Conflits et guerres actuelles

Au commencement étaient les drones



Les aéronefs sans pilotes (drones) abattus ces derniers mois sont en partie à l'origine de l'aggravation actuelle de la situation en Transcaucasie. On ne sait pas précisément si ces appareils étaient géorgiens, russes, ou bien d'autres origines. Mais le fait est là: l'emploi de drones a contribué, pour beaucoup, au déclenchement de ce conflit armé.


Jeudi 14 Août 2008

Au commencement étaient les drones
Par Iouri Zaïtsev, conseiller titulaire de l'Académie russe d'ingénierie, pour RIA Novosti


La conception d'aéronefs sans pilotes a commencé dès les années 60. Au moment du démembrement de l'Union soviétique, l'URSS et les Etats-Unis possédaient un nombre comparable de projets et de systèmes en activité. Cependant, à partir de 1991, où le complexe militaro-industriel soviétique se retrouva dans une situation critique, les études prometteuses sur les drones, faute de financement, furent suspendues.

Cependant, selon les évaluations des experts, au cours des dix prochaines années, les ventes mondiales d'engins volants sans pilotes doubleront pour dépasser 7 milliards de dollars. Il existe aujourd'hui déjà des centaines d'engins de ce genre, de différents types et catégories. Les dimensions de certains d'entre eux ne dépassent pas quelques centimètres. D'autres ont la taille d'avions de ligne modernes. Ils se distinguent par les missions auxquelles ils sont destinés, bien que, dans la majorité des cas, ils soient universels. Ils peuvent être utilisés aussi bien de façon autonome qu'en combinaison avec des moyens terrestres et du matériel piloté.

Par exemple, les drones peuvent apporter un soutien efficace en recueillant des informations dans les situations d'urgence, effectuer un monitoring des régions victimes de catastrophes naturelles ou technologiques en vue d'établir leur envergure et leurs conséquences, et aider à organiser des opérations de sauvetage, notamment en ce qui concerne la recherches des sinistrés.

Ces systèmes high-tech auront également une importance particulière lors de la mise en valeur de gisements de pétrole et de gaz dans l'Arctique et pour y défendre les intérêts nationaux de la Russie.

En principe, les drones sont capables d'accomplir n'importe quelle mission, même celles dont l'aviation pilotée ne peut se charger. Cependant, on estime que leur principale utilisation sera militaire. Pour le Pentagone, ils sont devenus une véritable idée fixe. Ils sont présents dans tous les plans stratégiques américains. Leur utilisation est prévue dans la préparation d'opérations de guerre, d'exercices et d'entraînements.

D'autres pays travaillent également à la création d'engins sans pilotes en vue d'assurer des missions de reconnaissance et de frappe, pour retransmettre les signaux de commande et indiquer les cibles. On met au point des drones sous forme d'avions, mais aussi d'hélicoptères avec différents systèmes de décollage, des drones d'activité rapprochée (de petites dimensions et pesant quelques kilos) et à long rayon d'action, capables d'accomplir des tâches à plusieurs centaines de kilomètres et de voler durant plusieurs heures.

Une attention particulière est accordée à l'emploi de technologies numériques, à l'automatisation des tâches en vol, à l'utilisation de systèmes de navigation par satellite pour diriger le vol, à la collecte et au traitement automatisés des informations. Les forces aériennes russes devraient être dotées de ces engins à partir de 2011.

En analysant les résultats de l'utilisation de drones au cours de l'opération Tempête du désert en 1991, les experts du Pentagone sont arrivés à la conclusion qu'il n'existait aucun moyen plus abouti pour mener une guerre. Cependant, au printemps 2003, la situation en Irak s'est avérée bien différente: les drones se sont retrouvés désorientés et les appareils dotés d'armes de haute précision n'ont pas atteint leurs cibles.

Le fait est que le guidage du vol autant que celui des armes de haute précision est effectué à l'aide des systèmes de navigation par satellite comme le GPS, ou le GLONASS. Des systèmes inertiels sont également employés, mais ils ne sont pas suffisamment précis, c'est pourquoi ils ne sont utilisés qu'en combinaison avec la navigation spatiale. De plus, il s'est avéré que le récepteur de bord des signaux de navigation pouvait facilement être mis hors service par un brouillage radioélectronique. Après cela, le drone n'est même plus en état de déterminer ses propres coordonnées par rapport aux cibles choisies ni d'atteindre la région concernée par la mission. En fait, l'engin est totalement neutralisé, car, même si l'on réussit à obtenir des informations par son biais, leur valeur est nulle si l'on ignore d'où elles proviennent exactement. Quant aux drones qui ne connaissent pas leurs coordonnées, ils ne peuvent pas revenir à leur base et sont perdus à jamais.

Les premiers émetteurs radioélectroniques de brouillage des systèmes de navigation spatiaux ont été présentés par des firmes russes en 1997 au Salon aérospatial international de Joukovski (MAKS), dans les environs de Moscou.

Un assortiment de ces émetteurs radioélectroniques placés dans une région d'opérations militaires potentielles peut créer tout un champ de brouillage pour les systèmes de navigation spatiaux. Des appareils spécialement destinés à cet objectif ont été présentés au Bourget en 2007. Ils ont également été mis au point par des firmes russes. En principe, ils permettent d'organiser la défense de tout le territoire d'un pays, de réduire l'efficacité des drones et, par la même occasion, de neutraliser presque complètement les armes de haute précision.

Les armées de nombreux pays sont déjà dotées de ces émetteurs, et le nombre de fabricants augmente d'année en année.

Bref, en ce qui concerne l'utilisation de drones à des fins militaires, la situation actuelle est complexe. Cependant, n'importe qui peut actuellement se consacrer aux drones en Russie. Le nombre d'appareils en cours de conception est immense. Mais on peut se demander qui en a besoin et à quelle fin?

De l'avis de Mikhaïl Pogossian, patron du holding Sukhoi, la sixième génération de l'aviation militaire russe sera composée de drones. Le passage au matériel sans pilote fait l'objet de négociations entre le fournisseur et le client, explique-t-il. Cependant, il faut d'abord déterminer qui dirigera en perspective l'aviation sans pilote: un type de forces aériennes, ou quelque chose d'autre. D'après lui, "il faut régler ce problème dès aujourd'hui et élaborer des exigences appropriées en matière de formation d'une nouvelle idéologie des opérations militaires. Plus tôt nous commencerons à l'établir et plus nous aurons de chances d'avoir un résultat probant, car l'idéologie adoptée déterminera, pour beaucoup, les orientations technologiques du développement de l'aviation sans pilote", résume Mikhaïl Pogossian. Il est difficile de ne pas partager son avis.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Jeudi 14 Août 2008

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