjà parlé avant sans les concrétiser, ce qui risque de minimaliser ses menaces et d’affaiblir la crédibilité de ses dires. Il aurait pu, par ailleurs, parler au nom d’une nation humiliée et agressée, qui propose la trêve et qui aspire à une vie paisible, et non pas seulement au nom d’une organisation quelconque. Car la guerre en Irak, en Afghanistan ou en Palestine concerne non seulement Al Qaïda, mais la nation musulmane en entier.
La lettre en question était très importante, malgré toutes les remarques faites à son encontre. Surtout qu’elle décrit, en toute objectivité, la situation en Afghanistan et en Irak, et qu’elle souligne l’importance des pertes subies par l’administration états-unienne. Elle fait allusion, de même, aux crimes commis à l’encontre des Irakiens, et met en cause les slogans de la liberté apportés par l’envahisseur.
Cette lettre peut être qualifiée de gifle au visage de Bush. Ce dernier ne sera jamais capable de vaincre la peste Al Qaïda même en éliminant son leader et tous ses bras droits. Car cette organisation terroriste, à l’instar de la chaîne de restaurant Mc Donald’s, permet à ses filiales à l’étranger de modifier ses menus selon les besoins.
 

« Ben Laden ne détient pas les clefs de la trêve « 

Auteur Abdelrahmen Al Rachid


 Abdelrahmen Al Rachid est le rédacteur en chef du quotidien Asharqalawsat .

Source Asharqalawsat
Référence « بن لادن لا يملك مفاتيح الهدنة », par Abdelrahmen Al Rachid, Asharqalawsat, 21 janvier 2006.

Résumé C’est la deuxième fois que Ben Laden propose une trêve à ses rivaux occidentaux. La raison derrière une telle proposition n’est autre que le fait qu’Oussama n’arrive plus à museler la rébellion des « armées » d’Al Qaïda. Désormais, il est devenu, ainsi que les autres leaders de cette organisation, un simple observateur et commentateur des grands événements.
Certes, il gouvernait un pays, l’Afghanistan, où il gérait un régime politique « taliban » avec d’énormes budgets. Mais ce commandement, qui représentait le régime afghan, a chuté après avoir perdu la guerre. Une défaite qui a provoqué les fameuses interpellations et poursuites des dirigeants de l’organisation terroriste. Ce qui a obligé Ben Laden, Al-Zawahiri et certains autres à se cacher dans des petits villages, entre le Pakistan et l’Afghanistan, dans l’espoir d’y trouver un abri plus sûr.
Quant aux nouveaux commandants, comme Abou Mossab Al Zarkaoui en Irak, ou Al Kahtani en Afghanistan, ils ne connaissent même pas Ben Laden ou Al-Zawahiri. Pis, les nouveaux leaders, parfois, refusent même d’exécuter les ordres des anciens.
Malgré leur refus de la trêve proposée par leur ennemi numéro un, les responsables états-uniens souhaitent vivement que la proposition puisse être concrétisée. Cependant, les États-Unis ont senti l’incapacité des vieux dirigeants d’Al Qaïda à mener l’organisation. Surtout que la guerre entre les deux camps continue à travers des opérations dans des pays non-couverts médiatiquement.
Nous ne pouvons pas prendre au sérieux la proposition de trêve, surtout en considérant la situation délicate dans laquelle se trouve Ben Laden actuellement. Ce dernier, lui aussi, aspire sûrement à une trêve. Ses ennemis états-uniens ne peuvent pas non plus nier qu’un arrangement avec les « terroristes » en question, même si ça va leur coûter trop cher, servira leurs intérêts. Vu que leur guerre au terrorisme a abouti à leurs fins. Quant à l’organisation terroriste, même si elle a réussi à semer de la terreur, n’a pas pu regagner la place dont elle jouissait en Afghanistan.
 

« Oussama est un doux rêveur « 

Auteur William Schroder

Ancien combattant au Vietnam, officier d’infanterie et pilote d’hélicoptère de combat à la retraite, William Schroder est l’auteur de nombreux romans et pièces de théâtre. Il s’est surtout fait connaître par son roman Cousins of Color traitant de la guerre des Philippines, prélude idéologique et stratégique à la guerre du Vietnam, presque un siècle plus tard.

Source Selves and Others (États-Unis)
Référence « Osama’s Fantasy World », par William Schroder, Selves and Others, 27 janvier 2006.

Résumé L’offre d’une trêve faite récemment par Oussama Ben Laden enflamme l’imagination des anti-guerre aux États-Unis et les fait se dresser, croiser des doigts et se mettre à rêver au moment où les troupes américaines tomberont dans les bras de leurs opposants irakiens et afghans et rentreront à la maison.
Cela semble si simple. Ils arrêtent de bombarder les nôtres et nous on arrête de bombarder les leurs. Nous organisons une série de négociations pour l’Histoire, proclamons notre victoire et nous retirons. C’est à dire grosso modo ce que nous avons fait pour nous extirper du bourbier vietnamien.
Cela semble simple mais la situation au Moyen Orient diffère de celle du Vietnam en un point fondamental. Pour les hommes de pouvoir qui définissent la politique étrangère des États-Unis, le but du jeu, le prix, le trophée n’est pas la paix. Il ne s’agit même pas de la démocratie au Moyen Orient. Pour le dire brutalement, une trêve avec Ben Laden n’apporte rien de plus aux intérêts des États-Unis. Bien sûr, cela mettrait fin à la tuerie, mais les buts géostratégiques de l’Amérique n’auraient pas été atteints. Pour comprendre cela, nous pouvons tirer une leçon de l’histoire de notre pays.
La situation entre l’Espagne et les États-Unis qui a abouti à la guerre Americano-espagnole à la fin du XIXième siècle est analogue aux objectifs des États-Unis au Moyen Orient au début du XXIè siècle. En 1898, confrontée à la perspective d’une guerre avec les États-Unis, l’Espagne, affaiblie et isolationniste, accepta rapidement toutes les conditions américaines, accordant l’indépendance à Cuba, organisant la réforme agraire et établissant un gouvernement élu. Pour le président états-unien McKinley, cette déroute diplomatique espagnole était une catastrophe. Son gouvernement aux mains des lobbies industriels n’avait pas pour but de défendre les intérêts économiques nord-américains à Cuba mais visait plus loin, les colonies espagnoles dans le Pacifique : Guam, Puerto Rico et les Philippines, les « marches d’escalier vers la Chine ». Si l’Espagne cédait sur le dossier cubain, il n’y avait plus de raison de déclarer la guerre et de s’emparer de ces colonies. McKinley demanda donc immédiatement au Congrès de déclarer la guerre à l’Espagne et post-data la déclaration de deux jours afin qu’elle paraisse avoir été faite avant l’acceptation des demandes par l’Espagne.
La similitude avec la situation actuelle est que l’administration américaine en place ne veut rien d’autre qu’un contrôle total sur les ressources du Moyen Orient - le robinet à pétrole - et que la trêve avec Ben Laden la priverait d’un argument pour atteindre ce but. Tant chez les Républicains que chez les Démocrates, on est d’accord que la question du contrôle des ressources pétrolières mondiales de plus en plus rares par les États-Unis est vitale pour le pays et prime sur toutes les autres considérations et stratégies. Tout le reste n’est que paillettes et écrans de fumée. La guerre au terrorisme, Homeland Security, Guantanamo, le Patriot Act, les soldats morts pour la Patrie, les victimes irakiennes, les déficits budgétaires gigantesques - tout cela est secondaire et ne compte pas. La classe politique états-unienne dans son ensemble est d’accord que si l’Amérique, à ce moment critique de son histoire, ne fait rien pour s’emparer des dernières ressources pétrolières encore disponibles dans le monde, ce sera la Chine ou la Russie qui s’en empareront. Et tout le monde est d’accord pour les en empêcher, quel que soit le prix à payer pour cela.
Oussama Ben Laden sait tout ça, il sait que si ce ne sont pas les États-Unis qui s’emparent des ressources pétrolières, d’autres nations le feront à leur place. Il sait donc très bien que sa proposition de trêve ne peut rencontrer qu’un silence embarrassé. Alors que la pendule géostratégique s’approche de plus en plus du moment fatidique, ses appels alternant entre djihad global et offres de bonne volonté montrent bien à quel point il est un doux rêveur qui vit dans un monde déconnecté de la réalité.


Samedi 4 Février 2006

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