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Mardi 25 Septembre 2007

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Les Syriens sont déçus par le silence synchronisé du monde arabe sur la dernière invasion aérienne israélienne de la Syrie, qui a eu lieu le 6 septembre. Ils ont protesté auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies le 11 septembre.


Les Syriens sont tout pareillement dégoûtés par le flot d'accusations – qu'ils ont toutes démenties – qui jaillit des médias US, et qui prétent que le village syrien de Tal Abyad a servi à abriter des armes nucléaires venant de Corée du Nord.

D'autres informations diffusées par les médias US disent que les avions israéliens ont touché une cargaison d'armes venant d'Iran et destinée au Hezbollah, au Sud Liban.

Dans une interview à CBS, le Président Bashar al-Assad a insisté sur le fait que le Hezbollah ne recevait pas d'armes des Syriens. Les Syriens disent depuis longtemps que des armes nucléaires ne les intéressent pas, et ne manquent jamais une occasion de plaider pour un Moyen Orient débarrassé du nucléaire, ce qui s'applique – en tout et pour tout – à Israël.

Les seuls pays qui ont condamné l'attaque israélienne ont été, et ce n'est pas surprenant, la Russie, l'Iran, la Turquie – et la Corée du Nord, qui a fait une déclaration très dure sur l'agression israélienne.

Tous les alliés de l'Amérique dans la région, la Jordanie, l'Egypte, l'Arabie Saoudite, l'Irak et le Liban ont répondu avec un "sans commentaire" frileux. Il n'y a eu ni condamnation ni solidarité venant du front arabe, contrairement à des cas similaires d'agressions israéliennes en 2001 et en 2003.

Les principales chaînes arabes par satellite et les journaux (tous créés par ou proches des Saoudiens) ont même adopté une position qui, pour un peu, tiendrait les Syriens pour responsables de l'attaque israélienne.

Les raisons sont claires :

- la tension croissante syro-saoudienne sur la prochaine course à la présidentielle au Liban,

- l'état des affaires en Irak et

- l'amitié de la Syrie avec l'Iran.

La rue arabe, cependant, continue dans sa grande majorité à soutenir la Syrie, en particulier lorsqu'il s'agit de confrontation avec Israël. Ceci a été dit haut et fort par les médias syriens. La Ligue Arabe a émis une condamnation forte mais impuissante, disant que l'intrusion israélienne était "inacceptable".

En ce qui concerne les déclarations selon lesquelles la Syrie héberge des armes coréennes, elles ont été essentiellement fabriquées par les journalistes américains, qui font office d'experts aux Etats-Unis, et un certain nombre d'officiels US. Beaucoup d'entre elles ont immédiatement été reprises par la presse israélienne.

De nombreux éditoriaux des médias US se sont saisis de ces déclarations, clamant que Kim Jong-Il devait cacher du matériel en Syrie en même temps qu'il prétendait débarrasser son pays d'armes nucléaires, pour améliorer ses relations avec les USA eu égard à l'aide économique.

Le Washington Post a dit que trois jours avant l'attaque, un navire transportant du matériel nord coréen étiqueté "ciment" avait déchargé sa cargaison en Syrie.

Les Israéliens ont claironné l'histoire à partir d'un angle différent. Ils ont dit que Meir Dagan, chef du Mossad, avait présenté à Ehud Olmert les preuves que la Syrie cherchait à se procurer des armes nucléaires auprès de la Corée du Nord. Il craignait que des ogives nucléaires soient installés sur les missiles Scud-C nord coréens.

Dagan dit : "Nous savons depuis longtemps que la Syrie a installé des ogives sur ses Scuds. Israël ne peut pas vivre sous la menace d'ogives nucléaires."

Apparemment, seuls le Ministre de la Défense Ehud Barak et la Ministre des Affaires Etrangères Tzipi Livni ont été informés de l'attaque, en plus d'Olmert. Et voilà les Américains.

Newsweek a cité un ancien officiel US anonyme disant que les sources israéliennes avaient montré des photographies aériennes à des officiels US à Washington, clamant qu'elles faisaient partie d'un projet nucléaire soutenu par la Corée du Nord en Syrie.

En 2004, le sous-secrétaire pour le contrôle de l'armement, John Bolton, avait accusé la Syrie d'ambitions nucléaires. David Albright, ancien inspecteur sur les armes en Irak, avait dit que les accusations de Bolton avaient poussé l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (International Atomic Energy Agency (IAEA) à enquêter sur les activités de la Syrie.

L'IAEA avait remis à Damas un blanc-seing. Le Chef de l'IAEA, Mohamed El-Baradei, avait commenté l'affaire le 26 juin 2004 : "Les Syriens m'ont dit qu'ils seraient heureux que nous vérifions tout ce que nous voulions vérifier." Il n'a rien trouvé, évidemment.

Parlant à Newsweek après avoir quitté son poste, Bolton avait admis qu'il n'avait aucune preuve d'un partage de la technologie nucléaire entre la Corée du Nord et la Syrie.
Ses informations fausses venaient de la CIA, qui avait rapporté au Congrès que "ils voyaient les intentions nucléaires de la Syrie avec de plus en plus d'inquiétudes."

Après la crise, Bolton a continué à répéter des déclarations similaires contre la Syrie, l'accusant d'être l'un des membres de "l'axe du mal" qui travaillait à développer son programme nucléaire avec l'aide de la Corée du Nord.

Les antécédents de Bolton – et le fait qu'il ait donné des informations fausses sur exactement le même sujet en 2004 – lui enlèvent toute crédibilité lorsqu'il répète les mêmes déclamations contre les Syriens. El-Baradei a noté : "C'est quelque chose que j'ai lu dans les journaux. Personne ne nous a apporté d'information (concernant la Syrie). "

En ce qui concerne l'accusation que l'attaque visait une cargaison d'armes iraniennes destinées au Liban, cela aussi est hautement contestable. Si les Israéliens avaient eu la moindre preuve, ils en auraient fait des gros titres, auraient pris des photos de l'épave et les auraient montré sur CNN.

Le fait qu'il n'y ait aucune prise de vue – et qu'ils aient été incroyablement silencieux sur toute l'épreuve – signifie que quelque chose les embarrassait. Ils sont entrés en Syrie, avec un but derrière la tête, et soit ils ne l'ont pas trouvé, soit ils ont trouvé quelque chose de totalement différent qui les aurait fait passer pour des imbéciles aux yeux de la communauté internationale.

Après tout, les Etats sont liés par la Charte des Nations Unies. Ils ne sont pas supposés violer l'espace aérien de leurs voisins, à moins qu'ils aient des preuves très convaincantes qu'ils peuvent montrer au monde entier, et qui justifient leurs actions. Les Israéliens n'en avaient pas.

Lorsque quelqu'un s'introduit dans l'espace aérien d'un autre pays sans raison valide, c'est considéré comme une agression. Cela donne à la Syrie le droit de riposter.

Bashar Al-Jaafari, l'ambassadeur de Syrie aux Nations Unies, a déclaré au service arabe de la BBC : "La réponse syrienne est à venir."

Son collègue à Washington, l'ambassadeur Emad Mustafa, a ajouté : "Israël ne pourra plus faire ce qui lui chante sans avoir à en payer le prix."

Personne ne blâmera les Syriens s'ils répliquent. Ce sont les Israéliens qui ont déclenché la crise, pas Damas.

Source : Al-Ahram
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