Politique Nationale/Internationale

BUSH JOUE-T-IL SON VA-TOUT AU PROCHE-ORIENT ?


La nouvelle "stratégie de Bush", comme il convient d'appeler désormais la nouvelle conception des actions des troupes américaines en Irak récemment révélée par le Président des Etats-Unis, ne serait-elle pas autre chose qu'un "ruse tactique" à la veille des élections ? Ne serait-elle pas une opération bien réfléchie pour sauver la situation et la présence américaine au Proche-Orient ?


Piotr Gontcharov
Vendredi 19 Janvier 2007

BUSH JOUE-T-IL SON VA-TOUT AU PROCHE-ORIENT ?



Piotr Gontcharov, observateur politique de l'Agence RIA Novosti







Et l'élément-clé de cette stratégie ne sera pas l'envoi en Irak de deux bataillons de l'infanterie de marine et de cinq brigades de troupes terrestres. Car 21 500 "baïonnettes" ne représentent pas grand-chose par rapport aux 132 000 soldats américains déjà présents en Irak.



L'axe de cette nouvelle stratégie sera l'apparition très prochaine, dans le golfe Persique, d'un autre groupe de porte-avions, et le déploiement du tout nouveau système de défense antimissile Patriot PAC-3.



Il est douteux que les sous-marins nucléaires puissent être un moyen de lutte efficace contre les rebelles irakiens, notamment dans les villes ou dans le désert.



Ne se pourrait-il pas que cette "nouvelle stratégie" ne concerne pas que l'Irak ? Ce serait aussi une alternative au programme nucléaire iranien, une réponse des Etats-Unis aux revendications de l'Iran d'être un acteur clé au Proche-Orient.



Pour ce qui est de l'Irak, il est parfaitement possible que la "nouvelle stratégie" du Président américain soit la seule solution juste au problème de ce pays. Du point de vue des Etats-Unis, bien sûr. Mais aussi de tous les points de vue. Du fait, d'une part, qu'il n'y a pratiquement pas d'alternative à ce plan et, de l'autre, qu'après une série d'initiatives indiscutablement erronées, du lancement de la guerre à l'exécution de Saddam Hussein, dans une situation de fait sans issue, on a adopté la seule manière possible, semble-t-il, de sauver une campagne désespérément perdue. Et pas seulement en Irak.



La "nouvelle stratégie" revient, comme par le passé, à miser sur la force. Mais cela ne signifie plus que cette conception exclue l'instauration d'un dialogue entre les principaux groupes irakiens avec le soutien des pays voisins, y compris la Syrie et l'Iran. C'est tout le contraire. Il est difficile d'imaginer que les buts et objectifs des visites qu'a effectuées le Président irakien Djalal Talabani à Téhéran et à Damas n'aient pas été concertés avec le "garant de la stabilité" que veulent être les Etats-Unis en Irak. Il semble bien que Washington abatte désormais deux cartes, la carte iranienne et la carte syrienne, mais selon des scénarios différents.



On ne peut pas ne pas relever, enfin, dans cette nouvelle stratégie, les propositions de changements dans la Constitution de l'Irak, destinées à amener à participer au processus politique du pays les représentants de tous les groupes ethniques et religieux. Notons également la politique affichée d'extension des pouvoirs des Irakiens et de non ingérence dans leur politique intérieure, ainsi que la préservation de l'Irak lui-même en tant qu'Etat indivisible.



La thèse de la "nouvelle stratégie" concernant le rétablissement de la sécurité en Irak est à la fois nouvelle et importante, notamment pour les pays arabes du Golfe. La "stratégie" appelle les dirigeants irakiens à lutter contre les "sources de violence", indépendamment de leur origine ethnique ou religieuse. Jusqu'à présent, cette lutte était menée, pour l'essentiel, contre les formations armées sunnites, et ne touchait pas les groupements chiites, bien qu'il soit difficile de penser qu'ils soient totalement étrangers à tout ce qui se passe en Irak.



Le fait de miser sur la force s'explique plus probablement par la raison suivante : qui, à proprement parler, pourrait mener des discussions sur un pied d'égalité avec l'autre partie en abandonnant ses positions ? N'est-il pas plus facile de passer au langage des ultimatums ?



On se souvient bien sûr, à la maison Blanche, du résultat de la décision "Roustkoï-Eltsine", prise en novembre 1991, de refuser d'apporter une aide (il s'agissait en tout et pour tout de livraisons de kérosène, d'essence et autres produits pétroliers) au régime de Najibullah en Afghanistan. En avril 1992, trois années après le départ des troupes soviétiques d'Afghanistan, alors qu'il était à deux doigts de réaliser son programme de réconciliation nationale, Najibullah a été contraint de céder le pouvoir à l'alliance des sept. Cela s'est achevé par la guerre civile et une catastrophe économique et sociale totale pour le pays, dont on perçoit l'écho aujourd'hui encore.



Quelque chose de semblable attend l'Irak si les Etats-Unis quittent ce pays. Cependant, ce "quelque chose" n'attendra pas trois ans à se manifester. Il suivra immédiatement et sera beaucoup plus fort et beaucoup plus dangereux, d'autant plus que dans cette affaire seront impliqués au minimum l'Iran, l'Arabie Saoudite et la Turquie.



Ce n'est à l'évidence pas un hasard si le plan Bush a été approuvé par les pays arabes du Golfe et l'Egypte. Dans la "nouvelle stratégie", quoi que l'on en ait dit dans ces pays, il y a beaucoup de choses positives, notamment en ce qui concerne le rétablissement de la société civile en Irak.



Cependant, avec cette annonce de la mise en œuvre d'une "nouvelle stratégie" en Irak, l'escalade de la tension au Proche-Orient, et en premier lieu autour de l'Iran, devient de plus en plus perceptible. Il reste seulement à élucider pourquoi le Pentagone envoie un groupe de porte-avions dans le golfe Persique. Peut-être que les Etats-Unis font voir leurs muscles de manière démonstrative, afin de refréner l'Iran rebelle et de résoudre, ce faisant, deux problèmes – le problème irakien et (leur) problème iranien ? S'il en est ainsi, les Etats-Unis jouent à l'évidence leur va-tout, en poussant les choses à la limite d'une grande guerre. Car il est plus que probable que Téhéran répondra par des mesures adéquates dans son secteur du plan d'eau du golfe Persique.






Vendredi 19 Janvier 2007

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