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Belgique: nouvelle "irruption politique" au centre de l'Europe?


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Avec leur Eyjafjöll les Islandais ont fait beaucoup de mal à l'Europe et au monde entier au niveau de la vie quotidienne et du transport. A présent, ce sont les Belges qui représentent une menace pour l'Union européenne, mais cette fois politique


Andreï Fediachine
Mercredi 28 Avril 2010

Belgique: nouvelle "irruption politique" au centre de l'Europe?
La Belgique subit une nouvelle "irruption linguistique", la démission du gouvernement, la crise du pouvoir et une récidive de scission sur les frontières ethnolinguistiques. Tout cela n'aurait pas été si terrible – ce sont des choses qui arrivent – si a) Bruxelles ne devait pas accéder le 1er juillet à la présidence de l'UE, b) si le nouveau président de l'UE n'était pas un Belge, l'ancien premier ministre Herman Van Rompuy, c) s'il n'était pas de plus en plus difficile d'apaiser les passions nationalistes de ce genre. Enfin, si tout cela ne se produisait pas au cœur de l'Europe, dans la capitale qui abrite les sièges de l'UE, de l'OTAN et de deux douzaines d'autres organisations et institutions européennes.
A présent, en Belgique, on commence à parler très sérieusement d'une scission en parties wallonne (francophone) et flamande (néerlandophone). On se demande dans l'UE: peut-on parler d'une harmonie européenne, lorsque la capitale européenne fournit elle-même un exemple si malsain et se déchire? Peut-on parler d’un choix juste d'Herman Van Rompuy au poste de président de l'UE, est-il effectivement un "spécialiste des compromis", qualité pour laquelle il a été nommé président européen? Il est difficile d’être moins conforme avec les idéaux de l'intégration européenne.
On peut citer une triste plaisanterie des fonctionnaires du quartier européen de Bruxelles: "Pourquoi les leaders européens attachent-ils si peu d'attention aux premiers ministres belges lors des sommets réguliers de l'UE? Pourtant, ils savent que, dans un an, cet homme n'assumera plus son poste". En effet, depuis 2008, le premier ministre belge actuel Yves Leterme a trois fois demandé sa démission.
C’est le parti flamand libéral Open VLD qui a provoqué la crise actuelle de la Belgique. Celui-ci s'est ostensiblement retiré de la coalition gouvernementale de cinq partis en signe de protestation contre l'absence de solution au problème de la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) qui regroupe Bruxelles et une vingtaine d'autres villes proches de la capitale. C'est la plus grande circonscription électorale du pays. Les Flamands veulent la diviser en deux: laisser Bruxelles bilingue et en détacher Hal et Vilvorde néerlandophones. Dans ce cas, la communauté néerlandophone aura de grands avantages électoraux. Naturellement, les francophones s'y opposent et exigent la "poursuite des négociations" et le droit particulier des habitants francophones des circonscriptions néerlandophones de désigner leurs "candidats français" et de voter pour eux. Mais ce n'est là que le sommet de l'aversion ethnolinguistique. Les Belges évitent d'employer le terme de "contradictions nationalistes", bien que ce soit, en réalité, le cas.
Bruxelles ne convient pas tout à fait au rôle de capitale de l'Union européenne qui doit être dépourvue d'humeurs séparatistes ou nationalistes. Or, Koninkrijke Belge (pour les Flamands) ou le Royaume de Belgique (pour les Wallons) ne sont nullement un modèle irréprochable, compte tenu du passé historique de ce pays et de sa structure institutionnelle actuelle.
D'ailleurs, les Belges n'y sont pour rien. Durant toute l'histoire, le territoire de ce pays a été coupé et recoupé par ses voisins européens proches et lointains, ce qui a provoqué un "dédoublement de sa personnalité". La majorité néerlandophone du Nord, c'est-à-dire les Flamands (environ 6 millions, soit 60%) a toujours eu en grippe la minorité francophone du Sud, les Wallons (environ 4 millions, soit 40%).
En fait, le séparatisme belge offre un bon exemple de la façon dont les choses peuvent être embrouillées par les hommes d'Etat qui mènent une politique active au niveau régional et non national. Les problèmes du Sud wallon ne datent pas d'hier, ils remontent à une période bien plus lointaine, celle de la crise européenne générale de l'industrie houillère et des aciéries que possédait la Wallonie. La Flandre connut, au contraire, un essor, car elle possédait l'industrie chimique et les raffineries de pétrole, ainsi que le port international d'Anvers, troisième pour le volume des transports.
A cette époque-là, rares étaient ceux qui pensaient à la nécessité de modifier la structure de l'économie belge. Il en découla un déséquilibre qui alimente aujourd'hui toute la jalousie nationale et l'aversion.
Mais il ne convient pas d'offenser tous les Belges en estimant qu'ils visent à séparer leur pays en "appartements isolés" pour pouvoir chanter soit La Brabanconne (l'hymne national en wallon), soit De Brabanconne (la même chose en flamand).
La partie francophone du pays estime que les Flamands rendent la scission inévitable en insistant pour que le gouvernement central réduise les subventions aux régions et pour que les autorités des provinces reçoivent le droit d'adopter elles-mêmes  les lois régissant l'emploi et d'introduire des impôts corporatifs, de distribuer l'assistance sociale, les dépenses pour l'enseignement et la médecine. Selon les Wallons, dans ce cas, la Flandre aura le statut d'un Etat dans l'Etat et détruira le pays. Les Flamands affirment que la Flandre est lasse de nourrir le Sud paresseux et de partager honnêtement l'argent avec lui. La Wallonie bénéficie effectivement tous les ans de subventions gouvernementales d'environ 10 milliards d'euros, ce que ne reçoit pas la Flandre.
Le roi des Belges Albert II (il s'appelle officiellement ainsi, et pas le "roi de Belgique") a chargé le ministre des Finances Didier Reynders (libéral francophone) de réunir les dirigeants de tous les partis et de mener avec eux, avant le 29 avril, des consultations sur les moyens de sortir de la crise. Nul n'ose parler de la nécessité de tenir des élections anticipées dans le pays deux mois avant son accession à la présidence de l'UE. Les experts internationaux affirment que l'antagonisme entre les Wallons et les Flamands est déjà si profond qu'il faudrait recourir à l'ensemble de l'UE et aux tribunaux internationaux pour les aider à ne pas plonger dans l'abîme de la scission où ils entraînent le pays.
"Une nation saine ne remarque pas sa nationalité, de même qu'un un homme bien portant ne remarque pas sa colonne vertébrale", a dit un jour le dramaturge Bernard Shaw. Il est vrai, il n'avait pas en vue la Belgique. Cette phrase lui convient aujourd'hui. Vraiment tout ne va pas pour le mieux dans ce pays. D'ailleurs, nombreux sont ceux en Europe à l'égard de qui on peut employer cette phrase, entre autres, malheureusement, notre propre pays.
 
Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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Mercredi 28 Avril 2010


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