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18ème coup d'État en Thaïlande en 74 ans


Pour la 18ème fois en 74 ans, l’armée a pris le pouvoir en Thaïlande. Ou plutôt a repris le pouvoir. Car la Thaïlande partage une particularité avec quelques autres pays – la Birmanie, l’Indonésie, le Pakistan, la Turquie, Israël et l’Algérie : ce n’est pas l’État qui a une armée, mais l’armée qui a un État. Depuis juin 1932, les chefs de l’armée exercent un contrôle sourcilleux sur le pouvoir civil et interviennent chaque fois que ce pouvoir leur semble déraper. Et en effet, il était sans doute temps de mettre fin au régime du multimilliardaire corrompu et autoritaire Thaksin Shinawatra, qui était devenu très largement impopulaire et s’était montré incapable de calmer la révolte qui gronde dans le Sud musulman du pays.


Fausto Giudice
Jeudi 21 Septembre 2006

Sonthi Boonyaratgalin
Sonthi Boonyaratgalin


Fausto Giudice


Comme par hasard, le coup d’État de mardi a été précédé par une série d’attentats à l’explosif dans la ville de Hat Yai, dans la province de Songhkla. Des attentats parfaitement coordonnés commis à l’aide de motocyclettes piégées télécommandées par des téléphones mobiles, qui ont fait quatre morts et une cinquantaine de blessés. Des attentats dont les responsables de l’armée ont dit calmement qu’ils s’y attendaient. De là à croire qu’ils étaient non seulement télécommandés mais même téléguidés par un commandement militaire qui se préparait à reprendre le pouvoir, il n’y aura qu’un pas à franchir pour tous les adeptes de la théorie des complots.





Le chef de putschistes est le commandant en chef de l’armée, nommé à ce poste en octobre dernier, le général musulman Sonthi Boonyaratgalin, qui, de notoriété publique, ne s’entendait pas du tout avec Shinawatra, lequel s’apprêtait à le destituer. Lui-même, accusé d’avoir comploté contre le Roi, était à New York lors du putsch. Il s’est réfugié à Londres, mais les nouveaux maîtres de Bangkok ont fait savoir qu’il pourrait rentrer sans crainte à Bangkok.
Les putschistes siamois ne manquent pas d’humour. Ils ont baptisé leur junte du joli nom pittoresque de « Conseil de réforme administrative ». Selon la tradition, le Roi leur a donné sa bénédiction. Ils ont promis de rester très peu de temps au pouvoir, juste le temps de désigner un nouveau gouvernement civil et d’écrire une nouvelle Constitution, après quoi on votera et tout rentrera dans l’ordre.
L’armée thaïlandaise, comme l’armée turque, israélienne ou algérienne, n’est pas seulement une force militaire et politique, mais aussi une puissance économique, avec ses propres entreprises, ses banques, ses fonds de pension. Une des motivations de ses chefs pour écarter Shinawatra du pouvoir était sans doute que celui-ci était trop avide et ne voulait pas partager ses profits, licites et illicites. Traduction en langue de bois putschiste : il s’agissait de mettre un terme à la « corruption » (sous-entendu celle des autres).

Thaksin Shinawatra
Thaksin Shinawatra
Il est tout de même curieux de constater que la Thaïlande, comme les autres pays cités où l’armée fait la pluie et le beau temps, soit un pays totalement inféodé aux USA. Alors que l’Union européenne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont exprimé leur inquiétude après le putsch à Bangkok, Washington a observé un silence prudent. Qui ne dit mot consent.
Le général Sonthi Boonyaratglin a 59 ans. Diplômé de l’Académie militaire royale de Chulachomklao en 1969, il a fait sa carrière dans l’infanterie, arrivant jusqu’au Commandement de la guerre spéciale, la structure de l’armée thaïlandaise chargée de la guerre contre-insurrectionnelle. Sa nomination à la tête de l’armée l’année dernière avait causé une grande surprise. Mais elle avait été imposée à Shinawatra par les deux conseillers militaires – il faudrait dire parrains – du roi,l’ancien chef d’État-major « en retraite », le général Surayud Chulanont et le chef du conseil privé du Roi, le généralPrem Tinsulanonda. Récemment Boonyaratglin avait déclenché un beau scandale en reconnaissant publiquement que l’armée avait établi des listes noires de militants musulmans suspects dans le Sud du pays et qu’elle utilisait ces listes pour des assassinats ciblés, ajoutant que c’était une erreur et qu’il fallait mettre un terme à ces pratiques illégales.
Si la population dans son ensemble a peu réagi à la nouvelle du coup d’État, qui s’est accompagné de l’arrestation de l’équipe gouvernementale et d’une instauration de la loi martiale et donc de la suspension de toutes les libertés garanties par la Constitution, une poignée d’homes courageux ont osé protester et se sont rassemblés mercredi au Monument de la démocratie de Bangkok. Ils ont aussitôt été arrêtés. À leur tête Chalard Vorachat, vétéran des combats démocratiques et l’un des animateurs du mouvement démocratique de 1992, accompagné de Thanaphol Eiwsakul, responsable du magazine alternatif Fah Diew Kan et de l’ancien député Thawee Kraikupt. Le groupe avait déployé une banderole proclamant un « jeûne de protestation contre le destructeur de la démocratie ».




Source : basta !



Jeudi 21 Septembre 2006

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