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Avocat de la défense


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Gilles Devers
Jeudi 10 Septembre 2009

Avocat de la défense
Salut François. Il est bien beau ton « Avocat de la défense », publié ce début septembre, chez Odile Jacob. Les pénalistes parlent, on le sait, mais peu écrivent. François Saint-Pierre est un pénaliste respecté, un esprit indépendant et il écrit : c’est une chance pour nous.

 

Je conseille vivement ce livre à tous ceux qui cherchent à comprendre ce qu’est la défense, aux avocats qui en arrivent à croire qu’ils font un métier banal, aux journalistes qui en ont assez d’être démentis par les faits, aux magistrats qui ont tant de peine à accepter que nous soyons aussi des coquins, et aux étudiants qui s’apprêtent à prendre du service dans la défense des libertés. Courrez tous chez le libraire, et faites exploser les ventes : François pourra faire une grandiose tournée des bouchons de Lyon avec tous ses amis, et apaiser son gosier surchauffé par des plaidoiries infernales avec quelques bons pots de côtes.  

 

« Avocat de la défense » est un livre qui compte. Construit, des idées, beaucoup d’enseignements, de la documentation… On apprend beaucoup, et réussite incontestable, tu offres la rigueur des informations au top du top et de vraies analyses dans un langage accessible par tout un chacun, et bien balancé. C’est la marque de celui qui sait, pour avoir tant labouré la matière. Le sujet est immense, mouvant, les réformes se multiplient, se font et se défont, on part de Cicéron et on arrive dans l’actualité… le tout en 230 pages qui fourmillent d’histoires, de vécu, avec quelques plongées dans des interrogations philosophiques. Ton livre est dangereux car il en remplace beaucoup d’autres. Non, soyons positifs, il donne envie d’en lire d’autres. ciceron.jpg

 

Ton implication donne sa tonalité au livre : ce n’est pas « la défense », mais « l’avocat de la défense », et ça veut dire beaucoup. Il y a les lois, la jurisprudence, les enseignements universitaires, les cours et les tribunaux, les droits de la défense… Et il y a ces gus un peu spéciaux que sont les avocats pénalistes. Un peu spéciaux, car ils choisissent de faire les plus belles études, de se nourrir de culture, pour finalement vivre du crime… et en tout cas de l’argent des criminels. Sans scrupules, ils combattent les preuves que notre gentille police a tant de mal à réunir, n’hésitent pas à satelliser une procédure pour un petit vice de forme, et entretiennent un rapport élastique avec notre bénie vérité. Tu cites Cicéron soutenant que la défense « est un art qui repose sur le mensonge, qui parvient rarement à la connaissance du vrai, qui cherche à exploiter les opinions et souvent même les erreurs des hommes ». Quel programme !

 

Oui, mais il y a aussi Cicéron décrivant l’éloquence de l’avocat comme « l’art d’arracher de l’âme des juges, leur cruauté toute entière ». Après tout s’enchaîne : la fonction de la défense, l’argumentaire et le conseil. La base reste : se lever, pour au nom de la loi, défendre celui que tout accuse. L’avocat est le plaideur, celui à qui le président donne la parole. Le pouvoir des lois d’un côté, et l’illusion des mots de l’autre. Parce qu’on ne donnait aux avocats que la parole, ils ont appris à en faire une puissance argumentaire qui a renversé bien des tables. Ca s’apprend et ça se travaille. Pas d’éloquence pour qui ne connaît pas parfaitement son sujet. Et pour s’écarter du danger – parler pour ne rien dire – il faut commencer par apprendre à écrire. Je conseille, comme de grandes pages, ce que tu écris de l’éloquence et de la rhétorique.

 

cicerone_copertina_de_oratore.jpgEt voilà que ça se complique. Alors que l’avocat vient d’apprendre l’usage de la parole, il faut maintenant qu’il acquière la maîtrise de la technique. A force de demander des droits pour la défense,… ces droits sont arrivés, et on en annonce d’autres. Dans la douleur législative, avec d’impressionnants mouvements de yoyo, mais ça progresse, et ça s’accélère : la suppression du juge d’instruction ne se comprend qu’avec de nouveaux pouvoirs pour la défense, qu’il va falloir assumer. C’est un défi. Si Cicéron revenait faire un tour, il faudrait le renvoyer sur les bancs de l’école ! Car l’avocat qui ne se saisit pas des armes que lui donne le Code de procédure pénale est un mauvais, et engage sa responsabilité. On voit dès lors l’enjeu : devenir un technicien sans renoncer à l’éloquence ; être un orfèvre de la jurisprudence capable de nouer les tripes des jurés.

 

Deux remarques critiques pour finir.

 

« Etre avocat de la défense est un état ». Ce qui peut surprendre, paraître prétentieux, mais que tu expliques. Tu devais aller plus loin : dans le monde tel qu’il est, c’est un esthétisme. Il y a de la beauté chez l’avocat de la défense.

 

Et puis, je me demande au final si ta tonalité n’est pas trop juste. Car, la défense passe par l’excès, l’abus, la provocation, le pied de nez céleste. Et tu sais mieux que moi que la justice est plutôt une brave fille, parfois une princesse, mais souvent une grosse mémère qui n’avance qu’à coup de lattes dans le train. Je parle du petit monde de la justice, dont les avocats, dont je suis.

 

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Jeudi 10 Septembre 2009


Commentaires

1.Posté par Jean paul le 10/09/2009 20:10 | Alerter
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Joliment tourné...hum hum!

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