Géopolitique et stratégie

Ban-Ki-Moon : Trouble compromission avec l'Otan



Lundi 5 Janvier 2009

Photo: www.nato.int
Photo: www.nato.int
Le 23 septembre dernier, Le Secrétaire Général de l'ONU Ban Ki-Moon et le Secrétaire Général de l'Otan Jaap de Hoop Scheffer ont signé en toute discrétion une « Déclaration commune sur la collaboration des Secrétariats des Nations Unies et de l'OTAN ». Ahurissant, non seulement pour le contenu de la déclaration, suffisamment vague pour rendre cette coopération extensible à loisir, mais surtout parce que l'existence même d'un tel accord de collaboration vise à octroyer à l'Otan un statut officiel de co-responsabilité dans le maintien de la paix mondiale.
Accord « secret » ?
 
L'existence de cette Déclaration de coopération a été révélé une première fois 2 semaines après sa signature, par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui s'indignait justement qu'un
tel accord puisse être signé à l'insu de la partie russe : « Avant de signer une telle déclaration, il est nécessaire d'en soumettre le projet à l'examen des pays membres. Dans le cas présent, cette
procédure n'a pas eu lieu, l'accord entre les secrétariats a été signé en catimini. ». Le 3 décembre la Transnational Foundation for Peace and Future Research en publiait une version obtenue, précise-t-elle, sur simple demande auprès de l'Otan1.
 
Si l'accord n'est donc pas à proprement parler 'secret', force est de constater qu'un maximum de discrétion l'entoure. Il n'est toujours pas publié ni sur le site de l'Otan, ni sur celui de l'ONU. Une telle
discrétion devrait à elle seule alerter l'attention : Comment le représentant des Nations Unies peut-il s'octroyer le droit de passer dans l'ombre des accords avec une alliance militaire agressive, en court-circuitant les autres membres du Conseil de Sécurité ?
L'Otan, garante de la paix et du respect de la Charte des Nations-Unies...
« Une coopération [entre l'Otan et l'ONU] plus poussée contribuera de manière significative à faire face aux menaces et aux défis auxquels la communauté internationale est appelée à répondre » lit-on dans la Déclaration.
 
L'Otan est une alliance militaire d'une poignée de pays, qui défend par la menace ou l'agression, les intérêts économiques de l'Occident au détriment du reste du monde. Le concept Stratégique de l'Otan
réaffirmait en 1999 que « la présence de forces nucléaires en Europe reste essentielle pour la sécurité de ce continent (...) [Les armes nucléaires] restent indispensables au maintien de la paix »2 De plus
en plus ouvertement, l'Otan défend le principe d'intervention militaire hors-zone « pour défendre » les intérêts vitaux des pays membres tels que leur approvisionnement en ressources3.
 
Accepterait-on de tels concepts stratégiques de la part de la Chine par exemple ? Ou de l'Iran ? Du Venezuela ? Leurs droits à défendre leurs intérêts vitaux seraient-ils de moindre importance ? Ne feraient-ils pas partie de la même « Communauté Internationale » que les pays de l'Alliance Atlantique ?
Comment enfin le Secrétaire Général de l'ONU, censé être le gardien de la Charte des Nations Unies ose-t'il accorder officiellement le label de garant de la paix et de la sécurité internationales à une
organisation qui a elle même directement violé la Charte des Nations Unies, en 1999, et en apporte jusqu'aujourd'hui son concours à l'agression de l'Irak ? Dont l'ancien Secrétaire Général Solana déclarait benoîtement que l'Otan avait la légitimité d'agir seule, en dehors de l'autorisation des Nations-Unies ?
Les relations ambiguës entre l'Otan et l'ONU
Bien sûr une telle collusion de fait entre le SG des Nations Unies avec les intérêts occidentaux n'est pas une chose tout à fait nouvelle. On peut rappeler comment Richard Holbrooke s'amuse à rapporter que Koffi Annan a gagné son poste en autorisant le bombardement de la Yougoslavie par les USA, en l'absence de son patron Boutros-Ghali. La caution a posteriori des agression de l'Otan en Yougoslavie, ou le silence devant la dérive de l'ISAF, théorique force de maintien de la paix, en force supplétive de l'invasion US en sont d'autres exemples. Par ailleurs, les rencontres informelles entre Otan et le secrétaire générale de l'ONU sont courantes depuis plusieurs années, et le site officiel de l'Otan étale avec complaisance les visites de haut niveau et les réunions de travail entre l'ONU et
l'Otan.
Mais ce qui est réellement en jeu dans cette Déclaration de collaboration, c'est le cachet officiel que l'on espère donner à cette collusion. Car contrairement à une idée répandue jusqu'au sein du mouvement pour la paix, il n'existe à ce jour aucun accord clair et officiel de collaboration liant l'ONU à l'Otan.
 
En particulier, le commandement de l'ISAF n'a jamais été "confié" à l'Otan, malgré ce qu'une confusion entretenue à dessein tente de faire croire. La création d'une force de maintien de la paix (limitée aux
environs de Kaboul dans un premier temps) a bien été votée par la résolution 1386 (décembre 2001), mais la direction de cette force était laissée à la bonne volonté des pays volontaires :
 
[Le Conseil de sécurité] demande aux États Membres de fournir du personnel, du matériel et des ressources à la Force internationale d'assistance à la sécurité, et invite les États Membres intéressés à
se faire connaître auprès du commandement de la Force et du Secrétaire général
En août 2003 l'Otan a pris 'de fait' la direction de l'ISAF, et cela n'est même pas officialisé dans une résolution ultérieure. La résolution 1510 d'octobre 2003 souvent citée, ne mentionne l'Otan que pour « prendre note » de sa demande d'élargir le mandant de l'ISAF à l'ensemble du territoire afghan
 
[Le Conseil de sécurité] prenant note de la lettre datée du 6 octobre 2003 que le Secrétaire général de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) a adressée au Secrétaire général concernant
un élargissement possible de la mission de la Force internationale d'assistance à la sécurité...

Les résolutions ultérieures telle la 1833 de septembre 2008 peuvent bien « saluer le rôle de premier plan joué par l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et la contribution apportée par de
nombreux pays à l'ISAF », ou « prier le commandement de l'ISAF  [soit l'Otan, de fait] de le tenir régulièrement informé, par l'intermédiaire du Secrétaire général, de l'exécution du mandat de la Force », en aucune manière cela ne permet de prétendre que « le commandement de l'ISAF a été donné par les Nations Unies à l'OTAN » comme il est trop souvent admis.
Même la scandaleuse résolution 1244 (juin 1999) qui entérinait l'agression contre la Yougoslavie, n'accorde en fait aucun mandat officiel à l'Otan :

La présence internationale de sécurité, avec une participation substantielle de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, doit être déployée sous commandement et contrôle unifiés et autorisée à
établir un environnement sûr pour l'ensemble de la population du Kosovo et à faciliter le retour en toute sécurité de toutes les personnes déplacées et de tous les réfugiés.

L'Otan n'est pas le représentant de la (véritable) « Communauté Internationale »

La création des Nations-Unies et l'adoption de sa Charte ont représenté une avancée majeure de l'humanité : pour la première fois le droit international était au moins formellement opposé au droit du
plus fort.
 
Bien évidemment ce n'est pas du tout un combat gagné d'avance, et en particulier depuis l'effondrement de l'URSS, les États-Unis et l'Otan tentent de toutes les manières, avec les meilleurs habillages
possibles (droit d'ingérence humanitaire, imposition de la démocratie, lutte contre le terrorisme... ) de remettre en cause ce droit international, pour un 'droit' où ces immenses puissances militaires
sont gagnantes à coup sûr – le droit du plus fort. Le concept médiatique de Communauté Internationale sert à masquer cette tentative de décrédibilisation des Nations Unies.

Cette scandaleuse signature de Ban Ki-Moon est un pas de plus dans la même direction. Nous ne devrions pas accueillir ce texte avec indifférence, comme l'a fait l'ensemble de nos médias. L'ambassadeur russe auprès de l'OTAN Dmitri Rogozine ne s'y est pas trompé : "Ban Ki-moon a reconnu l'alliance non pas comme une organisation militaire régionale, mais comme un remplaçant de l'ONU dans toutes les affaires liées à la sécurité internationale. Le secrétaire général de l'ONU risque de subir une destitution. Ses actions sont honteuses".

Roland Marounek

1. Cette Déclaration peut être lue sur notre site
www.csotan.org
2. cf www.grip.org/bdg/g1027.html
3. Lire par exemple L'OTAN et la sécurité énergétique : «notre pétrole», Horizons et débats mai 2008


Lundi 5 Janvier 2009


Commentaires

1.Posté par redk le 05/01/2009 11:08 | Alerter
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Baigne-Kimouille, comme ses prédécesseurs, s'aplatit devant ses maitres !!

2.Posté par rachi le 05/01/2009 12:51 | Alerter
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A quoi il sert ce "lou ravi " ?

3.Posté par claudio le 05/01/2009 13:33 | Alerter
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La machine à compromettre ou l'arme absolue contre les faibles !

Nous pouvions espérer que grâce à l'ONU, la paix était garantie pour tous les peuples de la Terre, qu'avec sa représentativité internationale, l'organisation portait haut l'étendard du Droit.
Cela a été plus ou moins effectif du temps où l'Union Soviétique constituait un rempart contre l'hégémonie occidentale, cette fraction minoritaire du monde qui s'affuble d'une définition géographique dénuée de tout sens et qui n'a jamais renoncé à ses penchants impérialistes malgré les déclarations sulfureuses sur les Droits de l'Homme et la Démocratie.
Depuis la dislocation de l'URSS, l'organisation internationale nous a dévoilé un autre visage. Un visage qui a toujours été le sien, plus ou moins voilé par le bouclier soviétique qui limitait, voire annihilait ses vues dominatrices.
Créée par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale selon leurs critères, l'ONU ne puise sa légitimité toute relative que dans la cour des puissants, sinon comment justifier le statut des membres permanents du Conseil de Sécurité et leur "droit de véto" sur toutes les résolutions !
Dès lors, notre interrogation est la suivante : L' Organisation des Nations Unies est-elle représentative et dispose t-elle d'une légitimité suffisante pour imposer la paix ? L'ONU est-elle indépendante et souveraine ? Dispose t-elle d'un pouvoir dissuasif ou répressif pour imposer ses résolutions ?
Les conflits et les guerres qui endeuillent le monde d'aujourd'hui nous apportent une réponse hélas fortement négative et profondément inquiétante !
L' Organisation de Nations Unies n'est qu'un horrible théâtre où se jouent les pièces les plus sordides et les plus horrifiantes de l'histoire de l' Humanité !
Dominée par le Capital, elle se plie aux plus offrants pour garantir ses ressources financières. Elles se trouve dans la situation d'un captif volontaire qui tend la main pour obtenir des subsides, qui lui sont octroyés sous conditions ! Il n'est point utile de relater tous les scandales liés à la compromission d'un nombre très élevé de dirigeants "onuesques" qui ont puisé dans la cassette ou qui ont "négocié des faveurs" pour eux-mêmes, leurs familles ou leurs amis ! Ils sont connus de tous.
Cette dépendance matérielle, fait que l'ONU ne se rangera jamais aux côtés des moins riches sinon par des déclarations de principe sans aucun effet.
En plus de cette soumission financière, l'ONU fait preuve d'un machiavélisme peu commun, tant l'influence des plus puissants apparait ouvertement des ses résolutions. Les discours les plus généreux fusent lors des réunions de l' Assemblée Générale, mais chacun sait qu'ils ne sont suivis d'aucun acte. Des enquêtes sont diligentées mais les rapports qui en découlent ne sont lus par personne et les médias en font rarement état. Des aides alimentaires sont octroyés mais elle rapportent encore plus d'argent aux puissances chargées de leur mise en oeuvre. Des casques bleus sont déployés mais dans les cas les plus épineux, ces casques n'ont de bleue que la couleur (Voir les Balkans, le Liban, l'Irak, l'Afrique...). Les pays qui savent faire parler leurs armes avant leur langue se moquent éperdument des résolutions prises par le Conseil de Sécurité (USA, Israël), résolutions qui ne sont alors exigibles que des nations faibles, incapables de se défendre militairement.
Tout cela ramène la légitimité des Nations Unies à un état des plus réducteurs : L'ONU ne représente que les membres permanents de son Conseil de Sécurité devenu par conséquent un véritable Conseil de Guerre devant lequel comparaissent ceux qui osent dire "ASSEZ !" aux puissances impérialistes !
Les méfaits de l' Organisation Internationale sont légendaires : Guerre des Balkans, Guerre d'Aghanistan léguée à l'OTAN, fausse opposition à la guerre en Irak, louvoiements autour du nucléaire iranien, inaction criminelle pendant les blocus économiques frappant des pays souverains comme Cuba, l'Irak de Saddam Hussein, couverture à peine voilées des actions de déstabilisation des régimes progressistes par la CIA, le Mossad, l'UE.
Mais sa forfaiture la plus déplorable fut la partition de la Palestine et la création de l'état raciste d'Israël, en parfaite contradiction avec sa propre charte !
L'ONU n'est plus que la piètre image de la Société des Nations tant décriée par le Général Charles de Gaule dont les analyses demeurent ô combien d'actualité !
L'ONU est une machine qui fabrique la corruption comme on fabrique des petits pains et elle ne se révèle efficace que lorsqu'il s'agit de faire taire les faibles et les pauvres. Elle n'a plus aucune crédibilité et les nations qui s'opposent à l'hégémonie des puissants doivent commencer par en sortir. Ce sera la seule manière d'asséner le coup de grâce à cette organisation mafieuse.



4.Posté par rachi le 05/01/2009 16:53 | Alerter
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Puisses-tu être entendu Claudio par ces pays qu'on appelait jadis "pays non alignés" et qui sont quasi inexistants , le fric ayant tout corrompu!

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